conférences (2013-2014)

Posté le 5 octobre 2013

« L’Acropole d’Athènes en mutation: restaurations et nouveautés »
Prof. Bernard Holtzmann (Université Paris-Ouest Nanterre)
Depuis 1975, un programme très ambitieux de restauration, aujourd’hui en cours d’achèvement, a modifié l’aspect du site et de ses monuments et accru considérablement nos connaissances. Un nouveau musée, d’une conception originale, témoigne de cette mutation.
« L’énigme de la machine d’Anticythère »
Prof. Efthymios Nicolaïdis (FNRS Athènes)
La machine d’Anticythère, ainsi appelée de l’île où elle a été trouvée, dans un navire romain qui y avait fait naufrage vers 80 av.J.C., est un apax technique. D’une part nous ne connaissons pas d’autres exemplaires de machines semblables, d’autre part nous avons quelques descriptions de machines reproduisant le mouvement des astres.
Cicéron évoque deux machines semblables. La première, construite par Archimède, se retrouva à Rome grâce au général Marcus Claudius Marcellus. Le militaire romain la ramena après le siège de Syracuse en 212 avant JC, où le savant grec trouva la mort. Marcellus éprouvait un grand respect pour Archimède (peut-être dû aux machines défensives utilisées pour la défense de Syracuse) et ne ramena que cet objet du siège. Sa famille conserva le mécanisme après sa mort et Cicéron l’examina 150 ans plus tard. Il le décrit comme capable de reproduire les mouvements du Soleil, de la Lune et de cinq planètes: Cicero, De Re Publica I, 14 (22). Cicéron mentionne un objet analogue construit par son ami Poseidonios (Cicero, De Natura Deorum II, 34 (88)).
Cette machine de bronze est actuellement fragmentée en trois parties principales et 79 autres plus petites, exposées au Musée Archéologique d’Athènes; elle occupe le volume d’un petit boîtier haut de 21 cm, large de 16 et épais de 5. Les 82 fragments sauvés à ce jour contiennent une trentaine de roues dentées, d’axes et autres éléments. La machine devait probablement être actionnée à la main au moyen d’une manivelle ou d’un élément équivalent.
Son fonctionnement se base sur les mouvements différentiels des engrenages permettant de calculer la position des astres à un moment donné. Les recherches récentes ont fixé l’agencement des cadrans : la face avant possédait des aiguilles indiquant les positions et les phases de la Lune et du Soleil par rapport au Zodiaque, ainsi qu’un cadran correspondant au calendrier solaire égyptien de 365 jours. La face arrière comportait deux cadrans principaux et deux subsidiaires, l’un correspondant à un calendrier astronomique, le cycle de Méton, l’autre correspondant au Saros, cycle de lunaisons permettant de prédire des éclipses. On tournait la manivelle pour régler le mois et l’année sur le calendrier métonique, le calendrier égyptien sur l’autre face permettant de régler le jour. Pour prédire une éclipse, on faisait tourner la manivelle jusqu’à ce que l’aiguille du cadran du Saros tombe sur une inscription correspondant à une éclipse. Le cadran métonique indiquait alors le mois et l’année de cette éclipse. Pour calculer le jour précis de l’éclipse, on se reportait sur la face avant et on tournait la manivelle pour mettre les aiguilles indiquant les positions de la Lune et du Soleil en phase (position de la nouvelle Lune pour une éclipse solaire) ou en opposition de phase (position de la pleine Lune pour une éclipse lunaire), l’aiguille du calendrier égyptien indiquant le jour précis de l’éclipse. Les cadrans subsidiaires donnaient des informations complémentaires, telles que les années et la succession de divers jeux antiques.
Néanmoins, nous sommes encore loin de la représentation fidèle du fonctionnement de la machine. Vu qu’une grande partie n’a pas été trouvée, la question se pose de savoir si elle représentait aussi le mouvement de cinq planètes de l’Antiquité, Mercure, Venus, Mars, Jupiter et Saturne. Les inscriptions trouvées sur le machine, véritable mode d’emploi, semblent corroborer cette hypothèse. La recherche continue…
E. Nicolaïdis
Homère à Alexandrie: l’épopée réveillée par l’érudition
