Liste conférenciers(a-g)

Posté le 7 septembre 2011 @ 11:06 par asblalexandre

Prof. A. ALLARD (UCL et FNDP Namur)

« Aux origines de l’algèbre: Diophante d’Alexandrie ou l’aurore grecque, arabe et latine de Fermat. »

Prof. Th. APPELBOOM (ULB)

« L’héritage médical d’Hippocrate. »

Prof. J.C. BALTY (ULB)

« Mille ans d’hellénisation en Syrie et au Moyen-Orient. »

« Apamée et Palmyre: perméabilité et résistances à la culture grecque. « 

Mme S. BASCH, (écrivain)

« Le mirage grec. La Grèce moderne devant l’opinion française aux XIXe et XXe siècles. »

Prof. MF. BASLEZ (Univ. Paris Sorbonne. Labex (laboratoire d’excellence), RESMED (religions et sociétés des mondes méditérranéens)

« Les Grecs ont-ils inventé le Tourisme ? »

« Accéder à l’immortalité d’Alexandre à Saint Paul: les témoignages de l’archéologie en Macédoine. »

Prof. A. BERNAND (Univ. Lille)

« Le véritable fondateur d’Alexandrie. »

Prof. J. BINGEN (ULB)

« Cléopâtre, vous dites Cléopâtre? »

Prof. J. BOLLACK (Univ. Lille et Paris)

« Hélène : qui est-elle? »

Prof. Har. Brecoulaki (Centre de recherche de l’Antiquité grecque et romaine de la Fondation Nationale de la Recherche Scientifique (Athènes)

 » La grande peinture grecque sur les tombeaux de la Macédoine antique. Résultats de nouvelles recherches. »                                              

Prof. Ph. BRUNET (U.Rouen)

« Après l’Iliade, l’Odyssée… »

Mme Marie-Cécile BRUWIER (Directrice du Musée Royal de Mariemont)

« A la recherche de l’Eleusis d’Alexandrie (Egypte). Fouilles archéologiques du Musée Royal de Mariemont à Smouha »

Prof. D BRIQUEL (Univ. Paris 4)

« Le problème des origines étrusques : comment se situer par rapport aux Grecs ? Entre Grecs et Latins, les Etrusques à l’origine de notre alphabet. »

Mme Odile CAVALIER (Conservatrice du Musée Calvet Avignon)

« Du côté de Pénélope.La femme et le mariage dans la Grèce ancienne. »

Prof. Marco CAVALIERI (UCLouvain et Université de Florence)

« Rome, polis hellenis ? L’identité romaine entre sources et archéologie »

« Augusti Manes volitant per auras: propagande et politique dans le Forum du premier empereur romain. »

« Le mythe d’Alexandre aux pieds du Vésuve : une étude historico-critique sur la mosaïque de Gaugamèle retrouvée dans la maison du Faune à Pompéi. »

Prof. L. COULOUBARITSIS (ULB)

« Mythe et philosophie dans la pensée ancienne. »

« Sens et portée de la philosophie hellénistique »

Prof. C. COURTOIS (UCL)

 » L’architecture théâtrale grecque et romaine. Ses rapports avec la littérature théâtrale. »

« Chypre, l’île d’Aphrodite »

Mr M. DALOZE (Historien de l’Art)

« Les amours des dieux dans les arts plastiques. « 

MR M. DALOZE et Prof. F. VAN GOETHEM

 » Les amours du Taureau dans la mythologie et l’art. « 

Prof. F. de CALLATAÿ (Bibliothèque Royale de Belgique & Ecole pratique des hautes Etudes (Paris))

« L’histoire monétaire de Mithridate Eupator, roi du Pont, dernier émule d’Alexandre le Grand. »

« Le monnayage d’Alexandre. »

« La tétradrachme d’Aitna, une belle leçon d’histoire » ou  » La Mona Lisa du monnayage antique « 

« La sublime beauté des monnaies grecques. »

« Le retour quantifié du « miracle grec » : le bien-être en Grèce ancienne mesurée sur la longue durée. »

 » Apparition, utilisation et disparition de l’or monnayé au nom d’Alexandre le Grand: une monétisation massive sans croissance économique »

Prof. A. DEISSER (ULg)

 » Hélène dans la littérature néo-hellénique: Kazantzakis et Seferis »

Récital de Poésie et Musique grecque « La Grâce, l’Amour et la mer… » Lecture et commentaires du poème « Monogramme » d’ Odysseas Elytis.Accompagnement musical, improvisation : Guy LUKOWSKI (guitare)
Prof. G. N. DERMATIS (Athènes)

« Le Laurion : des mines antiques au Laurion contemporain « 

Prof. Jean-Pierre De RYCKE ( Conservateur  du Musée des Beaux-Arts de Tournai)

« La Flagellation » de Piero della Francesca. Un rêve manqué d’unité européenne ou l’énigme enfin résolue ».
Mise en scène  du rapprochement culturel gréco-latin au cœur de la Renaissance italienne et de la fin de l’empire byzantin.

Prof. P. DEMONT (Univ. Amiens)

« La peste d’Athènes, de Thucydide à Camus. »

Prof. S. DESCAMPS (Ecole du Louvre), Conservatrice en chef du Patrimoine, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines au Musée du Louvre

« Au royaume d’Alexandre Le Grand. La Macédoine antique. »

Prof. G. DONNAY (ULB et MR Mariemont)

« Alexandre et l’invention du classicisme grec. »

« La révolution des orbes célestes, d’Anaximandre à Copernic. »

« Chauvinisme et universalité : le paradoxe de l’art grec. « 

Prof. Ch. DOYEN (Chercheur qualifié au F.R.S.-FNRS à l’UCLouvain)

« Homère à Alexandrie : L’épopée réveillée par l’érudition »

 » Compter, mesurer et payer en Grèce antique »

Prof. J. DOYEN (ULB)

« Géométrie appliquée de l’antiquité à nos jours : du tunnel de Samos au tunnel sous la Manche. »

Prof. J. DRIESSEN (UCL)

 » Dies Irae. La Crète et l’éruption de Santorin. « 

« Sissi (Crète), à l’âge du bronze: l’essor d’une communauté. Des vestiges archéologiques aux mécanismes de cohésion sociale. »

Prof. Y. DUHOUX (UCL)

« Minoens, Mycéniens et Orient aux IIIe et IIe millénaires ACN : civilisations et écritures. « 

 » La Crète de l’âge du bronze : un laboratoire d’écriture. »

« Les débuts de l’écriture en Grèce : syllabaires et alphabets. « 

Prof. A. DUPLOUY (U.Paris 1)

« Le prestige des élites dans la Grèce antique. »

Mr A. FAKINOS, écrivain

« Culture de la Mémoire, Mémoire de la Culture: les leçons de l’histoire de la Grèce moderne. »

Prof. P. FONTAINE (Fac. St Louis Bruxelles)

« Les Etrusques face aux Grecs. L’hellénisation de l’Etrurie à travers les découvertes archéologiques récentes et les collections du Musée de Mariemont. » En collaboration avec Madame Annie VERBANCK-PIERARD (conservatrice au Musée Royal de Mariemont).

Mr M. GRODENT (écrivain helléniste)

« La Grèce n’existe pas ».

Prof. G. GWIZDEK (Univ. Valenciennes)

« La modernité d’Euripide. « 

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Conférences (2010-2011)

Posté le 19 octobre 2010 @ 10:22 par asblalexandre

« La médecine de l’Égypte gréco-romaine révélée par les papyrus ».

Marie-Hélène MARGANNE (Directrice du Centre de Documentation de Papyrologie Littéraire (CEDOPAL)Université de Liège (Belgique)
Si, depuis la plus haute antiquité, l’Égypte était renommée pour l’ancienneté et l’excellence de sa médecine, que se passa-t-il lorsque l’art médical grec hérité d’Hippocrate et de ses disciples y fut importé à la suite de la conquête d’Alexandre le Grand, en 332 avant notre ère ? À côté des sources littéraires qui font de l’école médicale d’Alexandrie » un modèle qui restera pour longtemps inégalé, les papyrus médicaux grecs, retrouvés en nombre sans cesse croissant dans le Pays du Nil, permettent, avec d’autres sources, notamment archéologiques, d’apporter une réponse à la fois nuancée et surprenante sur l’étude et la pratique de la médecine dans l’arrière-pays égyptien.

« La crise financière vue au miroir des Grecs « 

Prof. Sophie KLIMIS (Fac. Univ. St Louis, Bruxelles)
De la Renaissance italienne en passant par le romantisme et l’idéalisme allemands et jusqu’aux plus grands penseurs politiques du XXème siècle (Heidegger, Arendt, Strauss, Foucault, Castoriadis, etc.), les Grecs n’ont jamais cessé d’inspirer les philosophes, les écrivains, les savants et les artistes au cours des siècles. Ce « retour » aux Grecs a parfois pris la forme d’une nostalgie pour un « âge d’or » définitivement révolu. Mais il a surtout consisté à rechercher dans le passé le germe d’un nouvel élan pour penser et agir au présent et en vue de construire le futur.
Que peuvent donc encore nous donner à penser les Grecs aujourd’hui, alors que nous semblons traverser une période de mutation radicale des sociétés humaines dans leur ensemble ? Le philosophe français Michel Serres n’hésite par exemple pas à parler de fin de l’ère néolithique en l’an 2000 et de survenue d’un nouvel âge de l’humanité, où l’ensemble de notre rapport au monde (à soi, à autrui, au temps et à l’espace) se trouverait modifié par le progrès technologique. Les Grecs, en tant qu’inclus dans cet âge de la civilisation « néolithique », n’auraient-ils dès lors plus rien à nous dire ?
Dans le cadre de cette conférence, je voudrais au contraire montrer par deux exemples empruntés à la tragédie et à la philosophie, combien les Grecs peuvent encore nous être d’une aide précieuse pour tenter de penser la « crise » contemporaine, dont la récente « crise financière » est l’un des symptômes les plus significatifs. Rappelons tout d’abord que le nom krisis, en grec ancien, désigne la phase critique d’une maladie et le trouble qui l’accompagne. Il a aussi comme significations dérivées le choix, la décision, le jugement. Il faut donc souligner que toute « crise » est censée désigner un état transitoire, débouchant sur un changement. Il s’agira donc ici, d’une certaine manière, de tenter d’articuler ces différentes significations de la krisis. Ce que le symptôme de la crise financière permet de « mettre en crise », c’est-à-dire, offre à notre jugement et à notre réflexion, c’est la réponse que nous pouvons choisir de donner à la question suivante : comment prendre une décision juste dans un contexte d’incertitude ?
Dans un colloque interdisciplinaire récent consacré à la crise financière, l’une des questions centrales qui avaient émergé était la suivante : « si, au cœur de la tourmente financière et économique d’aujourd’hui, même la Bourse semble nous inculquer, sans ménagement, que les choses ne sont ni prévisibles ni modélisables, comment désormais oser encore agir et décider dans de telles conditions d’incertitude ? ». Le modèle de société néocapitaliste et ultra-libéral dans lequel nous évoluons a privilégié le calcul et l’expertise, étendant à toutes les sphères de l’activité humaine des modèles économiques. Les Grecs permettent de leur opposer les modèles politiques de la sagesse pratique (phronèsis) et de la délibération collective. Notre premier exemple grec sera la tragédie des Perses d’Eschyle. Nous pourrons y observer comment l’apparente imprévisibilité d’un désastre militaire (la destruction totale de l’armée perse) y est représentée comme conséquence d’un échec à se donner le bon critère d’évaluation en stratégie militaire. Gagner une guerre ne reposerait en effet pas sur le registre quantitatif de l’évaluation des forces en présence et le calcul de probabilités d’un expert solitaire (le roi), mais sur le registre qualitatif de la délibération collective et de la sagesse pratique. De façon plus générale, la tragédie d’Eschyle nous montrera donc en quoi l’ego cogitans n’est pas réductible à l’homo computans. Dans un second temps, c’est Platon qui sera évoqué pour approfondir notre compréhension de la sagesse pratique. A l’encontre des interprétations traditionnelles de la sagesse pratique platonicienne, qui l’identifient à « un savoir immuable de l’être immuable [1]», savoir totalisant et transcendant de réalités absolues et transcendantes, je voudrais proposer une autre interprétation de ce concept, basée sur une lecture du dialogue du Politique, inspirée par celle du philosophe Cornélius Castoriadis [2]. Je tenterai ainsi de montrer que Platon propose une conceptualisation de la sagesse pratique qui en fait un savoir de l’universel parce que du singulier, du général, parce que du particulier : délibération alliant l’activité de l’imagination et celle de l’entendement, la sagesse pratique serait invention (au sens fort du terme) de la juste décision et son actualisation dans l’action (praxis) adéquate à une situation particulière. L’apparent paradoxe étant que la singularité de cette décision/action serait ce qui lui donne valeur d’exemplarité et donc la possibilité d’être prise comme règle et norme universelle de l’agir. Notre question de départ pourrait ainsi être reformulée de la façon suivante : comment relancer, aujourd’hui, le pari sur l’inventivité normative de la sagesse pratique, pour espérer pouvoir configurer la forme d’un autre monde commun possible  [3]?


[1] P. AUBENQUE, La prudence chez Aristote, Paris, PUF, (1963), 2002, oppose cette vision de la prudence platonicienne à un « retour » aristotélicien à la signification tragique de la prudence. Je serais pour ma part en faveur d’une interprétation plus nuancée, selon laquelle Platon réélabore la prudence des Tragiques, à la fois en la modifiant mais aussi en gardant certains de ses traits les plus essentiels.[2] C. CASTORIADIS, Sur le Politique de Platon, Paris, Seuil, 1999.[3] Par l’usage de la voix pronominale, il s’agit pour moi de rendre la valeur de la voix moyenne du grec ancien. Distincte de la voix active et de la voix passive, la voix moyenne exprime le profit que l’actant retire de son action. Dans le premier stasimon de son Antigone, Sophocle fait un usage paradigmatique de cette voix moyenne en nous montrant comment penser poétiquement dans le langage la différence anthropologique. En effet, l’humain y est présenté comme cet être « plus terrifiant et extraordinaire que tous les autres vivants » ( v. 332-333), parce qu’il « s’est enseigné à lui-même (edidaxato, à la voix moyenne) le langage articulé, le penser agité comme le vent, et les pulsions législatrices qui instituent les cités » (v.353-355). Monstration poétique du cercle de l’autocréation humaine : s’apprendre à soi-même ce que l’on ne connaissait pas préalablement, c’est inventer. Et inventer ce qui fait la spécificité du vivant humain (la parole, la pensée et les lois), c’est dire qu’il n’existe pas de nature humaine pré-donnée, mais que l’humain se donne à lui-même son essence par l’invention réfléchie de ses actes et de ses œuvres. A ce sujet, voir C. CASTORIADIS, « Anthropogonie chez Eschyle et autocréation de l’homme chez Sophocle », in Figures du pensable, Les carrefours du labyrinthe, VI, Paris, Seuil, 1999, pp. 13-34.

« Négocier son destin avec les dieux : la figure des Moires en Grèce ancienne. »

Prof. Vinciane PIRENNE (U.Liège)

L’imagination humaine a souvent associé les aléas de la trajectoire d’une vie aux dons que des figures bienveillantes ou malveillantes faisaient aux nouveau-nés. De là proviennent les fées et autres marraines de nos contes. Dans un registre similaire, les Grecs de l’antiquité honoraient des déesses que l’on associe souvent à l’idée de destin. Ce sont les Moires, que les Romains appelleront les Parques. On aurait tort, cependant, de se limiter à l’étiquette commode de « déesses du destin » pour définir ces figures. Comme souvent, les modalités de fonctionnement du polythéisme sont plus complexes que les images canoniques de dieux dont nous avons hérité de la Renaissance. Il s’agira dès lors de déterminer le réseau fonctionnel qui permet d’appréhender ce que les Grecs attendaient des Moires, en analysant tant les mythes qui les concernent que les cultes qui leur étaient rendus.

« La peinture grecque : une belle inconnue se dévoile ».

Prof. Annie VERBANCK-PIRENNE (Conservatrice au Musée de Mariemont de la section GRECE-ROME-ULB)

Jusqu’à ces dernières décennies, la peinture grecque antique a été considérée comme « une Belle Inconnue ». En effet, si de nombreux textes, grecs et romains, témoignent de l’importance et des enjeux de cet art majeur dans la cité grecque, par contre, les témoignages archéologiques ont longtemps été très rares et fragmentaires. Depuis les années 1970, des découvertes sensationnelles ont donné un nouvel essor aux recherches sur ce sujet. La conférence se propose d’évoquer ces progrès récents, qui permettent de dévoiler quelque peu la Belle Inconnue.

Pour la Grèce archaïque et classique (VIIe-Ve siècles av. J.-C.), les résultats sont encore modestes, car les décors picturaux originaux ne nous sont parvenus qu’en très petit nombre. Il faut analyser les textes et mettre en œuvre diverses méthodes comparatives pour évoquer les productions des grands maîtres de cette époque, dont on retrouve vraisemblablement l’écho dans la céramique figurée.

Pour le IVe siècle av. J.-C. et l’époque hellénistique (fin IVe – Ie siècle av. J.-C.), les fouilles récentes, réalisées en Macédoine notamment, et les analyses approfondies de peintures retrouvées à Délos, Volos et Alexandrie, ont ouvert une voie « royale » et il est désormais plus aisé de visualiser ce que devaient être la palette, les couleurs, le style et les thèmes de cette grande peinture, qui connaît alors un intense et fascinant développement.

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conférenciers(n-y)

Posté le 22 février 2010 @ 17:27 par asblalexandre

Prof. E. Nicolaïdis (FNRS Athènes)

Ce soir, l’Association ALEXANDRE LE GRAND est heureuse d’accueillir un conférencier Hellène qui nous vient d’Athènes via Genève pour nous révéler les derniers secrets d’un instrument énigmatique : le mécanisme dit d’ « Anticythère » parce que découvert au large de l’île du même nom au large de la Crète, dans un navire romain victime d’un naufrage il y a plus de 2000 ans. Mais les recherches s’accélèrent à un rythme effréné avec des technologies de pointe amenant des découvertes dont le professeur Efthymios NICOLAIDIS, physicien-astronome, va nous révéler l’état des connaissances.
La physique et l’histoire des sciences sont la base de sa recherche de docteur, à Paris. Sa carrière professionnelle est constituée d’engrenages qui l’ont amené à la Fondation Nationale Hellénique de la Recherche Scientifique, où il est devenu directeur de recherche (Programme Histoire, Philosophie et Didactique des sciences et technologies). Actuellement président de l’Union Internationale d’Histoire et de Philosophie des Sciences et Technologies, il multiplie les contacts, dont les observatoires nationaux d’Athènes et de Paris. En outre, il est membre du Conseil de l’Académie Internationale d’Histoire de la science.
Et comme la technologie et la mécanique le taraudent, Efthymios Nicolaïdis retrouve, avec des techniques d’aujourd’hui, le raisonnement et l’imagination des concepteurs et des créateurs anciens dans le mécanisme d’Anticythère; il y retrouve d’intéressantes hypothèses antiques qui sont exploitables 2000 ans après leur conception. Avec lui, le passé résonne à nos oreilles aujourd’hui. Les inventions lui donnent à réfléchir sur le progrès qui n’est pas linéaire mais dépend d’oscillations et de permanences. Comme la roue dentée, entraîne le mouvement quand elle est combinée à d’autres, Efthymios Nicolaidis, en équipe, fait évoluer la connaissance des techniques en découvrant l’étude précise et rigoureuse des circonvolutions des planètes, dites errantes selon l’étymologie.
Depuis 1989, il enseigne l’histoire des sciences à l’université d’Athènes et dispense des cours dans diverses universités; Efthymios Nicolaïdis aborde les sciences en couvrant les périodes antiques grecque, byzantine et ottomane.
Il étudie l’influence des traditions gréco-byzantines notamment en Russie et la contribution scientifique et technique de la France des Lumières à l’effort de modernisation de la Grèce aux XVIIIe et XIXe siècles. Il défend l’histoire des sciences dans l’enseignement et crée de nouveaux outils pour l’enseignement secondaire européen (Grèce, Italie, France, Belgique). Son œuvre d’érudition réclame un archivage des données numériques ou numérisables sur les instruments scientifiques.
Il participe à de nombreux congrès et colloques internationaux dont il publie parfois les actes. Il partage des communications à l’Académie Royale de Belgique, notamment sur les savants grecs, byzantins en rapport avec le monde ottoman. A travers ses nombreuses publications, Efthymios Nicolaïdis met en évidence son intérêt pour la science qui a puisé ses origines en Hellade. Il s’intéresse à l’histoire des relations « Science-Religion » ou « Science-Ordre politique ».
Il est co-éditeur ou membre du comité de rédaction de diverses revues scientifiques, bref, il ne compte ni son temps ni son énergie (thymos) : il est toujours en prospection. Et c’est un grand honneur que de le recevoir à Charleroi, qui vient de célébrer le 50e anniversaire du décès de l’astronome belge carolorégien Georges Lemaître, fondateur de la théorie du «big bang ».
Comme les anciens savants grecs, Efthymios Nicolaïdis puise aux sources philosophiques, épigraphiques, littéraires, scientifiques, techniques et artistiques en Grèce ancienne où les chercheurs faisaient bouillonner toutes leurs connaissances et intuitions dans un creuset alchimique, pour en tirer des alliages en fusion humaniste à diffuser. Car, depuis Byzance, les Grecs n’ont pas cessé de développer ces recherches scientifiques et technologiques et de s’intéresser aux découvertes des Arabes et des Européens, Son livre « Des sciences et de l’orthodoxie orientale. Des Pères grecs à l’ère de la mondialisation » est très explicite sur les problèmes de coexistence de la science face à la religion.
Ce livre suit nombre d’éditions où il étudie l’histoire des sciences à travers le renouveau des mathématiques grecques antiques, les manuscrits byzantins, la propagation des sciences en Europe, les voyages et voyageurs (dont le père jésuite Ferdinand Verbiest, astronome « belge » en Chine au XVIIe siècle). Efthymios Nicolaïdis a découvert certains de ses manuscrits à Athènes et les a étudiés. Son travail lui a acquis diverses distinctions.
Avec R. Halleux et une équipe enthousiaste, il est conseiller scientifique de la revue « Histoire de la recherche contemporaine» qui distille l’histoire des idées, de leur circulation et de leur réalisation.
Il est coordinateur de 14 projets de recherche, qui concernent l’histoire et la philosophie des sciences de l’environnement, les archives numériques concernant l’alchimie et leur application dans l’éducation, l’interaction entre nature et religion, la cartographie des sciences et l’orthodoxie…L’un d’eux se nomme Héphaistos, le Dieu volcanique du feu et des arts forgés.
Et Il est difficile d’enfermer ou de cerner le professeur Efthymios Nicolaïdis dans un espace clos ou un temps déterminé, tant son esprit (pnevma, thymos) est ardent et nourrit un enthousiasme sans borne. Il est remarquable de nuance diaprée, de minutie patiente dans ses analyses où il déploie une précision percutante et une vérité plurielle loin des dogmes, facteurs de paupérisation intellectuelle. Comme les chercheurs grecs anciens, Efthymios Nicolaïdis n’aime pas les stéréotypes exclusifs et réducteurs, mais il respire par la transversalité, les échanges de connaissances répondant à des questions inspiratrices.
Il est de ces professeurs pour qui l’essentiel de la mission est de poser et susciter des questions qui ouvrent des réponses à la curiosité (voir Socrate), les erreurs étant le tremplin du progrès et non la chute irrévocable dans le piège de l’exclusion.
Il est important pour lui de rappeler la richesse des racines humanistes que nous a léguées la Grèce dont nous sommes débiteurs : arts-artisanat, sciences – techniques et lettres (philosophie, littérature, histoire, mythologie). De Thalès, Pythagore à Archimède, … les anciens Grecs ont mûri les idées scientifiques, graines de modernité, et inventé le langage qui les exprimait et les expriment encore aujourd’hui depuis plus de 3000 ans : d’ailleurs le vocabulaire scientifique français, anglais… reprend le vocabulaire grec qui exprime toutes les nuances en des termes compacts.
Ainsi ravive-t-il les sources de la pensée en réunissant esprit scientifique, littéraire, artistique, philosophique…pour construire un raisonnement riche de diversité créative en une récréation impliquant le plaisir d’apprendre et de chercher le progrès de l’humain (« anthropismos »).
Ce soir, le professeur Efthymios Nicolaïdis va nous révéler les secrets du mécanisme dit « d’Anticythère » selon les toutes dernières analyses.
Mettons-nous à l’heure d’un horloger du ciel rayonnant d’une sympathie dont il va vous irradier, car, brillamment et clairement, il explique ce qui paraît compliqué : professeur Efthymios Nicolaïdis, vous avez la parole.

18/11/2016 Philippe Valentin.

Prof. C. Obsomer (UCL, IC de Paris, FUNDP Namur)

Claude Obsomer est professeur à l’Université Catholique de Louvain, à l’Institut Catholique de Paris et aux Facultés Notre-Dame de la Paix à Namur: il y enseigne la langue égyptienne, la littérature du Proche-Orient et de l’Egypte antique, la langue grecque ainsi que la littérature grecque: en effet, il est licencié en philologie classique et docteur en philologie et histoires orientales.

Le fil de trame dont il étoffe ses cours et conférences le font entrer en lice pour défendre le métier d’enseignant auquel il consacre un enthousiasme chaleureux. Ses recherches reflètent l’exigence de sa pensée, la patience et la ténacité de sa réflexion, l’ouverture et la largeur de son esprit, qui font de lui un philologue prudent, précis et nuancé: cette attitude devient rare dans un monde médiatisé, où l’artifice est roi et où le raccourci dérisoire devient l’expression de ceux qui croient tout savoir parce qu’ils pensent que ce qu’ils ne connaissent pas n’existe pas.

Pour sortir du dédale des stéréotypes, Claude Obsomer recherche un fil salvateur et fouille la linguistique et la littérature ainsi que l’archéologie pour leur redonner vie en les sortant de la gangue d’idées reçues.

Les contacts entre Grèce et Egypte sont le centre de ses recherches au point de jonction des deux plus riches héritages que l’Antiquité nous ait légués. Dans sa conquête du monde égyptien, Claude Obsomer s’inspire des auteurs grecs si curieux de culture; mais il aime aussi interroger les inscriptions et les découvertes archéologiques. Soucieux de comprendre ces sources porteuses de la mémoire collective, il recherche une cohérence dans la réalité complexe et ouvre la voie aux interprétations nouvelles.

Ses recherches font l’objet de nombreuses publications où il aime restituer la vie des anciens dans leur contexte. Il sait rendre accessibles ses connaissances en maintenant la rigueur scientifique et enthousiasmer ses lecteurs et auditeurs sans éprouver le besoin de spectaculaire et de sensationnel. Sa méthode d’approche de données complexes est rigoureuse, son exposé est clair, précis, pertinent et nuancé.

Ph.Valentin

Prof. Fr.Pichon (Docteur en philosophie et lettres)

Après une recherche archéologique au Royaume d’Alexandre Le Grand, la Macédoine antique, c’est à une approche plus littéraire que nous vous convions avec, comme guide Madame Françoise PICHON, qui va nous dévoiler une autre facette de l’image qu’a laissée Alexandre, une facette qui s’ajoute et enrichit la conception générale que nous avons du héros, qui a donné son nom à l’Association qui vit depuis 24 ans à Charleroi.

Était-ce un homme providentiel ? Quels étaient ses vœux ?  Qu’a-t-il réalisé ? Quelle image a-t-on retenue  de lui ? Ainsi le mythe, basé sur le ressenti et le contexte et qui s’est construit au fil des siècles, favorise des échanges fructueux, mettant à mal une «  pensée unique » voire dogmatique : c’est ce à quoi va s’attacher Françoise Pichon, en s’intéressant au μύθος et au λόγος, car la culture dépend de l’importance des représentations symboliques, qui permettent ouverture et échanges, rassemblements et communication, en référence à la Tour de Babel qui créa une crise suivie d’une résilience empreinte d’optimisme apte à rebondir. C’est la culture(πολιτισμός), puisée aux sources de l’humanisme, qui pourra alléger la crise sans hypocrisie.

Le sujet est inépuisable et notre conférencière intarissable : Françoise Pichon va alimenter la source de notre réflexion qui irriguera le champ de notre pensée, en expliquant (littéralement en dépliant) une analyse qui pousse à s’impliquer sans se replier. Elle va contribuer à tisser notre mémoire (qui n’est pas seulement sur la toile) et à tailler de nouvelles facettes,  dont les arêtes ne sont ni tranchantes ni émoussées, au diamant qui réfléchit la lumière des mille feux de son enthousiasme (littéralement « avoir un dieu en soi :οενθουσιασμός<θεός).

Françoise Pichon est docteur en Philosophie et Lettres et spécialiste en Judaïsme. Elle a complété sa formation par divers diplômes et voyages d’étude. Elle enseigna aux FUNDP de Namur et à l’UCL, ainsi qu’à la FOREL de Charleroi. Son itinéraire est riche de formations et de rencontres. Elle participa à diverses publications dont « Erasme et la montée de l’humanisme. Naissance d’une communauté européenne de la culture » éditée par Julien Ries, devenu récemment cardinal.

A la lire et en dialoguant avec elle, resplendissent son érudition et  sa réflexion, son analyse et sa critique des sources,  témoignant de son intérêt pour le rayonnement de la culture  révélatrice des traditions mais qui amène à lutter contre l’obscurantisme  de la pensée unique faite de slogans. Avec précision, minutie et nuance, elle analyse ses sources littéraires en privilégiant  le débat et la réflexion : ce qui l’intéresse, c’est la puissance de construction et non, comme nous le voyons trop souvent , la puissance de destruction nourrie par la haine.

Dans ses recherches, elle privilégie aussi la mythologie (au sens large), qui illustre de façon imagée le raisonnement : le mythe est comme une éponge qui s’imprègne et se gonfle de connaissances et d’images, et qui, quand Françoise Pichon  l’exprime, révèle ce que nous avons en commun, nous relie et  aide à vivre ensemble sans réduire la réalité complexe à des étiquettes réductrices. Avec nuance, Françoise Pichon lutte contre la confusion des valeurs qui nuit à l’humanisme, seul à propager les avancées civilisatrices.

Avec passion, enthousiasme, conviction,  et loin du laconisme spartiate, Françoise Pichon va nous plonger dans l’univers d’Alexandre Le Grand vu par les Juifs.

Ph. VALENTIN.

