conférences (2016-2017)

Posté le 25 juin 2016

la recherche de l’Eleusis d’Alexandrie (Egypte). Fouilles archéologiques du Musée Royal de Mariemont à Smouha »

Mme Marie-Cécile BRUWIER (Directrice du Musée Royal de Mariemont)

Parmi les collections du Musée royal de Mariemont se trouvent le buste colossal d’une reine ptolémaïque et deux mains l’une dans l’autre, deux fragments acquis par Raoul Warocqué (1870-1917) en 1912. Une première enquête réalisée dans les récits des voyageurs qui ont voyagé en Égypte au cours des siècles passés a contribué à identifier le site d’où proviennent ces fragments. Richard Pococke (1704-1765), par exemple, raconte les avoir vus gisant dans un marécage près d’Alexandrie, à l’est de la Porte de Rosette. Ils s’y trouvaient parmi les ruines d’un monument dont subsistaient des colonnes et des sphinx. L’examen attentif des cartes du XIXe siècle et des cartes contemporaines par les topographes du Centre d’ Études Alexandrines a permis de préciser que cette construction devait se trouver dans l’actuelle Smouha, faubourg d’Alexandrie, construit à partir de 1925.
 Entre 2008 et 2012, le Musée royal de Mariemont et le Centre d’ Études Alexandrines y ont procédé à des relevés topographiques, des sondages suivis de fouilles archéologiques. Parmi les éléments architecturaux mis au jour se trouvent un grand nombre de blocs et quelques colonnes en granite. La structure révélée présente deux alignements parallèles évoquant une colonnade. Le mobilier archéologique relevé compte des céramiques et de nombreux tessons parmi lesquels des fragments de lampes portant l’évocation d’Isis avec l’enfant Horus et de Sérapis.
 La fouille archéologique est aujourd’hui terminée. La conférence sera consacrée à la présentation de cette recherche et aux hypothèses proposées pour l’interprétation du site archéologique et des fragments de statues colossales associés au monument dont les vestiges ont été fouillés. Les résultats et l’état de la question des fouilles archéologiques du Musée royal de Mariemont seront publiés dans le prochain volume des Cahiers de Mariemont.

« Le mécanisme d’Anticythère à la lumière des derniers résultats des recherches »

 

Présentation en exclusivité du modèle reconstitué de ce mécanisme.

Professeur Efthymios NICOLAIDIS (FNRS Université d’Athènes)

Le mécanisme d’Anticythère, découvert en 1900 dans un naufrage d’un navire romain près de la côte de l’île homonyme, a été depuis 1905 l’objet de recherches de nombreux savants de différentes disciplines. Dès 1902 on a remarqué dans les caisses des trouvailles du naufrage rapportées au musée d’Athènes un objet étrange qui semblait comporter des engrenages, chose qui a hautement surpris les spécialistes de l’histoire des sciences et des techniques de l’antiquité. En 1905 le savant allemand Albert Rehm a remarqué sur l’objet des noms de corps célestes, dessiné un train d’engrenages et considéré que cet instrument était une sorte d’astrolabe. En 1934 l’amiral Théophanidès construisit un premier modèle. Le fameux historien des sciences Derek de Solla Price étudia le mécanisme de 1950 à 1974 en collaboration avec Charalampos Karakalos qui fut le premier à faire des radiographies du mécanisme afin de révéler l’intérieur. Derek Price construisit un modèle bien plus compliqué que celui de Théophanidès. Son livre Gears from the Greeks relança l’intérêt international pour le mécanisme. Dans les années 1980, un illustre spécialiste des instruments anciens, Michael T. Wright construisit un modèle qui révolutionna notre conception du mécanisme : Wright considéra que ce mécanisme est un planétarium montrant les mouvement de toutes les planètes connues dans l’antiquité et remarqua que la face arrière ne comportait pas des cercles connectiques mais des spirales ; il remarqua aussi que le tarin d’engrenages de la lune comporte une fente à goupille.
En 2005 une équipe multidisciplinaire internationale a été formée et en collaboration avec Hewllet Packard et X-Tek systems a procédé au scannage du mécanisme avec un scanner de huit tonnes construit à cet effet, ainsi qu’à des photographies de surface avec une technique spéciale. Cette équipe qui comprend des archéologues, des paléographes, des historiens des sciences et des techniques et des mécaniciens a déjà publié les premiers résultats des ses recherches et en mai 2016 les résultats définitifs concernant les inscriptions, dans un numéro spécial de la revue Almagest, Intenational journal for the history of scientific ideas (diffusé par Brepols). Basés sur les résultats de ces recherches de nouveaux modèles du mécanisme ont été construits.
Dans la conférence nous allons présenter les derniers résultats des recherches sur le mécanisme d’Anticythère ainsi qu’un modèle, construit en 2012, fondé sur les scanners de l’équipe internationale des recherches.

