conférences (2014-2015)

Posté le 9 août 2014

« La mesure du temps en Grèce et Rome antiques. »

Prof.E.NICOLAIDIS (Fonds National de la recherche scientifique, Athènes) & Prof.Patrick MARCHETTI (UCLouvain-L-N et FUNDP Namur).

Depuis la plus haute antiquité les hommes ont essayé de construire des calendriers. Les sociétés agricoles, les premiers États ainsi que les religions avaient besoin de déterminer les saisons et leurs subdivisions. L’horloge pour toutes ces mesures : le ciel. En observant la marche des étoiles, du Soleil et de la Lune, les Chaldéens, les Babyloniens et les Égyptiens, ont construit des calendriers assez précis dont les connaissances ont été transmises en Grèce antique.
Dès le 6e s. av. J.C., notamment l’astronome athénien Méton, en observant pendant le solstice d’été le lever du soleil au Lycabette depuis le Pnyx, détermina avec une étonnante précision la longueur de l’année solaire. Depuis, des générations d’astronomes et des mathématiciens ont amélioré le calendrier et inventèrent des instruments de mesure de l’heure de plus en plus précis : cadrans solaires, clepsydres et horloges hydrauliques. Des techniciens anonymes ont construit de merveilleuses machines à calculer le calendrier, comme la fameuse machine d’Anticythère, cette calculatrice à engrenages du début du 1er s. av . J.C. qui fait l’admiration de tous les spécialistes.
Dans cette conférence nous allons présenter les méthodes et les instruments qui ont servi, pendant l’antiquité grecque et romaine à calculer le temps : de Méton à la coupole du Panthéon à Rome, en passant par la machine d’Anticythère et la tour des vents à Athènes.
Et nous nous efforcerons de mettre en perspective la mise au point d’un calendrier romain sous J. César, le fameux calendrier « julien » dont nous avons hérité et qui sert encore de référence pour la mesure de l’année et des mois. Cette avancée décisive en matière de calcul du temps a bénéficié directement des immenses progrès réalisés par les astronomes grecs, dont le mécanisme d’Anticythère est l’un des produits les plus élaborés qui nous soient parvenus.

E. Nicolaidis & P. Marchetti

« Après l’Iliade, l’Odyssée… »

Prof. Ph. BRUNET (U. Rouen).

Traduire l’Iliade était une entreprise, folle, longue, mais doubler la mise en traduisant l’Odyssée entraîne un certain nombre de remises en question. L’exercice de traduction pourrait sembler un simple exercice technique. C’est beaucoup plus que cela. Peut-on faire, au cours d’une même vie, deux fois la même chose ? quelle distance est nécessaire ? La poésie est-elle un but formalisable ? Peut-on traduire la forme, l’harmonie sonore, en prenant en considération le travail d’anaphonie que Saussure a traqué dans ses recherches ? Le but est d’aller vers l’Odyssée, non sans quelques détours… La composition d’un poème est venue interrompre le processus de traduction. Un fils de samourai, en 1868, voulant rentrer chez lui après un séjour à Berlin, choisit de passer par la Sibérie. Dans son errance d’ouest en est, Eijirô met en rapport l’Occident et l’Orient, le passé et l’avenir. A cheval, à pied, le récit poétique scande cette traversée. Des extraits du Retour d’Eijirô ont été lus à Vaison-la-Romaine lors de l’édition 2014 de la Semaine de théâtre antique.
Je me propose de prendre conjointement ces aspects du même travail, sans les séparer : traduction nouvelle du poème le plus connu, composition d’un poème nouveau autour d’un personnage inconnu, pour arriver à mieux comprendre les principes de l’écriture poétique.

Ph.Brunet.