Prof.V.Pirenne (U.Liège)

Vinciane Pirenne est maître de recherche au F.R.S- F.N.R.S. à l’Université de Liège, où elle enseigne la méthodologie de l’histoire des religions, la religion grecque, la pensée religieuse des Grecs, l’histoire de l’antiquité gréco-romaine et orientale.
Depuis sa thèse de doctorat sur « L’Aphrodite grecque » elle en est devenue l’illustratrice incontestée. Aujourd’hui, c’est à la déesse Héra qu’elle consacre sa recherche après moult rencontres divines. Naguère, nous avons salué la publication remarquée de son ouvrage « Retour à la source ; Pausanias et la religion grecque » où elle étudie le voyage (Périégèse) de Grèce entrepris par Pausanias au IIe siècle qui alimente une parcelle de l’identité grecque ; en marchant sur les traces de Pausanias, elle collecte des fragments de la vie religieuse des Grecs pour les replacer dans la ligne de ce « Retour à la source ». Car elle parcourt les cieux et les champs pour y mener ses investigations (recherche des traces, empreintes<lat.vestigium) portant sur la religion grecque; elle capitalise ainsi son intérêt pour les cultes et la pensée qui les irrigue en puisant aux sources de la mémoire féconde; il n’est donc pas étonnant qu’elle recherche des oasis rafraîchissantes dans le désert des idées, car celui-ci progresse et assèche les cœurs rapidement (<du latin rapere, voler) et de façon fulgurante ( avec l’effet dévastateur de la foudre). Son étude se base sur des sources archéologiques, épigraphiques, historiques et littéraires, parmi lesquelles Hésiode, Pindare, Pausanias…dont l’exploration l’amène à une nouvelle lecture qui ne s’arrête pas au superficiel. Elle a co-édité des ouvrages collectifs :
« Nourrir les Dieux ? » qui aborde la problématique des rites sacrificiels et qui ouvre la discussion sur les mécanismes subtils de l’anthropomorphisme et sur la portée symbolique de l’offrande alimentaire.
« Fabriquer du divin », où elle rend compte du fonctionnement de la pensée religieuse, qui ne s’appuie pas sur une représentation dogmatique, car elle suit l’évolution et les ruptures des rites pour illustrer l’image figurée des dieux dans les œuvres des artistes et des écrivains.
« Dieux des Grecs, dieux des Romains « (2015) où elle répond à la question de savoir comment les Romains ont accueilli les dieux grecs et ce qu’ils en ont fait, sans omettre les interactions sur les bords de la Méditerranée. C’est pour elle l’occasion d’éclairer la parole d’Horace « La Grèce vaincue par Rome a soumis le vainqueur par la force de sa culture ».
Vinciane Pirenne nous a déjà parlé de « la prêtresse grecque antique, une femme de pouvoir ? » parce qu’ elle avait acquis le savoir, le goût, la liberté.
Outre son activité de professeur à l’Université de Liège, elle est présidente du Groupe de contact FNRS pour l’étude de la religion grecque antique ; elle a fondé avec André Motte la revue KERNOS dont elle entretient l’âme et le souffle . Elle est membre du comité de rédaction de diverses revues : L’Antiquité Classique (dont elle est devenue codirecteur), Minerve , Mythos …
Elle est membre de diverses sociétés internationales de culture et d’histoire des religions…, ce qui lui donne l’opportunité d’organiser des congrès et d’y participer activement. Sur le net vous pourrez suivre ses communications notamment lors d’un congrès sur les traces de Jean-Pierre Vernant.
Elle édite les actes de divers congrès ainsi que deux volumes de MENTOR (guide bibliographique informatisé de la religion grecque) dont elle est, avec A. Motte et P.Wathelet, l’initiatrice. Dans ses activités elle fait montre de sa ferveur et de son enthousiasme.
Ses articles essaiment à foison dans les revues scientifiques sur des sujets innombrables : les lieux de culte, quand les dieux font la fête, Déméter, Héra, Aphrodite, Hélène, les sacrifices, la nudité féminine (dont elle nous a parlé naguère), mythes, polythéisme… Elle prépare « la féminité des déesses » et va publier le sujet de sa conférence d’aujourd’hui sur « L’Héra de Zeus. Epouse définitive et ennemie intime », sujet tout indiqué en cette période de Saint Valentin où l’amour s’épanouit de débats.
Elle a participé au commentaire de la traduction d’Aristote dans la Pleiade. En plus des articles, Vinciane Pirenne est l’auteur de moult critiques de livres dans les revues spécialisées internationales. Elle dirige de main de maître/magister/magistra des mémoires de licence et des thèses de doctorat.
La lecture de ses écrits révèle des points d’intérêt, qui sont rares aujourd’hui : quand elle parle des dieux et des déesses, du divin et du féminin, elle vise l’angle esthétique : dans le foisonnement de la mythologie, Vinciane Pirenne guette la grâce d’un geste, la séduction d’un regard, le raffinement d’une conversation, l’élégance d’une attitude, l’envoûtement d’une danse ou la magie d’un rite. Le sacré et le profane, le religieux et le civil, le politique et le familial, Vinciane Pirenne les observe et les réunit dans une subtile analyse qui sonde l’imaginaire.
Son vocabulaire, ornant la précision et la rigueur, dont elle pare son analyse, est sensible et chromatique, au diapason de toutes les émotions, jouant sur toutes les cordes  ; sa parole est vive et lumineuse ; son style ciselé, clair et élégant, nous emmène dans les dédales d’un parcours initiatique à la recherche de fils conducteurs, pour suivre et observer les faits dans leur processus vivant empreint d’une poésie qui enrichit et débarbarise ; elle parcourt les mythes aux confins d’une imagination sans cadenas ni chaîne, mais en prise directe avec les valeurs développées avec nuance et sans écran : c’est ce qui crée son charisme .
En dénouant les mythes, elle en dévoile de nouvelles facettes, mettant en interaction Grèce et Orient. Sur le métier, elle tisse mille couleurs en une texture qu’elle examine sous toutes ses coutures, comme elle l’a fait pour Pausanias, et qu’elle a trempée dans l’écume de Paphos pour lui donner des reflets irisés en l’honneur d’Aphrodite, son premier sujet.
Et si vous fréquentez le réseau de la toile arachnéenne (cause de rivalité entre Arachnè et Athéna) vous découvrirez mille facettes dans le droit fil d’une recherche sans cesse renouvelée. Vous serez alors devant une toile de maître.
Ce soir, de Vinciane Pirenne, vous découvrirez la fibre bigarrée  qui n’est pas cousue de fil blanc mais qui lui donne une étoffe d’envergure rare ouvrant d’autres pistes à mettre sur le tapis. Elle va vous emporter, vous ravir en inversant le processus Europe/Zeus, Hélène/Paris.
Laissons la parole à l’interprète d’Héra, déesse si complexe qu’elle n’a pas fini de nous étonner, mais que Vinciane Pirenne va démêler pour nous dévoiler l’inextricable.

Le 19/02/2016, Philippe Valentin.

Prof. Antonio Ricciardetto  (Université Paris Sciences & Lettres, Collège de France (Paris), Ulg)

Depuis 30 ans, le Voyage d’Alexandre Le Grand de Charleroi est émaillé de belles et riches rencontres : il fait découvrir des valeurs inattendues réservées aux esprits curieux qui apprécient les saveurs d’antan et aiment les « revisiter », en les adaptant au contexte qui évolue et en les intégrant au cosmos, où Humain et Divin se côtoient, se complètent, se contrôlent. Pour paraphraser Thomas More mis en exergue par DE BRABANDERE, en recourant à la tradition nous ne voulons pas maintenir une mémoire en cendres mais transmettre des flammes pour constituer un phare qui dévoile une beauté faisant écran à la laideur, pourvoyeuse de haine. Dans le refus de figer, nos conférenciers font rayonner avec passion l’élan qui renouvelle leurs recherches. Ainsi retrouvons-nous le souffle culturel envoyé par Alexandre et qui est souvent occulté par les faits de guerre.

Dans la continuité de la conférence d’Annie Verbanck-Piérard, archéologue, et du Professeur Paul Verbanck, médecin, qui ont illustré brillamment GALIEN (exposition à Mariemont jusqu’au 2 décembre), Antonio RICCIARDETTO nous convie ce soir à l’exploration de papyrus grecs trouvés en Egypte pour développer le métier des médecins et l’art de la médecine dans l’Egypte gréco-romaine. Il est d’ailleurs intervenu, avec M.H. Marganne, dans le catalogue de l’exposition Galien en décrivant divers papyrus « Galéniques ».

Antonio Ricciardetto est Docteur en Langues et Lettres de l’Université de Liège et actuellement A.T.E.R.(attaché temporaire d’enseignement et de recherche au Collège de France (Paris)), lié à la chaire « Culture écrite de l’Antiquité tardive et papyrologie byzantine ». Sa thèse de doctorat a porté sur des papyrus documentaires grecs de médecine. Poursuivant des recherches dans les domaines de la papyrologie et de l’histoire de la médecine, il est membre du Centre de Documentation de Papyrologie Littéraire (CEDOPAL) de l’Université de Liège, où il collabore à plusieurs projets ; il est aussi secrétaire de la Société Belge d’Études Byzantines. Actuellement, comme post-doctorant, il partage ses connaissances à l’Université de Recherche Paris Sciences & Lettres, Paris. Je ne suis pas sûr de le suivre dans le labyrinthe de ses recherches et de ses fonctions tant il est actif comme un Protée polyphrène. IL va nous aider à prendre de la hauteur comme Dédale sans se brûler les plumes comme Icare dont nous retiendrons l’envol. Son Domaine de recherches qui lui procure le plaisir de la découverte à partager est la papyrologie, comme vous l’avez compris : sur des supports qui ont résisté au temps et au climat, il découvre et révèle l’histoire des médecines humaine et vétérinaire antiques en étudiant les paléopathologies. C’est un sujet que nous espérons développer la saison prochaine.

La documentation d’Antonio Ricciardetto est impressionnante par la diversité, l’ampleur et les contenus…
La critique est … difficile et complexe quand on veut déboucher sur une création d’art : c’est ce qu’il démontre en réalisant une édition critique et d’une traduction du célèbre papyrus médical dit l’«Anonyme de Londres » du 1er siècle (P.Lit.Lond.165, Brit.Libr. inv. 137) publié en 500 pages aux Belles Lettres, en 2016. Il y explique longuement sa démarche en imprimant ses pas sur les études qui l’ont précédé. L’étude des manuscrits suppose une lecture précise, une mise en mémoire de formules, de phrases, de textes pour restituer les fragments lacunaires.

Nous épinglons sa précision dans la lecture et le déchiffrement des lignes, car, pour aboutir à l’établissement du texte, il revient au texte original, avec 1000 précautions de manipulation ; il nettoie les essais des précédents et ne réécrit pas les passages manquants. Mais, en étudiant la longueur et la forme des lacunes, en retenant dans sa mémoire les formules et les modes d’écriture, il peut les restituer. Il attache une grande importance à ce qui est écrit au verso et dans les marges et aussi aux ratures, révélant la progression de la pensée : il suit le chemin de la pensée des auteurs au rythme de ceux-ci. Derrière l’écriture, il retrouve les artistes-médecins dans leur vie, leurs réflexions, leurs expériences.

Le contact direct avec les papyrus et l’emploi des dernières technologies rendent plus minutieuse son analyse. L’écriture manuscrite est microscopique et emploie nombre d’abréviations pour épargner le support. Une originalité d’Antonio Ricciardetto est qu’il favorise la convivialité avec les textes dont il apprécie la saveur. Il est sensible au contexte historique et géographique des découvertes. Sa mémoire est nourrie par la curiosité et le dialogue avec les manuscrits et leurs auteurs. Il est un fervent de Mnémosyne (Mémoire) mère des Muses qui a du mal à mettre fin au règne de l’anonymat sur réseaux dits « sociaux » qui peuvent engendrer un silence assourdissant, un vide encombrant, des images narcissiques, sans véritable rencontre. Il se fait plaisir à lire les papyrus médicaux qui relatent autant d’instantanés pour voir les gens en train de vivre. Il n’est pas au bout de ses peines puisque les bords du Nil découvrent régulièrement de nouveaux papyrus dont les secrets percés ne cessent de formuler de nouvelles énigmes.

Sa traduction, dont l’exactitude frappe, est saluée par les louanges de Jacques Jouanna, le spécialiste actuel de la médecine grecque antique. Antonio Ricciardetto donne un éclairage nouveau sur la détection du rayonnement des textes qu’il remet sans cesse sur le métier. Son Ouvrage fait progresser les connaissances sur la médecine grecque antique si moderne dans ses conceptions. Ses commentaires sont perspicaces, car souvent il sait lire entre les lignes.
Ayant reçu le prix Zographos, décerné par l’Association pour l’encouragement des études grecques en France, voici un expert qui peut donner des arguments pour l’étude du latin et du grec : pour promouvoir cette étude, il ne faut pas s’ériger en victime, mais agir et affirmer, montrer les valeurs et l’utilité de l’inutile (que je reprends de Nuccio Ordine). Annie Verbanck-Piérard, avec l’exposition Galien à Mariemont et sa conférence pour Alexandre et aujourd’hui Antonio Ricciardetto, avec ses études de textes publiées et sa conférence ici, sont des phares de l’humanisme et des remèdes (des vaccins) efficaces contre la médiocrité ambiante.
Le 16 novembre 2018, Philippe Valentin, président.

Prof. Karine Riviere (Ecole Française-archéologie d’Athènes)

«Kλείσε στην ψυχή σου την Ελλάδα  και θα νιώσεις μέσα σου κάθε είδους μεγαλείο» « Enferme en ton âme la Grèce(l’Hellade) et tu ressentiras en toi toute forme de grandeur » (Dionysios Solomos). C’est ce à quoi nous convions depuis 30 ans les philhellènes de Charleroi et d’ailleurs ainsi que les Hellènes qui retrouvent leurs racines.

La 30e saison de l’Association Alexandre Le Grand fut inaugurée par le professeur Dominique Mulliez, ancien directeur de l’Ecole française d’Athènes, et se clôture par une étape qui ouvre sur la 31e avec Madame Karine Rivière, membre scientifique de l’EfA, dirigée aujourd’hui par le professeur Alexandre Farnoux. Beaucoup de nos conférenciers sont passés par l’EfA. Cette étape (Σταθμός en grec ancien encore utilisé) mérite un sacrifice d’offrande à la mémoire qui se construit et se nourrit de rencontres dans un cycle renouvelé, comme dans les Cyclades.

Pour fleurir la 30e saison et lui donner un lustre de jeunesse, nous avons invité Karine Rivière, dont la spontanéité printanière favorise le foisonnement et l’ouverture des idées qui donnent les fleurs et les fruits de la culture hellénique. (1) Elle enrichit notre anthologie-florilège de conférenciers.

Karine RIVIÈRE, après avoir suivi des études antiques et byzantines (Mythes, langue, archéologie), est Agrégée de grammaire et donc linguiste. En collaboration avec le Laboratoire ArScAn « Archéologies et Sciences de l’Antiquité », elle est Docteure en histoire et archéologie des mondes anciens (Université Paris Ouest-Nanterre).

Aujourd’hui, elle perfectionne son jardin comme Membre scientifique de l’École française d’Athènes où elle rencontre des professeurs tel Patrick Marchetti à Argos notamment.

Ses recherches portent sur l’alimentation en Grèce ancienne, sous les angles cultuel et culturel (religieux, politique, social…) et retrouve les sources des traditions ancestrales remontant au moins à l’époque mycénienne. Elle analyse minutieusement les actes de culte pour en déduire la place du sacré dans les sociétés grecques en mutation et les traces de violence.

Elle consulte les sources textuelles, iconographiques, et archéologiques sur l’ordonnance d’un sacrifice comprenant la mise à mort et le partage de victimes, dès l’époque mycénienne. Elle n’oppose pas les aspects statiques et dynamiques, car elle pense que même les héritages les plus anciens ont progressivement été adaptés aux contextes nouveaux, notamment en ce qui concerne les pratiques alimentaires. Pour Karine Rivière, le sacrifice permet aux hommes de communiquer avec les dieux. Sa fonction est souvent apotropaïque, destinée à écarter les forces mauvaises (2). Mais ce sont souvent les offrandes qui sont détournées, alors qu’au départ elles sont gages de paix et de convivialité (vivre-ensemble ?) Devant le substrat antique, comme tous nos conférenciers, Karine Rivière prend un angle original, nouveau, qui donne une étincelle ou un éclairage scialytique (= qui supprime l’ombre). Elle aborde l’alimentation sous l’angle rituel : les rites si essentiels à la culture humaine (ανθρωπισμός, anthropismos) irritent souvent aujourd’hui. Or ils sont un sel de la vie. Souvent ils sont réduits à des tics voire des tocs. Mais les rites ne sont pas obsolètes, même s’ils sont parfois insolents, car pour eux l’obsolescence n’est pas programmée mais elle crée des graines d’avenir.

A Argos, elle étudie l’installation de la démocratie dans des évolutions notables, qui concernent les pratiques funéraires et religieuses, ainsi que la culture matérielle. Aux compétitions entre les élites dominant différents quartiers, succède la constitution d’un corps de citoyens qui avait à cœur d’affirmer son homogénéité ou son identité. En outre, elle étudie la céramique archaïque et classique de l’Aphrodision d’Argos. Elle participe à l’inventaire et au conditionnement du matériel des fouilles françaises conservé au Musée archéologique d’Argos.

Elle participa à des explorations sur le terrain qu’elle photographie : de l’île d’Hydra elle établit la carte archéologique. Elle apporta sa contribution au chantier de fouilles archéologiques sur les sites de Kirrha (Grèce centrale), de Kythnos (Cyclades), de Malia (Crète)…

Elle contribue à des publications importantes et rédige des communications variées dans des colloques internationaux : En étudiant Le témenos grec (enclos sacré) archaïque, elle en tire des conclusions politiques sur le thème du « Vivre et penser les frontières dans le monde méditerranéen antique » ; elle approfondit les Performances rituelles et expression des hiérarchies sociales dans la Grèce de l’âge du Fer, les actes de culte comme marqueurs des transitions historiques. Elle considère que les actes de culte comme des marqueurs d’identités. Et quand les sources se taisent, elle réussit à les faire parler, tellement ses questions ouvertes sont complexes et carpophores, porteuses de fruits.

Elle décolle les étiquettes réductrices, statiques définitives qui se colportent. Ex. la dénomination communément répandue « siècles obscurs » pour désigner les périodes avant Homère. Car « periodos< odos, chemin implique une dynamique qui dépasse les stéréotypes les clichés et leur donne vie dans la nuance, et la souplesse. Pour elle, les étiquettes s’établissent à partir d’1 élément subjectif et arbitraire à partir d’1 observation et d’une comparaison avec autre période dans un but d’uniformisation. Or les civilisations sont toujours en devenir (progrès et reculs) embrassant les différences de points de vue. Elle donne aux Idées reçues et simplistes une structure qu’elle analyse dans leur contexte multi-culturel ou poly-phrène pour leur donner une portée universelle. Elle combat l’obsession ambiante de périodisation des idées et des styles, qui ignore les transitions, les retours au passé, les départs, les projets moteurs d’évolutions. Elle distille les textes en les confrontant et comparant avec les découvertes archéologiques soumises à de nouvelles analyses technologiques.

En écoutant Karine Rivière, nous allons retrouver la « Marche de l’Esprit, du souffle humaniste, Το Πνευματικό Εμβατήριο qui est un poème extraordinaire d’Angelos Sikelianos (1948) recréant le mythe de Prométhée.

En partant des rites sacrificiels, Karine Rivière va nous parler de l’alimentation au-delà de la subsistance à la dimension du Cosmos. Voici un programme qui vous met déjà en appétit.

                                                           Le 20 avril 2018. Philippe VALENTIN

  • (le printemps : άνοιξη, anixi <du verbe signifiant ouvrir ανοίγω, anoigo) ; anthologie-florilège : sélection de fleurs (de rhétorique) :(fleur : άνθος,anthos en grec et flos,floris en latin).
  • Comme le dit dans « les Perses d’Eschyle » la reine de Perse, Atossa, qui offre des gâteaux rituels au miel pour écarter les démons « ἀποτρόποισι δαίμοσιν θέλουσα θῦσαι πέλανον ».

Prof. Athanase D. Rizakis (U. Nancy 2)

C’est un honneur de recevoir aujourd’hui le Professeur Athanasios Rizakis pour marquer d’une pierre blanche (Le blanc, c’est l’éclat, la lumière, le bonheur) la 2e conférence de notre 30e saison. Il s’inscrit dans la lignée des conférenciers que nous invitons en visant toujours le meilleur. Comme Dominique Mulliez, il déchiffre et mieux, il fait parler les pierres gravées qui dévoilent leurs secrets et leurs codes en suivant les méandres de la langue et de l’écriture grecques.

Nous saisissons l’occasion (le Καιρός qui est une ευκαιρία, une chance) qu’offre le professeur Charles Doyen de l’UCL dans une collaboration avec l’Association Alexandre Le Grand de Charleroi. Athanasios Rizakis est venu animer à Louvain La Neuve un séminaire d’épigraphie grecque sur le conflit territorial entre Mégapolis et Messéni et a accepté de venir ce soir vous dévoiler des inscriptions de la ville de Philippes en Macédoine à l’époque de la domination/colonisation romaine ; car la plupart de ses projets reposent sur une collaboration scientifique interdisciplinaire et une expérience avec des équipes d’institutions européennes comme aujourd’hui l’UCL. Cette initiative nous réjouit, car elle valorise l’Association Alexandre Le Grand dans ses actions culturelles.

Né aux pieds du mont Olympe à Karya, Athanasios Rizakis entre à l’Université Aristote de Thessalonique (philologie et archéologie) en 1962 . Il s’installa en France en 1972. Il enseigna à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris, aux Universités de Lyon , de St Etienne, de Crète, de Chypre, d’Athènes et de Nancy, où il fit découvrir et approfondir les civilisations antiques.

La carrière du professeur A.D. Rizakis, émérite maintenant, est internationale, il a donné des conférences dans diverses universités en Europe ; ce soir il s’arrête à Charleroi pour honorer le public de l’Association Alexandre Le Grand. Ses domaines de recherche sont principalement la Grèce et la Macédoine et ses recherches portent sur l’épigraphie grecque et latine, sur les institutions (notamment fédérales) et sur l’histoire économique et sociale des provinces romaines d’Achaïe et de Macédoine.

Comme Hermès, il voyage beaucoup pour déchiffrer et décrypter les inscriptions souvent hermétiques mais dont son herméneutique vient à bout. (herméneutique = interprétation des textes et des symboles). Ses Recherches toujours approfondies dans de nouvelles découvertes et approches (μέθοδος méthodos est un chemin οδος ) sont l’occasion de nouveaux échanges et partages d’hypothèses.

Il a été impliqué dans le travail sur le terrain en Grèce en tant que co-directeur des projets Achaïe et Macédoine. Il s’intéresse maintenant au changement social et à la colonisation, ainsi qu’à l’histoire culturelle et à l’élaboration de nouvelles ‘identités’ dans le cadre du système impérial établi par Rome.

Le professeur Rizakis a coordonné, depuis 1987, de nombreux programmes de recherche nationaux ou internationaux, notamment dans les domaines de l’archéologie, de l’épigraphie, de la numismatique, de l’histoire ancienne et de l’archéologie spatiale.

Il est membre de diverses sociétés archéologiques européennes en Grèce, Allemagne, France…, certaines dont il fut directeur, comme le Centre national grec de la recherche sur l’antiquité à Athènes (KERA).

Il est président de la Société pour la Recherche et la Culture (2002 à 2012), représentant national à l’Association Internationale de l’Epigraphie Grecque et Latine ainsi que dans les programmes de recherche européens et membre expert de la Commission des sciences humaines du Conseil européen de la recherche. Il est aussi membre du comité scientifique des Magazines Internationaux.

Il est l’invité ou l’organisateur de nombreux colloques et congrès internationaux, car il travaille en concertation/concerto avec nombre d’archéologues et aime animer les débats. Il consacre son attention à comprendre les particularités de l’organisation socio-spatiale des villes, leur démographie, leurs cultes et rites, l’acculturation des campagnes, leur statut parfois d’autonomie; pour lui les acquis peuvent se transformer, se réformer, évoluer et les racines ne suffisent pas si des sédiments ne sont pas renouvelés ou enrichis et si des greffes ne sont pas réalisées pour améliorer le qualitatif non le quantitatif. Athanasios Rizakis combat les sentinelles de l’inculture et de l’oubli et cultive la mémoire dans sa complexité, sans la segmenter avec risque de sectarisme. Il évite le simplisme (=vulgarité qui fait le buzz parce que facilement ébruitée), car l’inculture est le glyphosate de l’humain qui a besoin de ses racines imprégnées et nourries de culture pour être fructueux.

Ses livres et articles s’intéressent aux problèmes de philologie, de linguistique et d’histoire politique et sociale des cités sous la domination romaine ; ils abordent des problèmes d’intégration des sociétés locales dans l’Empire; ils sont des références de base ouvertes pour les chercheurs qui s’intéressent aux sociétés en mutation suite à la « colonisation » ici romaine. Il rassemble la documentation jusqu’alors dispersée dans de petites publications, ainsi qu’un grand nombre d’inédits. En étudiant les matériaux et les contextes de découvertes (numismatiques, archéologiques…), il peut faire revivre les formules des monuments funéraires ou civils, ainsi que la langue et l’écriture grecques, sans compter ses commentaires judicieux et avisés concernant aussi les inscriptions bilingues. Recenser, lire, copier, procéder à des restitutions, traduire, commenter leur contenu qui révèle la vie politique, économique et sociale des cités grecques sous l’Empire de Rome pour en déduire le quotidien municipal en cultivant le futur antérieur, telle est la tâche à laquelle il s’adonne. Dans des publications à paraître il développe les concepts de citoyenneté locale et fédérale et d’identité culturelle face à la romanisation. Il n’échappe à personne qu’en étudiant ces sujets aux accents contemporains, Athanasios Rizakis nous tend le miroir fascinant de l’antiquité pour optimiser notre réflexion et l’enrichir de ses rayons lumineux. Ce soir, le professeur Athanasios Rizakis situera sa conférence à Philippes, ville de Macédoine, sous le gouvernement de Rome au moment de l’arrivée de Saint-Paul chez les Philippiens.                          

  Le 10 novembre 2017, Philippe VALENTIN, président.

Prof. Bruno Rochette (U. Liège)

Ce soir nous allons poursuivre notre périple hellénique en Grèce byzantine où la langue grecque, en de nombreuses étapes, s’est propagée depuis Homère. Nous retournons donc à la Cité puisqu’après Byzance et Constantinople, Istambul signifie : is tin polin. Nous allons suivre son cheminement, sa transmission orale et écrite, en prenant comme guide le professeur Bruno Rochette sous l’aile d’Hermès, le Dieu de la communication. Grâce à lui, les contacts et les relations cesseront d’être hermétiques, car il privilégie l’ouverture et le débat et n’entre pas dans la diatribe qui désole et isole, persuadé qu’il est que les langues peuvent rassembler.
Son domaine de recherche est vaste et se consacre aux langues gréco-latine sans frontière chronologique ni linguistique. Bruno Rochette s’intéresse au bilinguisme gréco-latin en accordant une attention particulière à l’étude des rapports linguistiques dans l’Empire romain. Il a consacré des travaux aux traductions grecques d’oeuvres latines, à l’étude du latin par les hellénophones et au problème de l’identité grecque sous la domination romaine. Il traite en outre de questions comme la diversité linguistique, l’attitude des Grecs et des Romains face aux langues étrangères et la traduction orale. Comme manifestation littéraire du bilinguisme gréco-latin, la traduction du grec en latin et du latin en grec retient aussi son attention. L’étude de la traduction du vocabulaire technique chez Sénèque et Apulée lui a permis de mettre en évidence l’enrichissement que ces auteurs ont apporté au lexique latin spécialisé après Cicéron. Car il considère que les langues expriment une culture ancrée dans son histoire, ses mots et sa syntaxe qui, eux-mêmes évoluent et subissent des ruptures, sous l’influence de liens avec d’autres langues et cultures.
Dans un livre il étudie « Le latin dans le monde grec » en poussant ses « Recherches sur la diffusion de la langue et des lettres latines dans les provinces hellénophones de l’Empire romain ». Dans de nombreux articles, il observe les Grecs et les Latins face aux langues étrangères et sonde le bilinguisme gréco-latin ; il s’interroge sur le bilinguisme, voire multilinguisme, dans les armées d’Alexandre le Grand et celles d’Hannibal face aux langues étrangères. Tout naturellement il poursuit ses investigations sur Le bilinguisme gréco-latin dans les communautés juives d’Italie. Il épluche la traduction de la terminologie scientifique et philosophique par Sénèque, Cicéron …Il prépare l’édition de la traduction annotée des Discours sacrés d’Aelius Aristide de G. Michenaud…S’il s’intéresse aux « grands auteurs classiques », il aime découvrir et faire découvrir des auteurs que le landerneau scientifique a souvent estimés mineurs et ignorés, mais qui sont des témoins bien informés de la vie des Grecs et des Romains. Il en est de même pour les inscriptions qu’il consulte avec appétit pour nous en dévoiler la saveur. De ses publications, nous pouvons induire des qualités de l’auteur : avec enthousiasme, il scrute l’âme du texte et sa forme, sa traduction orale ou écrite et en débusque parfois l’idéologie (politique) qui est enfermée derrière des écrans fixés par des grilles de lectures uniformisées.
Il va à la rencontre du langage reflétant la culture du locuteur qu’il distingue, car la pensée ne manque pas de mots, ce sont les mots qui court-circuitent parfois la pensée. D’ailleurs, comme je peux le comprendre, Bruno Rochette emploie le mot logos dans son acception totale « expression d’une pensée » qui nourrit le vocabulaire, lui-même permettant à la pensée de se développer. Il s’intéresse à la latinisation des mots grecs et à leur traduction en repérant les nuances des métissages, créateurs de néologismes ou d’hapax (= emploi unique) qui s’adaptent. Il opère des croisements d’hypothèses multiples qu’il analyse sans a priori pour arriver à des conclusions ouvertes qui s’insinuent naturellement. Aux croisements des routes les Grecs installaient des bustes d’Hermès pour marquer les moyens de transmission et de communication: notre agogos, conducteur, notre hodégos, guide, avec méthode nourrit sa pensée en la partageant généreusement. Avec quelle imagination (phantasia, qui fait apparaître) et quelle ouverture, brave-t-il les cloisonnements grammaticaux apparus à travers les époques et les lieux. Mais il se base sur la langue en l’état (dans ses variétés, ses niveaux de chronologies, de topologie…). Il n’élimine pas (lat. e-limen ne pas faire passer le seuil) les formes qui passent pour des entorses à une grammaire virtuelle mais les fait entrer, les reçoit.
Sa philologie est un dictionnaire amoureux. Bruno Rochette n’est pas pressé, il prend le temps d’exploiter les raccourcis sans s’y tenir, les chemins de traverses, il n’est pas de ceux qui donnent définitivement 1 sens à 1 mot, mais, des mots il regarde la coloration et entend les sonorités pour en saisir toutes les nuances avec subtilité (??????a, oxynoia, même racine qu’oxygène). Son vocabulaire est précis et diversifié poikilos; Il interroge les textes comme on presse une éponge, qu’il replonge dans d’autres contextes en vue d’études futures. Il affronte les problèmes de traductions dus à des malentendus ou des mal- lus en recourant à l’interprétation (hermenia).
Ces qualités, il peut les déployer dans ses cours à l’Université de Liège :auteurs latins et grecs, grammaire historique, langue grecque, histoire des littératures grecque et latine, religion romaine…Il préside le CEDOPAL, Centre de Documentation de Papyrologie Littéraire à l’Université de Liège, dont la directrice Marie-Hélène Marganne est venue nous entretenir il y a quelques années.
Bruno Rochette se délecte des saveurs et des couleurs du langage sans vouloir le « corriger » en langue « pure », parce qu’elle serait artificielle. Ainsi rapproche-t-il expressions vivantes, qu’elles soient parlées, gravées ou écrites. S’il tourne les pages de l’histoire (expression souvent galvaudée à mauvais escient), c’est pour les relire et les compiler pour de nouvelles découvertes à publier, sans trancher, sans expulser mais en les propulsant avec le souffle de la culture hellénique, diffusée par Alexandre Le Grand et transmise par les Romains (pneuma, anima).
Sa lecture que vous allez déguster, est un régal, et je suis certain qu’en l’écoutant vous apprécierez l’importance qu’il donne aux mots qui sont les moteurs de la pensée. Monsieur Bruno Rochette, vous avez la parole.

Le 10 février 2017. Philippe VALENTIN, président.

