conférences (2012-2013): 25° saison de l’Association Alexandre le grand

Posté le 6 août 2013

Un sommet: tétraconférence: » La représentation de l’humain dans l’art et la pensée en Grèce ancienne »

Rencontre-débat en présence de S.E.M. Alexis HADJIMICHALIS, ambassadeur de Grèce à Bruxelles

S.E. Monsieur l’Ambassadeur Platon Alexis HADJIMICHALIS et Madame

Avec les professeurs F. de CALLATAY ( EPHE Paris), P. MARCHETTI (UCLouvain et Namur), V.PIRENNE (ULiège), D.VIVIERS (Recteur ULBruxelles)

Chers Amis Hellènes et Philhellènes,

A 3 jours de la fête nationale grecque, je suis heureux d’inaugurer la 126e conférence de notre 25e saison. Que de points culminants en 25 ans. Les professeurs de Callataÿ, Marchetti, Pirenne et Viviers vont aborder les valeurs de l’hellénisme, leur place et leur actualité  en Europe, par le biais de « la représentation de l’humain dans l’art et la pensée en Grèce ancienne ».  L’Association Culturelle Belgo-Hellénique « Alexandre Le Grand » de Charleroi a voulu réunir ces Hellénistes qui sont des colonnes d’angle du temple que nous édifions en l’honneur de l’HELLENISME : ils comblent  l’Association Alexandre Le Grand d’une chaleureuse et indéfectible fidélité ; ainsi allons-nous croiser les regards neufs et vifs qui s’attachent à découvrir les œuvres et à retrouver les artistes-artisans et les penseurs avec sensibilité, esthétique et humanisme. Pour eux l’Université n’est pas un vase clos ni un cénacle, mais un lieu de réflexion, de rencontres, de partage de projets. Immense est leur capacité de construire une culture de qualité qui articule des sujets pour les élever et les nourrir dans la connaissance, en contribuant à l’élaboration d’un schéma de la culture hellénique qui parle au-delà des époques sans s’épuiser dans l’individualisme.

Ils vont, pour nous, sonder le cœur de l’âme grecque en nous dévoilant des facettes de l’hellénisme, non pour l’ériger en modèle ossifié à conserver dans un bocal mais pour y puiser un élan qui invite à dépasser la Grèce en faisant refleurir la curiosité qui germa dès l’Antiquité dans son jardin d’anthologie (florilège). Pour notre quatuor, l’hellénisme fut vigoureux quand il s’ouvrit aux influences et non quand il se replia sur soi : ce sont les aspirations de l’humanisme hellénique qu’ils s’emploient à réveiller, réactiver et à renouveler dans leurs recherches et publications, non pour imiter les anciens, mais pour réinventer leur pensée. Magiciens de la communication, ils dialoguent avec les auteurs anciens ou modernes et avec le monde vivant qui a témoigné de son présent par des expressions artistiques et littéraires, des inscriptions, des monnaies …

Nos 4 professeurs abordent les documents sur les anciens Grecs à partir de questions qu’ils n’ont pas posées eux-mêmes ; ils ne font pas de la société un ensemble thématisé, simple, unique totalement homogène et sans conflit ; ils ne lui collent pas d’étiquettes réductrices ni de raccourcis simplistes car ils vont au plus profond, persuadés qu’ils sont qu’à la même époque coexistaient des mentalités d’âges divers, des précurseurs aux idées folles, des inventions imprévisibles, des événements rompant le cours habituel du temps ainsi que des conservatismes résistant aux changements jugés déstabilisateurs. Bref, ils tentent de saisir dans les sociétés étudiées toutes les turbulences, les confrontations, les débats qui constituent la vie des hommes en brisant la chape des stéréotypes et des apparences « évidentes » et simplistes. Ils recherchent les fils de l’humanisme (ανθρωπισμός) pour réaliser une toile aux multiples synapses.

De nombreuses publications fouillées émanent de leurs recherches menées avec rigueur et talent , ce qui les amènent à participer à des colloques et séminaires nationaux et internationaux et à en organiser avec une énergie intellectuelle et matérielle sans borne (illimitée). De plus leur engagement les conduit à créer des synergies qui se concrétisent dans des comités ou des commissions scientifiques,  des institutions en Europe et ailleurs. Tous exercent des responsabilités dans des Revues internationales concernant l’Antiquité grecque. Ils éditent régulièrement les actes de colloques ou congrès.

C’est pour nous un honneur de pouvoir réunir ce quatuor à cordes sensibles pour un dialogue oxygénant : lors de leurs interventions, vous serez enchantés  par le feu de leur enthousiasme (ενθουσιασμός.., l’éclatante pertinence de leurs arguments,  l’acuité nuancée de leur analyse, la brillance de leur exposé, la capacité à  débattre dans l’ouverture de la rencontre.

