conférences (2018-2019)

Posté le 18 juin 2018

« La modernité de Galien, médecin grec dans l’Empire romain ».

Annie Verbanck-Piérard (Conservatrice au Musée Royal de Mariemont)

« La réflexion méthodologique autour de l’œuvre de Galien, de ses questionnements et de sa postérité permettra d’apprécier, sans anachronisme, quels furent effectivement son apport et son rôle non seulement de son vivant, depuis les gladiateurs de Pergame jusqu’aux empereurs de Rome, mais aussi, de façon plus générale, dans l’histoire des sciences et dans notre actualité ».

« Devenir médecin dans l’Egypte gréco-romaine: le témoignage des papyrus documentaires grecs »

Antonio Ricciardetto(Université Paris Sciences & Lettres, Collège de France (Paris), Ulg)

Parmi les centaines de milliers de papyrus tirés des sables d’Égypte, où le climat chaud et sec a permis leur conservation, plus de cinq cents documents écrits en grec ont un contenu médical. Datés grosso modo de la conquête d’Alexandre le Grand, en 332 avant notre ère, à l’arrivée des Arabes, en 641/642 de notre ère, ils donnent une foule d’informations sur le genre de vie, l’état sanitaire, l’alimentation, l’hygiène, les accidents, maladies et épidémies des autochtones, ainsi que sur la démographie et l’organisation de la médecine, dont ils constituent l’une des sources principales pour l’Égypte, à côté des inscriptions, des textes littéraires et des découvertes archéologiques (y compris les restes humains).

Partant du seul contrat d’apprentissage et d’enseignement de la médecine sur papyrus connu à ce jour, nous nous intéresserons aux conditions concrètes de l’accès à la profession médicale dans l’Égypte gréco-romaine. Que nous apprennent ces documents sur la formation des futurs médecins et sa réglementation ? À quel âge entrait-on d’ordinaire en apprentissage ? Où s’effectuait l’apprentissage et quelle était sa durée ? Que sait-on du contenu de l’enseignement destiné aux débutants ? C’est à ces questions que l’on tentera de répondre, en accordant en outre une attention particulière à la réception, en Égypte, du Serment d’Hippocrate (c. 460/370 av. J.-C.), qui vient de faire l’objet d’une nouvelle édition critique par Jacques Jouanna (Paris, Les Belles Lettres, 2018) et dont s’inspire le serment que prononcent encore aujourd’hui les futurs médecins, avant d’entrer dans la carrière de praticien.


« Le mythe d’Alexandre au pied du Vésuve : une étude historico-critique sur la mosaïque de Gaugamèle retrouvée dans la maison du Faune à Pompéi ». 

Mr MARCO Cavalieri (UCLouvain-la-Neuve, président de l’Institut des civilisations, arts et lettres)

A Pompéi, dans la célèbre Maison du Faune, une des habitations les plus imposantes et les plus luxueuses de l’époque samnite, fut retrouvée au cours des fouilles du XIXe siècle la non moins célèbre mosaïque représentant Alexandre le Grand au cours d’une de ses batailles devenues mythiques contre le roi des rois. Depuis sa découverte en 1831, cette œuvre extraordinaire a fasciné et intrigué savants, poètes et adeptes du Grand Tour. Son iconographie, sa production, sa signification dans la demeure d’un notable pompéien de la fin du IIe siècle av. J.-C. posent tant de questions : pourquoi exposer l’image d’Alexandre dans une des salles les plus importantes de sa maison ? comment évaluer la portée symbolique d’un tel choix ? quelle bataille est représentée ? dans quelle mesure l’iconographie de cette mosaïque est-elle tributaire de la grande peinture – complètement disparue – du monde grec ?
Ce sont là quelques-unes des interrogations auxquelles la conférence de Marco Cavalieri cherchera à apporter des pistes de réponse en partant du contexte archéologique, la cité de Pompéi, et en tenant compte de l’appropriation délibérée de la culture hellénique par l’élite samnite de l’Italie préromaine.

« L’âge d’or et ses territoires. De l’Antiquité à l’ère du tourisme mondialisé : permanences et transformations du mythe hésiodique ».

Mme Monique MUND-DOPCHIE (présidente honoraire de l’Académie Royale de Belgique; UCL).