Prof. A. Rufin Solas (Docteur en histoire de l’Université Paris IV (Sorbonne))

Ce soir vous allez découvrir une facette de celui qui faisait planer son ombre sur les conférences sans se dévoiler, Philippe II de Macédoine, le père d’Alexandre. C’est pourtant lui qui a greffé l’hellénisme à la Macédoine. Aussi avons-nous invité, pour l’illustrer, Madame Rufin Solas qui s’intéresse avec passion à cette Macédoine en relation avec la Thrace.
Sa jeune carrière ne nous laissera pas de marbre car elle est à la source d’une mine de renseignements précieux. A la lecture de ses écrits et de ses projets, Aliénor Rufin Solas devient familière et nous éclaire sur son itinéraire et ses recherches : son voyage est passé par la Sorbonne où elle fit briller sa thèse de doctorat, par l’Ecole Française d’archéologie d’Athènes, par le Collège de France, par l’Université de Lille III, l’Université de Rouen, l’Université de Cergy-Pontoise, où elle poursuit ses recherches et dispense son enseignement qu’elle transforme en trésor indispensable à l’Université et dans ce que les « réformes » appellent « Le Secondaire ». Des clichés répandus et déferlant à l’encan, elle nous fait grâce avec subtilité, notamment sur l’image des Thraces et celle des Macédoniens, véhiculées par une certaine tradition figée. Elle parcourt l’Histoire et la Géographie sans frontières idéologiques étanches.
Ses Recherches l’incitent à investiguer sur les rapports entre guerres et monnayages, d’une actualité brûlante et explosive. Aliénor Rufin Solas comble le déficit documentaire au sujet des peuples guerriers en tirant parti de l’apport de l’archéologie, des textes littéraires ou épigraphiques, de la numismatique. Elle tente diverses approches et favorise les collaborations ; elle éclaircit un point d’histoire confus concernant les démêlées entre Grecs et Thraces dans l’évolution de leurs relations notamment sous Philippe II de Macédoine. Elle observe la continuité et les ruptures, elle décèle la dynamique des politiques qui favorisent les équilibres. Elle ne dichotomise pas toute la réalité complexe mais dénoue avec finesse le nœud des nerfs de la guerre, par une enquête financière et militaire aigue mais non invasive, car elle ne tranche pas le nœud gordien à la manière d’Alexandre. Elle réinterprète la politique de Philippe II vis-à-vis des Thraces, politique qu’elle estime très propice aux recrutements massifs qui contribuèrent aux succès d’Alexandre Le Grand en Asie. Elle estime que l’étude des rapports diplomatiques et guerriers entre Grecs et Thraces explique l’intégration de la Thrace à l’histoire du monde grec à travers l’évolution de ses structures sociales, politiques et militaires. Elle analyse les représentations des Thraces colportées par Hérodote, Strabon, Polybe, les Tragiques en réinterprétant l’image des rapports de Philippe à l’argent qui se basaient sur la confiance…
Elle réinterprète moult aspects historiques (chronologie, étendue géographique, nature des « royaumes ») à partir d’inscriptions et monnaies porteuses de messages subliminaux, que nous découvrons au fil des conférences (142).
Aliénor Rufin Solas analyse les trésors de vaisselle en métal précieux de Thrace avec les outils des numismates pour étayer son examen des pratiques financières thraces et distinguer les « impôts » et les « cadeaux » que les Grecs installés sur les littoraux de la Thraces ont versés, en quantité, aux chefs de l’intérieur. Aliénor Rufin Solas a mis au jour l’anticipation par Philippe II du couplage Macédoine-Thrace qui est encore aujourd’hui une des 13 régions administratives de Grèce , frontalière avec la Bulgarie et la Turquie. Pour ses travaux universitaires, elle collabore avec les Institutions bulgares, roumaines, albanaises.
Elle édite et est co-auteur d’ouvrages collectifs sur les conflits et intégrations aux époques gréco-romaines, sur Philippe II, les trésors d’orfèvrerie macédonienne. Cinq livres sont à l’impression. Pour des congrès internationaux et la publication d’articles dans des revues, elle a présenté et prépare moult communications d’ampleur inédite.
Elle participe au projet qui est sur le point d’être lancé : la rédaction d’un « Dictionnaire anthropologique des sociétés guerrières antiques et médiévales », qui verra le jour d’ici plusieurs années : l’entreprise est gigantesque et permettra de comprendre, ou du moins d’approcher certaines réalités d’aujourd’hui. Car les Souvenirs ne sont utiles que s’ils débouchent sur des projets ; ils ne doivent pas justifier ou légitimer des comportements actuels et empêcher d’avancer. C’est une règle d’or qu’elle s’est imposée, en réalisant une lecture tonique du passé hellénique.
La lecture de ses écrits révèle diverses qualités qui brillent comme des pépites aux yeux d’orpailleurs avisés : rigueur, précision incisive dans l’observation et l’interprétation des sources mêlant intuition et vivacité ; émerveillement vivifiant sans a priori; elle ne se laisse pas submerger par ses recherches qui, par son empreinte, ouvrent des pistes ; elle pose de vraies questions pour apprendre, comprendre et non pour justifier une théorie ou une hypothèse. Elle jette un regard neuf sur l’ancien pour l’éclairer et le rendre universel.
Le réexamen des sources numismatiques, littéraires, épigraphiques et archéologiques permet en effet de préciser quelles formes distinctes d’échange étaient employées en distinguant les époques, les régions, les occasions ou opportunités, les revirements dans les échanges, les fluctuations d’un fleuve tumultueux ou pacifique avec ses méandres politiques.
Son langage nouveau, clair et précis régénère la recherche en lui enlevant une opacité entretenue par la transmission de stéréotypes simplifiant et paralysant la pensée. Et, comme les mots n’épuisent pas les concepts, elle utilise aussi les non-dits, les légendes, les images, les croyances, qui permettent d’appréhender les situations sous tous les angles possibles dans la lumière, loin des obscurantismes.
Madame, Laissez-nous l’art de vous entendre sur les traces de Philippe II de Macédoine.

Philippe VALENTIN, le 18 mars 2016.

Prof.A. Tihon (UCL)

Anne Tihon aime Byzance,(Istanbul aujourd’hui), creuset d’une culture originale puisant aux sources grecques  et orientales et qui s’est diffusée dans l’Empire d’Orient entre Europe et Asie. Ainsi, la langue grecque lui doit beaucoup pour avoir prolongé la mémoire des siècles  de civilisation exceptionnelle.
Anne Tihon va mettre la culture byzantine à l’honneur, un honneur qu’elle mérite, bien qu’elle soit souvent passée sous silence.  Pourtant, elle connut des heurs et malheurs, notamment lors de la première croisade.
Carolo d’origine, Anne Tihon est docteur en philologie classique et professeur à l’UCL où elle enseigne les auteurs grecs, l’histoire des sciences antiques et médiévales, l’histoire et la littérature byzantines, la paléographie (étude des manuscrits) grecque et byzantine, dont elle est une spécialiste internationale : sa bibliographie montre  qu’elle réconcilie sciences et culture.
Elle dirige des mémoires de licence (150) et des thèses de doctorat de façon magistrale, à en juger par les grades obtenus par les doctorants. Elle rédige des syllabi sur l’histoire des sciences, l’histoire byzantine et l’ecdotique (étude des manuscrits).
Sans relâche depuis 40 ans, Anne Tihon arpente les bibliothèques de manuscrits grecs (bibliothèques toujours bien situées : Athènes, Rome, Venise, Florences, Milan, Paris, Cambridge, Oxford, Istanbul …). Ses consultations lui permettent de rassembler des moissons étonnantes qui deviennent des livres (une douzaine) ou des articles (une cinquantaine).
Elle a créé un Corpus des astronomes byzantins, qui publie ses inédits, avec traduction et commentaires avisés. Aucun manuscrit, aucune écriture grecque antique ou médiévale ne résiste à son déchiffrement rapide, précis et daté, ce qui exige une compétence toujours en éveil.
Ces qualités lui valent de participer à  nombre de congrès internationaux  et d’en organiser : Vienne, Washington, Moscou, Copenhague, Paris, Venise, Londres, Hambourg, Ravello, Saragosse, Bayreuth, Athènes, Strasbourg, Frankfort, Mexico, …
A la recherche de ‘hellénisme authentique dans son évolution, elle a donc étudié des manuscrits en les considérant comme des témoins importants pour restituer la vie économique, sociale et culturelle des cités du monde antique.
Anne Tihon s’est intéressée à la langue grecque hellénistique écrite, souvent jugée « impure » parce que non conforme à la « pureté attique » . Par son étude des manuscrits, elle peut éclairer l’évolution du grec jusqu’à nos jours, des écrits hellénistiques aux byzantins, … proches de la langue grecque d’aujourd’hui. Bref, elle s’est attachée à une langue qui a tout exprimé de l’humanisme et qui exprime encore aujourd’hui l’âme d’un peuple et d’une civilisation universelle.
Toutes ces recherches ont valu à Anne Tihon d’être reconnue comme secrétaire de la Commission Astronomie ancienne et médiévale, membre du Comité belge d’histoire des sciences, membre du Comité de logique, d’histoire et de philosophie des sciences (Académie Royale de Belgique), membre du Comité national d’histoire des sciences (Bibliothèque Royale), présidente de la Société belge d’études byzantines…

Ph. Valentin

Prof. Athina Tsingarida (ULB)

Athina Tsingarida est licenciée en archéologie et histoire de l’Art (ULB), docteur en philosophie et lettres (histoire ancienne et archéologie classique) de l’Université d’Oxford ; elle détient en outre une licence en Byzantinologie (ULB).
Elle est professeur d’archéologie et d’histoire de l’art grecques à l’ULB. De plus, le Musée Royal de Mariemont compte en elle une collaboratrice scientifique assidue, notamment lors des expositions prestigieuses « Hippocrate. Médecine et société en Grèce antique » et « Le vase grec et ses destins ».
Chargée de recherche au FNRS, elle a obtenu divers prix dont celui de l’Académie des Sciences, de Lettres et des Beaux-Arts de Belgique en 1993…déjà.
Ses recherches portent sur l’art grec, notamment sur la céramique et sur les collectionneurs d’Antiques en Belgique. De plus, elle fouille à Apamée en Syrie et en Crête à Itanos, où elle étudie les contacts et les échanges entre cités du monde méditerranéen ainsi qu’à Siphnos.
Lorsqu’elle étudie des objets sortis de terre, Athina Tsingarida envisage leur origine, leur utilisation,  leur histoire, leur iconographie ainsi que la technique utilisée, les références littéraires, graphiques ou archéologiques, qui sont l’objet d’observations et d’analyses aussi précises que rigoureuses. Elle fait parler ses découvertes qui deviennent volubiles. Je reste ébloui devant l’ampleur de sa compilation des sources antiques et des interprétations modernes.
A la lecture de des publications personnelles ou contributions à des ouvrages collectifs prestigieux, comme le Corpus Vasorum Antiquorum, je suis assuré que la céramique grecque est son thème de prédilection. Athina Tsingarida sait observer, avec l’acuité d’une clinicienne, des scènes ou des gestes ou des expressions inspirées par la vie ; elle identifie avec minutie et rigueur les caractéristiques des pièces et peut les attribuer à des artistes grâce à des parallèles iconographiques. Elle décèle les conventions que les artistes respectent et répètent ainsi que l’originalité de chacun. En mémoire, elle retient mille vases qu’elle identifie, compare et classe : aucun détail ne lui échappe. Sous l’argile, elle retrouve l’artisan qui a réalisé le vase ou la coupe et ne peut cacher une certaine émotion à ces retrouvailles. Elle s’intéresse au détail sous-jacent de la mise en place des personnages et ainsi comprend comment les peintres perçoivent et reconstituent le corps humain, sans oublier le décor, les thèmes et le rendu des scènes. Elle reconstitue l’impact qu’ont pu avoir les clients grecs et non grecs sur la production des vases et sur leur diffusion.
Les figures rouges ou noires n’ont pas de secret pour Athina Tsingarida : nous pouvons l’observer dans ses descriptions nettes, précises, tranchantes et en même temps nuancées.
Elle va jusqu’à mettre en évidence l’expression d’un visage et même « l’œil tuméfié de lutteurs ou le relief des muscles tendus des athlètes ». Ses descriptions tiennent compte de la qualité de l’argile et du vernis
après-cuisson. L’iconographie l’intéresse, mais aussi le support qui nous met en contact avec la main de l’artiste, potier ou peintre et avec les croyances et rituels funéraires des clients.
Un thème de recherche que je n’ai pas encore souligné concerne les collections et les collectionneurs d’antiques en Belgique, qui ont accumulé les trésors des Musées du Cinquantenaire, de Mariemont et du Cabinet des Monnaies à Bruxelles (gardés avec passion respectivement par Madame Massar, Madame Verbanck et Monsieur de Callataÿ). Dans son étude de la réception de l’antiquité depuis la Renaissance, Madame Tsingarida éclaire un élément indispensable à la compréhension de l’histoire culturelle européenne. Sa recherche aborde ce sujet par le biais de l’archéophilie, voire de l’anticomanie, et des collections d’antiques du XIX° siècle en Belgique, thème souvent négligé auparavant. Elle va nous confectionner un tableau des collections de haute culture qui ont mis l’antique à la mode dans la recherche de modèles dans une galerie impressionnante. Dans ses vases, bouillonne une culture qui fait sensation chez les auditeurs des colloques auxquels Athina Tsingarida participe et ceux qu’elle organise.

Ph.Valentin

Prof. Catherine Vanderheyde (ULB, U. Strasbourg)

 

Pour couronner notre 27e saison, nous avons ce soir le plaisir de recevoir le professeur Catherine Vanderheyde, une amie de notre association Alexandre, pour aborder quelques tesselles de la civilisation hellénique, qui est une mosaïque de cultures et de peuples, propagée d’îles en îles sur les continents européens et orientaux.
Catherine Vanderheyde est licenciée agrégée en archéologie de l’UCL et docteur en archéologie de la Sorbonne. Elle enseigne la civilisation byzantine à l’Université Libre de Bruxelles et à l’Université Marc Bloch de Strasbourg. Elle a enseigné à Fribourg et fut membre belge de la prestigieuse Ecole Française d’Archéologie d’Athènes. Elle a effectué de longs séjours dans les universités de Ioannina en Grèce (Epire) et de Munster en Allemagne.
Ses missions archéologiques l’ont emmenée aussi en Albanie et en Bulgarie où divers projets de publication voient le jour.
Codirectrice du projet de recherche franco-bulgare « Rila » mis en place par l’organisme Egide et soutenu par l’EFA et l’Université de Strasbourg, Catherine Vanderheyde accomplit différentes missions en Bulgarie : visites, recherches, établissement de catalogues concernant l’art byzantin.
Bruxelles et Strasbourg lui offrent un excellent environnement de recherche (riche). Elle vient d’obtenir le diplôme de l’habilitation à diriger des recherches à l’EPHE(Ecole Pratique des Hautes Etudes). De plus, elle est secrétaire de la Société d’Archéologie Classique et Byzantine à l’ULB.
En outre, elle a concrétisé ses recherches à Apamée en Syrie, en ce qui concerne les chapiteaux byzantins, dans le cadre d’un programme soutenu par le CREA/Patrimoine de l’ULB. En ces moments catastrophiques pour le patrimoine du Moyen-Orient, ces recherches sont une pièce du témoignage de sauvetage du passé culturel & humain à transmettre dans la mémoire collective.
Catherine Vanderheyde a participé à des chantiers de fouilles à Delphes, à Byllis en Albanie, à Apamée en Syrie, à Ioannina en Epire, en Bulgarie …toujours à la recherche de traces byzantines. Sur les sites qu’elle visite ou fouille, elle examine l’évolution architecturale byzantine en complétant ses connaissances par l’étude des documents iconographiques -le décor-(icônes, fresques, mosaïques, sculptures.
Elle consulte les textes archéologiques, historiques et littéraires, analyse et critique les hypothèses émises antérieurement et en conçoit de nouvelles, toujours plus approfondies mais prudentes, car la documentation reste lacunaire malgré les découvertes récentes. Elle fait preuve de nuance et de souplesse, refusant le binaire autocratique médiatiquement imposé et le mécaniquement correct, car classable.
Catherine Vanderheyde aime Byzance, se passionne pour Byzance, creuset d’une culture originale puisant aux sources grecques et orientales et qui s’est diffusée dans l’empire d’Orient entre Europe et Asie. La perception qu’avaient les Byzantins du sacré fait l’objet de ses études en Macédoine, Epire et Péloponnèse, en Albanie, en Bulgarie, à Chypre, mais encore à Chios, à Itanos en Crète…
Dans ses recherches, Catherine Vanderheyde tente de comprendre comment les artistes ont travaillé loin des grands centres créateurs et ont pourtant subi des influences, dues à la réminiscence d’une culture, tout en s’adaptant au contexte de leur travail qui requérait souvent des équipes d’artistes itinérants. Comprendre la démarche des sculpteurs ainsi que leur technique, faites d’analogies, de mémoire et d’invention, c’est le but de Catherine Vanderheyde : elle investit une grande énergie dans l’étude de la sculpture byzantine, longtemps négligée parce que liée à l’architecture.
Ses publications nombreuses se concentrent sur l’architecture, la sculpture, la peinture et la mosaïque byzantines. Son ouvrage sur la sculpture architecturale de Nicopolis (en Epire) étendue à l’Etolie, l’Albanie est d’un intérêt original. Un titre révélateur « Splendeur, solennité et sacralité : l’art byzantin » nous laisse entrevoir la complexité de son programme. Elle ouvre les tiroirs où sont enfermées les connaissances fragmentées sous des étiquettes qu’elle décolle pour mettre en contact, en parallèle ou en opposition (sécantes), des notions qu’elle fait vivre à la lumière de nos savoirs pour éclairer des recherches et des projets. Pour elle, le savoir n’est pas un état, mais un parcours. Ce qui frappe, quand on la lit, c’est la rigueur et la cohérence de son cheminement intellectuel. Elle compare, recoupe, met en parallèles les formes architecturales et garde en mémoire les ornementations pour renouveler le système culturel de pensée généralisé et souvent figé. Elle veut retrouver le geste de l’artiste, son souci de perfection dans une œuvre humaine inspirée, souvent inattendue.
Le regard frais et magnétique de Catherine Catharsis montre que l’étude du passé n’enferme pas, ne cloisonne pas mais stimule une curiosité insatiable…. Elle respire la joie et donne vie aux symboles et aux rites qu’elle aère/oxygène.
Elle édite les actes des colloques qu’elle contribue à organiser ; car ses compétences lui valent de participer à de nombreux congrès et colloques internationaux, ce qui lui permet de côtoyer les plus hautes éminences des sciences de l’antiquité. Sa dernière co-organisation à Fribourg rassembla des spécialistes qui illustrèrent l’art et l’histoire de la ville de Famagouste à Chypre.
Ses recensions de livres dans des revues, telles l’Antiquité Classique, Byzantion, …révèlent un grand dynamisme doublé d’un sens aigu de l’analyse. Elle est d’ailleurs collaboratrice scientifique du comité de rédaction de BYZANTION, revue internationale des études byzantines, dont elle est administratrice.
Il y a 4 ans elle nous entraîna en un pas de danse dans l’art byzantin, où le mouvement exprime « un rituel magique et sacré ».
Ce soir, c’est à Chypre qu’elle nous convie à partager sa passion dans l’île d’Aphrodite. Elle nous invite dans un jardin pour nous faire découvrir arômes et parfums, lumières et couleurs, et embaumer nos esprits de sa créativité subtile et foisonnante.
Ses yeux pétillent déjà d’enthousiasme devant le déploiement de richesses matérielles et spirituelles faites de symboles pour faire scintiller une vision nuancée des trésors de l’art byzantin sous toutes ses formes.
Philippe Valentin, président.
Prof. Annie Verbanck-Piérard (Musée royal de Mariemont-ULB)

Ευχαριστώ τους Έλληνες φίλους μας για την πιστή παρουσία τους στα συνέδριά μας. Χίλιες ευχαριστίες

Ce soir, pour inaugurer notre 31e saison et pour célébrer le 15e anniversaire de notre implantation (εμφύτευση, emphyteusis- emphytéose) à la Maison des Médecins, nous avons réinvité Annie Verbanck-Piérard, qui avait inauguré notre nouveau lieu en illustrant « La médecine grecque, la plus grecque des sciences, avec Hippocrate »; aujourd’hui, c’est le médecin grec GALIEN qui sera la vedette.
« Sur 100 personnes qui parlent de vous, 99 disent du mal et la 100e qui dit du bien souvent le dit mal » disait Vauvenargues au XVIIIe s.). J’espère démentir cet aphorisme, ce soir.

Annie Verbanck-Piérard, subjuguée par la civilisation hellénique, a conjugué philologie classique et archéologie… A ses diplômes acquis elle insuffla une plus-value impressionnante. Aussi étudie-t-elle la façon de vivre des anciens Grecs avec leurs semblables, leurs héros et leurs Dieux, dont Héraclès. Pour cela, elle consulte les textes littéraires et les inscriptions ainsi que le produit des fouilles archéologiques analysées avec des technologies de pointe les plus récentes ou simplement réinterprétées selon les nouvelles connaissances. Soucieuse de transmettre son savoir, elle privilégie avec optimisme les liens avec les enseignants d’HUMANITES (dits du secondaire) à qui elle offre une illustration gréco-latine pouvant apporter une thérapeutique à des mutilations aventureuses, basées sur des pratiques d’enseignement des langues anciennes que nous avons dépassées et optimisées depuis longtemps. Elle déploie moult activités : enseignement, colloques, congrès, organisation d’expositions, collaborations avec des collègues internationaux pour alimenter le feu de son enthousiasme prométhéen et inextinguible. (άσβεστος, comme la lampe qui brillait dans le Parthénon).

Annie Verbanck est Conservatrice au Musée Royal de Mariemont : les mots « musée » et « conservateur » n’ont pas souvent bonne presse, qui comme son nom l’indique est trop souvent dans l’immédiateté et l’urgence des raccourcis. Certains associent le nom de Musée à l’adjectif « poussiéreux », mais cette idée est ancrée dans ceux qui ont des poussières dans les yeux, ce qui entrave leur vision et leur pensée ; car cette image hante des esprits encombrés d’idées reçues, d’a priori réducteurs. Elle, comme nous, considère le musée comme le domaine des 9 Muses qui y raisonnent et font résonner la musique intérieure des idées, de la pensée, de la réflexion, des mots, des réalisations.
Quand nous visitons le musée de Mariemont, dont elle est une des Cariatides, nous ressentons les effets d’une harmonie qui n’exclut pas les aspérités –est-il besoin de rappeler que dans la mythologie, Arès (la guerre) s’est uni à Aphrodite (amour) pour donner naissance à Harmonie…

Les Musées ne sont pas seulement des réservoirs de connaissances, mais des puits intarissables ou des sources qui jaillissent vers un fleuve, vers la mer pour les esprits insatiables de curiosité. La conservatrice Annie Verbanck-Piérard ne range pas en rayonnages des boîtes à conserve. Ici, les œuvres exposées ne portent pas de date de péremption ni la mention de conservateurs cancérigènes, car les collections permanentes s’enrichissent régulièrement et voyagent aussi dans d’autres endroits ou dans l’imagination nourrie par l’analyse qui se renouvelle. Dans son musée où elle est responsable de la section « Antiquité grecque-étrusque-romaine », elle met en lumière la beauté de l’utile avec une sensibilité hors du commun. Son regard est empreint d’émerveillement, vertu grecque par excellence à laquelle elle remet la nuance des couleurs, car il est si souvent banalisé par la pétrification de la Gorgone médiatique blasée, qui nous renvoie notre image narcissique. Pour Annie Verbanck, le passé n’a pas fini de nous renseigner sur la vie des anciens : grâce à son intuition (fibre) elle explore une nouvelle lecture des documents pour aboutir à de nouvelles interprétations en choisissant de confronter les regards antiques et les regards modernes. Sa démarche (μέθοδος, methodos) suscite des questions et donc des découvertes.

Passionnée et donc passionnante, elle est habitée par son sujet, la vie des Anciens, leurs problèmes et leurs résolutions. Il était évident qu’elle ne pouvait résister à l’enseignement de Galien, en prônant l’équilibre des humeurs sans se départir de l’humour. Quand elle compare les témoignages, les pièces, les idées, elle recherche et voit d’abord ce qui se ressemble, ce qui rassemble, les bases communes, et puis elle fait apparaître les propriétés, les nouveautés, les singularités, les marques de progrès. Comme conservatrice, elle découvre et met en valeur les pépites cachées dans des mines de documents. Elle exploite les sources sans mettre l’accent sur l’identité propre, mais dans leur contexte.
L’iconographie, pour elle, est le complément indispensable des écrits pour démêler l’écheveau des cultes, des croyances, des rites et de la vie en société dans le Dédale des sources qui sont multiples mais qui permettent un envol de ses pensées et de ses rêves. Sa documentation impressionnante, ses synthèses remarquables. Sa connivence avec d’autres conservateurs de musées belges et étrangers est discrète mais terriblement efficace.

Magicienne de la communication, Annie Verbanck-Piérard dialogue avec les auteurs anciens et avec le monde vivant qui a témoigné de son présent par des inscriptions, des bas-reliefs ou des peintures : cela lui évite de faire de la société antique un ensemble thématisé, simple, unique, totalement homogène et sans contradictions ; elle aime les confrontations, les débats qui constituent la vie des hommes et des Dieux. Elle dialogue avec les chercheurs, lecteurs et auditeurs en des échanges qui font avancer la pensée, le raisonnement et ressourcent l’imaginaire qui nous décolle du matériel. Et ses mots sont comme une respiration, ils sont les moteurs de sa pensée qu’ils font naître ou renaître.
Annie Verbanck conçoit ses expositions comme des voyages dans le temps et l’espace. Elle met en évidence l’extraordinaire mobilité des objets, des idées et des mythe en valorisant la transmission, la circulation et l’interaction des anciens avec les artistes modernes ou contemporains. Citons, pour mémoire, les expositions « Au temps d’Hippocrate. Médecine et société en Grèce antique », « Parfums de l’Antiquité », « Le vase grec et ses destins »… Elle contribue à la réussite de diverses expositions en Belgique ou à l’étranger avec des thèmes divers.

Hors les catalogues, ses publications sont multiples. Vous pourrez en consulter et vous en procurer au Musée. Sur internet, vous retrouverez la liste exhaustive.
Ce soir, après Hippocrate, c’est un médecin-pharmacien (ιατρός- φαρμακοποιός ou pourquoi pas φάρμακοποιητής ?) qui balise son itinéraire à Charleroi, car Annie Verbanck-Piérard va brancher le phare d’Alexandrie pour mettre en lumière un médecin grec exceptionnel et pourtant trop méconnu qui exerça son art, il y a 18 siècles dans l’empire romain : GALIEN, et cela en osmose avec l’exposition de Mariemont qui montre sa modernité exceptionnelle. La modernité médicale sera illustrée et explicitée par le docteur Paul Verbanck (ULB) qui a activement collaboré avec son épouse, Annie.

Le 05 octobre 2018,
Philippe VALENTIN, président.

Prof.D.Viviers (Recteur ULBruxelles)

 

Le professeur Didier Viviers vous est connu, car il est venu dès 1999 nous parler de la Crète au cœur de la Méditerranée, des artisans grecs, d’Apamée en Syrie, dont il dirige(ait) les fouilles pour lesquelles il est d’une extrême inquiétude aujourd’hui , car la conservation des œuvres et des sites  est des plus menacée par la guerre. Professeur d’Histoire de l’Art et d’Archéologie à l’ULB, dont il est le recteur, Didier Viviers est président du Conseil d’Administration du FRS-FNRS ; il enseigna à l’EPHE de Paris, aux Universités de Paris X et Dijon ; il fut membre de l’Ecole Française d’Archéologie d’Athènes, comme beaucoup de nos conférenciers, dont Dominique Mulliez  qui en fut le directeur. Il est Membre de l’Académie Royale de Belgique comme François de Callataÿ et d’autres conférenciers. Il est difficile de suivre son δρόμος chronologique, tellement il est dense.

Poïkilophrène, polyénergetique, hypertonique, Didier Viviers est d’une ubiquité intellectuelle et géographique étonnante même stupéfiante qui ne concède rien à la rigueur : vous l’allez voir et entendre.

Ses recherches portent essentiellement sur la citoyenneté grecque dans ses rapports avec les identités culturelles et sur les structures économiques de l’Antiquité grecque où il analyse les relations entre fiscalité et citoyenneté, sujet qui est devenu brûlant…

Comme archéologue de terrain à Delphes, Itanos, en Crète, Apamée, en Syrie, il dirige une équipe pluridisciplinaire qui fait appel aux technologies les plus modernes (géographie, chimie, physique, anthropologie ou techniques d’informations géographiques, palynologie, radiologie…). Il s’intéresse à des problèmes d’organisation urbaine, notamment les systèmes d’adduction d’eau, dont il nous a parlé il y a quelques années.

Didier Viviers centre son activité scientifique sur le monde méditerranéen, plus particulièrement sur les régions hellénophones qu’il tente de comprendre et de faire comprendre. Il s’intéresse aux cités et aux citoyens dans leurs pratiques sociales et culturelles qui les font émerger : il s’interroge sur la place de l’artisanat dans les systèmes socio-économiques de ces cités. Il étudie les ateliers des sculpteurs, des peintres ou des potiers pour tenter de dégager les relations spécifiques qui ont pu se manifester entre les artisans et leurs clients.

Aujourd’hui, Didier Viviers abordera la représentation de l’humain par la thématique de la sculpture grecque et des sculpteurs dans leurs ateliers.

Ph.Valentin

Prof. H. Walter (U. Rennes)

Henriette Walter est professeur émérite de linguistique à l’Université de Haute-Bretagne, Présidente de la Société Internationale de Linguistique Fonctionnelle, Membre du Conseil international de la langue française, membre du Conseil supérieur de la langue française et Chevalier de la Légion d’Honneur.
Ses activités de chercheur la conduisent en outre à mener des enquêtes phonologiques ou lexicales sur le terrain, magnétophone en main, et à rédiger des ouvrages de linguistique, soit très spécialisés, comme  « Le dictionnaire de la prononciation française dans son usage réel » (en collaboration avec le grand linguiste André Martinet, Droz) ou « La dynamique des phonèmes dans le lexique français contemporain » (Droz), soit destinés à un public plus vaste, comme « Le français dans tous les sens », Grand Prix de l’Académie française 1988 (Robert Laffont), « Des mots sans-culottes » (Robert Laffont), « Le dictionnaire des mots d’origine étrangère » (avec Gérard Walter, Larousse), « L’aventure des langues en occident », Prix spécial de la Société des Gens de Lettres et Grand Prix des lectrices de Elle 1994 (Robert Laffont) ou « L’aventure des mots français venus d’ailleurs », Prix Louis Pauwels 1998 (Robert Laffont).
Après « Le français d’ici, de là, de là-bas », édité chez J.C. Lattès et le «Dictionnaire du français régional de Haute-Bretagne », avec Philippe Blanchet chez Bonneton, elle a publié « Honni soit qui mal y pense, ou l’incroyable histoire d’amour entre le français et l’anglais » (Robert Laffont). En collaboration avec Pierre Avenas, elle a publié « L’étonnante histoire des noms de mammifères ou De la musaraigne étrusque à la baleine bleue » (Robert Laffont). Avec Bassam Baraké, elle a publié  « Arabesques. L’aventure de la langue arabe en Occident », Paris, Robert Laffont et Editions du Temps, 2006.
Avec Pierre Avenas, elle a publié « La mystérieuse histoire des noms des oiseaux, du minuscule roitelet à l’albatros géant », Paris, Robert Laffont, 2007, 375p.
Enfin, elle vient de publier Aventures et mésaventures des langues de France », Paris, Edition du temps, 2008.