Mais l’humanisme comporte de multiples facettes (polymorphe, polychrome, polyphonique,…) : alors, je ne vais pas confondre dans un même moule les orateurs distingués de ce soir, mais vais chercher la substantifique moëlle de la carrière de chacun pour vous en livrer un abrégé ouvert aux recherches. Je n’éviterai pas le risque d’amputer un tel foisonnement d’idées de réflexions et de réalisations..

Le thème qui sera  évoqué devant vous sera « La représentation de l’humain dans l’art et la pensée en Grèce ancienne », en tenant à l’œil l’actualité.

Chacun d’eux abordera la thématique de la représentation de l’humain sous un angle différent : la religion pour Vinciane Pirenne, la sculpture pour Didier Viviers, l’architecture pour Patrick Marchetti et les monnaies pour François de Callataÿ : vous verrez qu’ils ont plus d’une corde à leur arc et à leur lyre, comme Apollon.

Philippe Valentin.

« L’argent et la loi. La dérive contemporaine d’une loi de l’argent, à partir des analyses d’Aristote ».
Prof. Sophie KLIMIS (Fac. St Louis Bruxelles)

« Si la cité s’est constituée pour permettre de vivre (zèn), une fois qu’elle existe, elle permet le bien vivre (eu zèn) ». Dans son traité des Politiques, Aristote met en évidence ce qui distingue la simple perpétuation de la vie biologique, que les humains ont en partage avec tous les autres êtres vivants (nutrition, reproduction), du « bien vivre », qui leur est spécifique. Ce « bien vivre » désigne la vie consacrée à l’action politique du citoyen et la vie consacrée à l’étude du philosophe, qui mobilisent les facultés spécifiquement humaines que sont la raison (logos) et l’intellect (noûs). C’est dans ce contexte qu’Aristote envisage le statut de deux inventions humaines : l’argent et la loi. Si l’argent est pour lui la création d’une mesure symbolique qui permet de rendre commensurables des réalités hétérogènes, il est aussi ce qui fait basculer l’humain « dans le désir de l’illimité ». L’argent fait désirer toujours plus d’argent, alors que les biens naturels, comme les terrains ou les maisons, « on les désire de façon limitée, selon ce qui est nécessaire pour le bien vivre ». De là à dire que l’argent, s’il devient une fin en soi, peut mettre en péril le bien vivre politique, il n’y a donc qu’un pas… Au contraire, la loi est définie par Aristote comme étant « un intellect sans désir ». C’est elle qui crée l’égalité entre tous les citoyens (isonomie), en instaurant une « mesure » qui est aussi une « limite » : tous les citoyens y sont soumis de la même manière, parce que tous ont aussi pu activement participer à son élaboration, dans le contexte d’une démocratie directe.
Dès lors, il s’agira ici d’interroger à la lumière des analyses d’Aristote le paradoxe contemporain d’une loi de l’argent, ou encore de la soumission du politique à l’économique. En érigeant l’argent comme fin ultime et valeur suprême, le système néolibéral a fait basculer l’humain dans le « désir de l’illimité ». A nous, en tant que citoyens, d’oser discuter ensemble sur la place publique des formes du « bien vivre » que nous désirerions lui substituer.

« Cent ans de fouilles à Thasos ».
Prof. Dominique MULLIEZ,( membre correspondant de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, ancien directeur de l’École Française d’Athènes, professeur à l’université Paris-Sorbonne (Paris 4)

En 1910, au retour d’un séjour à Thasos, où les trouvailles de sculptures et d’inscriptions étaient courantes et où seuls quelques sondages avaient eu lieu jusque-là, Charles Picard
convainquit le directeur de l’École française d’Athènes d’entreprendre une fouille d’envergure.
Ainsi commença l’exploration archéologique de Thasos, dont on vient de célébrer le centenaire.
En 1911, la ville antique était encore en grande partie cachée sous les champs et les jardins de la modeste échelle de Liménas.
Les premiers fouilleurs commencèrent par explorer les zones où des vestiges étaient visibles, mais, progressivement, se mirent en place les pièces d’un puzzle
et fut reconstituée dans ses grands traits l’image d’une cité grecque avec son rempart, ses sanctuaires, son centre monumental et son théâtre, ses quartiers d’habitation et ses nécropoles.
À partir des années 1980, c’est le territoire même de la cité qui fit l’objet de nouveaux programmes, de sorte que toutes les caractéristiques d’une cité grecque ont ainsi été abordés,
son cadre urbain et son territoire, ses institutions civiques et religieuses, sa vie économique et artistique.
C’est cette aventure scientifique et humaine que retrace la conférence consacrée au centenaire des fouilles de l’École française d’Athènes à Thasos.