Thorikos d’Attique : un centre palatial mycénien
Prof. Robert LAFFINEUR (ULg)

Le site de Thorikos, situé près de la ville moderne de Lavrion, à la pointe sud-est de l’Attique, est depuis 1963 l’objet de fouilles archéologiques menées par une mission belge. Ces recherches ont révélé l’importance stratégique du site à l’époque classique comme centre d’exploitation du plomb argentifère et de production de l’argent qui fut utilisé en abondance pour le monnayage athénien. Mais les époques antérieures ont livré également d’importants vestiges. C’est le cas de la phase dite géométrique, au début de la période historique, dans les premiers siècles du Ier millénaire, et aussi de l’époque mycénienne, au cours de l’Âge du Bronze récent, à la fin des périodes proto-historiques, dans la seconde moitié du IIe millénaire.

L’exposé s’intéressera à cette phase mycénienne, qui est caractérisée principalement par des tombes monumentales, souvent qualifiées de « royales ». Mais l’exploitation minière y est déjà bien attestée. Elle donnait à Thorikos une position prépondérante incontestable dans les réseaux d’approvisonnement et d’échange de matières premières métalliques en Méditerranée orientale. Elle imposait aussi la présence d’une administration centralisée des richesses naturelles et supposait en conséquence l’existence d’un pouvoir local de type vraisemblablement palatial.

Robert LAFFINEUR
Professeur émérite de l’Université de Liège
Apparition, utilisation et disparition de l’or monnayé au nom d’Alexandre le Grand : une monétisation massive sans croissance économique ?
Prof. François de Callataÿ
(Bibliothèque Royale de Belgique, ULB, Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris)
La conversion massive par Alexandre le Grand des trésors accumulés par les Achéménides en monnaies d’or et d’argent est un phénomène majeur de l’histoire monétaire mondiale. Par son ampleur, cette augmentation soudaine de la masse monnayée en circulation ne se compare avec aucun autre épisode antique ou médiéval. Ce n’est pas tant l’accroissement du nombre d’études de coins ou de trésors recensés qui nous autorise aujourd’hui à proposer une vision plus nourrie de ce grand dossier historique. Nos idées se sont à ce propos précisées, mais pas profondément modifiées. Sauf que, pour l’étude de la circulation par les trésors, on n’avait pas proposé jusqu’ici de vision globale tant géographique que chronologique, et que – ce faisant – il est permis de mettre en évidence un schéma très clair quant à la question de savoir dans quelle direction est parti l’or monnayé après 250 av. J.-C. Mais il est surtout possible d’agréger au dossier quatre types d’arguments, qui tous paraissent renforcer le même schéma directeur : 1) les analyses métallographiques, en particulier celles portant sur les éléments traces (platine et palladium), 2) une attention renforcée aux rapports entre monnaies et orfèvrerie (pour lesquels Yanis Touratsoglou avait déjà tracé la voie), 3) le traitement du dossier épigraphique, maigre mais fortement instructif, et – last but not least – 4) la prise en compte du prisme plus grossissant que déformant de la Nouvelle Comédie, Plaute en tête, dont – s’agissant des monnaies – les archétypes fonctionnent toujours dans le même sens. L’enquête permet de montrer que, pour l’essentiel, l’or monnayé d’Alexandre a emprunté des circuits courts, à la fois 1) temporellement puisqu’il disparaît pour l’essentiel en une grosse génération, 2) géographiquement puisqu’il semble avoir surtout concerné la Macédoine et les Balkans, et 3) socialement puisqu’il paraît confiner à des archétypes qui ne s’éloignent pas beaucoup de la sphère militaire. Dès lors, et au contraire de ce que les historiens ont généralement soutenu à la suite de Gustav Droysen, il ne semble pas que l’or monnayé d’Alexandre, essentiellement transformé en dépenses de prestige non productives, a beaucoup contribué à créer de la richesse durable par l’augmentation des capacités de production.
François de Callataÿ
« Augusti Manes volitant per auras: propagande et politique dans le Forum du premier empereur romain »
Prof. Marco Cavalieri (U. Florence, UCLouvain-l-N)
À la fin de guerres civiles et une fois consolidé son pouvoir institutionnel, entre 31 et 27 av. J.-C., Imperator Caesar Diui f. Augustus dominait toute l’arène politique et pouvait se lancer sans inquiétude dans la transformation architecturale et le développement urbanistique de Rome.
C’est à ce moment que commence la mise en chantier de projets édilitaires grandioses, répartis dans l’ancienne et chaotique ville républicaine : l’objectif au fil des années est évident, il s’agit de reconstruire la quasi-totalité des temples, de les embellir, mais surtout de doter l’Vrbs de nouveaux bâtiments publics destinés à soutenir la nouvelle idéologie du pouvoir.
On érigea sur le Champs de Mars (Campus Martius) pas moins de deux théâtres. Le premier (13-11 av. J.-C.) dédié à Marcellus (neveu et beau-fils d’Auguste) et le second (13 av. J.-C.) à Balbus (un partisan de l’empereur) ; mais dans la même région, le Princeps promut la construction d’un mausolée dynastique monumental, ainsi que de très nombreux aedes, porticus et complexes thermaux, sans oublier la création d’un énorme lac artificiel. En revanche, le majestueux autel de la Paix (Ara Pacis) fut quant à lui dédié par le Sénat.
Auguste restaura le Forum Romanum et compléta le Forum de César, en les mettant en rapport spatial l’un avec l’autre, mais surtout en les annexant au nouvel et gigantesque espace public qui prit le nom d’Auguste lui-même.
Comme nous l’apprend Vitruve, l’établissement de cette œuvre avait pour Auguste une signification essentiellement politique : dans la majesté des édifices publics de Rome – et surtout du Forum Augusti – , il fallait refléter son rôle de capitale de l’Empire. La cité devait apparaître, extérieurement aussi, comme l’héritière des grandes capitales hellénistiques, tout en ne niant pas son passé italique. La conférence tentera d’analyser comment les formules architectoniques, sculpturales et scénographiques gréco-hellénistiques ont été assimilées par les architectes romains et développées encore davantage, en portant l’architecture à de nouvelles formes employées comme moyen de propagande politique.
Prof. M.Cavalieri