Ph.Valentin

Prof. Myriam Watthée-Delmotte (FNRS, Fonds Henri Bauchau, UCL, Académie Royale de Belgique)

Ce soir, nous allons nous envoler vers l’imaginaire qui ressource et imprègne, depuis la Grèce antique, notre réalité en la rendant vivifiante et fertile. Pour explorer cet imaginaire (φανταστικός), nous avons fait appel au professeur Myriam Watthée-Delmotte, qui fonda le Centre de Recherche sur l’Imaginaire de l’UCL, qu’elle préside toujours.

Ses deux thèses, doctorat en Philosophie et Lettres et agrégation de l’Enseignement Supérieur, sont le reflet d’une explosion de recherches étonnantes et fantastiques (au sens étymologique des termes) :du parcours littéraire de Salvador Dali à l’enjeu du rite dans la littérature française contemporaine, en passant par la réécriture mythique contemporaine en la personne d’Ulysse.
Parmi ses fonctions, Myriam Watthée enseigna à l’Ecole Normale Moyenne de Loverval et à l’Ecole Normale de Gosselies (aujourd’hui Centre Supérieur Pédagogique de Charleroi-Europe). En outre, elle fut professeur à l’Institut des Arts de Diffusion à Louvain-La-Neuve. Aujourd’hui, Myriam Watthée est  Directrice de recherche du Fonds National de la Recherche Scientifique belge et Professeur à l’Université Catholique de Louvain-La-Neuve.
Ses cours sont un parcours du « combattant » qui défend les valeurs de la littérature et de  la pensée irriguées par l’imaginaire  dans une trajectoire créatrice contre l’appauvrissement du matérialisme qui étouffe. Son analyse de l’imagination et son discours sont nuancés et  producteurs de richesses  humaines. Elle presse (ou plutôt exprime) les mythes comme des éponges et les imbibe de nouvelles interprétations, qui les rendent  intarissables
Elle vient d’être élue (en 2011) membre de l’Académie Royale de Belgique et a rejoint  la compagnie d’un certain nombre de nos conférenciers.
La constellation de ses publications témoigne du foisonnement de ses recherches, qui nourrissent la mémoire, car centrées sur l’ouverture de la pensée, le décloisonnement des réflexions, l’importance du beau, du bon, du vrai, bref, de l’humain (« le beau est la splendeur du vrai » disait Platon).

D’ordinaire, on dit qu’il faut voir pour croire ; je dirais qu’il faut d’abord croire (faire confiance, être ouvert) pour voir et regarder et  pas seulement apercevoir ou entrevoir. Cette approche positive est celle de Myriam Watthée qui visite et dénoue les mythes universels et intemporels, mais combien humains pour s’en inspirer et respirer, tellement ils sont vifs et vivifiants : car elle est habitée par une curiosité intellectuelle sans cesse ravivée et  renouvelée . Ses recherches portent aussi sur le sacré dans la littérature française contemporaine fortement imprégnée de la culture grecque antique et de ses rites, où  la violence et le sacré faisaient «  loi » (voir René GIRARD).

A ce sujet, elle exerce des responsabilités éditoriales importantes  dans diverses Revues internationales. Ses ouvrages sont en nombre impressionnant. Elle prépare un essai  sur Henry Bauchau chez Actes Sud.

Myriam Watthée a créé  le « Fonds BAUCHAU » de l’UCL (en 2006) et en  assume la direction scientifique (www.bauchau.fltr.ucl.ac.be/) en lui consacrant une énergie et un dynamisme prométhéens pour l’exploiter et le valoriser . Ce fonds contient des dizaines de milliers de documents autographes, essais, poésies, romans …, la bibliothèque personnelle de l’écrivain-psychanalyste, ainsi qu’une documentation multimedia  extraordinaire. Pour Henry Bauchau, le  mythe s’actualise en restant universel et s’enrichit de la pensée actuelle qui l’anime sans oublier l’aspect esthétique. Pour lui, la lumière vient de l’intérieur des hommes. Nous comprenons la connivence entre Henry Bauchau et Myriam Watthée, tous deux animés par le feu et la chaleur humaine, contraste saisissant avec la fresque de René  Magritte au Palais des Beaux-Arts de Charleroi (salle des Congrès et Musée), intitulée « La Fée ignorante ».

Cette fresque nous montre un monde qui ne nourrit pas de culture ses interminables racines et qui donc est condamné à une mort sans mémoire : ce n’est pas le passé qui a un goût de mort, mais le présent sans culture ni tradition. Ses paysages sont secs et stériles, les forêts pétrifiées, les maisons vides, les humains figés …et même la lumière éteint le visage marmorisé qui s’efface. Le seul espoir vient d’un croissant de lune dans un coin de ciel bleu : c’est la culture qui peut donner du souffle à l’atmosphère, un contenu à la communication.

« Sous l’éclat de la sibylle : l’imaginaire de la Grèce chez Henry Bauchau » : je vous laisse sous le charme de propos qui resteront peut-être sibyllins mais de bon augure pour votre soirée, que je vous souhaite agréable, puisque le bonheur est à ceux qui ne se suffisent pas à eux-mêmes, selon Aristote, le maître d’Alexandre.

La voix de la sibylle sera interprétée par une complice de Myriam Watthée,  Martine VANDEPEENE, comédienne et professeur à l’Académie de Mouscron.

Ph.Valentin, Président.

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Posté le 22 février 2010 @ 17:22 par asblalexandre

rof. Robert HALLEUX (U. Liège)

Ce soir, nous allons aborder une richesse que la Grèce ancienne nous a léguée : la science (Επιστήμη) et la recherche scientifique (επιστημονική Έρευνα), indissociables de la technique (τέχνη). C’est pourquoi, nous avons invité le spécialiste mondialement reconnu comme détecteur et illustrateur des sciences, des techniques et de l’industrie de l’antiquité à nos jours, le professeur Robert Halleux de l’Université de Liège.

Docteur en Philologie classique, c’est par le texte qu’il approche et pénètre les sciences et la technologie des anciens pour comprendre les sciences d’aujourd’hui en philosophe ennemi des cloisons. Ainsi fait-il vivre les langues que certains se plaisent à dire mortes parce qu’ils les ignorent. Dans ses approches, il fait confluer (en fusion) dans un même creuset : ART, SCIENCES & LETTRES. Dans un livre récent « Le savoir de la main », il relie le savant à l’artisan (sous-titre du livre). Sa formation en philologie classique ne s’est pas arrêtée à l’analyse des  mots mais a constitué un minerai sur lequel il effectue des recherches à l’affût de transformations et de  progrès plongeant aux sources de la Grèce. Robert Halleux est poïkilophrène, à l’esprit diversifié; il  dénoue les fils du savoir avec une intuition empirique toujours en éveil pour retisser, dans son contexte, une toile, textile fait de connexions (du latin nectere, tisser). Sous l’égide d’Athéna il suit l’exemple d’Arachné. Pour reprendre une expression citée par lui à propos de la Wallonie dans l’émission « Ma Terre » de la RTBF, je dirai qu’il racle les palimpsestes pour retrouver l’inspiration originale, après avoir analysé la dernière version (le palimpseste étant un parchemin dont on a enlevé la première écriture pour permettre d’écrire un nouveau texte).

Le massif du Laurion au sud d’Athènes fut source d’intuition pour Robert Halleux : l’archéologie lui révéla que la technique précédait souvent la science et que le savoir des artisans avait fécondé la science. En visitant les mines d’argent du Laurion, il s’est intéressé aux mineurs et aux artisans dans leurs ateliers, sans fractionner l’action humaine qui vit d’interactions fécondes.

A travers ses nombreuses publications (ouvrages ou articles), fort de l’enseignement de l’antiquité grecque, graine de modernité, Robert Halleux embrasse l’histoire des sciences et des technologies de tous les temps et la met à la portée de tous les curieux d’apprendre. Rien ne lui échappe : techniques, croyances, rites, modes de transmission du savoir de la chimie à l’alchimie, la métallurgie, la verrerie, les mines ainsi que les artisans…D’Archimède à la machine de Marly, de l’electron (ηλεκτρόνιο- ambre) aux Fonts baptismaux de Saint-Barthélémy, du lapis-lazuli et du saphir au verre, de l’affinage de l’or du temps de Crésus aux métallurgies du plomb argentifère du Laurion, des poèmes homériques aux papyrus chimiques ou alchimiques, le vinaigre d’Hannibal dans sa traversée des Alpes, bref la marche des idées et des techniques, tout cela l’interpelle sans limite. L’on sent, à le lire, qu’il est fasciné par le feu de Prométhée et le métal forgé d’Héphaistos.

La carrière de Robert Halleux est une mine de renseignements sur ses options et ses défis : il est actuellement directeur de recherches au Fonds National belge de la Recherche Scientifique, directeur de Centre d’Histoire des Sciences et des Techniques de l’Université de Liège, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de l’Institut de France, fondée en 1663 pour préparer L’Histoire métallique de Louis XIV ;en outre, il est membre de l’Académie Royale de Belgique, secrétaire perpétuel de l’Académie Internationale des Sciences où il est directeur de deux collections de travaux « De diversis artibus » sur la science classique (chez Brepols) et « Explorations sur la science contemporaine » (chez Beauchesne)

Nombreuses sont ses responsabilités dans la rédaction de revues scientifiques, dans sa participation à divers comités, commissions, congrès et colloques aux niveaux national et international.

Parmi ses publications récentes,  nous épinglerons « L’histoire des sciences en Belgique des origines à 2000 » (3 volumes chez divers éditeurs à Bruxelles), « Cockerill. Deux siècles de technologie » (éditions du Perron, Alleur), « La liberté de chercher. Histoire du Fonds National de la Recherche Scientifique » (ULg), « Pour la science et pour le pays. Histoire de la Politique Scientifique Belge », « Le savoir de la main. Savants et artisans dans l’Europe préindustrielle ».

Il est titulaire de nombreuses distinctions, notamment Officier de l’Ordre du Mérite de la Solidarité Italienne et Officier de l’Ordre des Palmes Académiques en France.

Ce soir, le professeur Robert Halleux va s’intéresser aux alchimistes grecs et à leurs techniques & croyances en englobant l’Antiquité et le Moyen Age. Vous allez comprendre que le silence n’est pas d’or même si le public est en or et que le conférencier vaut son pesant d’or et maîtrise « l’alchimie du verbe » selon l’expression de Rimbaud.

 

Ph. VALENTIN, président.

Prof. Miltiades Hatzopoulos

(Directeur du Centre de Recherche de l’Antiquité Grecque et Romaine à Athènes. Membre de l’Académie d’Athènes et de l’Institut de France (Académie des Inscriptions et Belles lettres).

En 1992 notre jeune association « Alexandre Le Grand » (1988) effectua un tour de Macédoine sous les auspices du Ministère de la Culture de Grèce et du ministre Andreas ZAIMIS qui nous offrit un livre intitulé « Philippe de Macédoine » édité sous la direction de Miltiade Hatzopoulos avec des auteurs prestigieux dont Manolis Andronicos ; Monsieur Pandermalis nous reçut à Dion. En Macédoine, nous avons retrouvé une source hellénique condensant l’eau, le foyer et l’âme de la culture hellénique. Cette source fut trop peu exploitée dans la haute antiquité mais, avec Philippe et Alexandre, elle s’est diffusée comme un parfum de civilisation.
Aujourd’hui, devant l’atrophie culturelle et spirituelle ambiante, l’Association Alexandre Le Grand, en invitant des conférenciers de haut vol, a la prétention de se présenter en psychotrophe (<psychè, souffle ; trophos, qui nourrit) car elle veut alimenter le souffle de vie et de pensée si malmené par les messages réduits à 140 signes maximum. Car, la culture se reconnaît au bruit qu’elle fait en partant, pour se perdre dans l’obscurantisme et la barbarie. On n’a jamais tué au nom d’un Dieu grec.
En nous servant des découvertes de la neuroplastie, nous espérons tisser des connexions entre nos neurones sans détisser comme Pénélope mais en créant et en innovant à partir des rhizomes hellénistiques pour réveiller la mémoire.
Et l’étude de la Macédoine peut nous aider à comprendre et résoudre le thème de l’identité souvent débattu aujourd’hui comme le fut le fut celui de l’identité des anciens Macédoniens (sol, langue, culture …). Pour lever un voile sur l’authenticité hellénique de la Macédoine, nous avons fait appel à l’éminent professeur Miltiade HATZOPOULOS.
Docteur ès lettres à la Sorbonne, il est devenu professeur d’histoire grecque, d’épigraphie grecque à l’Université de Paris X-Nanterre; il est directeur d’études au Centre de Recherche de l’Antiquité grecque et romaine de la Fondation nationale de la Recherche scientifique (Athènes).  Il est Président et directeur scientifique de la Fondation nationale de la Recherche scientifique à Athènes. Membre de l’Académie d’Athènes, il est devenu associé étranger de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris, l’une des cinq Académies du prestigieux Institut de France. Il est aussi membre correspondant de la British Academy, de Sociétés archéologiques grecques, allemandes, et du Bureau de l’Association internationale d’Épigraphie grecque et latine ; il est rédacteur du Bulletin épigraphique de la Revue des Études grecques et directeur de collections concernant la Macédoine. La densité de son parcours et de ses recherches (stadiodramia, carrière) produit le courant électrique subtil et pénétrant de l’ambre (retrouvant ainsi l’étymologie du mot ambre : electron).
Miltiade Hatzopoulos étudie l’histoire et la civilisation grecques, aux époques hellénistique et romaine (Grèce du Nord et en particulier Macédoine); sa recherche est intensive car les lacunes de la documentation littéraire sont abondantes, mais la recherche archéologique qui se développe dévoile régulièrement de nouveaux éléments que notre conférencier interprète sur le champ en laissant libre cours à de nouvelles interprétations qu’il ne manque pas d’étudier.
Epigraphiste se basant sur des informations empiriques, il se méfie des affirmations trop souvent péremptoires ou dichotomiques et des partis-pris idéologiques. Miltiade Hatzopoulos interroge les Macédoniens dans leur vie et ne suit pas les dogmes établis une fois pour toutes et répétés inlassablement dans les dictionnaires et les manuels.Il ne craint pas de remettre en cause ses propres intuitions lors de découvertes nouvelles, notamment à Amphipolis, où il fut consulté comme expert lors des dernières découvertes, il y a 2 ans. Il suit les découvertes pour faire progresser sa pensée. Il a poursuivi, à partir des témoignages épigraphiques, l’exploration des différents aspects de la Macédoine antique et de la Grèce du Nord durant l’Antiquité.
Son intérêt pour la langue et pour les institutions dans le sens le plus large du terme, autrement dit pour les structures mentales et sociales à travers lesquelles les Grecs anciens percevaient et ordonnaient leur ??sµ??  (Cosmos). A la recherche des textes épigraphiques nouveaux ou édités mais inconnus ou mal connus, il s’appuie aussi sur la numismatique. A foison, les inscriptions honorifiques, à contenu religieux, financier, citoyen, traduisent et   prouvent un fonctionnement démocratique reflétant une diversité des autonomies.
Miltiade Hatzopoulos a l’oeil et l’esprit avisés pour analyser la constitution de l’édifice de l’état macédonien et la citoyenneté des Macédoniens. Il confronte les points de vue, les contextes topographiques et chronologiques, toponymiques et onomastiques. L’organisation et le déplacement des armées l’interpellent souvent.
Il s’intéresse beaucoup au phénomène de diaspora « chère » aux Grecs. Par exemple à propos des Corinthiens et des Corcyréens (habitant l’île de Corfou), il décrit à la fois la mobilité coloniale qui les conduit à fonder plusieurs cités nouvelles, et pose le problème de l’identité culturelle de ces jeunes communautés, dont il s’agit de savoir si elles appartenaient à un réseau cohérent et organisé par ces deux cités. Il se demande si ces communautés coloniales partageaient les mêmes institutions, une même culture, une identité commune ?
Avec nuance il ne voit pas le peuple macédonien dans une seule conception. Il voit les milieux de vie (urbains ou ruraux) de la Macédoine qu’il compare avec ceux des cités helléniques.
Dans son dernier livre publié « Découvrir la Macédoine antique : le terrain, les stèles, l’histoire », il utilise les récentes découvertes épigraphiques pour mettre en lumière la position dialectale du macédonien par rapport au grec et au latin plus tard. Le philologue reste attaché à la langue grecque, si belle et si profonde qui se parle depuis plus de 3000 ans pour exprimer et développer une pensée du débat.
Il met en valeur la charis (grâce), l’élégance, le raffinement et l’esthétique (aisthanomai, ressentir) indissociables d’une société humaniste; il allège la lecture du passé en lui donnant l’oxygène nécessaire pour désembourber la recherche, l’éclairer, et la faire respirer. Il s’évertue à analyser les opinions pour qu’elles ne l’emportent pas sur les faits mentionnés par les inscriptions épigraphiques. Ajoutons à ces qualités une érudition poïkilophrène étonnante qui lui permet de croiser, de comparer, d’interpréter les faits.
Ce soir, vous allez découvrir en primeur le manuscrit qu’il vient de terminer et dont il va nous livrer les secrets sur la Macédoine de Philippe et Alexandre révélée par des documents inconnus.

Philippe VALENTIN, président 17 mars 2017

Prof. Bernard Holtzmann (Université Paris-Ouest Nanterre)

En célébrant notre 25e saison, je disais que nous avions à cœur d’affirmer que nos conférenciers, dont nous saluons la fidélité et l’enthousiasme, apportent une analyse et une réflexion humanistes en remontant aux sources helléniques voire panhelléniques, ferment d’unité pour notre civilisation européenne, car porteuses d’une mémoire collective effervescente. Les ressources humaines enrichissent le patrimoine et nourrissent notre pensée, disaient les Grecs anciens, et la place de l’hellénisme dans le monde d’aujourd’hui constitue une valeur sûre, non cotée en bourse, mais enrichissante et féconde pour la culture humaine ). Ne réduisons pas un peuple à ses problèmes, mais voyons ce qu’il est capable de faire en fonction de ce qu’il a créé et a solutionné : dans sa mythologie, la Grèce a illustré la solution de ses problèmes dans le débat même chez les dieux : Héraclès, lors de ses 12 épreuves, a nettoyé les Ecurie d’Augias …disait Protagoras.
Nous sommes heureux aujourd’hui d’inaugurer la 26e saison par une conférence sur l’acropole d’Athènes qui est depuis des millénaires un symbole lumineux de la civilisation grecque. L’auteur de cette conférence, le professeur Bernard HOLTZMANN, nous offre le grand plaisir de nous promener dans le temps et l’espace en ce lieu emblématique et magique. Devenu pour nous l’expert incontesté de l’acropole, Il va ranimer ici cette source d’inspiration, de respiration pour notre civilisation européenne, tellement il touche à l’universel humain. Car on croit tout savoir sur l’acropole, tant les commentaires à son sujet ont été nombreux, mais l’acropole, depuis ses restaurations et nouvelles découvertes, nous dévoile bien des trésors de connaissances dont il s’empare volontiers.
Bernard Holtzmann est agrégé de Lettres Classiques et archéologue ; il est professeur-émérite d’archéologie grecque à l’Université de Paris-X-Nanterre. Comme membre de la prestigieuse Ecole Française d’Athènes, il a participé aux fouilles de THASOS, dont il étudia la sculpture et publia nombre d’articles et livres.( Le professeur Dominique Mulliez qui en fut directeur est venu nous parler l’an dernier des 100 ans de fouilles à Thasos).
Ses publications sont nombreuses sur l’histoire de l’art grec et particulièrement de la sculpture ; un monument (qui avertit) ou plutôt un document (qui enseigne) est paru en 2003 et tout philhellène se doit de le consulter, car c’est une somme, un sommet, c’est une richesse bien placée qui épargne bien des déplacements et des diversions : « L’Acropole d’Athènes. Monuments, cultes et histoire du sanctuaire d’Athéna Polias ». Ce titre contient tout un programme sur l’acropole et son rôle (ses rôles, que dans sa simplicité, Bernard Holtzmann ne considère pas comme exhaustif,). Il constitue une mine d’informations : il laisse des portes ouvertes, mais, sur de tels socles de connaissances, nous attendons peu de nouvelles hypothèses. Dans la ligne des savants grecs anciens, pour Bernard Holtzmann, ses hypothèses sont authentiques jusqu’à preuve du contraire , de nuances ou de précisions. Nous le remercions pour le bonheur qu’il nous donne à la lecture de son livre et à la contemplation des œuvres si bien photographiées.
Tous, spécialistes ou simplement humanistes, peuvent s’y enrichir en histoire, art, mythologie, rites, cultes qui sont inscrits dans le marbre mais qui relèvent de la vie…car Bernard Holtzmann est allé jusqu’à des profondeurs d’observation, d’analyse impressionnantes d’érudition nourrie d’une faculté d’explication qui donne une cohérence considérable sans ignorer les disparités de la vie en société. Il montre la filiation de la sculpture grecque illustrant les mythes si enrichissants pour la pensée (logos 🙂 puisqu’ils nourrissent l’imaginaire grec.
Il aborde de façon renouvelée les monuments et les œuvres des architectes et artisans : il met en valeur la beauté, l’harmonie qui enjolive le réel. Tous, ici, voient la splendide Victoire  dénouant sa sandale, les Korès(KOPAI), les métopes et frises des temples. Cette contemplation élève la pensée humaine, car l’acropole, tout en étant divine, est à proportions humaines. Bernard Holtzmann a une capacité d’émerveillement contagieuse. Ses descriptions sont précises, tout en nuance, en délicatesse et ouvertes à de nouvelles interprétations et hypothèses. Il ne scinde pas en catégories les valeurs de la vie, aussi fait-il dialoguer sacré et profane, art et vie, technique et beauté en écartant tout dogmatisme définitif, mais en comprenant l’imprégnation religieuse et politique. Il perçoit la permanence de l’art hellénique avec ses ruptures, ses résurgences périodiques. Avant d’affirmer ses convictions, il consulte les contextes archéologiques, historiques, sociaux, politiques qui révèlent la vie des artisans et celle des dirigeants et des populations : ainsi que les sources écrites littéraires ou épigraphiques (dont les comptes et devis) qui lui révèlent les politiques de grands travaux insérant l’art dans la vie.
Bernard Holtzmann a aussi beaucoup étudié le nouveau Musée de l’Acropole qui met en valeur des œuvres anonymes dans un espace lumineux si cher en Hellade. Loin d’un avis péremptoire, il essaye de comprendre les intentions et les réalisations : il produit une apologie de la curiosité ouverte si enrichissante. Les visites que nous y avons consacrées sont inoubliables et émouvantes, touchantes, bien que tronquées. Mais les délocalisations importantes n’ont pas réussi à déstabiliser le sanctuaire d’Athéna . L’humain est au centre des réalisations et donc éternel. C’est pourquoi le nouveau musée allie parfaitement esprit antique et esprit contemporain.
A la recherche de la vie, Bernard Holtzmann ne fige pas ce qu’il trouve dans des stéréotypes mais en recherche l’origine et le potentiel vital  qu’il va vous communiquer. Par l’archéologie, Bernard Holtzmann pratique une recréation de la société vivant avec une conception de l’urbanisme utile et beau, compatible avec une récréation fertile retrouvant la fête qu’aimaient les Grecs : aujourd’hui, quand se réalisent un beau geste, une belle œuvre, une découverte extraordinaire, une action importante, les médias nous montrent l’exubérance de la victoire et non la recherche, la réalisation et le travail accomplis, ce à quoi s’attache notre conférencier dans la démonstration de ce soir. Avant de comprendre, il apprend, et maintenant il va vous le faire savoir.

Ph. Valentin

Prof. Sophie KLIMIS (Fac. Univ. St Louis, Bruxelles)

Sophie KLIMIS est docteur en Philosophie et Lettres de l’U.L.B. Chercheur qualifiée du Fonds National Belge de la Recherche Scientifique, elle a enseigné à l’Université de Lausanne, à l’U.L.B. et est maintenant professeur aux Facultés Saint-Louis de Bruxelles. Elle construit son enseignement sur une recherche philosophique inextinguible (asvestos, άσβεστος) comme la lampe qui brillait dans le Parthénon), et dont le foisonnement de publications rend un témoignage enthousiaste (enthousiasmos/ ενθουσιασμός : avoir un dieu en soi). Elle développe la pensée des Grecs, dont nous pouvons nous nourrir et qui se basait sur le débat des philosophes ou des tragédiens, sans exclusive, en évitant la « pensée unique » -si prisée dans des medias qui recherchent la popularité dans la médiocrité (pauvreté de réflexion). Sophie Klimis a retrouvé le pneuma, πνεύμα  ou le thymos, Θυμός , le souffle, la respiration des Grecs anciens ou modernes, dont Castoriadis, pour enflammer sa réflexion et la nourrir par un feu intérieur qui redonne vigueur à la pensée  et persuade dans la nuance; elle recherche les vérités cachées dans le for intérieur et, dans le déficit  de la pensée qui tend à se généraliser,  elle élève la réflexion, et en fait un plaisir qui donne du goût et de la saveur (comme le latin l’a compris en nommant le sage sapiens, de sapere , avoir du goût).
Elle allie philosophie (logos/λόγο) et AlphamytheAlpha (mythos / μύθος) et les confronte comme Platon déjà et Aristote, précepteur d’Alexandre, dont elle s’est faite une, sinon la spécialiste. Il est vrai que les mythes, par des images, atteignent les réalités profondes ; ils n’expliquent pas mais montrent, illustrent et laissent imaginer.
Ses recherches lui valent de participer à nombre de colloques et congrès nationaux et internationaux et d’en organiser : ses communications, souvent percutantes et décisives, refusant la polémique, mais favorisant le débat et le dialogue, lui octroient une brillante réputation dans le milieu philosophique. Ses publications (articles, livres ou communications) touchent à des domaines variés -elle est poïkilophrène, à l’esprit diversifié- : la littérature (tragique ou philosophique), la musique, la poésie, le théâtre antique ou contemporain et la dramaturgie ou la danse, le droit et la justice, bref le domaine des Muses, oasis de la culture. Oserais-je sortir du lot Platon et Aristote, Eschyle et Sophocle (en y ajoutant Castoriadis)? Sophie Klimis nous invite à les relire, à les intégrer et à les infuser avant de les diffuser pour persuader.
La déesse de la persuasion, Pitho (Πειθώ) accompagnait généralement Aphrodite ( Αφροδίτη) et Eros ( Έρως) avec les Grâces (Χάριτες), symboles de beauté, en une chorégraphie éblouissante pour ne pas dire fulgurante (cette scène est souvent représentée sur les vases).  Son intérêt pour les chœurs tragiques a amené Sophie Klimis à collaborer avec des théâtres de Genève , dont le théâtre de la Comédie et le théâtre de Grütli, et à donner des formations ou animer des séminaires sur le thème universel de la danse.
Son horizon s’élargit au fur et à mesure qu’elle avance. Basée sur une érudition rigoureuse et lumineuse, sa capacité de réflexion nous laisse admiratifs : en continuel dialogue avec les textes grecs, elle les fait parler et  les applique à la réflexion contemporaine. Sa pensée (phronèsis/ φρόνησης ) est claire et rigoureuse, inventive et nuancée, en perpétuel perfectionnement. Son étonnement philosophique devant le contenu des textes l’amène à donner des interprétations nouvelles et originales, toujours cohérentes, loin des évidences souvent creuses que l’on rencontre souvent dans l’interprétation des mythes, mis en scène par la tragédie. Sa lecture, son analyse, sa réflexion, son interprétation, son argumentation, sa synthèse sont des plus brillantes et polychromes, en pensant à la gamme chromatique.

Sophie Klimis aime explorer le labyrinthe imaginaire de la création grecque ; peut-être va-t-elle nous donner le fil d’Ariane pour résoudre les problèmes de la crise que nous vivons mais qui doit être source de sursaut et de progrès ; en puisant dans les sources grecques antiques, elle va nous montrer combien les Grecs anciens, dont Aristote, peuvent encore nous être d’une aide précieuse pour tenter de penser la « crise contemporaine ». Sans crainte d’aller à contre-courant, il faut rechercher dans le passé, notamment en Grèce, le germe d’un nouvel élan pour réfléchir et agir au présent, en vue de construire le futur sans peur du vrai, pour une nouvelle παιδεία, éducation = culture.

Ph. Valentin.

Prof. R.LAFFINEUR (ULg)

Pour nous ressourcer aux valeurs ancrées dans la mémoire humaniste, nous avons invité ce soir le professeur Robert Laffineur, helléniste, devenu consul honoraire de Grèce en Wallonie. Il va réveiller l’âme, le « pneuma » hellénique au temps de Mycènes, après que Philippe Brunet nous ait plongés dans le bain homérique universel.


Robert Laffineur est professeur-émérite de l’Université de Liège, où il enseigna l’archéologie et l’histoire de l’art de l’Antiquité classique. Il a fouillé le sol grec à Chypre et en Grèce (Patras dans lePéloponèse, Thorikos en Attique, Malia & Palaikastro en Crète, en Doride, en Achaïe…) avec l’Ecole Française d’Archéologie d’Athènes et l’Ecole Belge d’Athènes.


Ses recherches portent sur les métaux et l’orfèvrerie à Mycènes. Ses intérêts sont variés mais concernent la Mer Egée : Ce qui le hante c’est l’art et la technique des artisans qui pratiquaient déjà des inventions élaborées, comme le sertissage à chaud. Sa bibliographie révèle une activité débordante : ses livres et articles sont des dialogues et non des catalogues. Il multiplie congrès et colloques internationaux d’envergure qui sont des rencontres enthousiasmantes frugifères ou « carpophores », à Athènes, Los Angeles, Melbourne, Copenhague, Paris, Vienne et … en 2016, avec le professeur Andreas Vlachopoulos, à Ioannina près de l’oracle de Zeus à Dodone. Sous son égide, la Mer Egée rassemble au-delà des frontières. Ses publications nombreuses sur les Cyclades, la Crète, Mycènes et Chypre nous montrent un aspect intéressant sur sa personnalité : elles se basent sur une série impressionnante de sources qu’il analyse, critique et compare pour proposer de nouvelles lectures des pièces archéologiques, car il ne se laisse pas enfermer dans des théories traditionnelles et classiques : s’il s’en inspire, il ne les classifie pas définitivement, mais il les approfondit minutieusement dans toutes les nuances possibles. Ses études peuvent contribuer à renouveler la compréhension des phénomènes antiques en découvrant des facettes restées voilées ou en suggérant des réflexions nouvelles. Il est l’éditeur de la série AEGAEUM, Annales d’archéologie égéenne de l’Université de Liège (37 volumes parus depuis 1986 et 3 en préparation). Il pratique un brassage d’idées avec un divin ferment d’humanisme pour nourrir ses lecteurs de nectar et d’ambroisie.


Un archéologue comme Robert Laffineur enrichit la mémoire qui peut rendre vie au passé tout en ressourçant le présent. Car, ce n’est pas le sol qui est civilisation mais ce qu’il contient. Si les pierres ne pensent pas, elles font penser car elles sont riches de mémoire (cfr Tomi Ungerer, écrivain-dessinateur). Robert Laffineur écoute leur voix, se défait des poncifs, des certitudes acquises, des généralisations réductrices. L’archéologie est tonique, car elle vise à découvrir l’harmonie, beauté esthétique remèdes à la barbarie qui se dit prise par un idéalisme radical (2 mots détournés de leur sens maintenant). Pensons à Bagdad, à Palmyre, à Apamée… Or nos racines gréco-romaines, sans en faire un monde idéal, visent à diffuser l’humanité, l’humanisme, et même si ce sont des idées reçues dépassées, les anciens grecs recherchaient les valeurs humaines sans toujours les atteindre. D’ailleurs elles sont encore à l’horizon, et même si l’horizon recule, nous avançons en les faisant fleurir.
Grâce aux archéologues comme Robert Laffineur, aux philologues, aux historiens, nous connaissons mieux la vie antique et la résolution des problèmes, sachant que nous ne devons pas les calquer dans notre contexte, mais tirer des pistes de recherche pour alimenter notre réflexion. Les Fouilles ne sont pas nécessairement un fouillis (entassement désordonné) mais exigent toujours de l’archéologue rigueur, perspicacité, analyse requérant comparaisons donc mémoire et érudition.
Robert Laffineur recherche dans les témoignages archéologiques les indices révélateurs des croyances et des rites des populations préhistoriques, ce qui en l’absence de textes écrits contemporains -préhistoire oblige- demande une analyse approfondie des objets exhumés dans les fouilles ; quand il le peut, il consulte le témoignage d’auteurs anciens et d’inscriptions qui éclairent les sources archéologiques. Sa vigilance méthodologique, enrichie par une vive intuition, s’impose pour analyser les faits dans leur globalité complexe et dans leur processus vivant, car ce qui est trouvé fut utilisé dans la vie. Il vérifie cette intuition par les révélations archéologiques et l’interprète à partir de sources extérieures en extrayant le message dont elles sont porteuses : les objets eux-mêmes lui apportent une partie du message, mais l’essentiel est transmis par le contexte des découvertes archéologiques au sens le plus large qui ne soit ni équivoque ni lacunaire, mais plolyptique et constructif.