« Sous l’éclat de la sibylle : l’imaginaire de la Grèce chez Henry Bauchau »
Prof. Myriam WATTHEE-DELMOTTE (FNRS, UCLouvain, Fonds H. Bauchau UCL, Académie Royale de Belgique); avec la récitante Martine VANDEPEENE.

Henry Bauchau, doyen des lettres belges, vient de nous quitter ce 21 septembre 2012 et il a rejoint la légende : il aurait eu cent ans ce 22 janvier. Il est resté actif jusqu’à la fin ; son dernier poème est signé de trois jours avant sa mort.
L’imaginaire de la Grèce traverse son oeuvre de part en part. Il fait de nous des contemporains d’Alexandre le Grand, des arpenteurs de l’Attique en compagnie Oedipe, des amis d’Antigone…. A partir de l’image de la Sibylle grecque, Henry Bauchau a compris, à plus de 30 ans, comment reconstruire sa vie sur ses ruines et il a refait une place dans la littérature pour ce qui, depuis trop longtemps, n’y était plus inclus : l’espérance. Dans ses poèmes, son théâtre, ses romans Oedipe sur la route et Antigone entre autres, il a donné une voix à ce qui reste dans l’ombre de notre société d’action trépidante : la solidité de ce qui s’élabore dans la lenteur, la force insoupçonnée du rêve, la puissance de la présence attentive à autrui. Il nous donne une formidable leçon d’endurance, de responsabilité et de sagesse, qu’il puise dans sa connaissance érudite du monde de l’Antiquité.
C’est à l’exploration des valeurs et des saveurs du monde imaginaire de cet auteur majeur de notre siècle que nous introduira cette soirée. On alternera l’information assurée par le Professeur Myriam Watthee-Delmotte, Directrice du Fonds Henry Bauchau de l’UCL, et des interventions de la Sibylle , mises en voix par la comédienne Martine Vandepeene.

« Techniques et croyances des alchimistes grecs de l’Antiquité et du Moyen Age »
Prof. Robert HALLEUX (U Liège)

Dans la littérature grecque, les textes alchimiques sont probablement les plus difficiles. Ils ont été écrits pour n’être pas compris sauf par les initiés. Du Ier siècle au XVe, la tradition manuscrite a multiplié les corruptions textuelles et les écrans filtrants.
La conférence s’efforcera de débrouiller l’écheveau des traditions, de situer les auteurs dans leur temps et leur milieu, avant de poser la question-clé : que se passait-il dans le fourneau de l’alchimiste ? On verra comment les alchimistes, s’appuyant sur les techniques avancées des orfèvres, des verriers et des teinturiers, se sont efforcés d’en comprendre les principes dans le cadre de leurs théories de la matière, pour les appliquer à l’entreprise chimérique de la transmutation.

« Les Etrusques face aux Grecs. L’hellénisation de l’Etrurie à travers les découvertes archéologiques récentes  et les collections du Musée de Mariemont et de l’exposition au Musée de Tongres ».

Prof Paul FONTAINE (Fu St Louis Bruxelles)  & Annie VERBANCK-PIERARD (Musée Royal de Mariemont)

À travers leurs colonies et leur commerce maritime, les cités grecques se manifestent comme semeuses de civilisation sur les pourtours de la Méditerranée au premier millénaire av. J.-C. Les Étrusques, comme d’autres peuples de l’Italie, furent pris dans le mouvement et, paradoxalement, construisirent leur identité en empruntant largement au monde grec.
Après une brève mise en contexte, la première partie de l’exposé (P. Fontaine) montrera comment l’archéologie et l’épigraphie permettent, mieux que la tradition littéraire – exclusivement grecque et partiale, d’appréhender la réception de la culture grecque en Étrurie : différents exemples tirés de l’architecture et de la peinture autant que de l’artisanat illustreront cette appropriation de modèles grecs, souvent réinterprétés de manière originale, avec, le cas échéant, un jeu d’influences inversé, des Étrusques vers les Grecs. Tant il est vrai que la culture de ces derniers ne s’implante pas dans un désert, mais dans un milieu à fortes traditions indigènes. L’exposé recoupera ainsi le thème général de l’exposition sur les Étrusques nouvellement inaugurée à Tongres.
La seconde partie de l’exposé (A. Verbanck) s’attachera, dans la même perspective de la rencontre des cultures, à quelques pièces majeures de la collection étrusque du Musée royal de Mariemont.

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