conférences (2011-2012)

Posté le 19 novembre 2012

« La danse dans l’art byzantin : un parcours iconographique« .

Prof. Catherine Vanderheyde ( U. Strasbourg et ULB)

« La danse est toujours née d’un rituel. Qu’il soit social, magique, ou, pour la plupart du temps sacré ». Cette citation de Maurice Béjart se vérifie particulièrement pour les représentations de danseurs dans l’art byzantin. Un choix de documents iconographiques illustrera ce thème central. Nombreuses sont notamment les images de danseuses associées à un rituel de triomphe. La plupart trouvent leur légitimation dans plusieurs épisodes bibliques. Mais au-delà des rituels auxquels la danse est associée, nous observerons comment les procédés iconographiques furent mis en oeuvre, avec plus ou moins de succès, pour figurer le mouvement de la danse. Certaines représentations sont manifestement empruntées à l’Antiquité mais d’autres semblent refléter des événements festifs de la vie quotidienne à l’époque byzantine.

« Le retour quantifié du « miracle grec » : le bien-être en Grèce ancienne mesuré sur la longue durée. »

Prof. François de Callataÿ (Bibliothèque Royale de Belgique, ULB, Ecole pratique des hautes études, Paris)

Le « miracle grec » est une expression qui dit sur le mode majeur notre émerveillement pour tout ce que le monde actuel doit à la Grèce ancienne, en particulier s’agissant de l’éveil de la pensée philosophique, de la naissance de la tragédie et bien sûr de l’éclosion de la démocratie. Cet émerveillement, qui – sources obligent – vise d’abord l’Athènes du 5e s., n’est pas prêt de disparaître tant il est loisible à nos esprits de concevoir une épure de la civilisation grecque en forme de société idéale, à la fois refuge et arme défensive contre toutes les barbaries contemporaines. Les chantres de ce miracle grec furent nombreux à travers les époques et, s’il faut se limiter à ne citer qu’une voix contemporaine, comment ne pas penser ici à la grande figure lumineuse de Jacqueline de Romilly.

Or ce miracle, qui aura beaucoup pâti de la quantification lors des dernières décennies du 20e s. (une démocratie pour quelques-uns en interne, un impérialisme oppressant mesuré notamment en montants tributaires à l’extérieur), reparaît aujourd’hui sous une forme inattendue : celle d’un bien-être dont on peine à trouver l’équivalent sur la longue durée jusqu’à une époque très récente de notre histoire. Il est question ici de critères anthropométriques comme la taille des individus ou l’espérance de vie, de la surface des habitats, du degré d’urbanisation, des salaires et de leur pouvoir d’achat, de l’importance de la classe moyenne et de la répartition des richesses.

Les indices convergent pour faire du monde grec – du moins du cœur de celui-ci, l’Attique et l’Egée aux périodes classique et hellénistique – le lieu d’une qualité de vie inégalée jusqu’à tout récemment. C’est bien au « retour du miracle grec » auquel nous assistons, un retour par les chiffres qui en modifie sensiblement la perspective, répercutant en cela les sensibilités d’aujourd’hui. L’émerveillement s’est déplacé. On retrouve sans surprise les grandes préoccupations contemporaines que sont, dans l’ordre à la fois chronologique et de difficulté de traitement, 1) la croissance, 2) le bien-être et 3) le bonheur.

« Le monnayage d’Argos : miroir d’un panthéon très riche. »

Prof. Patrick Marchetti (FNDP Namur, UC Louvain)

Le monnayage d’Argos, depuis le début du Ve siècle avant J.-C. jusqu’au IIIe siècle après J.-C., offre une très riche palette de types monétaires. Il est donc relativement aisé, à partir d’eux, de découvrir, époque après époque, les grandes tendances du panthéon local. Depuis le loup, emblème de la cité et qui renvoie au dieu poliade, l’Apollon Lycien, jusqu’à la mise en scène, au IIIe siècle de notre ère, d’une hiérogamie associant Zeus et Hèra, on y voit évoquer toutes les grandes légendes héroïques et mythologiques du fonds argien, celui-là même qui nourrissait l’imagination des chantres de l’épopée : Diomède enlevant le Paladium, Hèra argienne, Persée, les Danaïdes, et tant d’autres à leur suite. L’époque romaine, si riche en types nouveaux, offre une panoplie pour ainsi dire complète des légendes grecques les plus vivaces à l’époque d’Hadrien. La variété des types autorise aussi à constater, pour cette époque, les métamorphoses du panthéon, réalisées sous la pression du pouvoir, autant que la résurgence de nombreux jeux locaux ou panhelléniques. Le monnayage se révèle alors une source de premier plan pour analyser comment une cité provinciale, membre du Panhellénion et donc référence consacrée de l’hellénisme, se repait de son passé pour se consoler de ne plus être au cœur de l’histoire.

« Au royaume d’Alexandre Le Grand. La Macédoine antique. »

Prof. Sophie Descamps (Ecole du Louvre), Conservatrice en chef du patrimoine, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines au Musée du Louvre.

L’exposition « Au royaume d’Alexandre le Grand. La Macédoine antique » est née d’une étroite collaboration entre le musée du Louvre, le musée archéologique de Thessalonique et les Ephories des Antiquités préhistoriques et classiques de la Grèce du Nord. Son commissariat est à la fois grec et français. Elle a été conçue pour faire connaître la richesse du patrimoine artistique de cette région de la Grèce – la Macédoine -, encore ignoré du grand public tant les découvertes sont récentes.

Il a fallu attendre 1977 et la mise au jour à Aigai/Vergina de plusieurs sépultures royales, parmi lesquelles celle non profanée de Philippe II, le père d’Alexandre le Grand, pour prendre véritablement conscience du potentiel archéologique exceptionnel de la Grèce du Nord. Sur ce site prestigieux, identifié avec celui de la première capitale du royaume de Macédoine, les archéologues ont retrouvé en 1982 le théâtre où Philippe fut assassiné en 336 avant J.-C., puis en 1987 une tombe qui pourrait être celle d’Eurydice, grand-mère d’Alexandre, en 1988 la sépulture de la « Dame d’Aigai » morte vers 500 av. J.-C. ou encore en 2008 un ensevelissement énigmatique qui impose de réécrire l’histoire antique car il est vraisemblable qu’il s’agit de la sépulture d’Héraklès, fils d’Alexandre le Grand, assassiné par Cassandre. Les fouilles de plusieurs nécropoles macédoniennes révèlent également le faste d’une classe de notables et d’une élite proche des rois. Elles confirment l’intensité des échanges artistiques et commerciaux entre la Macédoine et les autres régions du monde grec.

L’exposition présente près de cinq cents œuvres, dont plusieurs inédites. Elle retrace de manière chronologique et thématique l’histoire de la Macédoine antique depuis le XVe siècle avant notre ère jusqu’à l’époque romaine impériale, avec des temps forts liés aux règnes des souverains les plus importants. Sans l’intelligence politique et l’ambition de certains de ses rois, sans l’exceptionnelle envergure stratégique de Philippe II, roi réformateur, les conditions d’une expansion vers l’Est n’auraient pas été réunies et Alexandre III, n’aurait pu, à vingt-deux ans, partir à la conquête de l’Orient.

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