En outre, depuis longtemps, Robert Laffineur a mis l’informatique au service de l’archéologie en créant le laboratoire d’infographie et de multimédia pour l’histoire de l’art et l’archéologie ; ces recherches visent à la constitution de données informatisées consacrées à la constitution de bases de données de matériel de fouilles, à l’utilisation d’images en haute définition dont vous allez apprécier l’éclat.


Thorikos est un nom qui résonnait et faisait bouillonner l’esprit de Tony HACKENS à Leuven dès 1966 où la fibre archéologique m’électrisa en même temps que la philologie qui mettait en valeur les écrits des anciens grecs. Aujourd’hui à Lavrio parc scientifique que Yorgos DERMATIS nous décrivit jadis et où, en 2011, il guida et enflamma quelques membres ici présents au théâtre de Lavrio près des mines d’argent. Membre fondateur de l’Association « Liège Athènes du Nord », il vient parler à Charleroi, Vergina ou Thessalonique du Nord.
C’est de Thorikos que Robert Laffineur va nous entretenir en revenant à l’époque mycénienne avec, nous n’en doutons pas, des accents homériques.

Ph. Valentin

Prof. P. MARCHETTI (FUNDP Namur, UCL)

Après une dense immersion en Macédoine et en Epire, sur les premiers pas d’Alexandre qui devint Alexandre III Le Grand, je suis heureux de présenter la 27e saison qui sera riche et digne des précédentes: en 6 conférences, 7 conférenciers illustreront le plaisir du beau en nous faisant ressentir l’esthétique et en contrant ainsi l’anesthésie ambiante de la pensée unique, ferment de l’obscurantisme ordinaire.
C’est un plaisir de réunir deux conférenciers qui se sont rencontrés ici l’an dernier et qui inaugurent la 27e saison : Efthymios Nicolaïdis et Patrick Marchetti. Ils vont nous éclairer sur la mesure du temps dans l’Antiquité dans un échange constructif de l’esprit humain. Pour cela, nous n’avons pas attendu les Calendes grecques.
Kronos (Chronos, le temps) épousa Rhéa (l’écoulement) : quelle suggestion éclairante du mythe existant avant l’écriture, l’art et la technique ! Et toujours les idées qui se confrontent dans le respect et l’échange provoquent une étincelle qui crée la technique au service de l’humanisation.
Souvent les poètes lyriques grecs ont abordé la nostalgie de la jeunesse, dont ils soulignaient la brièveté, l’éphémère faisant face à l’immortalité et la constituant.

Mais, ce soir, nous allons explorer le temps avec deux historiens donc chronophiles, Efthymios NICOLAIDIS, astronome et Patrick MARCHETTI, archéologue. Voici donc l’occasion  d’admirer sans demi-mesure leur dimension internationale.

C’est à la croisée des chemins de la culture hellénique, notamment lors d’un colloque (en 1982) sur la prononciation du grec ancien, que nous avons rencontré Patrick Marchetti qui goûte l’humanisme à la source grecque en historien, en archéologue, en numismate, en géomètre ou en pèlerin, tel Jason parti à la conquête de la Toison d’Or à la tête des Argonautes sur son bateau Argos. D’ailleurs, il visite Argos, la plus ancienne cité de Grèce, où il fouille le sol depuis plus de 25 ans. L’an dernier, nous sommes quelques privilégiés à avoir suivi sous sa férule une promenade sur le site d’Argos , mémorable tant sa rigueur se mêlait à l’enthousiasme d’un chercheur qui faisait renaître la cité à la vie des siècles antérieurs et à nous y faire revivre.
Il a travaillé au Corpus des monnaies d’Argos. Il a publié une étude exhaustive sur le sanctuaire des Nymphes, toujours à Argos. Les monnaies, l’architecture, les institutions, l’héritage Indo-Européen font l’objet d’études et de publications. Il s’intéresse à la façon dont les Grecs anciens ont conçu le premier homme argien, 1’énigmatique Phocos, montrant ainsi que la rigueur philologique s’enrichit de l’étude imagée et éclairante des mythes. L’histoire d’Argos a aussi contribué à la fondation de la dynastie Macédonienne par les Téménides, d’où l’intérêt des philalexandrins pour Argos.
En archéologie, Patrick Marchetti s’est intéressé, en plus d’Argos, à Corfou, où s’est arrêté Ulysse qui rencontra Nausicaa et à Chypre, où est apparue Aphrodite aux multiples aventures et qui serait née à Cythère. C’est dans le cadre de l’Ecole Française d’Athènes qu’il participa et dirigea de nombreuses fouilles.
En outre, il offre sa contribution à nombre d’ouvrages collectifs où il étudie la circulation monétaire dans le monde grec au sens large, la circulation des personnes et des idées ainsi que l’impact de la civilisation hellénique sur Rome et de son utilisation à des fins politiques, sociales et culturelles. Car la monnaie est un révélateur (ap??a??pt??ta?) des faits sociétaux qui ont été inspirés par l’hellénisme, et que Patrick Marchetti s’est attaché à lire et à comprendre pour nous en distiller l’arôme qui ne se volatilise qu’en apparence mais constitue la « part de l’ange ». Pour lui se mêlent saveur et sagesse, que l’étymologie latine confond dans les termes sapere, sapiens, saporem.
Patrick Marchetti fut directeur du département de philologie classique aux Facultés ND de la Paix à Namur et directeur des Etudes Classiques, revue où, professeur de latin et de grec, j’aimais depuis longtemps me ressourcer pour alimenter mon humanisme, comme tant de professeurs.

En plus de ses cours aux Facultés de Namur, où il était professeur au département de langues et littératures classiques, Patrick Marchetti enseignait jusqu’en juin à l’Université Catholique de Louvain-L-N la numismatique, l’histoire économique et l’épigraphie grecques.
Il a dirigé divers doctorats sur le monnayage d’Athènes, de Trèves, sur la vision du Cosmos chez les Grecs, le Dionysisme,… Deux livres sont publiés :  » Les émissions monétaires impériales d’Argos aux 2e/3e siècles »(Avec Ch.Flament); « La métrologie monétaire à l’époque hellénistique » (avec Ch.Doyen).
Sa recherche actuelle porte sur les guerres sacrées (les dieux d’Argos et cités doriennes) ainsi que sur la métrologie ptolémaïque et l’intégration du denier dans les économies grecques à l’époque impériale…
Il participe à de nombreux congrès internationaux et en organise notamment à Argos en mai 2011 sur la numismatique péloponnésienne. Séminaires et articles se succèdent à un rythme important sur la topographie d’Athènes (évolution de l’agora…), les réformes monétaires à Delphes, le rôle de la monnaie d’électrum. Toujours il est à la recherche d’échanges constructifs avec l’humain en point de mire, bien que la plupart du temps c’est de profil qu’il aborde les portraits.
Patrick Marchetti met toujours l’accent sur la place de l’hellénisme aujourd’hui où il est plus que jamais nécessaire (je le cite) de lire et d’écouter les Anciens pour mesurer les enjeux des dérives qui nous menacent à nouveau. Oui, l’étude des auteurs grecs anciens peut ressourcer notre pensée humaniste, au niveau européen. Patrick Marchetti est un phare de cette réflexion aux multiples miroirs. Nous nous souviendrons de sa lecture d’Isocrate, de sa démonstration éclatante de l’acte architectural dans la construction des temples où se mêlaient sacré et géométrie.
Son enthousiasme communicatif, il le dispense comme professeur, car il est de ces professeurs qui marquent, sculptent et gravent leur empreinte : il est de ceux dont on se souvient. A ses étudiants historiens, archéologues ou philologues, il fait apprécier et aimer la Grèce d’hier pour comprendre la Grèce et les Grecs d’aujourd’hui, dans toutes leurs nuances, avant qu’ils ne transmettent le flambeau aux jeunes générations.
Ce soir, Patrick Marchetti va poursuivre le discours sur la mesure du temps à Rome, lui, spécialiste en valeurs numéraires, qui ne mesure pas son temps pour nous faire partager son amour cardinal de l’antiquité gréco-romaine.


Ph.Valentin.

Marie-Hélène MARGANNE (Directrice du Centre de Documentation de Papyrologie Littéraire (CEDOPAL)Université de Liège (Belgique)

Marie-Hélène Marganne est la spécialiste en papyrologie à l’Université de Liège où elle dirige le CEDOPAL (Centre de documentation de papyrologie littéraire) et enseigne l’histoire de la médecine, la papyrologie littéraire et la paléographie grecque.
Dans ses recherches, elle analyse les documents (origine, support, texte, scholies en marge …), elle restitue les lacunes et traduit les textes pour en tirer des conclusions sur la pratique et l’éthique médicales entre autres, sachant bien qu’elle n’a  souvent affaire qu’à des fragments ou à des palimpsestes (manuscrits  supportant  jusqu’à 7 versions superposées après grattage).
Marie-Hélène Marganne insiste sur l’importance des papyrus dans la transmission du savoir médical dans le monde gréco-romain, notamment  à partir d’Alexandrie, où bouillonnaient les cultures du monde méditerranéen dont Alexandre Le Grand avait voulu le brassage sous le souffle hellénique ou hellénistique. Elle prône l’étude par les médecins des traces laissées par leurs ancêtres de culture hellénique. Ne prêtent-ils pas encore le serment d’Hippocrate ? C’est ici qu’elle défend l’enseignement du grec, en espérant qu’il résiste et persiste  car les textes grecs sont fondateurs de notre savoir et de notre culture.
Ses sources  (surtout les papyrus que l’on compte par dizaines de milliers) sont multiples, sa documentation impressionnante, ses synthèses remarquables. Pour Marie-Hélène Marganne, tout document est source de recherche minutieuse et d’analyse fouillée, de rapprochements et de comparaisons, de parallèles et de recoupements.  Grâce à son intuition, elle pratique une nouvelle lecture des documents pour aboutir à de nouvelles interprétations.  Ainsi, elle renouvelle la recherche avec la clarté brillante de son exposé, la pertinence éclatante de ses arguments et l’acuité nuancée de son analyse, ce qui lui permet de rendre simple ce qui paraît compliqué.
Magicienne de la communication, Marie-Hélène Marganne dialogue avec les anciens et avec le monde vivant qui a témoigné de son présent par des écrits : cela lui évite de faire de la société antique un ensemble thématisé, simple, unique, totalement homogène et sans contradictions. Elle ne lui colle pas d’étiquettes réductrices ou simplistes mais tente de saisir toutes les confrontations ou les débats qui constituent la vie des médecins et des patients. Son univers ne s’arrête pas à Périclès, mais elle aborde avec la même curiosité le monde hellénistique (en Egypte notamment et dans la « Grande Grèce) ainsi que la civilisation byzantine.
Ses compétences lui valent de participer à nombre de colloques et congrès nationaux ou internationaux. Au mois d’août, elle était au congrès de Genève.
A la fois papyrologue et historienne de la médecine, elle est l’auteur de nombreuses publications sur la médecine antique, spécialement dans l’Egypte gréco-romaine, ainsi que sur le livre et les bibliothèques antiques, notamment l’Inventaire analytiques des papyrus grecs de médecine, L’ophtalmologie dans l’Egypte gréco-romaine d’après les papyrus littéraires grecs, La chirurgie dans l’Egypte gréco-romaine d’après les papyrus littéraires grecs, Le livre médical dans le monde gréco-romain. Elle est en outre l’éditeur responsable de la 3e édition du Catalogue des papyrus littéraires grecs et latins consultable sous forme électronique :. Elle dirige la collection des Cahiers du CEDOPAL.

Ph. Valentin.

Mme N. MASSAR (MRAH,Cinquanten.)

Natacha Massar est docteur en histoire et licenciée en histoire de l’art et archéologie. Ses thèmes de recherche sont l’art de la médecine et la vie de la femme en Grèce ainsi que les parfums.
Elle étudie la façon de vivre des anciens avec leurs semblables et leurs Dieux.  Pour cela, elle consulte les textes littéraires et les inscriptions qu’elle traduit ainsi que le produit des fouilles archéologiques. L’iconographie, pour elle, notamment sur les vases, est le complément indispensable des écrits pour démêler l’écheveau des cultes, des croyances, des rites et de la vie en société.Ses sources sont multiples, sa documentation impressionnante. Pour elle, tout document est source de recherche minutieuse et d’analyse fouillée, de rapprochements et de comparaisons, de parallèles et de recoupements. Quand elle interroge les documents, elle trouve des réponses pertinentes qu’elle interprète, sélectionne et classe selon des critères éminemment réfléchis.
Natacha Massar bénéficie déjà d’une solide expérience archéologique : elle fouille le sol italien à Alba Fucens et en Crète orientale à Itanos avec l’Ecole Française dAthènes sous la direction de Monsieur Didier Viviers. (Notons que sur ce site un projet de construction d’un golf au sein d!un complexe hôtelier de 7000 lits plonge les archéologues dans un profond désarroi).
Natacha Massar a aussi travaillé dans l’île de Thasos… Après avoir fouillé, elle publie le résultat, notamment la céramique. Elle considère la dimension archéologique en analysant le rapport entre le choix iconographique et la forme des vases ainsi que le contexte dans lequel tel monument a été construit ou tel objet fabriqué.
Natacha Massar publie de nombreux articles sur les médecins et l’exercice de la médecine dans les cités, sur les artisans et leurs clients, sur la création, la circulation et l’utilisation des parfums…Elle remet en cause des trames d’interprétation trop simples ou univoques et établit des critères de sélection de documents parfois d’accès difficile. Elle établit des rapports avec l’actualité, ce qui lui permet de découvrir une identité européenne marquée par la culture grecque. Sa capacité de synthèse ne l’empêche pas de rechercher des anecdotes pour parfumer son propos et l’illustrer.
Natacha Massar est au parfum des travaux récents sur des myriades de sujets : ainsi en publie-t-elle des comptes-rendus dans des revues telles « Antiquité Classique », « Kernos » et autres.Après avoir publié une monographie sur les trésors de Mariemont, elle est aujourd’hui co-commissaire avec Annie Verbanck de l’exposition internationale « Parfums de 1′Antiquité.La rose et l’encens en Méditerranée », exposition accompagnée d’un catalogue scientifique remarquable.
Natacha Massar s’attache à étudier la circulation des artisans et des produits ainsi que les contacts entre cités, qui illustrent une grande mobilité des Grecs de l’Antiquité et des relations commerciales complexes sur un « marché volatile ».Elle ne garde pas ses connaissances en vase clos, mais favorise les vases communicants. Avec un enthousiasme hors pair, Natacha Massar va vous distiller des racines grecques en faisant bonne figure -rouge ou noire- qui exhalera un parfum d’antiquité : à vous d’en apprécier l’arôme et le bouquet, car vous aurez le flacon et l’ivresse.

Ph.Valentin

Prof. André Motte (Université de Liège)

André MOTTE, philologue classique et philosophe, est professeur honoraire à l’Université de Liège, où il exerça principalement sa tâche d’enseignant. Ses recherches et ses cours étaient surtout centrés sur les religions antiques éclairées par les mythes et la philosophie. Son lieu de prédilection, ce sont les jardins, comme pour Platon qui réfléchissait et enseignait dans le Jardin d’Académos. (Académie).
C’est là qu’il puise encore sa force de travail à la recherche des racines du sacré à transmettre sans relâche. Il rend évidente la fécondation de l’hellénisme dans la modernité HUMAINE ouverte comme une fleur qui reçoit les abeilles pollinisantes. Il part à la découverte des valeurs enfouies dans les textes pour les cueillir, les accueillir dans une efflorescence où l’humain tient la place centrale.
Dans sa dernière charge d’enseignement il illustra la Chaire d’histoire de la philosophie de l’Antiquité et de Philosophie morale : « Histoire de la philosophie de l’Antiquité », « Textes philosophiques de l’Antiquité », « Introduction à l’histoire des religions ».
En philologue et philosophe, il s’est attaché à prendre la langue grecque comme guide nourricière de la pensée. L’apprentissage de la langue grecque est idéal pour en perpétuer le pneuma, le souffle hellénique universel transmis par les Muses inspiratrices du BEAU, du BON, du VRAI selon Platon.
Outre l’enseignement, André Motte exerça de nombreuses autres responsabilités académiques à l’ULg, en Belgique et au niveau international. Il s’impliqua à fond dans la Formation des enseignants et l’agrégation, la Formation initiale, formation continuée. Il participa, comme promoteur, à la confection de mémoires de licence et de thèses de doctorat.
André Motte donna des conférences, anima des séminaires et des rencontres scientifiques. Notons sa participation à de nombreux colloques et congrès qu’il organisa aussi, en Belgique et à l’étranger, car il collaborait avec les universités belges et internationales.
Il reçut diverses distinctions scientifiques et honorifiques prestigieuses.
Ses Recherches font l’objet de publications et éditions scientifiques : Deux créations, en collaboration avec le regretté Paul Wathelet et Vinciane Pirenne-Delforge, font sa fierté : MENTOR, Guide bibliographique de la religion grecque antique. Université de Liège ; et la collection annexée à Kernos, revue du centre international d’étude de la religion grecque antique (plus de 30 volumes à ce jour).
Les thèmes qu’il aborde sont :
-Les prairies, jardins et paysages de la Grèce antique qui le mènent de la religion à la philosophie,
-L’anthropologie du sacré dans les grandes religions, l’histoire des pèlerinages, les Dieux, les fêtes, le sacré dans La civilisation du monde méditerranéen spécialement dans la Grèce et la Rome antiques.
-Les aspects du prophétisme grec, la figure du prêtre …
-L’importance du Mythe et son implication dans la politique.
-Il va publier un livre sur Démocrite, philosophe connu comme «atomiste », où il remonte aux origines de la réflexion éthique.
Il écrit des articles de dictionnaires français, allemands, anglais avec ses complices P. Wathelet et V. Pirenne, ainsi que de nombreux compte-rendus et notices bibliographiques.

Il rédige des articles de revues, d’actes de colloques et de mélanges sur la réflexion des Grecs anciens pour nourrir notre pensée pour l’avenir : notamment il relie l’unification européenne et l’héritage politique des Grecs, dans la Culture, graine de démocratie. Pour aller de l’avant il garde le lien qui peut enrichir l’Europe d’hier, d’aujourd’hui, de demain.
Il puise dans l’art rhétorique d’Aristote, une œuvre pour notre temps : aussi participa-t-il récemment au commentaire accompagnant la publication des œuvres d’Aristote dans LA PLEIADE.
Nous retrouvons dans ses écrits des variations sur le thème du sacré dont il perçoit l’émotion musicale, notamment dans les hymnes homériques, ainsi que l’expression de l’éloquence qui coalise violence et sacré/amour et sacré. Évidemment, André Motte explore les Mystères d’Eleusis et ses rites d’initiations, dans le silence et le secret. Il est venu en 1990 nous dévoiler -à ses risques- le message religieux de quelques-uns de ces mystères.
Dans l’Antiquité, comme aujourd’hui, le sacré s’allie souvent à la fête dont les Grecs ont toujours gardé un sens profond/ardent/aigu : André Motte aime se plonger dans les fêtes chez les hommes ou chez les dieux, lors de pèlerinages dans le temps et l’espace. Enthousiaste, il se passionne pour les enthousiastes, qui ont un Dieu en eux- et dont l’enthousiasme donne le souffle spirituel qui l’inspire (pneuma).
André Motte refuse les ghettos, les enfermements, aussi, en philosophie où règne le logos se laisse-t-il convaincre par les mythes : par exemple dans Le mythe des Centaures sous le regard des philosophes.
Ce soir André Motte va nous parler du prophétisme en Grèce ancienne en se partageant entre rationnel et irrationnel. Vous allez entendre un sacré conférencier.

Philippe Valentin, le 22 avril 2016.

 

Prof. Arthur Muller (U.Lille 3)

Arthur Muller est docteur en Lettres classiques et en archéologie. Après avoir été membre de la prestigieuse Ecole française d’Athènes, il est professeur d’archéologie grecque à l’Université de Lille 3, et vient d’être nommé Directeur des Etudes à l’Ecole Française d’Athènes. Il dirige à Lille le Centre de recherche HALMA (histoire, archéologie, littérature des mondes anciens).
S’il a fouillé le sol français du Nord, c’est dans l’île de Thasos qu’il dirige, depuis 30 ans, le chantier de fouilles où il déploie compétence et passion, intelligence et chaleur humaine.
Ses recherches font l’objet de très nombreuses publications, où il aime restituer la vie des anciens dans son contexte et expliquer les gestes, le métier, l’art des sculpteurs grecs qu’il fait revivre et travailler devant nous. Pour lui, la composante artisanale constitue un élément fort de la vie économique des cités.
Arthur Muller a toujours été passionné par les terres cuites votives grecques, à Thasos notamment. Mais il s’intéresse aux contextes dans lesquels les objets ont été découverts : la topographie des sites, les remaniements successifs des sanctuaires et l’urbanisme des cités.
Quand il étudie la production des figurines en terre cuite, Monsieur Muller analyse le tournage, le modelage de la création à la reproduction, du matériau brut à la création des prototypes, à l’élaboration des moules, aux procédés de moulage et de surmoulage. Il s’intéresse aussi à la commercialisation et au transport de ces pièces, dont il tente de constituer un arbre généalogique souvent complexe. Pour cela, il s’entoure de restaurateurs, de dessinateurs, de photographes. Ainsi, peut-il présenter de façon détaillée la technique et la stylistique appuyées sur de nombreux rapprochements.
Arthur Muller est à l’écoute de toutes les traces du passé qu’il analyse et identifie : son art vise surtout à faire revivre la terre cuite et à lui rendre son âme à la lumière des sources iconographiques, épigraphiques ou littéraires. Son étude des figurines en terre cuite a permis d’aborder un large pan de l’histoire originale de Thasos.
Ce sont ces qualités qui ont impressionné les milieux archéologiques, notamment ceux d’Albanie qui se trouvaient en possession d’un trésor composé notamment de 1800 kg de fragments de figurines en terre cuite trouvées près de Durrës dans les années septante. Pour classer cette quantité d’objets inédits, l’Institut d’archéologie de la République d’Albanie a fait appel à Arthur Muller en accord avec l’Ecole Française d’Athènes et le Centre de recherche HALMA de Lille pour étudier et publier ce trésor à la tête d’une équipe albano-française. Les conclusions de son étude frappent par la précision et la clarté de la description et du classement de ces découvertes, par sa curiosité d’archéologue attisée par ce qui a résisté au temps et désireuse d’interroger et de faire parler le passé. Car son sens de la nuance l’empêche de figer les découvertes dans des jugements schématiques ou hasardeux. Au contraire, Arthur Muller ouvre des voies de recherche nouvelles.

Ph.Valentin
Prof.Dominique Mulliez
(Professeur Paris-Sorbonne, ancien directeur de l’Ecole Française  d’Athènes, membre correspondant de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres (Paris))

 

 

En inaugurant, sous les meilleurs auspices, notre 30e saison, nous avons à cœur d’affirmer que nos conférenciers, dont nous saluons la fidélité et l’enthousiasme, apportent une analyse sans cesse renouvelée par la recherche et une réflexion humaniste consacrée aux sources helléniques voire panhelléniques, ferment d’unité pour notre civilisation européenne, car porteuses d’une mémoire collective effervescente et féconde. « Les potentialités humaines enrichissent le patrimoine et nourrissent notre pensée, disaient les Grecs anciens », et la place de l’hellénisme dans le monde d’aujourd’hui constitue une valeur sûre, non cotée en bourse certes, mais enrichissante et inépuisable pour la culture humaine (ανθρωπισμός). En cela, notre civilisation européenne est largement débitrice de l’hellénisme. L’évaluation d’une crise ne doit pas se réduire à souligner les erreurs avec un comparateur de prix, mais à découvrir ou inventer (au sens archéologique du terme) les valeurs de liberté et de solidarité qui peuvent s’épanouir et se revigorer en nous affranchissant des préjugés liberticides. Nous ne réduisons pas un peuple à ses difficultés ou à ses erreurs, mais nous voyons ce qu’il est capable de faire en fonction de ce qu’il a créé et contribué à résoudre ou à corriger. Les Hellènes ont misé sur l’investissement spirituel exprimé par Protagoras : « Ο άνθρωπος εστι το μέτρον του κόσμου », « L’Humain est la mesure du monde ».

Dans sa mythologie, donc dans l’éclairage de sa vie, la Grèce a illustré la solution de ses problèmes dans le débat (δημόσια συζήτηση) car la valeur est dans l’échange, la rencontre, le dialogue (διάλογος) où la parole ne dépasse pas la pensée (comme souvent vulgairement dit à propos d’inconséquents, qui se sont passés de pensée avant de parler).

Ce soir, pour nous révéler des valeurs de l’hellénisme ancrées dans la société d’hier et d’aujourd’hui, nous avons invité le professeur Dominique Mulliez qui pense avant de parler pour que ses paroles soient à la hauteur de sa pensée en déployant un ΛΟΓΟΣ, logos des plus humanistes.

Dominique Mulliez est agrégé de Lettres classiques et archéologue. Il est professeur à l’Université de Paris-Sorbonne après avoir enseigné à l’Université de Lille 3 ; il est membre correspondant de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris. Il exerça les fonctions et les tâches de directeur de l’Ecole Française (d’archéologie) d’Athènes à laquelle in insuffla son esprit, son oxygène (πνεύμα) et sa passion pendant 10 ans : c’est à cette occasion qu’il reçut chaleureusement en mai 2011 une délégation d’Alexandre Le Grand de Charleroi, à qui il expliqua les missions et objectifs de l’Ecole qui coordonne les fouilles dans moult régions de Grèce (Delphes, Thasos, Crète, Délos …), d’Albanie, de Chypre… Diverses distinctions prestigieuses lui ont été accordées.

En fouillant, comme tout archéologue de l’Ecole Française, Dominique Mulliez cultive le souci humaniste de s’ouvrir à la Grèce contemporaine. C’est ainsi qu’il va nous rapprocher de l’âme grecque en dévoilant des facettes de l’hellénisme enfoui pour y puiser un élan qui invite à dépasser la Grèce en faisant refleurir la curiosité qui y germa dès l’antiquité.           Car il aborde les documents archéologiques, épigraphiques et littéraires sans préjugés et les interroge pour alimenter les débats qui constituent la vie des hommes, leur circulation dans le monde pour des raisons commerciales ou culturelles. Dominique Mulliez renouvelle la recherche avec l’acuité de son analyse, la rigueur illustrée de son raisonnement, la pertinence de ses arguments, la clarté de son exposé; il entretient l’art de mettre en cohérence active les connaissances parcellaires imposées par « l’intelligence artificielle des robots » que certains ont eu l’impertinence d’appeler σοφία, sagesse ; il donne un sens au morcellement ou à la segmentation qui anesthésient les connaissances devenues abstraites à force d’être diluées et réduites à des formules qui constituent le prêt-à-penser souvent colporté par la médiacrité ambiante ; la cohésion qu’il recherche évolue loin de l’uniformité, mais dans des nuances qui s’attirent …et les mots qu’il sème et fait germer sont des traductions renouvelées selon les contextes et non prisonnières de dictionnaires de conserves souvent périmées.

Les recherches de Dominique Mulliez s’articulent essentiellement autour de deux pôles : Delphes et Thasos.  Elles donnent lieu à de nombreuses publications qu’il a l’occasion de développer dans des colloques et congrès internationaux qui dressent des bilans des connaissances acquises pour permettre des avancées nouvelles. Il en publie les actes comme ceux du colloque consacré à Argos auquel a participé P. Marchetti, spécialiste d’Argos, qui nous en fit partager sa passion in situ.

Dans l’île de Thasos, il fouille avec le professeur Arthur Muller, qui est venu parler ici de la plastique grecque en Grèce et en Albanie (aujourd’hui). L’exploration dirigée par l’Ecole Française d’Athènes date de 100 ans et permet de retracer l’histoire du cœur de l’antique Thasos depuis l’époque archaïque jusqu’à la période paléochrétienne.

Par l’archéologie, Dominique Mulliez pratique une restitution de la société vivant avec une conception de l’urbanisme utile et beau, compatible avec la vie des anciens: son exploration archéologique, basée sur les progrès de l’investigation, rend humble mais grandit, car elle révèle les témoins d’une vraie vie pour en donner un musée vivant (pléonasme, car un musée n’est mort que pour celui qui ne sait pas ou ne peut pas interroger le passé parce qu’il est empêtré dans le présent, loin de l’inspiration des Muses). Devant un atelier de potiers, Dominique Mulliez révèle les artisans et leurs techniques ou aspirations à créer de l’utile et du beau. Devant une carrière de marbre, il voit les hommes extracteurs, la noblesse du matériau, le travail des sculpteurs.

A la recherche de la vie, Dominique Mulliez ne fige pas ce qu’il trouve dans des stéréotypes mais en recherche l’origine et le potentiel vital (η ελληνική ψυχή) qu’il va vous communiquer.

A Delphes, sa curiosité d’archéologue et de philologue est attisée par ce qui a résisté au temps pour interroger et faire parler le passé à travers les inscriptions lapidaires qui éclairent et reflètent la vie des hommes. Dans chacune, il retrouve un morceau d’histoire de la société. Dominique Mulliez aide à guérir les yeux et l’esprit des ornières du temps qui handicapent la réflexion. Il dissipe le cynisme qui se nourrit de préjugés, car c’est dans le vide de la pensée que s’installent le mal ou la haine enfermés dans des slogans empêchant de donner du sens à la vie. Pour lui ce qui élève converge : à nous de ne pas nous demander à quoi « ça » sert mais comment nous servir de cette richesse à découvrir.

Dominique Mulliez conduit une réflexion par des chemins droits et de traverse ; il analyse avec une méthode qu’il affine et complète chaque fois par la compilation, l’analyse, la comparaison et la réflexion inventive.

En éditant des centaines d’actes d’affranchissements d’esclaves gravés sur les murs et les monuments du sanctuaire d’Apollon, il aborde l’onomastique, le droit, l’histoire économique et sociale de l’antiquité ainsi que l’histoire de la langue grecque en constante évolution de la plus haute antiquité jusqu’à nos jours, en s’émerveillant toujours de la permanence de l’écriture avec ses ruptures. L’homme est compris dans sa totalité et sa mouvance : condition initiale- esclave-affranchi.

Dominique Mulliez nous donne rendez-vous sous le soleil de Delphes et la fraîcheur de la source Castalie, au pied du Mont Parnasse, pour consulter la pythie inspirée par Apollon et pour nous révéler un pan de l’histoire de la société delphique.

                                                                                                                                                                                                                                                 Le 06 octobre 2017. Ph. Valentin, président.