« Trésors de l’art byzantin à Chypre: orfèvrerie, mosaïques, icônes, peinture monumentale … »

Prof. Catherine VANDERHEYDE (ULBruxelles et U. Strasbourg)
Située aux portes de l’Orient, l’île de Chypre a, depuis les époques les plus reculées, été ouverte aux influences du monde oriental, mais elle n’en demeura pas moins tournée vers l’Occident au gré des événements historiques. Elle possède un riche patrimoine qui reflète une civilisation exceptionnelle. Cette conférence aura trait à l’art qui se développe à Chypre lorsqu’elle faisait partie de l’Empire byzantin, à savoir entre le IVe siècle, époque de la fondation de Constantinople et de la diffusion de la religion chrétienne sur les territoires de l’ancien Empire romain, jusqu’à l’avènement du royaume des Lusignan sur l’île en 1192.


Au travers d’une sélection d’œuvres relevant des divers domaines de l’art, les grandes étapes de l’histoire de Chypre seront mises en lumière. L’architecture monumentale et les précieux objets orfévrés laisseront entrevoir la formidable richesse qui caractérise cette île, alors l’une des provinces les plus prospères de l’Empire byzantin. Située au cœur de la lutte entre Byzantins et Arabes, elle constituera néanmoins une terre d’exil pour les moines fuyant la persécution ordonnée par les empereurs iconoclastes. Une fois redevenue pleinement byzantine en 965, de nombreux monastères vont peupler l’île, en se nichant notamment sur les contreforts du massif montagneux du Troodos. Un art de peindre d’une grande qualité s’y développera dont témoignent encore de splendides fresques et icônes parvenues jusqu’à nous. Si l’île deviendra latine par la suite et se couvrira d’édifices gothiques et vénitiens, l’héritage byzantin demeurera présent. C’est en effet aux peintres byzantins que feront appel les Gênois de Famagouste pour décorer leurs églises. Le patrimoine byzantin et médiéval de Chypre s’inscrit ainsi pleinement dans l’histoire de la culture européenne.

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