Prof. Charles Doyen (chargé de recherches FRS-FNRS, UCLouvain)
Héritage et souvenir de l’époque mycénienne, l’épopée grecque telle que nous la connaissons s’est structurée à l’époque archaïque, après s’être progressivement nourrie et enrichie de nouvelles valeurs sociales. De cette situation résulte un décalage évident entre le récit, qui est éloigné des auditeurs dans le temps et l’espace, et le message sous-jacent, qui leur est parfaitement contemporain. Dès lors, l’épopée est en permanence le vecteur de l’identité archaïque.
À l’époque classique, alors que se rigidifient les traditions orales qui donnent vie à l’épopée, le matériau épique est remployé par les poètes lyriques qui, comme Pindare, se font les chantres des valeurs aristocratiques ; au même moment, les Tragiques et, en premier lieu, Eschyle, investissent les cycles épiques pour soutenir la démocratie athénienne. Dans ce cadre civique, l’épopée et ses avatars donnent à penser : la poésie est au fondement des réflexions philosophiques de Platon et d’Aristote.
L’efflorescence intellectuelle qui marque les débuts de la dynastie lagide en Égypte remet au goût du jour l’épopée archaïque : d’une part, Homère est le modèle absolu dont s’inspirent ou s’écartent les poètes alexandrins, tels Lycophron de Chalcis, Callimaque de Cyrène ou Apollonios de Rhodes ; d’autre part, les premiers philologues (Zénodote d’Éphèse, Aristophane de Byzance, Aristarque de Samothrace) mettent au point la critique textuelle alexandrine en éditant et commentant l’épopée homérique.
« L’Acropole d’Athènes en mutation: restaurations et nouveautés ».
Rome: polis hellenis? L’identité romaine entre sources et archéologie.
Prof. Marco Cavalieri (UCLouvain et Florence)
Selon la critique historique, le besoin de définir cette cité de l’Italie antique au moyen d’une étiquette ethnique, était déjà très présent bien avant qu’elle ne domine le monde. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous chercherons dans cette conférence à comprendre, à travers une série d’exemples, le rapport qu’entretenait Rome avec les divers mondes grecs et les modalités grâce auxquelles s’est noué un tel contact, dans des lieux et à des moments différents.
À travers le filtre des sources littéraires grecques et latines, nous voudrions fournir une synthèse sur les derniers faits archéologiques se rapportant aux influences, à la mode et à la culture grecque à Rome, qui, à la fin du Ier siècle a.C., ont conduit le poète Horace (Epist. II, 1, 156) à écrire la célèbre phrase « Graecia capta ferum victorem cepit, et artes intulit agresti Latio ».
Mais quelle est la part d’influences grecques que la recherche moderne décèle dans l’étude de l’identité romaine exprimée dans le Forum romain, sur le Palatin ou dans le vaste Champ de Mars ? Notre conférence tentera d’apporter des réponses, bien que limitées, à ces questions complexes et parfois épineuses.

M. Cavalieri.

 » La Flagellation» d’Urbino (Pierro della Francesca). Un rêve manqué d’unité européenne ou l’énigme enfin résolue ».

Prof. JP DERIJCKE (conservateur du Musée des Beaux Arts de Tournai)

La « Flagellation » de Piero della Francesca est une des œuvres les plus belles et solennelles de la Renaissance italienne. Il est aussi le plus controversé de toute l’histoire de l’art moderne. La raison en est que sa signification profonde n’a jamais pu clairement être établie depuis que des bataillons d’historiens de l’art se sont penchés sur la question pendant des siècles.
Après une recherche personnelle d’une dizaine d’années sur le tableau à l’occasion d’un long séjour en Grèce et à la suite de déductions entièrement rationnelles, l’identification irréfutable du probable commanditaire de l’œuvre permet d’en préciser le sens autour du rapprochement politique et spirituel gréco-latin provoqué par la pression ottomane sur l’empire byzantin quelques années avant sa chute finale en 1453. Plus que jamais, l’image est d’actualité au moment où ressurgit l’éternelle question des rapports entre Orient et Occident.

JP De Rijcke

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