Depuis sa première mention par le poète grec Hésiode, l’âge d’or, période où une première humanité aurait joui d’un bonheur parfait, a profondément marqué l’imaginaire occidental : tantôt il suscite la nostalgie, parce qu’il est considéré comme irrémédiablement perdu, tantôt il alimente l’espoir de son retour et donc d’une nouvelle période de bonheur. En revanche, il est moins souvent ancré dans le temps présent et, quand il l’est, il se trouve généralement installé dans des lieux extrêmement lointains et quasiment inaccessibles. Ce sont ces « enclaves d’âge d’or » qui feront l’objet principal de cette conférence.
Pour mener une enquête à leur propos, il convenait d’étudier d’abord les textes transmis par l’Antiquité sur l’âge d’or. Ce dernier interférant tout au long de sa transmission avec d’autres mythes et concepts – paradis terrestre, utopies, pays de Cocagne -, je n’ai voulu retenir que les textes mentionnant explicitement l’âge d’or, qu’il soit chronologique ou géographique, pour éviter de faire dire aux textes plus que ce qu’ils voulaient dire et de déduire de constats partiels une assimilation qui ne s’imposait pas.
Ensuite, je me suis intéressée à trois autres périodes de notre histoire en raison de leur approche spécifique des peuples dits premiers et d’une nature quasiment vierge. La découverte de l’Amérique s’est imposée à travers la rencontre inaugurale des Hispaniques avec les Indiens des Caraïbes, qui a inspiré les premières assimilations explicites de ceux-ci avec l’humanité de l’âge d’or. Alors que l’idéalisation de la nature et des Indiens du Nouveau Monde avait quasiment disparu au XVIIIe siècle, la découverte de Tahiti réalimenta et renouvela le rêve d’âge d’or. Enfin, les destinations lointaines du tourisme planétaire actuel sont promues à travers des références explicites et sous-jacentes au bonheur d’autrefois, dont les ingrédients réactualisent le désir d’âge d’or.
Pour traiter valablement des « enclaves de l’âge d’or » conçues durant ces trois périodes, il importait de les mettre en relation avec les représentations de l’âge d’or temporel qui y circulaient. Vu l’immensité de la matière sur le sujet, je me suis contentée de dégager les grandes lignes des usages qui en ont été faits, en m’appuyant sur des ouvrages remarquables. J’ai pu ainsi retracer le cheminement et les ancrages d’un rêve, qui nous apprend autant, voire plus, sur nous-mêmes que sur les lieux et les populations « autres » entrevues et/ou visitées. Car celui-ci procède de divers besoins, qui peuvent du reste s’additionner : régression du retour dans le sein maternel, aspiration à l’unité de l’homme en lui-même, avec les autres et avec son environnement, explication de la condition tragique de la condition humaine, à la recherche d’un « pays où l’on n’arrive jamais » (André Dhotel).

« Stocks métalliques et monnaies dans l’Empire d’Alexandre ».

Mr JULIEN OLIVIER (Bib. Nat. France)

Les conquêtes d’Alexandre le Grand constituent à plus d’un titre un moment remarquable de l’histoire grecque. L’élargissement de l’oikouméné eut de nombreuses conséquences, notamment l’émergence en quelques décennies de plusieurs royaumes gréco-macédoniens en Méditerranée orientale après une intense période de conflits, entre la mort du conquérant en juin 323 et le premier quart du IIIe siècle av. J.-C. Ces profonds bouleversements vont de pair avec l’introduction par Alexandre d’un monnayage à vocation impériale. Ces monnaies d’or et d’argent aux types et au nom du fils de Philippe II sont encore abondamment produites par les diadoques pour payer leurs armées : elles supplantent rapidement les numéraires préexistants presque partout dans l’Empire.
Cette conférence vise à présenter les résultats de plusieurs années de recherches fondées sur l’analyse élémentaire (composition physico-chimique) de ces monnaies, étude menée sur des exemplaires de la Bibliothèque nationale de France au sein du laboratoire du CNRS IRAMAT-CEB. Confrontée aux données numismatiques, archéologiques et textuelles, cette nouvelle documentation permet de mieux cerner les logiques de captation, de déstockage et de diffusion des trésors achéménides pris par Alexandre dans les palais des Grands Rois Achéménides (Perses).

 

 

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