Pour en savoir plus : http://www.antikythera-mechanism.gr/

 

«La Romanité et le bilinguisme gréco-latin à Byzance. La circulation des textes à Constantinople à l’époque de Justinien.»
Professeur Bruno ROCHETTE (ULiège)

L’empire byzantin se présente d’une certaine façon comme la traduction en grec de l’Empire romain. Fondée par Constantin en 324, mais achevée au VIe s., au temps de Justinien, Constantinople tâcha de s’imposer comme nouvelle Rome en terre grecque, puis, après la chute de l’Empire romain d’Occident, comme la seule version autorisée de l’Imperium Romanum. Rome était une ville bilingue. Constantinople se devait de l’être aussi. N’en déplaise à ceux qui avaient favorisé cette œuvre de translation, Constantinople n’était toutefois qu’une copie, une « belle infidèle », par rapport au prototype, qui reste unique. Il n’empêche que la romanité de Byzance est une évidence aux yeux de tous. Je tenterai de mesurer le degré de pénétration de la culture littéraire de langue latine à Constantinople à l’époque de l’empereur Justinien. Je tenterai de mesurer le degré de pénétration de la culture littéraire de langue latine à Constantinople à l’époque de Justinien.

« La Macédoine de Philippe, d’Alexandre et de leurs successeurs, révélée par des documents inédits:

1. Une journée fatale à Aigeai :historiens, romanciers et un papyrus d’Oxyrhinchos.
2. Une ambassade qui n’est jamais rentrée au pays et les plans d’Alexandre d’après une inscription de Philippes.

Prof. Miltiades HATZOPOULOS (Directeur du Centre de Recherche de l’Antiquité Grecque et Romaine à Athènes. Membre de l’Académie d’Athènes et de l’Institut de France (Académie des Inscriptions et Belles lettres).

Il y a peut-être deux moments cruciaux dans la carrière d’Alexandre : le jour où il succéda comme roi des Macédoniens à son père assassiné et celui où il décida d’endosser la succession de Darius III comme roi de l' »Asie », c’est-à-dire de l’empire perse. En effet, de son rôle dans la grande épreuve de l’assassinat de son père dépend l’idée qu’on se fait de son caractère et de sa carrière ultérieure. Fut-il un grand stratège et aussi un administrateur visionnaire ou un tyran sanguinaire, prototype de Staline et d’Hitler, et le meurtre de Philippe fut-il le premier d’une longue séquence de crimes ? Il serait également important de savoir quels étaient les plans d’Alexandre quand il se lançait dans la guerre contre Darius : était-ce la conquête du monde, la soumission de l’empire achéménide ou simplement la vengeance pour les destructions sacrilèges commises par les Perses lors de l’invasion de Xerxès ? Quel crédit faut-il accorder à la fameuse transformation d’Alexandre entre l’incendie de Persépolis et la mort de Darius III ? Cela fait des siècles que l’on débat de ces questions sans résultat. En effet, comment parvenir à la vérité, quand toutes les oeuvres des historiens contemporains de Philippe et d’Alexandre sont perdues et que nous ne disposons que des récits rédigés trois à six siècles après la mort de ces rois ? Pourtant les documents qui permettent d’y répondre existent, mais en dehors des sources littéraires. Encore faut-il les chercher, les reconnaître pour ce qu’ils sont et les exploiter. Le but de cette conférence est de vous les présenter.

 


« Compter, mesurer et payer en Grèce antique »
Prof. Charles DOYEN (UCLouvain)

À la fin du règne de Philippe II et au début du règne d’Alexandre III (le futur Alexandre le Grand), l’Amphictionie de Delphes assume successivement deux réformes monétaires fonda­men­tales. La première réforme, entre le printemps 336 et le printemps 335, instaure un nouveau mon­na­yage de bon poids éginétique (6,21 g) aux types et au nom de l’Am­phictio­nie, destiné à remplacer l’ancien éginétique de poids réduit (5,80 g). Le devis de cette frappe en lui-même fournit de précieuses informations sur les coûts de la production monétaire. Cette expérience d’un nouveau monnayage commun est brutalement inter­rom­pue au printemps 335 : la volte-face de l’Amphictio­nie s’explique probablement par des motifs politiques (remplacement de Philippe II par Alexandre III comme souverain de Macédoine, stratège de la Confédération thessalienne, Amphiction et hêgêmôn de la Ligue de Corinthe) et des motivations économiques (coût exorbitant de l’opération et non-conformité du nouvel amphictionique par rapport aux standards pondéraux et monétaires de la seconde moitié du ive s.). Dès lors, au printemps 335, les Amphictions entérinent la masse réduite des monnaies éginétiques. Cette nouvelle réforme entraîne une réévaluation des parités entre la drach­me éginétique allégée (5,80 g) et la drachme attique (4,35 g), la modification du cours des monnaies d’or et d’électrum, ainsi que l’augmentation du ratio bronze–argent et la redéfinition complète du système pondéral attique. Cette conférence visera à expliquer l’étroite intrication entre les systèmes de mesure, les étalons pondéraux et les étalons monétaires en Grèce ancienne.

 

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