Conférences(2009-2010)

Posté le 30 novembre 2009

« Le problème des origines étrusques : comment se situer par rapport aux Grecs ? L’Etrusque, une langue encore mystéri­euse. « 

Prof. Dominique BRIQUEL    (U.Sorbonne)
Le débat sur les origines étrusques n’est pas clos et les savants d’aujourd’hui continuent à discuter pour savoir s’ils sont un peuple indigène d’Italie, et donc autochtone, ou des immigrés venus d’Orient. La controverse moderne prolonge celle qui existait déjà dans l’Antiquité. Déjà alors trois thèses s’opposaient : celle faisant des Etrusques des autochtones d’Italie, saisissable pour nous à travers l’historien augustéen Denys d’Halicarnasse, et deux thèses les posant comme le résultat d’une migration à partir de la zone égéenne, les identifiant l’une à des colons venus de Lydie, ce qui était la doctrine d’Hérodote, au Ve siècle avant Jésus Christ , l’autre selon les vues de son contemporain Hellanicos, aux Pélasges, ce peuple qui, dans les représentations des Grecs aurait été établi avant eux sur le territoire de la Grèce. En fait, le débat revenait à donner une image positive ou négative des Etrusques vis-à-vis des Grecs. Le choix de telle ou telle thèse dépendait de la manière dont on voulait situer ces barbares par rapport à l’hellénisme. C’est sur ces bases nullement scientifiques qu’est né, dans l’Antiquité, un débat que la science moderne n’a fait que reprendre.
« Chypre, l’île aux sept écritures. »

Prof. Y. DUHOUX (UCL)

Chypre, la belle. Chypre, la bien connue. Mais aussi Chypre si ancienne, si riche et diverse culturellement et historiquement. Aujourd’hui, Chypre emploie les écritures alphabétiques grecque et latine. Mais pendant deux millénaires, elle a créé, oui, créé !, pas moins de cinq écritures différentes et en a employé deux autres. Lesquelles ? Comment ? Pourquoi ?

« 1800 kg de terres cuites votives à Durrës (Albanie). Formes et significations des offrandes à l’Artémis de Dyrrhachion »


Prof.Arthur MULLER (U. Lille 3)

En 1970 et 1971, Vangjel Toçi a recueilli, dans une fouille sur la colline de Dautë, au nord-ouest de Durrës (Albanie), l’antique Épidamne-Dyrrhachion, un mobilier d’une richesse impressionnante : des « petits objets » divers, quelques centaines de monnaies, plus d’une tonne de fragments de vases, et surtout 1800 kg de fragments de figurines de terre cuite. Malgré leur intérêt exceptionnel, ces trouvailles sont restées entièrement inédites. Aussi une équipe albano-française a-t-elle été constituée, en 2003, dans le cadre d’un accord entre l’Institut d’archéologie de la République d’Albanie, l’École française d’Athènes et le centre de recherche Halma de l’Université de Lille 3, afin de mener à bien leur étude et leur publication. Cette présentation fait le point après sept campagnes d’étude au cours desquelles on a sauvegardé toute la documentation de fouille, classé la totalité des fragments de terres cuites figurées et engagé leur étude, parallèlement aux monnaies et vases.

Le faciès des céramiques, où dominent les vases miniature, et celui des terres cuites figurées diffèrent totalement de celui de la nécropole toute proche ; malgré l’abondance des couches « noires » riches de charbons de bois et la répétitivité des formes, l’absence de ratés et l’abondance des monnaies interdisent d’y voir un dépotoir d’atelier. Aussi le contexte des trouvailles est-il selon toute vraisemblance celui d’un dépôt votif, dans ou à proximité immédiate d’un des sanctuaires extra- ou périurbains de la cité. D’après les trouvailles, la fréquentation a commencé dès l’époque archaïque et s’est particulièrement intensifiée à partir du ive s..; les objets les plus récents du dépôt datent du iie s. Les figurines sont exclusivement des représentations féminines. Les protomés, représentations féminines limitées au buste, diverses dans leur iconographie (drapées ou nues ; avec ou sans avant-bras ; avec ou sans attributs), leurs dimensions (de quelques centimètres au visage presque grandeur nature) et leur qualité (le meilleur côtoie le pire), constituent l’écrasante majorité (autour de 90 %) ; les statuettes en revanche – quelques divinités, des femmes drapées, trônant ou debout, des femmes dans des attitudes rituelles (porteuses de plateau à offrande, de cruche ; jeunes femmes nues assises) – ne représentent qu’une toute petite partie du total.

Diverses observations permettent d’ores et déjà de caractériser l’artisanat qui est à l’origine de cette production corollairement. L’ensemble reflète diverses traditions et influences venues de Grèce pour le vie s. et l’époque classique, et surtout d’Italie méridionale à partir du ive s. En revanche, il semble bien qu’il faille renoncer à l’origine « illyrienne » d’un type de protomé à la coiffure originale. Plusieurs indices montrent que le tout est la production d’une ou de plusieurs officines d’Épidamne-Dyrrhachion, qui utilisent toutes les ressources du moulage et du surmoulage en vue d’une production de masse, à la fois répétitive et variée, pour une clientèle généralement peu soucieuse de qualité.

