à propos

 

Edito

Aperçu de la conférence du vendredi 22 mars 2019.

Mme Monique MUND-DOPCHIE (présidente de l’Académie Royale de Belgique).

« L’âge d’or et ses territoires. De l’Antiquité à l’ère du tourisme mondialisé : permanences et transformations du mythe hésiodique ».

Depuis sa première mention par le poète grec Hésiode, l’âge d’or, période où une première humanité aurait joui d’un bonheur parfait, a profondément marqué l’imaginaire occidental : tantôt il suscite la nostalgie, parce qu’il est considéré comme irrémédiablement perdu, tantôt il alimente l’espoir de son retour et donc d’une nouvelle période de bonheur. En revanche, il est moins souvent ancré dans le temps présent et, quand il l’est, il se trouve généralement installé dans des lieux extrêmement lointains et quasiment inaccessibles. Ce sont ces « enclaves d’âge d’or » qui feront l’objet principal de cette conférence.

Pour mener une enquête à leur propos, il convenait d’étudier d’abord les textes transmis par l’Antiquité sur l’âge d’or. Ce dernier interférant tout au long de sa transmission avec d’autres mythes et concepts – paradis terrestre, utopies, pays de Cocagne -, je n’ai voulu retenir que les textes mentionnant explicitement l’âge d’or, qu’il soit chronologique ou géographique, pour éviter de faire dire aux textes plus que ce qu’ils voulaient dire et de déduire de constats partiels une assimilation qui ne s’imposait pas.

Ensuite, je me suis intéressée à trois autres périodes de notre histoire en raison de leur approche spécifique des peuples dits premiers et d’une nature quasiment vierge. La découverte de l’Amérique s’est imposée à travers la rencontre inaugurale des Hispaniques avec les Indiens des Caraïbes, qui a inspiré les premières assimilations explicites de ceux-ci avec l’humanité de l’âge d’or. Alors que l’idéalisation de la nature et des Indiens du Nouveau Monde avait quasiment disparu au XVIIIe siècle, la découverte de Tahiti réalimenta et renouvela le rêve d’âge d’or. Enfin, les destinations lointaines du tourisme planétaire actuel sont promues à travers des références explicites et sous-jacentes au bonheur d’autrefois, dont les ingrédients réactualisent le désir d’âge d’or.

Pour traiter valablement des « enclaves de l’âge d’or » conçues durant ces trois périodes, il importait de les mettre en relation avec les représentations de l’âge d’or temporel qui y circulaient. Vu l’immensité de la matière sur le sujet, je me suis contentée de dégager les grandes lignes des usages qui en ont été faits, en m’appuyant sur des ouvrages remarquables. J’ai pu ainsi retracer le cheminement et les ancrages d’un rêve, qui nous apprend autant, voire plus, sur nous-mêmes que sur les lieux et les populations « autres » entrevues et/ou visitées. Car celui-ci procède de divers besoins, qui peuvent du reste s’additionner : régression du retour dans le sein maternel, aspiration à l’unité de l’homme en lui-même, avec les autres et avec son environnement, explication de la condition tragique de la condition humaine, à la recherche d’un « pays où l’on n’arrive jamais » (André Dhotel).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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