 

 


 

 

 

 

 

 


 


Commentaires fermés sur conférenciers(h-m)

conférenciers(a-g)

Posté le 22 février 2010 @ 17:13 par asblalexandre

Prof. Marie-Françoise Baslez (U. Paris Sorbonne. Labex (laboratoire d’excellence). RESMED (religions et sociétés des mondes méditerranéens).

Ce soir, en prime time et en live, nous avons l’honneur et le plaisir de recevoir une conférencière que nous avions invitée, il y a 21 ans, à Charleroi et qui pour nous avait répondu à  la question « Les Grecs ont-ils inventé le tourisme ? » suite au livre « Voyager dans l’Antiquité » dont elle était co-auteur. Aujourd’hui elle suit des chemins spirituels de Delphes et de Damas, (d’Alep et de Palmyre) en passant par Thessalonique et Philippes, ville créée par Philippe II de Macédoine, l’année de la naissance d’Alexandre en 356 acn.

Madame Baslez fut élève de l’Ecole Normale Supérieure ; elle est agrégée d’histoire et mène ses études sur le christianisme ancien, les romans grecs et l’histoire du judaïsme de langue grecque; elle s’est spécialisée dans les questions sociales des périodes hellénistique et romaine et analyse les relations entre hellénisme et judaïsme depuis la traduction des Septante jusqu’à l’émergence du christianisme. Professeur émérite d’histoire ancienne à l’université de Paris-Sorbonne, Marie-Françoise Baslez,  est spécialiste des religions du monde gréco-romain et éclaircit les interactions entre ces religions, incluant le judaïsme hellénisé et les religions orientales. Elle se consacre plus particulièrement à l’étude des persécutions et aux structures de communautés religieuses. Elle consacre (=rend sacrés) des cours à la méthodologie générale de l’histoire des religions et à la question du comparatisme. Professeur d’Histoire des religions de l’Antiquité, elle est responsable du Master Histoire, spécialité « Histoire des faits culturels et religieux », les cultes faisant partie intégrante de la culture. Ses recherches la poussent à comprendre et à faire comprendre les échanges, les influences des cultes entre Orient et Occident hellénisés.

Marie-Françoise Baslez est une enthousiaste, qui, par définition étymologique, a un Dieu en elle; par son enthousiasme culturel elle s’intéresse (vit parmi) aux réalités qu’elle confronte, elle repère les éclaircies sans nier les orages dans les relations entre personnes, sociétés, communautés, nations. Elle interroge, fouille, sonde les enracinements en respectant les crevasses, mais en recherchant des liens, des connexions pour traverser les intervalles. Elle est sensible aux réalités nommées avec le préfixe inter-  (interaction, intercéder, intermédiaire, interconnexion, interdépendance,  interdisciplinaire,  interférence, intérieur, interlocuteur,…

S’éclairant chez Homère, Eschyle et leurs successeurs, elle respire le souffle hellénique caractérisé par une tendance à la communication : elle concrétise l’abstrait, source d’approximations et de généralisation souvent destinées  à dévaloriser ou à moquer. Elle démonte les interdits mis en valeur alors qu’ils sont superficiels et deviennent des prétextes à division. L’enthousiasme fait avancer sa pensée car il lui donne le souffle dont elle s’inspire. Elle cultive le débat, si bien pratiqué par les dieux grecs de la mythologie loin des dogmes, et cela  sans amoindrir mais en enrichissant, colorant, sculptant. Dans un monde dominé par la dictature des chiffres et des statistiques (calculs, étiquettes, graphiques), elle rend forme et noblesse aux Lettres, aux Arts, aux Rites empreints d’humain voire d’humanisme et en enlève le cancer de l’appauvrissement vulgaire et simpliste de la pensée binaire, souvent réduite maintenant à 140 signes.
Elle anime (donne une âme) des séminaires sur le commentaire historique de biographies ou d’autobiographies d’ « hommes divins », de saints païens ou de héros ; dans un séminaire-réservoir de semences- elle analyse les « Religions et sociétés du monde gréco-romain », en répercutant les affrontements entre associations dionysiaques et Juifs à la Cour d’Alexandrie et en passant au crible les Communautés religieuses, les sectes et les hérésies. Depuis 2009, elle a été invitée à donner des séminaires aux Universités de Montréal, de Pampelune, de Leuven et de Louvain-la-Neuve, de Fribourg et de Lausanne), de Copenhague et de Berlin. A l’Ecole Normale Supérieure, elle anime toujours un séminaire consacré aux « Religions et sociétés dans le monde gréco-romain ».

Marie-Françoise Baslez participe à de nombreux colloques internationaux et en organise. Elle est membre de nombreuses sociétés d’études scientifiques. Ses recherches portent sur « Les creusets religieux » dont font partie  les religions orientales dans le monde grec et romain. Elle maîtrise des myriades de sources, littéraires, historiques, épigraphiques, archéologiques dans un jaillissement inépuisable auquel je peux ajouter des significatifs giga-, mega-…

Sa bibliographie est impressionnante : j’épinglerai parmi ses dernières publications : « Chrétiens persécuteurs. Destructions, exclusions et violences religieuses au IVe siècle » ; « Comment notre monde est devenu chrétien » chez Albin Michel; avant elle avait publié des ouvrages sur « L’Orient méditerranéen de la mort d’Alexandre au Ier siècle avant notre ère. Anatolie, Chypre, Égypte, Syrie », sur « L’Orient hellénistique 323-55 av. J.-C ». En outre je citerai divers titres de publications : « Entre dissidence et résistance. La symbolique des supplices d’après les récits juifs de martyre »,  « Saint Paul : Artisan d’un monde chrétien » ; « Actualité contemporaine et christianisme des origines : faut-il faire  une lecture politique de saint Paul ? ». Dans « l’étranger en Grèce antique»  elle fait raisonner et résonner des accents contemporains (raison et son), en exploitant le reflet du cosmopolitisme de la cité hellénistique… Elle a reçu le XXIe Prix Chateaubriand pour « Les persécutions dans l’Antiquité, victimes, héros, martyrs », publié chez Fayard en 2007. Elle est l’auteur, chez Fayard, de « Saint Paul » et de « Bible et Histoire. Judaïsme, hellénisme, christianisme ». Chacune de ses publications comporte des analyses et des réflexions qui peuvent faire fructifier un raisonnement actuel influençant des attitudes.

Puisant aux sources d’Homère et d’Eschyle, en médiateur culturelle, politique ou religieuse, par de nouvelles approches,  elle découvre la continuité et les ruptures dans la pensée depuis l’âge hellénistique (à partir du IVe s. acn) jusqu’au christianisme en passant par le judaïsme. Elle aime déceler les dissidences et les résistances, en rendant son  importance à Dionysos, qui a souffert d’une réduction bachique depuis les Romains et qui pourtant inspirait une note humaniste enthousiaste aux humains qui l’honoraient sans dédaigner les autres Dieux comme Apollon…. Marie-Françoise Baslez décolle les étiquettes en refusant le banal, le trivial, car elle aime remettre tous les faits et phénomènes dans leur contexte sans oublier le goût de la fantaisie et le grain de folie qui fait respirer l’humain (c’est l’effet Dionysos).

En lisant Marie-Françoise Baslez, nous pouvons découvrir sa quête de beauté : pétrie de l’humanisme philhellénique  qui vise l’harmonie et  tente de noyer la haine issue de l’ennui (in-odium) et de la vulgarité, en prônant  le débat (argumenté) et l’optimisme dans l’échange toujours positif ; dans sa recherche de la vérité basée sur la mémoire (alithia= vérité <absence d’oubli), elle s’ancre avec enthousiasme dans l’art et la beauté qui relient parce qu’ouverts, comme doit l’être la religion. Dans ses articles et livres elle perçoit que la tristesse et la haine se nourrissent de l’inculture qui brandit des épouvantails générés par la barbarie des généralités abstraites et dénuées d’humain. Elle est témoin de l’importance de la recherche qu’illumine l’esthétique (< aisthanomai = ressentir = sensibilité) sans  anesthésier la mémoire qui nourrit les semences cachées mais productives pour un avenir humaniste;  Elle se laisse saisir par la permanence des phénomènes sociétaux sans en biffer les fêlures, mais avec  son esprit large et son souffle créateur, elle brasse le  mythos et le logos, le cultuel et le culturel sans limiter l’histoire des religions aux rituels.

Marie-Françoise Baslez accomplit une oeuvre qui révèle une précision poïkilochrome et une rigueur intellectuelle remarquables, et cela avec l’élégance de l’expression des plus nuancées.

13/11/2015 Philippe Valentin

Mme Hariclia BRECOULAKI (Centre de Recherche de l’Antiquité grecque et romaine de la Fondation nationale de la Recherche scientifique (Athènes). 

Alexandre Le Grand de Charleroi présente sa 150e conférence pour approfondir notre connaissance de la Macédoine et de la culture panhellénique. C’est pour moi un plaisir savoureux de préparer la présentation des conférencières et conférenciers, de tenter de détecter leur démarche et leur travail sous-jacent, leurs secrets qu’ils voilent avec bienveillance et inventivité. En 30 ans, nous avons suivi des chercheurs dans leurs découvertes helléniques et spécialement macédoniennes et sommes stupéfiés par la progression des métamorphoses de la réflexion, pour une meilleure compréhension humaine aux sources de l’hellénisme. Quel chemin parcouru pour combattre les préjugés tenaces et jeter une nouvelle lumière sur les connaissances à la manière d’un phare. Car les mots sont les moteurs de la pensée qui, elle-même, fournit le carburant qu’elle a raffiné.

Ce soir c’est Madame Hariclia Brecoulaki qui va nous présenter le nouvel éventail de ses découvertes en dévoilant une gamme de sa dernière collection de peintures où brillent sa rigueur, son élégance et le goût du beau.

Pour résumer brièvement son cursus ou plutôt son dromos (δρόμος), je dirai que sa formation et ses études furent permanentes en évolution exponentielle. A la Sorbonne, Hariclia Brecoulaki poursuivit des études en archéologie et histoire de l’art. Sa thèse portait déjà sur la peinture funéraire en Macédoine ; elle obtint divers diplômes complémentaires nécessitant de nouvelles thèses ainsi qu’une maîtrise en Sciences et Techniques en conservation et restaurations des biens culturels. Son Activité professionnelle à LA FONDATION NATIONALE DE RECHERCHE Historique, où elle est directeur de recherche, est riche et tonique. Nombreux sont ses projets dont le Musée de Pylos où elle prend en charge la documentation, la conservation et la publication de peintures murales mycéniennes du « Palais de Nestor » (en collaboration avec le Département des Classiques de l’Université de Cincinnati).

Elle colore son champ d’exploration dans les Musées d’Argos, de Mycènes, d’Athènes, de Vergina-Aigai, de Corinthe, de Kition à Chypre, Londres, Vienne, Thessalonique, Rome, Thèbes, Patmos …

Sa recherche est permanente dans le flux de ses découvertes, qui l’amènent à poursuivre l’étude de la peinture gréco-romaine en traitant :

  • La peinture grecque et l’histoire de la couleur dans la Grèce antique
  • Les matériaux et la technologie de l’Antiquité grecque,
  • L’art et l’architecture hellénistiques,
  • L’archéologie de l’ancienne Macédoine,
  • La polychromie architecturale et sculpturale grecque et romaine,
  • L’iconographie et la technologie de la peinture égéenne.

 

Cette activité débordante lui donne l’opportunité de participer à des congrès et colloques, multi disciplinaires où se cultive le débat. Et ce soir, nous sommes déjà convaincus d’avoir découvert l’«Oiseau rare ». Citée dans nombre de bibliographies, elle mentionne dans les siennes beaucoup d’archéologues qui sont venus ici.

Son lieu de fouilles privilégié, ce sont les tombes (κοιμητήριον, lieu de repos) où elle étudie les peintures dans leur contexte archéologique avec les objets retrouvés (ustensiles, vases, couronnes statues,…) mais aussi les bâtiments & palais. Outre l’aspect scientifique, elle aime analyser l’histoire, la mythologie et leurs représentations iconographiques. Par sa curiosité et son analyse, elle nous invite à visiter des chambres funéraires en ouvrant à des idées neuves qui sont une thérapie contre la nécrose de la pensée dépourvue de beauté et d’esthétique.

Hariclia Brecoulaki manie la technique et utilise les nouvelles technologies en leur posant des questions venues de ses analyses, des échanges-débats avec ses collègues, mais elle pose les questions que devaient se poser les contemporains des sujets qu’elle traite et ne veut pas leur appliquer des grilles de lecture actuelles avec une pensée unique que certains veulent appliquer aux événements ou symboles historiques et rituels.. Elle est dans la ligne des archéologues et historiens qui ne cèdent pas au culte de l’instant, instable par définition. Son œil expert et sensible (comme celui d’Αθήνα γλαυκώπις, Athéna glaukôpis) guide ses intuitions pénétrantes.

Sa pensée et sa langue sont polychromes, car elle restitue la couleur du temps macédonien, dans une communauté de débat συζήτηση-διάλογος avec les peintres qui ont choisi les pigments et représenté les scènes historiques ou mythologiques en harmonisant ombres et lumières. Son analyse minutieuse et systématique laisse fleurir l’intuition et la sensibilité pour observer la haute technicité antique mise à jour par des ingénieurs d’aujourd’hui dont les recherches ouvrent sur des perspectives exceptionnelles pour faire apprécier l’ampleur du parcours historique et culturel de la Macédoine antique : quand la science et la technologies se mettent au service de l’art, le résultat est stupéfiant, car ensemble ils ressuscitent la peinture «enfouie » depuis des siècles.

Elle remet en question les hypothèses anciennes et propose des alternatives en cherchant à donner une cohérence (homogénéité…) entre les civilisations, notamment entre le monde mycénien , la Macédoine et le reste du monde grec au gré des époques. Admirative devant la conservation des peintures, elle s’intéresse aux enduits et aux pigments qu’elle identifie et scrute leur voyage. Elle tire ses conclusions d’observations des marbres au microscope, en lumière naturelle ou ultraviolette, à la recherche de traces de couleurs ; avec des appareils de haute technicité, qui dévoilent la composition chimique de traces de couleur, elle contribue à la restitution des couleurs résiduelles sur des sculptures où la figure humaine est prioritaire (Peinture : ζωγραφική).

Hariclia Brecoulaki restaure notre vision de la Grèce antique, en remplaçant d’austères drapés qui auraient souligné la noble simplicité des Grecs en marbre blanc par des vêtements multicolores, luxueux et recherchés. L’étude des dieux et des héros sculptés et peints heureusement, nous livre une nouvelle perspective loin des idées reçues.

Ses principales publications concernent la polychromie dans la Grèce antique. Trois livres concernent « L’expérience de la couleur dans la peinture funéraire de l’Italie préromaine (2001) », « La peinture funéraire de Macédoine. Emplois et fonctions de la couleur, IV-IIème s. av. J.-C. (2006) » qui a obtenu le prix de l’Académie d’Athènes, et « La peinture Mycénienne. Nouvelles découvertes et anciennes découvertes reconsidérées ».

Ses articles (un peu plus de 50) traitent des sujets autour de la couleur et de la représentation dans la peinture grecque et romaine (depuis l’époque mycénienne et jusqu’à l’antiquité tardive). Elle assigne à ses recherches des buts humains (qui souvent s’atrophient aujourd’hui devant une hypertrophie des moyens). Evidemment, elle côtoie quotidiennement Alexandre Le Grand et son père Philippe II.

Elle attise sa curiosité ainsi que le désir de connaître et de comprendre la culture macédo-hellénique et donne de l’oxygène à une flamme prométhéenne pour construire une œuvre apollinienne.

Ce soir, écoutons la musique polychrome de Madame Hariclia Brecoulaki qui va nous restituer la couleur du temps philhellénique.

 

                                                       Le 1er décembre 2017, Philippe Valentin, président.

 Mme Marie-Cécile BRUWIER (Directrice du Musée Royal de Mariemont)

Dans le cadre et au diapason du festival musical du Hainaut et de Wallonie consacré aux échanges « Orient-Occident », nous allons partager une fascination réciproque avec Madame Marie-Cécile Bruwier qui a illustré les liens entre Héliopolis d’Egypte-Hainaut lors d’une magnifique exposition à Mariemont.

Les Conférences de l’Association  Alexandre Le Grand de Charleroi, depuis 29 ans, vous présentent ce soir un  épisode  inédit, le 144e, d’une série en prime time pour nourrir votre réflexion : ils remettent en contexte des enquêtes  humanistes et mettent en valeur les créations de la civilisation humaine sans chaîne ni grille, ni écran de fumée. Parler d’antiquité n’est pas signe passéiste de nécrophilie mais de biophilie. Nous ne restons pas  sur la défensive devant des agressions programmées contre l’archéologie et les langues grecque et latine; nous ne devons pas répondre à la question « à quoi cela sert-il d’étudier l’Antiquité ? » mais  nous concentrer sur le «  comment s’en servir pour construire et innover?».  A la recherche des racines innombrables qui humanisent notre réflexion, nous pouvons créer un carburant écologique et culturel qui lubrifie en même temps le cerveau en lui apportant des compléments énergétiques d’enthousiasme sans artifices.

Pour décoller les étiquettes réductrices accolées souvent à l’étude du passé, nous avons invité ce soir Marie-Cécile Bruwier qui mène au moins deux missions archéologiques au Musée Royal de Mariemont (lieu de mémoire) et à Smouha près d’Alexandrie où elle dirige les fouilles.
Le Musée est un  temple des Muses, qui animent et font ressentir la  beauté des arts, des  sons, des pensées, des mots, des phrases. L’humanisme prend plaisir à s’ancrer dans nos enthousiasmes à la recherche de l’harmonie et des  vérités basées sur la mémoire. L’art et la beauté relient et créent, parce qu’ouverts et animés d’un souffle créateur. Marie-Cécile Bruwier est  directrice du Musée Royal de Mariemont et se donne comme mission de favoriser contacts, échanges, débats entre cultures au rythme des découvertes. Le  Musée est un creuset d’identités car il rassemble les origines enrichies d’une vie faite d’expériences et de progrès ; il est un chemin avec virages, montées et déclivités ; il est une rivière avec méandres et confluences, car c’est en allant vers la mer qu’un fleuve est fidèle à sa source …
Avec son équipe dynamique, Marie-Cécile Bruwier rénove et innove en cultivant le plaisir d’apprendre , de savoir , de s’épanouir . Souvent, quand on parle d’art, c’est la valeur marchande qui prime ou le coût d’une architecture ou d’une sculpture. L’art de Marie-Cécile Bruwier est de ne pas s’engluer dans une pensée unique, qui nie l’existence de ce qui n’est pas compris ou qualifie le raisonnement nuancé d’élitiste, mot qui est devenu un « gros mot » pour les populistes.
Marie-Cécile Bruwier a publié plus d’une cinquantaine d’ouvrages, notamment sur l’incroyable Héliopolis du baron Empain ; dans ses publications, elle se montre intéressée par toutes les cultures qui se sont développées en Egypte et qui constituent son riche patrimoine multiculturel. Elle tire de son étude  des clés essentielles pour l’éducation à la compréhension de notre monde contemporain dans son évolution qui doit s’enrichir dans le partage des savoirs.
Elle aime mettre en valeur la collection égyptienne de Raoul Warocqué ainsi que les dons et legs dont bénéficie le Musée de Mariemont. A Alexandrie, et plus précisément à Smouha, elle recherche le monument devant lequel se trouvaient les fragments de statue colossale, monument énigmatique de poids, conservé au Musée royal de Mariemont qu’elle nomme  « L’extraordinaire jardin de la mémoire ». Quant au Mouseion d’Alexandrie, c’est « le conservatoire du savoir universel à l’époque hellénistique ». Du terrain alexandrin, elle court d’un musée à l’autre. Elle compose ses ouvrages en parallèle avec les expositions et ses recherches vont  de pair. Elle aborde la mondialisation de la culture pharaonique et l’histoire des musées en Égypte ainsi que réception des dieux de l’Orient en Hainaut . Citons, en ordre aléatoire suivant ma mémoire, quelques expositions qu’elle a conçues et que certains d’entre vous ont vues : Du Nil à Alexandrie. Histoires d’eaux, Mémoires d’Orient. Du Hainaut à Héliopolis, les Pharaons noirs, les étoffes coptes du Nil, regards occidentaux sur l’Egypte, les livres et archives d’Egyptologues. Aujourd’hui, ce sont les Dieux, les Génies, les Démons d’Egypte ancienne » qui vous attendent jusqu’au 20 novembre en parallèle avec 2 autres expositions aux détours étonnants. Notons aussi son intérêt pour les récits de voyage et les cabinets de curiosités : nous avons devant nous une personnalité qui s’envole entre science et rêverie orientaliste, sans en oublier les parfums, puisqu’elle a participé à l’exposition «Parfums de l’Antiquité » en célébrant la rose et l’encens en Égypte pharaonique .L’archéologue Marie-Cécile Bruwier (ré)concilie art et sciences ; elle fait partie de cette lignée d’archéologues qui transmettent la passion humaniste et auxquels elle a rendu hommage : Fernand Mayence, Baudouin van de Walle, Tony Hackens…

Evidemment, toutes ses activités lui ont valu d’enseigner à l’UCL, à l’ULg, à l’Université du Caire et dans diverses Hautes Ecoles. Elle est membre d’Associations belges et internationales des Egyptologues, comme l’Association internationale de coptologie, le FNRS ,  l’Académie royale d’Archéologie . Elle organise des conférences et des  Colloques et participe à nombre de Congrès. Elle revient cette semaine de Grenoble.
Elle est captivée par l’Egypte et la Méditerranée, comme les anciens Grecs qui exercèrent une curiosité et un goût de l’aventure sans pareil. Sur le chemin qu’elle va vous inviter à suivre, elle ne pratique pas la communication triviale par monosyllabes rapides et tellement  superficielles; elle va vous enchanter et vous ravir, avec compréhension, nuance, couleur, pour mettre en éveil votre imaginaire en interrogeant les souvenirs du passé. Les  pharaons égyptiens étaient philhellènes puis Alexandre est allé se ressourcer à Siwah et fonda Alexandrie. Avec Marie-Cécile Bruwier vous allez découvrir les  fondations de civilisations à rénover et surtout à innover, car nos ancêtres sont Grecs, Romains, Egyptiens, Mésopotamiens… et ils ont lutté contre la paupérisation de la pensée en lui donnant des couleurs.
Il est temps de donner la parole à Marie-Cécile Bruwier qui va partager avec vous sa passion égypto-hellénique présente en Hainaut.

Ph. Valentin Président

Prof. Dominique BRIQUEL (U. Paris 4 – Sorbonne)

Dominique Briquel, après un cursus académique riche à l’Université de Dijon, à l’Ecole Normale Supérieure, à l’ Ecole Pratique des Hautes Etudes, est maintenant professeur à l’Université de Paris IV – Sorbonne.  Il a été membre de l’Ecole Française de Rome et a exercé et exerce encore des responsabilités scientifiques dans divers Instituts de France et d’Italie, dont l’Association Guillaume Budé et l’Institut National des Etudes étrusques et italiques de Florence. En outre, il est correspondant de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, et correspondant étranger à l’Académie Royale de Belgique et de l’Académie des Sciences et Lettres de Milan.  Il étudie, pour les publier, les inscriptions étrusques du Musée du Louvre et des collections françaises. Il édite les livres IX & X de l’Histoire Romaine de Tite-Live. Mais ces ouvrages succèdent à nombre de publications sur l’origine des Etrusques, leur religion, leur langue, bref leur civilisation. Dominique Briquel remplace le mystère par des questions auxquelles il tente de répondre, une par une, faisant ainsi progresser notre connaissance de ce peuple énigmatique et fascinant. Il consulte une bibliographie Impressionnante de Raymond Bloch, dont il fut l’élève et le successeur, de Pallottino et Heurgon, de mes deux professeurs Deruyt et Lambrechts à d’autres chercheurs contemporains : avec une puissance de synthèse remarquable, Dominique Briquel fait revivre les Etrusques dans des livres où rigueur d’analyse et clarté de style attisent notre compréhension et notre goût pour cette civilisation brillante, au moment où Rome n’était qu’un conglomérat de cabanes. Dominique Briquel est frappé par la capacité des Etrusques à reprendre, dans leurs contacts avec l’hellénisme, des trésors de civilisation et à les faire fructifier dans une création originale. Il discerne les influences, les continuités ainsi que les ruptures dans la transmission des traditions. Ses hypothèses sont étayées par une analyse rationnelle des documents littéraires, épigraphiques ou archéologiques et par la mise en oeuvre des thèses qu’il confronte en multipliant les comparaisons, qui nécessitent une érudition incomparable. Dominique Briquel parcourt les cités étrusques au nom prestigieux: Veies, Tarquinia, Volsinies, Pérouse, Cortone, Arezzo, Cerveteri, Vetulonia, Vulci, Fiesole, Chiusi, Volterra. Il en découvre l’art des ingénieurs étrusques qui ont conçu et réalisé une urbanisation réfléchie dont le modernisme peut créer l’admiration de nos contemporains.

Ph.Valentin

Prof. Philippe BRUNET ( U. Rouen)

Ce soir, nous avons le plaisir de rencontrer le professeur Philippe Brunet, philologue, pour nous éclairer sur les origines de la littérature grecque et de son prestigieux illustrateur : Homère. Nous allons remonter le temps puisque le professeur Charles Doyen nous a parlé en février d’Homère à Alexandrie, où l’épopée fut réveillée par l’érudition.


Philippe Brunet aime le  logos que je traduirais par « l’expression d’une pensée  raisonnée »,et j’ajouterai passionnée et passionnante. La démarche de ses cours est dynamique, donc créatrice  ; il ne réduit pas son action à des dissections, mais il cherche  à retrouver le souffle antique d’une langue vivante qui l’inspire, le Grec. Il préfère le rythme de la phrase à la métrique.  Chez lui, pas de cloisonnements, pas de clivages, pas de séparations, mais une recherche complexe, cohérente  et nuancée, tout en restant philologique.
Nous l’avons rencontré à Charleroi, à la Librairie Molière et dans l’orchestre du théâtre D’Epidaure : il est des rencontres originales qui comptent. Ce jour, il a animé un Séminaire à Louvain La Neuve sous l’égide  de Charles Doyen. Philippe Brunet,  professeur à  l’université de Rouen, est un homme bien fascinant par la musique du vers qu’il restitue, sous un éclairage vivifiant.


Ses thèmes de recherche consistent à  rendre actuel un texte oral puis écrit il y a 2800 ans avec des mots grecs, des idées actuelles encore valables ; il respecte l’ordre des mots ; il voit ce qui concorde et non les prétendues contradictions ou incohérences (NB même aujourd’hui, dans un roman, nombre de  contradictions et  répétitions malgré l’ordinateur). Il met en valeur au lieu de refroidir le texte avec une critique stérile sur « la question homérique ». Il s’éloigne des sceptiques systématiques qui recherchent l’erreur.  Il ne fragmente pas les dialectes ni les savoirs, mais sa  sympathie pour les sujets qu’il observe et analyse,  exprime  avec goût son ressenti : il est pris par la callosthésie ou l’agathosthésie (sans anesthésie) : il croise les regards sous divers angles et les fait dialoguer dans une vue panoramique ; ainsi réinvente-t-il le passé en empruntant des VOIES de traverse à l’écoute des VOIX  concertantes  en s’accompagnant de la lyre, dont les cordes sont des liens qui libèrent l’inspiration  pour atteindre l’humanisme, comme les cordes vocales.


Ses Œuvres  consistent en traductions et monographies en choisissant des auteurs et des textes fondateurs de notre humanisme: ses ouvrages concernent La naissance de la littérature de la Grèce ancienne , Hésiode, Sappho, Eschyle (Les Perses, l’Orestie) ; De Sophocle, c’est Antigone qui le retient, car si proche de nous et nous parlant encore. Ensuite, deux entreprises monumentales sont la pierre d’angle de son parcours : l’Iliade, sublime nostalgie traduite dans un texte fluide qui fleure bon les saveurs du théâtre et renouvelle les sensations de lecture.  L’Odyssée qui le travaille depuis longtemps met en scène Odysseas POLYTROPOS , aux mille tours et détours , et lui inspire la composition d’un poème où un Ulysse et un Télémaque nippons rêvent d’un impossible retour (nostos). Philippe Brunet est, vous le voyez, polytrope comme Ulysse, polymorphe comme Protée dans une ferveur et un  enthousiasme éoliens. Le but est d’aller vers l’Odyssée, non sans quelques détours pour retrouver une humanité formidable de sensibilité.
Divers articles  foisonnent sur ses recherches, sources intarissables d’inspiration pour les  Homérophiles ou, comme lui, fous d’Homère.

Philippe Brunet multiplie les lectures et mises en scène à Rouen où il enseigne (= marque de son empreinte), où il fonde la compagnie « Démodocos », du nom de l’aède qui chanta chez Alcinoos, roi des Phéaciens, et fit pleurer Ulysse en rappelant tant de souvenirs personnels.


Avec sa troupe il se produit dans les théâtres de la Sorbonne, d’Avignon, de Vaison, d’Athènes, d’Epidaure … ; avec sa lyre, l’aède Philippe Brunet  scande en dactyles ou spondées, donnant du  rythme en  euphonie pour le le plaisir du beau au service des Muses ; il fait resplendir le rituel du langage dans un foisonnement d’idées fusionnelles.  Il fait résonner les syllabes du texte qui fait réfléchir comme un miroir  et raisonner « pour recréer un univers étonnamment moderne, avec tous ceux qui gravitent autour de lui – musiciens, peintres, sculpteurs, créateurs de masques, scénographes, acteurs, chanteurs, directeurs de festivals ».

Philippe Brunet va nous ravir ce soir comme Pâris ravit Hélène,
Habile à chanter l’harmonie tant prisée par  les Hellènes.
Ilion fut le théâtre d’une  ire d’Achille
L’aède Brunet au tonus diapré s’inspire d’Homère et d’Eschyle,
Ivresse poétique, chant mythique au souffle chatoyant
Pour dire de libres vers rayonnants et flamboyants,
Pour, chorège en eurythmie, se parer de myriades d’atours
En interprétant le discours d’impossibles parcours.
Bienvenue chez le Philippiade Alexandre dit Le Grand à Charleroi,
Rythme homérique, inspiré par les héros de Troie.
Ulysse maintenant le hante dans son errance aux mille détours
Nef  affrétée pour Eijuro, nouvel Ulysse espérant un retour.
Elfe chantant, il va nous charmer pour nous faire danser en  transe
Traducteur et  passeur de périples, il égale d ‘Homère la performance.

 

Merci, Monsieur Philippe Brunet, de nous entretenir d’Homère, à qui je donne la parole sans jamais la lui avoir prise mais dont je fus toujours épris.