Le répertoire de ces ex-voto est caractéristique d’un culte rendu par des femmes à une divinité féminine, protectrice des moments importants de leur vie. Mais l’identification de cette divinité dépend en grande partie de l’interprétation que l’on donnera de l’offrande majoritaire dans le sanctuaire, celle de la protomé féminine. Vangjel Toçi y voyait des images d’Aphrodite et identifiait donc le sanctuaire comme Aphrodision, nom qui est passé dans ses rares mentions bibliographiques. Si on reconnaît dans les protomés, comme on le fait souvent en Italie méridionale, des images de divinités chthoniennes et plus précisément de Korè-Perséphone, il faudrait identifier le sanctuaire où se trouvait le dépôt comme celui de Déméter. Mais on sait désormais que les protomés sont consacrées en nombre chez d’autres divinités féminines, tout simplement parce qu’elles ne représentent pas la divinité dédicataire, mais la mortelle qui en fait l’offrande. Aussi faut-il se tourner vers les représentations de déesses recueillies dans ce dépôt ; on n’a identifié aucune Korè-Perséphone, trois Aphrodite en tout et pour tout, et surtout quelques dizaines d’Artémis : les unes d’un type iconographique bien connu en Italie méridionale et Tarente, dit « Artémis-Bendis » (la déesse porte un chiton court, une nébride, une coiffe associant léontè et bonnet phrygien ; elle est accostée d’un ou deux chiens) ; les autres simplement trônantes et coiffées du bonnet phrygien. À cela s’ajoutent trois petits marbres et un petit bronze représentant également Artémis. L’hypothèse d’un Artémision, à laquelle chacune de nos campagnes donnait plus de corps, a reçu en 2006 une confirmation épigraphique. Le nettoyage d’un tesson de grand vase ouvert, simplement enregistré en 1971 comme « tesson décoré à figure rouge », a fait apparaître une inscription exceptionnelle : elle est peinte sous le bord du vase dans la technique de la figure rouge, en lettres hautes de 1,5 cm, soulignées de rehauts rouges ; on y lit, de façon incontestable, la formule d’une dédicace à [A]rtémis.

Nous avons donc la certitude d’avoir localisé le sanctuaire d’Artémis mentionné par Appien II 60 : le récit de l’historien, qui évoque un coup de main de César contre Dyrrhachion tenue par les alliés de Pompée en 48, dit la proximité du sanctuaire et des portes de la ville. Cette localisation est une donnée d’importance pour la topographie de Dyrrhachion, encore mal connue : elle montre une extension de la ville grecque et romaine supérieure à ce que l’on admettait, mais plus conforme aux données du relief. Protectrice des passages de la vie des femmes, l’Artémis de Dyrrhachion est aussi gardienne d’un col et d’un accès à la ville.

« Le grec au coeur des langues de l’Europe. Application au vocabulaire zoologique. »

Prof. H. WALTER (U. Rennes)

Le grec, au cœur des langues de l’Europe  et qui ont été légués aux langues modernes, de la philosophie à l’art poétique et au théâtre, de la mythologie aux arts plastiques et à l’architecture, la Grèce tient depuis des siècles une place privilégiée en Europe.

De plus, c’est la langue grecque qui se trouve pour une grande partie à la base du vocabulaire scientifique des langues européennes. On insistera en particulier sur le domaine zoologique, dans lequel on distinguera entre les noms d’animaux qui existaient déjà en grec ancien, et ceux qui ont été ultérieurement forgés sur des racines grecques.

« Byzance et la première croisade. »
Mme Anne Tihon (UCL)
Au moment où l’empereur Alexis Ier Comnène accède au pouvoir (1081), la situation de l’empire byzantin est désastreuse. Alexis doit asseoir son pouvoir, rétablir les finances, reconstituer une armée, lutter contre les ennemis extérieurs, les Petchenègues, les Normands et les Turcs.
Quand il a réussi enfin à rétablir la situation, vers 1095-1096, la Première Croisade arrive aux portes de Constantinople : la croisade populaire d’abord, menée par Pierre l’Hermitte, bandes indisciplinées qui s’étaient livrées tout au long de leur route à des pogroms et des exactions sans nombre ; la croisade des chevaliers ensuite, armées disciplinées mais redoutables.

Comment Alexis va-t-il réagir ? Quelle politique va-t-il adopter vis-à-vis des Croisés ? Les historiens occidentaux ont-ils raison d’accuser Alexis d’ingratitude et de perfidie ? Ces questions et d’autres seront abordées dans notre exposé, qui reprendra les principaux épisodes de la première Croisade, ainsi que les principales figures de cette épopée.

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