 

Ph. VALENTIN

Mme Odile CAVALIER (Conservatrice du Musée Calvet-Avignon)

Ce soir, la Provence vient à nous et particulièrement Avignon au nom évocateur et à la riche histoire.  Un de ses fleurons est le Musée Calvet, où nous avons sollicité Madame Odile Cavalier, docteur en Histoire de l’art et Archéologie, qui est conservatrice en chef du Patrimoine chargée des collections antiques au Musée et du Musée lapidaire : toujours à la recherche de nouvelles acquisitions, elle renouvelle la mémoire d’une culture vivante, car le musée est le temple des Muses, filles de Mnémosyne (Mémoire) et de Zeus (ou d’Apollon).  Il n’est pas étonnant, dès lors, qu’Odile Cavalier ait été amenée à collaborer avec le Musée Royal de Mariemont et spécialement avec Madame Verbanck, car l’enthousiasme leur est commun et communicatif. Odile Cavalier travaille principalement sur le collectionnisme, la réception de l’antique et l’iconographie des stèles funéraires antiques. Elle a publié de nombreux ouvrages sur les voyageurs des XVIII et XIXe siècles en Grèce ou en Orient et sur les érudits et collectionneurs d’objets antiques. Nous noterons une publication sur « les créations à l’étrusque de Dagoty, porcelainier parisien sous le Consulat et l’Empire ». En ce moment, elle travaille sur les origines de la collection d’antiquités égyptiennes du Musée Calvet dans le cadre de l’exposition « Fastueuse Egypte » qui se tiendra en 2011, l’année du bicentenaire de l’institution. Plus particulièrement, elle doit publier un recueil de dessins d’antiques datant du XVIIIe s., acquis récemment par la Fondation Calvet et donnant à voir de nombreuses pièces abritées de nos jours dans les musées français, dont la fameuse Korè de Lyon. Ce travail ne l’empêche pas de poursuivre son étude des stèles funéraires grecques. En effet, Odile Cavalier a profité de son séjour en Belgique pour continuer son étude des stèles funéraires et votives au Musée de Mariemont avec Madame Verbanck. A plusieurs reprises déjà, elle a collaboré avec ce grand et beau musée, notamment en publiant dans « Les Cahiers de Mariemont » une stèle attique « jamais plus toujours » et en participant à la rédaction du catalogue de la magnifique exposition « Parfums de l’Antiquité. La rose et l’encens en Méditerranée » en 2008.Sa description de la très belle stèle attique de Socrate, confiée par Madame Verbanck, est remarquable, comme toutes ses descriptions. Dans une stèle, elle voit le témoin de sentiments, d’émotions variées et en retire le climat psychologique sans omettre de s’extasier sur la beauté du travail. Son étude implique la précision et la finesse de l’observation, la culture comparative et l’imagination de l’interprétation. Sa description détaillée, riche en vocabulaire, permet au  « visiteur » de voir en profondeur le motif et sa signification. La précision de ses descriptions n’empêche pas la couleur des mots et la fluidité élégante des phrases intéressantes et agréables à lire tout en regardant ces stèles dont beaucoup d’entre elles mettent en scène des femmes.

Philippe Valentin, président.

Prof. Marco Cavalieri (UCLouvain et Florence)

Au fil des thèmes abordés lors des conférences, l’association Alexandre Le Grand de Charleroi s’efforce de participer à la transmission d’une meilleure connaissance du monde contemporain qui se base sur la filiation de la culture européenne par rapport à la Grèce ancienne, hellénistique et byzantine. La flamme hellénique fut entretenue et diffusée par Rome, permettant ensuite à la mémoire pétrie de culture de provoquer l’envol des valeurs humaines et le ré-enchantement d’un avenir fait de rencontres et d’échanges. Nous tentons de ranimer la mémoire véhiculée par la mythologie grecque qui révèle la barbarie des hommes et ses antidotes dans une atmosphère de fête sacrée. Le livre de l’Humanité est un livre de la connaissance : les pages se tournent mais elles demeurent et doivent être consultées pour re-nourrir la culture. Le feu doit éclairer et réchauffer l’intérieur des âmes et non consumer les livres, ce qui reviendrait à rendre l’âme de la société.
A l’UCLouvain-La-Neuve, Marco Cavalieri est Professeur d’archéologie gréco-romaine dans ses variantes et expert du Fonds de la Recherche Scientifique (FNRS) ; il fut Professeur à l’Université de Parme ; aujourd’hui il enseigne aussi à l’Université de Florence.
A Louvain, il est président de divers centres d’études étrusco-italiques (1) .Il est membres de divers instituts et institutions à caractères archéologique et/ou historique. Il partage son énergie entre fouilles, recherche et enseignement, multidirectionnels et polymorphes, faisant de lui le peintre d’un polyptique captivant.
Et les nombreuses fouilles qu’il dirige ont complété ses connaissances du monde romain en remontant aux sources helléniques qui irriguèrent le terreau romain. Sa dernière action de recherche archéologique s’est déroulée à Curès Sabini, ancienne cité de la Sabine, liée à l’origine de Rome.(2) Quant à la fouille archéologique de la villa romaine d’Aiano-Torraccia di Chiusi, elle demeure suspendue, vu des problèmes administratifs et bureaucratiques divers qui seront bientôt résolus, espérons-le; car une monographie est sur le point de paraître.
Ses publications sont nombreuses et touchent les sources écrites, l’archéologie, l’urbanisme, la numismatique, l’architecture, la sculpture, et l’idéologie du pouvoir qu’ils peuvent sous-tendre. Il ne se limite pas à l’aspect matériel mais, dans son for (forum) intérieur, il s’intéresse à la vie des personnes et des peuples : qualité de vie, organisation, rites. Il s’appuie sur une bibliographie polyvalente.
Son domaine privilégié d’investigation, en tant que Toscan, ce sont les Etrusques qui firent la jonction entre les Grecs et les Romains (RVMA = FORCE, du grec, dès Eschyle, ROMI, force, vigueur), dans une intégration dynamique. Il bannit les frontières qui contiennent une notion d’affrontement auquel il préfère la rencontre, car pour lui, la culture est un lien de communication et d’échanges. Il est sensible aux legs que les hommes font fructifier. Marco Cavalieri est frappé par la capacité des Etrusques à reprendre, dans leurs contacts avec l’hellénisme, des trésors de civilisation et à les faire évoluer dans une création originale. Il discerne les influences, les continuités ainsi que les ruptures dans la transmission des traditions. Ce guide prestigieux, le professeur Marco Cavalieri, nous montre que l’identité n’est pas exclusive, en prenant comme exemple la ville de Rome et sa civilisation et en illustrant la diffusion de l’hellénisme par Rome, depuis les Etrusques et après Alexandre Le Grand.
Il se place dans une perspective européenne qui privilégie les liens entre les régions et la fusion dynamique des cultures, leur diffusion sans confusion, ce qui les enrichit et les humanise à l’opposé des frontières qui éloignent et appauvrissent en provoquant des affrontements auxquels il préfère les confrontations et les débats : en multipliant les comparaisons, il émet des hypothèses qui sont étayées par une analyse rationnelle, rigoureuse et intuitive des documents littéraires, épigraphiques ou archéologiques et par la mise en oeuvre de thèses qu’il affine avec une érudition incomparable.
Dans son dernier livre sur l’iconologie des miroirs étrusques du Musée archéologique national de Parme, sa ville natale, il analyse une collection inédite d’objets étrusques acquis à l’époque de Marie-Louise de Habsbourg, deuxième épouse de Napoléon et (après le Congrès de Vienne) duchesse de Parme et de Plaisance. Il y restitue le contexte culturel de provenance sur la base de comparaisons thématiques et stylistiques.
Marco Cavalieri brasse les ferments de réflexion et de culture que sont les mythes, les arts, la littérature, la philologie, l’épigraphie, l’histoire, les sciences pour en composer un breuvage au bouquet relevé. Il se libère du cloisonnement des disciplines pour créer un espace de travail commun aux spécialistes des différents domaines des sciences de l’Antiquité. Pour lui, les antiquités italiques constituent toujours un des pôles de recherche importants dans une approche pluridisciplinaire qui contribue à une meilleure connaissance des processus d’acculturation dans l’Italie pré romaine. Aussi se passionne-t-il pour les musées qu’il considère comme des « sanctuaires de la mémoire », dont ceux de Parme et de Florence. (Mnémosyne, fille d’Apollon est mère des Muses, reines de la culture source de vie qui animent les musées).
Il tisse et ajoute des mailles à la trame de l’humanisme, dont le cheminement n’est pas toujours un fleuve tranquille ; mais c’est en allant vers la mer qu’un fleuve est fidèle à sa source, avec ses méandres, ses confluences, ses alluvions, ses obstacles…
En ce premier jour du printemps, au Champ de Mars, devenu rue du Parc, vous allez assister, non à un exercice militaire mais à une efflorescence culturelle qui plonge ses racines dans l’hellénisme. La Grèce fut prise et Rome éprise, ravie. La culture hellénique a déployé ses rhizomes vivaces à Rome qui s’en est imprégnée, a greffé des variantes et créé des boutures arborescentes toujours vivantes. Monsieur Marco Cavalieri, qui nous a parlé de « l’identité romaine entre sources et archéologie qui a fait de Rome une « polis hellenis » va aujourd’hui plus loin en dévoilant un Empereur Auguste dont nous pouvons commémorer le bimillénaire de la mort et dont il se fait le ténor dans une pyrotechnie flamboyante et polyphonique dédiée à la paix.

Philippe VALENTIN, président.

Prof. F. de CALLATAY (Bibliothèque Royale de belgique, ULB, Ecole pratique des hautes etudes, Paris)

Ce soir, nous célébrons la 136e conférence de notre 27e saison, par l’intervention du Professeur François de Callataÿ qui comble l’Association Alexandre Le Grand d’une chaleureuse et indéfectible fidélité à Charleroi. Ses premières publications furent consacrées à Alexandre Le Grand, sa politique monétaire et son monnayage. Hasard révélateur d’une approche prédestinée.


Il est difficile de suivre son parcours et de rester à jour dans nos informations sur cette personnalité hors du commun, tellement l’efflorescence de ses recherches est épanouissante et nous frappe comme une fleur de coin, pour utiliser un terme numismatique. Chaque fois, il nous laisse une empreinte de caractère, baignée dans la joie de la science humaniste, qui ne se contente pas d’effleurer le vraisemblable des apparences, mais qui approfondit le vrai et le beau, tout en déjouant les contrefaçons.


François de Callataÿ est archéologue et numismate, historien de l’art, d’où son intérêt pour la critique historique qui met à mal les approximations médiatiques et distingue l’information de l’intoxication. Nous allons emprunter sa route, mais c’est lui qui nous remboursera, monnaie sonnante et trébuchante ; nous ne manquerons pas d’intérêt tant la culture est capitale au bien-être humaniste, ou simplement humain.
Docteur en philosophie et Lettres de l’UCL, il suivit nombre d’itinéraires et s’arrêta à de nombreuses étapes : directeur d’Etudes à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (Paris-Sorbonne), où, chaque jeudi, il honore et préside la chaire d’histoire monétaire et financière du monde grec en présentant un enseignement original et toujours renouvelé. Devenu membre de l’Académie Royale de Belgique, il montre qu’il faut penser l’humanité à long terme alors qu’elle est victime d’un abaissement généralisé des pratiques éthiques et intellectuelles immédiates.


François de Callataÿ, après avoir dirigé le cabinet des monnaies à Bruxelles, où il protégea la collection Hirsch, est maintenant responsable de tous les patrimoines précieux à la Bibliothèque Royale de Belgique où ses responsabilités s’étendent aux collections nationales de manuscrits, de livres précieux, d’estampes, de cartes & de plans, de monnaies & de médailles ainsi que de la section musique. En 2007, il obtint le « PRIX FRANCQUI », la plus haute distinction scientifique de Belgique, « ayant transformé notre compréhension du monde de l’antiquité classique, tant grecque que romaine… pour le développement d’une compréhension politique du rôle des précédents historiques dans le débat en cours, s’agissant des unions monétaires et financières ». Il obtint en outre diverses distinctions scientifiques et honorifiques.


Membre-correspondant étranger de l’Institut de France (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), il est maintenant professeur à l’Université Libre de Bruxelles, où il enseigne l’Histoire économique et sociale de l’Antiquité classique. Bien entendu, il a fréquenté le FNRS et l’Ecole Française d’archéologie d’Athènes. Il est membre de l’Academia Europaea (histoire et archéologie) et d’autres institutions scientifiques internationales. Comment en est-il arrivé là ? Des milliers de pages publiées sur la numismatique antique (600 études de coins monétaires, soit près de 100 000 monnaies) lui ont permis de quantifier les performances économiques débouchant sur le « bien-être », notamment sur la période hellénistique (323-31 ACN), prenant ses sources chez Alexandre Le Grand.


François de Callataÿ est un historien de l’antiquité dont les travaux portent avant tout sur l’économie monétaire dans la Grande Grèce. Ses nombreuses contributions ont permis de quantifier la circulation des monnaies grecques et d’estimer les masses d’or et d’argent monnayées, tout en mesurant la pollution par le plomb. Il a pu estimer aussi le PNB et le PIB par habitant dans la société grecque antique et mesurer l’impact de l’usage de plus en plus généralisé de la monnaie sur le développement des civilisations. Nous sommes loin du numismate « coincé ». La numismatique donne, de manière fascinante, à ce savant des renseignements sur la civilisation de ceux qui employaient la monnaie. François de Callataÿ est un pionnier qui stimule la recherche scientifique et promeut un climat propice à susciter des vocations scientifiques, car sa passion le pousse à dépasser les terres inconnues de l’ignorance et du simplisme, terreau de la barbarie. C’est un homme destiné à la réflexion et à l’expérience exaltante de l’admiration et de l’émerveillement, source du goût du beau incomparable et du progrès humain. Ses recherches sont des portes, dont il maintient les battants ouverts à la curiosité sans sortir de ses gonds. Il donne conférences et séminaires à Athènes, Paris, Dresde, Lyon Rome, Bologne, Québec, Montréal, Oxford, Londres, Barcelone, New York, New Delhi, Jérusalem (avec la monnaie d’Aitna) etc…


La philologie, l’histoire, l’archéologie peuvent encore nous apprendre beaucoup sur l’étude des civilisations anciennes et sur la nôtre. D’ailleurs, les publications de François de Callataÿ sont innombrables, polymorphes, polygonales ou polyanthe (puisqu’il étudie les coins et fleurs de coins), polyptiques (puisqu’il dévoile des pans d’histoire) et révélatrices d’une personnalité poïkilophrène (qualificatif qui signifie « à l’esprit large et varié »). Ses idées de recherche se multiplient à profusion et touchent à foison le monnayage des cités antiques. François de Callataÿ fait parler les monnaies et déchiffre leur langage pour dévoiler l’histoire économique, politique, sociale, militaire… Ses recherches sont l’objet de publications où il aime restituer, avec passion, la vie des anciens dans leur contexte. Ses catalogues sont des dialogues. Il sait rendre accessible la richesse de ses connaissances en maintenant la rigueur scientifique et partager son enthousiasme avec ses lecteurs et auditeurs. Aucun domaine de la numismatique ne lui échappe : il répertorie les monnaies, les classe, les compare, établit des statistiques dont les graphiques sont d’une précision lumineuse. Il cultive de nombreuses collaborations avec les chercheurs de diverses disciplines, pratiquant l’échange des connaissances. Comme l’abeille d’Ephèse, il pollinise l’histoire économique et monétaire des guerres (Mithridate), comme le Pégase de Corinthe, où il s’abreuvait, il rejoint les Muses sur le mont Hélicon en contact direct avec Charleroi. Comme la chouette d’Athènes, il n’effraie pas mais distingue le beau et le sage dans l’obscurité ambiante.


François de Callataÿ s’intéresse aux politiques monétaires des souverains antiques et modernes et à leur incidence sur la qualité de vie des peuples qu’ils dirigent. Ainsi braque-t-il ses projecteurs sur l’économie d’aujourd’hui pour retrouver un éclairage antique sur les problèmes monétaires actuels et leur traitement, en osant aborder les perspectives commerciales liées aux militaires. François de Callataÿ donne un contenu humain aux statistiques et ne se borne pas aux comptages. Il étudie les crises économiques en mettant en perspective crise et croissance. Dans la période hellénistique, il fait dialoguer art, finance et politique, en reconnaissant la rencontre avec Rome.


Nous comptons sur lui pour vous informer, vous éclairer, sans calculer son enthousiasme qui décolle les étiquettes réductrices. Ce soir François de Callataÿ va analyser, dans des nuances subtiles, l’apparition, l’utilisation et la disparition de l’or monnayé au nom d’Alexandre le Grand et s’interroger sur une monétisation massive avec ou sans croissance économique. Que sont devenus les Alexandres après Alexandre ?

Ph. Valentin
Prof. J.P DE RIJCKE (Conservateur du Musée des beaux Arts de Tournai)
Le 9 mai a été décrété « journée de l’Europe ». Et La Grèce est présidente de l’UE jusqu’au 30 juin. C’est donc un plaisir de saluer la présence de Mr l’Ambassadeur Constantin CHALASTANIS et Madame, celle du Consul honoraire de Grèce pour les provinces wallonnes, Monsieur Robert LAFFINEUR et Madame.
Nous clôturons ce soir notre 26e saison où nous avons eu l’honneur de recevoir les professeurs Bernard Holtzmann, Efthymios Nicolaïdis, Charles Doyen, Marco Cavalieri sur des sujets variés de la civilisation hellénique avec leur traitement latin qui trouvera son prolongement avec Monsieur Jean-Pierre De Rycke en illustrateur de Piero della Francesca.

L’Association Alexandre Le Grand de Charleroi s’est inscrite, il y a 5 lustres, dans la perspective de renouer avec les trésors d’humanisme diffusés par les ondes radio-actives des phares panhelléniques que sont nos conférenciers qui ont fouillé, en archéologues et philologues, l’art, la littérature, les sciences, l’histoire, la mythologie pour nourrir notre intelligence, notre compréhension, notre raisonnement, notre imagination, notre sensibilité au miroir des Hellènes de l’antiquité à nos jours. Nous avons toujours rencontré des humanistes enthousiastes et passionnés qui ont partagé leur feu prométhéen , leur foi et leur souffle héracléens, qui inspirèrent Alexandre.

L’humanisme philhellénique  vise le Beau qui tente de noyer la haine et prône le débat et l’optimisme dans l’échange mutuel et la communication positive, car l’art et la beauté relient, harmonisent.
Bertrand VERGELY, commentant HEGEL, perçoit chez les Grecs l’harmonie de l’homme avec le divin et avec lui-même en expliquant le fascinant profil grec qui se caractérise par le rapport équilibré entre le front et le nez, par opposition avec l’animal où tout le visage est subordonné aux dents. Chez l’homme, le front s’avance et la bouche est en retrait, lui donnant un aspect contemplatif et spirituel. « Le profil grec décrit, dans sa belle harmonie et sa fluidité, la transition de l’animalité à l’esprit à travers le nez qui est le moyen terme ».
« La Beauté sauvera le Monde. Quand l’homme contemple l’Univers» est le programme de la récente exposition du Musée des Beaux-Arts de Tournai, dont Jean-Pierre DE Rycke est le conservateur depuis 2008. Pour cette exposition, il a fait appel à des artistes anciens et contemporains en compagnie de poètes et philosophes passionnés. Jean-Pierre De Rycke en a analysé les œuvres et coordonné l’ensemble dans une atmosphère remarquable, ressentie dans le catalogue. D’autres expositions (avec catalogues-livres circonstanciés) méritent d’être citées, je citerai : « Africanisme et Modernisme. La peinture et la photographie d’inspiration coloniale en Afrique Centrale» ou « L’Afrique rêvée. Images d’un continent à l’ « âge d’or » de la colonisation » (1920-1940) ou « 101 chefs d’œuvre. De Manet à Dürer ». D’après JP. De Rycke, les artistes déclinent la beauté naturelle sous mille et une formes et couleurs …liées au message plastique ou symbolique qu’ils veulent transmettre /communiquer/illustrer.

Depuis son accession à la fonction de conservateur dans son Musée il se livre à des enquêtes minutieuses et sans concession : en chasseur de trésors artistiques, avec ténacité, il recherche les œuvres prêtées et « égarées ou perdues » et les récupère.
Son parcours commence à Charleroi ; ses études le mènent à une licence en droit et un doctorat en Archéologie et Histoire de l’Art ainsi que d’autres diplômes complétant sa panoplie de fantassin de l’art. Chercheur comme assistant aux Facultés ND Paix à Namur, il peaufine sa thèse.
Passionné par la Renaissance italienne, il effectue plusieurs séjours d’étude en Italie et à l’étranger où il peut reconnaître des influences, des concordances,
Il effectua de longs séjours en Grèce où il fut collaborateur scientifique avec le Musée Benaki d’Athènes et enseigna aux Universités de Crète et de Thessalie où son intérêt pour la peinture italienne de la première Renaissance (Piero della Francesca- Andrea Mantegna- Antonello da Messina) put s’épanouir dans les échanges gréco-latins.
Ses centres d’intérêt, l’humanisme d’inspiration gréco-latine et la transversalité culturelle au niveau de l’histoire de l’art qui se tournent vers la modernité, lui ont donné une orientation originale et l’ont amené à multiplier ses activités de commissaire d’expositions , de conférencier à Florence, au Métropolitan Museum (NY), d’auteur de publications esthétiques.

Dans le catalogue de l’exposition « La beauté sauvera le monde », Patrick Marchetti disait que « Platon n’est autre qu’un Polyclète qui use des mots comme le sculpteur use de la matière et qui vise comme lui à approcher l’idéal au-delà du sensible ». Souhaitons que Jean-Pierre De Rycke vous en fasse la démonstration avec une rigueur qui ne rime pas nécessairement avec froideur et qu’il vous offre un moment de jubilation et non de flagellation intellectuelle en attisant votre curiosité.
Ph. Valentin
Prof. S. DESCAMPS (Ecole du Louvre), Conservatrice en chef du Patrimoine, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines au Musée du Louvre

« Depuis le temps d’Alexandre, dit Séféris, nous diffusons notre hellénisme. Nous l’avons répandu « jusqu’au fond de la Bactriane, jusqu’aux Indes », comme dit le poète Cavafy ». Séféris, dans ses « Essais » poursuit : « Cette immense diaspora devait avoir une importante conséquence : l’hellénisme s’est trouvé modelé, pétri, vivifié par les courants parfois grecs, parfois non, et ceci jusqu’à la Renaissance ; « portant de lourdes urnes, pleines des  cendres de leurs ancêtres » (Palamas), ils ont apporté la semence grecque en Occident, où elle a pu germer sur une terre libre et propice ».

Dans cette optique, l’éclaireur idéal était Madame Sophie Descamps-Lequime, qui  a répondu spontanément à notre invitation pour partager les connaissances renouvelées sur Alexandre-Le- Grand et la Macédoine antique.

Madame Sophie Descamps-Lequime est conservateur en chef du patrimoine, au département des antiquités grecques-étrusques-romaines du Musée du Louvre, où elle vient de mettre sur pied, en tant que commissaire, l’exposition « Au royaume d’Alexandre Le Grand. La Macédoine antique » dont elle est l’éditeur scientifique du catalogue ; pour cette exposition prestigieuse,elle s’est entourée de trois collaboratrices : Polyxéni Adam-Véléni, directrice du musée archéologique de Thessalonique (merveilleux), Lilian Acheilara, directrice  de la 16e Ephorie des Antiquités préhistoriques et classiques (Thessalonique) et Maria Lilimpaki-Akamati, Ephore honoraire des Antiquités.

Madame Descamps est donc conservateur dans un musée, Le Louvre : un musée est un temple des Muses, inspiratrices de la culture ; le conservateur découvre et déchiffre la musique des objets et l’interprète, comme les Muses, filles de Zeus ou d’Apollon -la beauté- et de Mnémosyne -la Mémoire qui nourrit les racines. Une fresque de René Magritte au Palais des Beaux-Arts de Charleroi illustre ce besoin de culture basée sur la mémoire : il l’a intitulée « La fée ignorante », dont le visage est éteint par une bougie sans feu et  qui est entourée d’une nature desséchée, car  ses racines ne sont pas nourries  et ont perdu leur âme.

Madame Descamps-Lequime fait œuvre de mémoire : elle recherche, étudie, compare, restaure et met en valeur les œuvres d’artistes anciens -souvent anonymes- qu’elle se plaît à retrouver dans leur création et à faire revivre. Elle ne les  classe pas définitivement dans des catégories ou des styles figés. En étonnement et admiration (un même mot en grec :θαυμάζω) devant les prouesses des artistes, elle met l’accent sur les échanges, les voyages, les influences, mais aussisur les identités propres. Toujours, elle recherche une cohérence sans se laisser enfermer dans l’uniformité ou le conformisme, persuadée, qu’elle est, du brassage des idées et des techniques qui  construisent les sociétés auxquelles elle s’intéresse. Avec enthousiasme et passion, elle participe à la réalisation et à la restitution de la vie antique dans sa complexité et son évolution, loin des stéréotypes et des généralisations.

Ses idées sont claires, son raisonnement rigoureux et nuancé. Pour investiguer, elle met en synergie l’archéologie, les sources littéraires, les sciences dont la chimie et la physique pour analyser les matériaux employés (nature et origine) et retrouver les gestes et la technique des  artistes (notamment pour la patine des bronzes, car elle est chargée au Louvre de la collection des bronzes grecs et romains depuis 1984 et auteur de plusieurs articles et communications sur ces bronzes).

Madame Descamps dirige de  nombreuses  publications et notamment le brillant ouvrage « Peinture et couleur dans le monde grec antique » qui rassemble les contributions de spécialistes lors d’un congrès consacré à ce sujet, longtemps méconnu hormis les vases ;  y est particulièrement étudiée la peinture des tombes macédoniennes, dont « l’enlèvement de Perséphone par Hadès ».  Elle donne des conférences, publie des études  sur divers sujets d’art  grec, étrusque ou romain, sur des collections d’Antiques ;  elle organise  des colloques et congrès internationaux ainsi que des expositions, telles « L’œil de Joséphine » à Atlanta, « De Pompéi à Malmaison . Les Antiques de Joséphine » au musée des châteaux de Malmaison et Bois-Préau.

Professeur à l’Ecole du Louvre, elle contribue à former de futurs conservateurs pour le plaisir de la réflexion et de la contemplation du beau,  en insufflant l’enthousiasme et la connaissance rigoureuse.

Ce soir, Madame Descamps-Lequime va nous montrer son intérêt et son amour pour la Macédoine, où elle a elle-même mené des fouilles : sa curiosité l’a amenée à interroger les œuvres d’un raffinement rare pour en connaître les artisans et donner de la civilisation de la Grèce du nord une image réelle, longtemps occultée  notamment à causedes témoignages de Démosthènes (brillant orateur par ailleurs) qui eut des mots violents contre Philippe II  et les Macédoniens, mais qui est devenu  «  un maître à penser classique »…Les découvertes, depuis ManolisAndronicos en 1977 jusqu’aujourd’hui, ont, d’après Madame Sophie Descamps-Lequime, révolutionné la connaissance du monde grec antique.

Puisant aux sources de l’hellénisme diffusé par Alexandre Le Grand, elle donne le reflet, non d’un monde idéalisé mais d’un monde qui n’élude pas ses turbulences, ses contradictions, ses confrontations, ses débats tout en restant ouvert et accueillant aux valeurs humanistes dans un creuset hellénique. Pendant plusieurs années, Madame Sophie Descamps a sillonné la Macédoine et sélectionné plus de 500 objets, dont beaucoup sont inédits et ne sont jamais sortis de Grèce.  Elle les a mis en valeur comme témoignages d’une civilisation grecque très ancienne dont le raffinement est remarquable : dans son exposition, elle invite le visiteur curieux à un parcours initiatique qui fait parler l’art dans une scénographie originale. Elytis, prix Nobel 1979, mit l’accent sur le besoin irrépressible de découvrir, de connaître, de s’initier dans le combat de l’homme pour la liberté et la créativité.

C’est pourquoi, au nom de l’Association culturelle belgo-hellénique, Alexandre Le Grand, fondée en 1988,  je vous invite à suivre Madame Sophie Descamps-Lequime « au royaume d’Alexandre Le Grand, la Macédoine antique.

Ph. Valentin

Prof. Charles DOYEN ( Chargé de recherches FRS-FNRS, UCLouvain)

 

Ce soir, nous sommes heureux de recevoir à nouveau un chercheur de la nouvelle génération sur qui les humanistes comptent pour continuer à porter haut les couleurs et la flamme de la langue grecque-avec le latin- qui font respirer l’enseignement des idées qu’elles diffusent, ce à quoi, par votre présence, vous montrez que vous êtes attachés. Ce sont ces pédagogues qu’il faut faire monter sur des socles car ils combattent la paupérisation de la pensée en enrichissant le langage et les mots, trésors et dividendes de la langue grecque. Charles Doyen est un philologue qui a « chopé » les virus épigraphique et numismatique qui résistent aux antivirus les plus sophistiqués (ιός, javelot). Il compléta sa licence en langues et littératures classiques par un master en langues et littératures orientales                                                    

Docteur en langues et lettres, après avoir été aspirant au FNRS, il y fut chargé de recherches à l’UCL, où il est maintenant chercheur qualifié du FNRS. Professeur faisant partie du secteur qualifié du non-marchand !! encore une dénomination négative (pourtant dans le sport on ressort sans vergogne le mercato-le marché d’esclaves- pour faire des matches nuls, puisque l’égalité ou le partage est remplacée par nullité) : quand les mots viennent à manquer et sont détournés, il reste la violence barbare ; le secours de la culture hellénique est primordial pour procurer une thérapeutique à l’inculture qui empêche d’être humain. Par ses conférences sur « La Grèce en chœurs. Rémanences poétiques. Polyphonies politiques », il a honoré la chaire Francqui attribuée en 2012-2013 à l’Université de Namur.

Aujourd’hui Professeur à l’UCL, il enseigne la littérature grecque et sa richesse concernant les sociétés grecques, qu’il veut comprendre et faire comprendre par le biais de l’histoire sociale, économique et religieuse aux époques mycénienne et archaïque, et de la métrologie monétaire à l’époque hellénistique.

Il est dans la lignée de Patrick Marchetti, qui a prolongé le pneuma/pnevma de Tony Hackens en mêlant recherche et plaisir, souci du beau rayonnant et humaniste, et en communiquant un enthousiasme et une énergie durables, comme François de Callataÿ qui obtint le Prix Francqui. A lire son cursus, son dromos, nous sommes impressionnés par l’intensité et la densité de ses recherches

Ses publications révèlent un esprit universel mettant en relation l’histoire des religions, des cultures et de la littérature antiques en se basant sur l’archéologie, notamment l’épigraphie. Citons deux livres : « Poseidon Souverain » où il s’intéresse à l’histoire religieuse de la Grèce mycénienne et archaïque et « Etudes de métrologie grecque II » où il étudie les étalons de l’argent et du bronze en Grèce hellénistique. Toujours sous pression il publie de nombreux livres et articles imprimés ou encore sous presse.

Charles Doyen publie aussi de nombreuses contributions à la numismatique hellénistique, aux mécanismes économiques (inflation, déflation, crises économiques …), aux pratiques comptables, aux changements de monnaies de la drachme au denier (par exemple), où il jette un regard toujours renouvelé.

Il collabore avec Patrick Marchetti pour publier des études sur le Péloponnèse, notamment à Argos, avec Christophe Flament). Il met en valeur les langues grecque et latine et partage leur message, source de réflexion intarissable et ouverte à la modernité et non une citadelle repliée et réservée aux spécialistes. Il collabore avec Philippe Brunet qui nous a enrichis d’une traduction rythmée et originale de l’Iliade ; il ne décortique pas les textes d’Homère pour en tirer des disparités ou des contradictions, mais il sonde l’âme homérique pour en découvrir les valeurs humaines éternelles qui devraient inspirer notre siècle.

Il rend évidente la fécondation de l’hellénisme dans la modernité HUMAINE ouverte comme une fleur qui reçoit les abeilles pollinisantes. Il part à la découverte des valeurs enfouies dans les textes pour les cueillir, les accueillir dans une efflorescence où l’humain tient la place centrale. Sa capacité d’émerveillement communicative laisse l’intuition se libérer en ne l’enfermant pas dans le doute systématique, car l’intuition est la saisie de l’avenir (selon Platon, je crois).

Ses recherches actuelles touchent la numismatique où la monnaie révèle une civilisation, une culture à l’époque hellénistique : il s’intéresse aux taux de change entre les métaux monnayés et entre les étalons monétaires. En se basant sur les textes épigraphiques et littéraires, il analyse le comportement des acteurs économiques, depuis les commanditaires des frappes jusqu’aux utilisateurs de la monnaie dans le cadre d’une économie monétarisée et des conceptions exprimées par les Anciens, qui ont des accents sonnants contemporains. La remise en contexte des documents littéraires et archéologiques est sa priorité pour rejoindre une société dans sa diversité, car ces textes reflètent la vie citoyenne dans son évolution. Aujourd’hui on balance des chiffres et des courbes statistiques qui concernent pourtant des humains et les relations humaines sont estimées en ressources et réduites en R.H.

Quand il interroge les textes ce n’est pas avec des questions à choix multiples, mais il remplace les longues questions demandant une réponse courte par de courtes questions avec réponses nuancées qu’il aime approfondir, confronter, comparer. Charles Doyen applique la maïeutique de Socrate aux inscriptions qui révèlent des informations contenues mais non encore découvertes. Son érudition élève et n’oppresse pas, car sa méthode est une anode, un chemin qui élève loin des grilles de lecture et des QCM. Dans le déchiffrement et l’interprétation des inscriptions épigraphiques, il analyse le système métrologique athénien et révise la structure des textes proches de la vie. Il fait parler les monnaies et les inscriptions en leur posant les questions que leur posaient les citoyens hors d’une dictature philologique entretenue par des dictionnaires aux vérités immuables mais obsolètes. Une vérité intangible devient souvent une erreur. Charles Doyen se sert du contexte pour éclairer son interprétation. Il lit les redditions de comptes de magistrats chargés de l’organisation périodique de concours athlétiques, hippiques ou musicaux, le calcul des impôts et des taux d’imposition…

Son analyse rigoureuse des inscriptions dans leur contexte permet de structurer la connaissance de la métrologie monétaire et pondérale en Grèce à diverses époques ; et la pertinence de sa comparaison entre des données chiffrées, à plusieurs décennies d’intervalle, peut refléter une variation de la valeur de l’argent ou du cours des denrées et de déduire une définition précise de toutes les unités de mesure et des importantes innovations métrologiques et monétaires, notamment dans le contexte des campagnes militaires…

La clarté de son exposé n’est pas réduite au simplisme dichotomique ou binaire, mais elle est toute en nuances.

Ses pointes d’humour n’altèrent pas la rigueur du raisonnement, au contraire elles dévoilent une large ouverture d’esprit et une parfaite domination de son sujet qui pourvoit à l’envol de ses élèves et de ses auditeurs; l’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne, selon Desproges.

Ce soir, Charles Doyen va explorer les sources des écrits en langue grecque, qui sont fondateurs de notre connaissance de la civilisation européenne. Il en tire profit et s’en nourrit comme d’un aliment actuel donc actif. Si Homère, dont il a parlé la fois précédente, a donné une inspiration (= un souffle) enveloppée du parfum de la poésie, les inscriptions, par les senteurs qu’elles dégagent, favorisent ses recherches sur les réalités de la vie des citoyens en les sortant des ornières creusées dans les esprits des foules routinières.

Comme la culture c’est la mémoire de l’intelligence des autres (Jean Rey), vous allez prendre la mesure de sa vérité (alithia, αλήθεια souvenir), car l’enfer c’est le labyrinthe de l’oubli (Λήθη, Léthè), que Charles Doyen a analysé chez Dante.

Comme les étalons sentent l’écurie, vous allez mesurer son talent et récompenser de votre écoute Charles Doyen qui va nous compter sans mesure la circulation monétaire ainsi que celle des personnes au-delà de l’espace Schengen.

                                                                                              Le 21 avril 2017, Philippe Valentin, président.

Prof. Jan DRIESSEN (UCL, Directeur de l’Ecole Belge d’Athènes (EBSA)

Notre 30e saison bat son plein. Alexandre Le Grand de Charleroi a le statut juridique d’ASBL (sans but !!!lucratif) ; mais en réalité ses fonctions pourraient justifier de l’acronyme ABC association à but culturel auquel je peux rajouter le H d’humaniste. Dans les reportages ou la publicité de diverses entreprises, l’humain est réduit à une lettre H précédée du R de ressources !! Réduire la richesse humaine à 2 lettres, majuscules certes, mais simplistes et sans nuances, revient à noyer l’étiquette dans une masse informe qui la prive d’estime (τίμη). Pour promouvoir l’humanisme (en grec ανθρωπισμός, anthropismos )  , comme Thésée, fils d’Egée et d’Aethra, nous embarquons sur notre trière vers la Crète, où nous attend  le professeur Jan Driessen que nous sommes heureux d’accueillir ce soir: il va nous rapprocher de l’âme grecque des origines en nous dévoilant les facettes de l’hellénisme aux sources égéennes :  il y a plus de 4500 ans que l’âme grecque s’est construite, a évolué avec des ruptures et des apports, depuis la Crète.

Pour sortir du dédale des stéréotypes nous allons suivre le fil d’Ariane qui peut nous emmener loin puisqu’elle a donné son nom à une fusée ; nous sommes allés solliciter le professeur Jan Driessen en Crète, l’île qui constituait, de par sa situation géographique, le carrefour des grandes civilisations de la Mer Méditerranée. C’est d’ailleurs en Crète qu’est né Zeus, qui par la suite ravit Europe (large vue : εύρος –οψη, οψις). De leur union naquirent Minos, avec Rhadamante et Sarpédon, ce dernier ayant donné son nom au projet archéologique de Jan Driessen à Sissi en Crète. Les mythes donnent un éclairage aux archéologues qui peuvent matérialiser et restituer les conceptions de vie de la société antique tout en inspirant l’art contemporain et les réflexions qui s’envolent comme Dédale et Icare (dont l’imaginaire ne retient souvent que la chute en occultant son envol et les espoirs futurs qu’il suscite).

Jan Driessen enseigne à l’UCL l’Art et l’archéologie de la Méditerranée ainsi que les technologies d’analyse de la civilisation égéenne. Son travail de fouilles lui vaut d’organiser colloques et rencontres scientifiques. Ses conférences et communications témoignent d’un caractère hyperactif (Πολυδύναμος).  Il aime investiguer, comprendre et restituer la vie des anciens dans leur contexte, leur environnement. 

Sur le monde qu’il interroge, il ne se limite pas aux institutions ni aux structures, mais écoute les artistes et les acteurs de la vie antique sans vouloir en tirer une image idéale fixée une fois pour toutes. Il dialogue avec les Anciens, acteurs d’un monde vivant qui a témoigné de son présent dans un milieu de vie florissant.

Parfois, il prend de la hauteur en faisant parler la photographie aérienne (du cerf-volant au drone). Il a déjà participé et va bientôt participer à des films documentaires de la chaîne qui libère la culture ARTE ; il collabore avec la RTB ou National Geographic.

Son δρόμος suit une voie droite mais emprunte aussi des chemins de traverse. Il se nourrit de rencontres et de débats avec ses collègues. Il privilégie l’approche interdisciplinaire des vestiges matériels, qu’il fait témoigner sur cette communauté de Sissi et, de là, sur la civilisation minoenne. A Sissi près de Malia, son équipe fouille, analyse, restaure, conserve. Il s’agit des plus grandes fouilles belges en Grèce.

Sous les auspices de l’Ecole Belge d’Athènes, il sollicite la collaboration d’artistes-artisans d’anthropologues, de scientifiques de toutes les disciplines aux avancées les plus inattendues pour déceler les rites et modes de vie des Anciens Crétois. Jan Driessen et son équipe ont trouvé de nombreux ossements. Pour approcher les hommes et les femmes qui composaient la communauté de Sissi, il a recours aux analyses ADN.

Ses recherches l’amènent à publier de nombreux livres, articles et communications dans les colloques et congrès internationaux. Il fait partie de commissions, de jurys nombreux en tant qu’expert.

Si la Crète est son domaine de prédilection, il est attentif à la remettre dans le contexte hellénique général, Jan Driessen contribue ainsi à mettre en lumière la culture, ciment de notre société en danger de sclérose de ses racines. En étudiant les mécanismes de la cohésion sociale des anciens et leur adhésion aux mêmes valeurs, il retrouve de nos Racines sans s’y figer, mais en les nourrissant et en les irriguant de l’expérience humaine qui se développe depuis l’aube des temps –avec des reculs ou des ruptures aussi-. Les racines donnent des ailes et permettent d’anticiper l’avenir. Quand il découvre des failles, il ne les élargit ni ne les creuse mais y fait passer la lumière de sa pensée pour comprendre le labyrinthe des rêves, dans la confrontation des idées ; car le débat construit et la division détruit, la nuance enrichit et la monotonie dessèche en classifiant les valeurs dans des catégories étriquées sans osmose.

Dans sa conférence, Jan Driessen va-t-il tenter un syncrétisme, qui tend à concilier les opinions de deux Crétois : Συγκρητισμός : union des Crétois, tentative de mettre deux Crétois d’accord (déjà chez Plutarque qui ajoutait le verbe Κρητιζω, je parle comme un Crétois, en habile négociateur, rusé ; certains traduisent par un adjectif péjoratif).

Ecoutons la version de Jan Driessen, puisqu’il est lui-même devenu Crétois, même Minoën.

                                               Philippe VALENTIN, président. Le 23 février 2018.

Prof. Yves DUHOUX (UCL)

Yves Duhoux est dans la lignée des conférenciers que nous recevons : pour sortir du dédale des stéréotypes, il recherche un fil salvateur et fouille la linguistique et la littérature, tel un archéologue, pour leur redonner vie en les sortant de la gangue  d’idées reçues. Ses recherches linguistiques empruntent tous les itinéraires possibles pour découvrir les mouvements migrateurs des mots depuis les linéaires A & B. En cela, Yves Duhoux s’intègre bien dans notre démarche qui est un voyage initiatique à la découverte des racines de notre culture et du message humaniste émis par la Grèce. Dans un monde  où règne la Gorgone mercantile qui pétrifie ceux qui lui prêtent trop attention à force de vouloir tout chiffrer, Yves Duhoux déploie une activité prométhéenne pour déchiffrer les signes et les symboles, les mots et les phrases qui constituent un fond culturel panhellénique, ferment d’unité pour notre civilisation européenne. Pour cela, Yves Duhoux s’inspire des auteurs comme Homère aux héros si humains et qui nous éblouissent encore ; mais il aime aussi interroger les inscriptions et les découvertes archéologiques ; soucieux de comprendre ces sources porteuses de la mémoire collective, il recherche une cohérence dans la réalité complexe et ouvre la voie aux interprétations nouvelles. Ses recherches reflètent l’exigence de sa pensée, la patience et la tenacité de sa réflexion,   l’ouverture de son esprit qui font de lui un philologue prudent, précis et nuancé : cette attitude devient rare dans un monde médiatisé où l’artifice est roi et où sévit le raccourci magnifiant le dérisoire. Yves Duhoux  est professeur-émérite de langue grecque et d’histoire des écritures  orientales à l’Université Catholique de Louvain où il enseignait aussi l’épigraphie grecque et animait un séminaire de langues et écritures de la Grèce préhellénique. Il est rédacteur (parfois en chef) de diverses revues renommées (plus de 120 articles publiés) ; 14 livres sont à son actif sur la langue grecque -depuis le linéaire B jusqu’à l’époque classique-, les langues et écritures préhelléniques  et italiques, les écritures du monde… Dans les revues, il est l’auteur de plus de 250 comptes rendus où il montre qu’il maîtrise une bibliographie abondante abordant, par les écritures, l’économie, la religion, la culture, la politique … Son travail de linguiste éminent lui a valu divers prix nationaux et internationaux et l’amène encore à participer à nombre de colloques dans le monde.  Yves Duhoux est membre de l’Académie des Sciences du Canada.

Ce soir,  c’est Chypre qui sera  le centre de l’exposé.  Chypre laisse des traces de civilisation datant de 10 000 ans et a construit un hellénisme original dû à sa situation entre  Orient et Occident. La mythologie y a fait naître Aphrodite de l’écume de la mer à Paphos : Homère la nomme d’ailleurs Cypris.  Chypre est un laboratoire d’écritures, comme aime à  le dire Yves Duhoux,  car cette île est  passée de la préhistoire à l’histoire 7 fois puisque  les Chypriotes ont  pratiqué 7 écritures, aux dires  d’Yves Duhoux qui va dévoiler ce mystère comme il avait dévoilé, il y a quelques années, celui du disque de Phaistos en Crète.

Ph.Valentin

Prof. Christophe Flament ( FUNDP Namur)

L’enthousiasme est le propre des conférenciers-invités qui viennent partager avec nous leur passion et le plaisir procurés par les Muses, protectrices de l’art et de la beauté. Ils nous apportent de l’oxygène en alimentant nos réflexions ; ils battent en brèche la pensée unique si répandue et qui mutile ou élimine le chatoiement de la pensée pour la rendre conforme à un modèle réduit comme le faisait Procuste avec son lit.. Et, en brassant les idées, ils concoctent nectar et ambroisie avec la nuance des goûts et la palette des couleurs qui embellissent la vie. Ils suivent Thucydide qui affirma : « l’Histoire est un trésor (acquisition) pour toujours »..
Ce soir, pour analyser les crises athéniennes et donner un éclairage sur nos crises, nous avons invité le professeur Christophe Flament qui est déjà à la tête d’une riche bibliographie. Docteur en Histoire, archéologue, il sait faire parler les monnaies, les textes et tous les documents dont il prend connaissance et qui font généralement l’objet d’interprétations figées ; il en donne de nouvelles lectures en leur posant de nouvelles questions et en s’inspirant des contextes historiques et archéologiques, même psychologiques. Son champ d’investigations est libre et ne connaît pas de frontière même linguistique, pourvu qu’il nourrisse la pensée et la réflexion.

Il parcourt donc de nombreux domaines de recherche, qu’il s’agisse d’histoire économique, financière, sociale, institutionnelle ou politique, entre lesquels il favorise d’ailleurs le dialogue entre les différentes recherches, ce qui requiert la maîtrise de nombreuses disciplines de l’Histoire ancienne telles l’archéologie, l’épigraphie, l’exégèse textuelle, la numismatique, l’histoire des technologies, ainsi que d’autres techniques empruntées à la physique nucléaire ou à la géologie, notamment les analyses métalliques et la pétrographie. Il est co-directeur des revues « Etudes Classiques », de la « Revue belge de numismatique et de sigillographie ». Membre de l’Ecole Belge d’Athènes et associé à l’Ecole Française d’Athènes ; il participe aux Journées des études orientales néo-louvanistes ; il a participé à la Journée « Métal » intitulée « L’argent sous toutes ses formes aux temps anciens », organisée par le Laboratoire TRACES (Toulouse, en mai 2015). IL travaille en étroite collaboration, avec des laboratoires des Sciences dans des domaines variés : métallurgie, géochimie, physique des matériaux etc.
C’est ainsi qu’il participe au décloisonnement des disciplines dans des échanges fructueux et des dialogues bénéfiques avec des savants d’autres spécialités, et cela dans une perspective résolument globale.

Christophe Flament déploie ses compétences avant tout dans l’étude des systèmes économiques et des pratiques monétaires des cités grecques anciennes. Rigoureux dans ses analyses, il n’est pas austère, mais il ne manque jamais d’émailler d’anecdotes son exposé. Ses traits d’humour révèlent une culture riche, profonde et variée. Il aborde les sources sous un angle particulier, voire inédit, où les questions forgées par l’historien sont, plus qu’ailleurs, essentielles pour nourrir la recherche et la faire progresser. Il ne se laisse pas enfermer dans le « Prêt à penser » qui, à force d’être banal, dispense de réfléchir en suivant la mode des étiquettes réductrices et bradées. Sa pensée ne se limite pas à quelques tweets ou mails juxtaposés mais se constitue d’un maillage de réflexions au reflet du miroir antique, n’ignorant pas le revers de la médaille.
Comme nous, Christophe Flament souligne l’importance de l’Antiquité et de son étude, car nous en avons de multiples analyses philologiques, littéraires, historiques, philosophiques, archéologiques pour une compréhension nuancée, qui refuse des « vérités » absolues et simplistes, figées et indiscutables donc faciles à« saisir »immédiatement sans réfléchir.D’où, la philologie est essentielle pour parfaire la connaissance des langues et les témoignages littéraires antiques, dont les Alexandrins.
Christophe Flament a fouillé le sol belge à Tournai, mais a fouillé ceux d’Ostie et d’d’Argos avec Patrick Marchetti dans le cadre de l’Ecole Française d’Archéologie d’Athènes. De cette collaboration sont nées des publications sur les monnaies du Péloponèse, particulièrement à Argos de l’époque hellénistique à l’époque impériale romaine : « Le corpus monétaire argien. Les émissions du IVe siècle acn » ; il s’intéresse aux inscriptions attiques relatives à la gestion des carrières de pierre, à la crise des cultes à Athènes durant la guerre du Péloponnèse. Pour lui, de la crise naquirent les cultes dont il détecta les approches croisées de la religion, de la philosophie et des représentations.
Quand il étudie les monnaies athéniennes, il les considère des mines au marché ; tous les sujets historiques requièrent son attention quand il analyse les guerres Occident-Orient : « Thémistocle contre Xerxès : des murs de bois contre des hordes perses », dans le cadre de la journée d’étude intitulée Guerre et paix en Orient. Christophe Flament innove sur les traces d’Hérodote qui « présentait les résultats de son enquête, afin que le temps n’abolisse pas les travaux des hommes et que les grands exploits accomplis par les Grecs et les Perses ne tombent pas dans l’oubli » il y a 2500 ans.
Il reçut divers prix scientifiques reconnaissant sa valeur novatrice. Il anime des séminaires, greniers contenant les semences de savoirs.
Christophe Flament est un chercheur tendu vers les découvertes ; il interroge les témoins et témoignages, se basant sur une intuition toujours en éveil et en connexion avec une imagination fleurie et des idées « folles » qu’il vérifie avec subtilité. Il veut connaître l’humain renaissant pour avancer et non se figer. De plus c’est un chercheur sensible à la beauté sans risque d’ennui (ennui<inodium, qui pousse à la haine -odium). Pour avoir des réponses il faut poser des questions qui s’enfilent et qui ouvrent la réflexion et non qui sanctionnent négativement ou détruisent. Il apprécie la beauté de la recherche, la capacité à se corriger et à trouver de nouvelles voies, car pour lui évaluer c’est trouver les valeurs et non les failles qui créent des dévaluations.
Ce qui intéresse Christophe Flament c’est la circulation des monnaies qui accompagnaient les humains et qui aujourd’hui nous renseignent sur la civilisation de l’époque, par les changes et les échanges ; l’étude des phénomènes économiques représente un biais intéressant – et, à vrai dire, peu exploité – pour aborder l’étude de la civilisation grecque antique. A force de côtoyer ceux qui battaient monnaie, Christophe Flament va frapper vos esprits d’une empreinte vivace par la pertinence de ses arguments dans un langage fleuri puisqu’il analyse les coins et les fleurs de coin. Aujourd’hui règne le virtuel, l’argent ne circule plus beaucoup avec les personnes, c’est une différence. Ce soir, Christophe Flament va partager, avec un talent non monnayable, sa contagieuse passion pour la numismatique, qui peut lever un voile sur la société hellénique.

Ph. Valentin

Prof P. Fontaine (FU Saint Louis Bruxelles) & Annie Verbanck-Pierard (Musée Royal de Mariemont)

Il ne faut pas être haruspice pour augurer d’une intéressante conférence en duo, où le mystère qui entoure les Etrusques se dévoilera quelque peu ou se révélera  sous la voix  de nos deux conférenciers, dont les clés ouvriront des portes d’un peuple fascinant. Un duo après un quatuor, c’est excitant de réunir des passionnés pour célébrer  l’hellénisme.

Annie Verbanck, inaugura les conférences dans cette salle en 2003 en parlant de « La médecine grecque, la plus grecque des sciences ».  et clôture la 10e saison ici et notre 25e saison.

Le professeur Paul Fontaine est un nouveau conférencier, versé dans l’étruscologie puisqu’il a suivi et donné des cours en chaire d’Etruscologie, fondée à l’UCL par le professeur Franz De Ruyt qui fut le promoteur de mon mémoire de philologie classique. Roger Lambrechts lui a succédé et fut le premier lecteur de mon mémoire. Nous nous sommes « croisés » sans le savoir à 10 ans de distance.

Ils nous feront découvrir la Grèce ancienne au miroir des Etrusques qui lui doivent  tant : philologie et archéologie vont se joindre pour nous éclairer.

Annie VERBANCK-PIERARD est une de nos fidèles conférencières et son nom est attaché au Musée Royal de Mariemont, où elle veille sur les collections grecques, étrusques et romaines.

C’est tout naturellement qu’Annie Verbanck a conjugué philologie classique et archéologie. Ainsi elle étudie la façon de vivre des anciens grecs avec leurs semblables, leurs héros et leurs Dieux. Pour cela, elle consulte les textes littéraires et les inscriptions ainsi que le produit des fouilles archéologiques. L’iconographie, pour elle, est le complément indispensable des écrits pour démêler l’écheveau des cultes, des croyances, des rites et de la vie en société.   Pour Annie Verbanck, le passé n’a pas fini de nous renseigner sur la vie des anciens :son étude explorede nouvelles voies en choisissant de confronter les regards antiques et les regards modernes. Son examen de l’antiquité, sans cesse renouvelé, redonne vie aux artistes et décode leurs usages (art, déplacements, influences, imitations ) . Annie Verbanck-Piérard est enflammée par l’enthousiasme qui change les regards et les approfondit ; elle met en lumière la beauté de l’utile avec une sensibilité hors du commun. Son regard est empreint d’étonnement, vertu grecque par excellence, loin des avis péremptoires, définitifs et sans nuances de la pensée unique.

Annie Verbanck conçoit ses expositions comme des voyages dans le temps et l’espace. Elle met en évidence l’extraordinaire mobilité des objets, des idées et des  mythes en valorisant la transmission, la circulation et l’interaction des anciens avec les artistes modernes ou contemporains. Personnellement, je garde en mémoire l’exposition « Au temps d’Hippocrate. Médecine et société en Grèce antique », que Madame Verbanck a fait visiter à mes élèves avec un enthousiasme communicatif tel que j’ai exploité les textes d’inscriptions dans mes cours de grec.

L’exposition « Parfums de l’Antiquité » fut une exposition unique où parfums et flacons se côtoyaient. Il en est d’autres comme « Le vase grec et ses destins » qui était aussi extraordinaire.

Ses sources sont multiples, sa documentation impressionnante, ses synthèses remarquables.

Sa connivence avec d’autres conservateurs de musées belges et étrangers est discrète mais terriblement efficace. Pour elle, tout document est source de recherche minutieuse et d’analyse fouillée, de rapprochements et de comparaisons, de parallèles et de recoupements.

Ainsi, elle renouvelle la recherche avec la clarté brillante de son exposé, la pertinence éclatante de ses arguments et l’acuité nuancée de son analyse, ce qui lui permet de rendre simple ce qui paraît compliqué.

Le héros grec dont elle s’est faite la spécialiste est Héraclès, qui fut célébré par les Etrusques : aujourd’hui, ce héros qui nettoya les écuries d’Augias aurait fort à faire… »Héraclès, héros millénaire. Mythe et Images, de la Grèce antique à l’Europe contemporaine. « 

« La peinture grecque: une belle inconnue se dévoile. » Fut le prélude à sa conférence d’aujourd’hui sur l’hellénisation des Etrusques.

Mais c’est d’abord le professeur Paul Fontaine qui va nous éclairer sur les nouvelles découvertes réalisées en Etrurie.

Paul FONTAINE a complété sa formation en philologie classique par une licence et un doctorat en Archéologie et Histoire de l’Art : il est vrai que l’étude des  sources littéraires instille un  désir d’approfondissement naturel dans l’archéologie et l’art. Et quand on touche à l’étruscologie, il est difficile de s’en distancier.

IL enseigne actuellement aux Facultés Universitaires Saint-Louis à Bruxelles, après avoir honoré la chaire d’Etruscologie de l’UCL. Ses activités académiques sont diverses et se dispensent en Europe.

L’archéologie expérimentale fait partie de son univers : Il a participé à des fouilles en Italie (Toscane, Rome et Latium), en Syrie (Apamée ) et en a dirigé. Sa passion lui a conseillé de participer à diverses expositions, dont l’exposition ouverte aujourd’hui à Tongres.

Ces activités lui ont valu de recevoir moult titres :

il est Membre de l’Academia  Belgica de Rome et Membre étranger de l’Istituto Nazionale di Studi Etruschi ed Italici de Firenze ;

Il est membre étranger du CNRS associé à l’Ecole Normale Supérieure de Paris (direction : Pierre Briquel qui est venu donner une conférence à notre tribune) ;

Il est Membre de la Société belge pour le Progrès des Etudes Philologiques et Historiques.

Il est aussi expert à l’IRPA (Institut Royal  du Patrimoine Artistique).

Il est Membre de diverses sociétés scientifiques internationales et expert pour des éditions de livres.

Sa recherche vise l’ urbanisation, la  sculpture, la peinture, l’épigraphie ,bref le mobilier archéologique. Il consulte les témoignages littéraires lacunaires et empreints de partialité, les témoignages archéologiques en augmentation et revisités avec collaborations de scientifiques à la pointe. Dans la peinture étrusque, il s’étonne de la proximité avec la peinture minoenne ; peut-être s’en expliquera-t-il. En préparant la présentation de Paul Fontaine, je suis ému de voir la tombe de la chasse et de la pêche sur mon écran où figurent les hirondelles minoennes de Théra, Fira, Santorin.

Ses publications sont nombreuses : parfois en collaboration, il publia sur les villas romaines, les cités d’Ombrie (remparts et fortifications, urbanisme), les liens avec la Gaule, les inscriptions, la faune et la flore sur les peintures, …

De là, je déduis que Paul Fontaine ne fige pas la civilisation mais étudie le phénomène évolutif aux multiples  facettes : un adjectif ne caractérise pas un phénomène. Grâce à son intuition il pratique une nouvelle lecture des documents pour aboutir à de nouvelles interprétations (notamment sur la peinture de la tombe de la chasse et de la pêche à Tarquinia). Il est frappé par la capacité des Etrusques à reprendre, dans leurs contacts avec l’hellénisme, des trésors de civilisation et à les faire fructifier dans une création originale.

Paul Fontaine dialogue avec les auteurs anciens et avec le monde vivant qui a témoigné de son présent par des inscriptions, des bas-reliefs ou des peintures : cela lui évite de faire de la société étrusque un ensemble thématisé, simple, unique, totalement homogène et sans contradictions ; il tente de saisir toutes les turbulences, les confrontations, les débats qui constituent la vie des hommes et des Dieux.

Avec patience, il ne se lance pas dans des recherches, inspiré par une révélation ou un rêve. Il

suit l’évolution de la société qu’il étudie ainsi que le renouvellement des méthodes archéologiques. Il déploie son activité dans des rapprochements, confrontations, comparaisons sans ignorer les spécificités de chaque cas

Ce soir, Paul Fontaine va faire résonner des noms évocateurs  comme Chiusi, Volterra, Tarquinia, Vulci,  Piacenza,  Perugia,  Cerveteri,… où les Belges ont fouillé le sol pour dévoiler des pans de la civilisation étrusque et ont déployé d’énormes efforts pour décrypter l’écriture et la langue d’un peuple qui doit beaucoup aux Grecs et à qui Rome est immensément redevable.

Philippe VALENTIN.

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Conférences(2009-2010)

Posté le 30 novembre 2009 @ 12:48 par asblalexandre

« Le problème des origines étrusques : comment se situer par rapport aux Grecs ? L’Etrusque, une langue encore mystéri­euse. « 

Prof. Dominique BRIQUEL    (U.Sorbonne)
Le débat sur les origines étrusques n’est pas clos et les savants d’aujourd’hui continuent à discuter pour savoir s’ils sont un peuple indigène d’Italie, et donc autochtone, ou des immigrés venus d’Orient. La controverse moderne prolonge celle qui existait déjà dans l’Antiquité. Déjà alors trois thèses s’opposaient : celle faisant des Etrusques des autochtones d’Italie, saisissable pour nous à travers l’historien augustéen Denys d’Halicarnasse, et deux thèses les posant comme le résultat d’une migration à partir de la zone égéenne, les identifiant l’une à des colons venus de Lydie, ce qui était la doctrine d’Hérodote, au Ve siècle avant Jésus Christ , l’autre selon les vues de son contemporain Hellanicos, aux Pélasges, ce peuple qui, dans les représentations des Grecs aurait été établi avant eux sur le territoire de la Grèce. En fait, le débat revenait à donner une image positive ou négative des Etrusques vis-à-vis des Grecs. Le choix de telle ou telle thèse dépendait de la manière dont on voulait situer ces barbares par rapport à l’hellénisme. C’est sur ces bases nullement scientifiques qu’est né, dans l’Antiquité, un débat que la science moderne n’a fait que reprendre.
« Chypre, l’île aux sept écritures. »

Prof. Y. DUHOUX (UCL)

Chypre, la belle. Chypre, la bien connue. Mais aussi Chypre si ancienne, si riche et diverse culturellement et historiquement. Aujourd’hui, Chypre emploie les écritures alphabétiques grecque et latine. Mais pendant deux millénaires, elle a créé, oui, créé !, pas moins de cinq écritures différentes et en a employé deux autres. Lesquelles ? Comment ? Pourquoi ?

« 1800 kg de terres cuites votives à Durrës (Albanie). Formes et significations des offrandes à l’Artémis de Dyrrhachion »


Prof.Arthur MULLER (U. Lille 3)

En 1970 et 1971, Vangjel Toçi a recueilli, dans une fouille sur la colline de Dautë, au nord-ouest de Durrës (Albanie), l’antique Épidamne-Dyrrhachion, un mobilier d’une richesse impressionnante : des « petits objets » divers, quelques centaines de monnaies, plus d’une tonne de fragments de vases, et surtout 1800 kg de fragments de figurines de terre cuite. Malgré leur intérêt exceptionnel, ces trouvailles sont restées entièrement inédites. Aussi une équipe albano-française a-t-elle été constituée, en 2003, dans le cadre d’un accord entre l’Institut d’archéologie de la République d’Albanie, l’École française d’Athènes et le centre de recherche Halma de l’Université de Lille 3, afin de mener à bien leur étude et leur publication. Cette présentation fait le point après sept campagnes d’étude au cours desquelles on a sauvegardé toute la documentation de fouille, classé la totalité des fragments de terres cuites figurées et engagé leur étude, parallèlement aux monnaies et vases.

Le faciès des céramiques, où dominent les vases miniature, et celui des terres cuites figurées diffèrent totalement de celui de la nécropole toute proche ; malgré l’abondance des couches « noires » riches de charbons de bois et la répétitivité des formes, l’absence de ratés et l’abondance des monnaies interdisent d’y voir un dépotoir d’atelier. Aussi le contexte des trouvailles est-il selon toute vraisemblance celui d’un dépôt votif, dans ou à proximité immédiate d’un des sanctuaires extra- ou périurbains de la cité. D’après les trouvailles, la fréquentation a commencé dès l’époque archaïque et s’est particulièrement intensifiée à partir du ive s..; les objets les plus récents du dépôt datent du iie s. Les figurines sont exclusivement des représentations féminines. Les protomés, représentations féminines limitées au buste, diverses dans leur iconographie (drapées ou nues ; avec ou sans avant-bras ; avec ou sans attributs), leurs dimensions (de quelques centimètres au visage presque grandeur nature) et leur qualité (le meilleur côtoie le pire), constituent l’écrasante majorité (autour de 90 %) ; les statuettes en revanche – quelques divinités, des femmes drapées, trônant ou debout, des femmes dans des attitudes rituelles (porteuses de plateau à offrande, de cruche ; jeunes femmes nues assises) – ne représentent qu’une toute petite partie du total.

Diverses observations permettent d’ores et déjà de caractériser l’artisanat qui est à l’origine de cette production corollairement. L’ensemble reflète diverses traditions et influences venues de Grèce pour le vie s. et l’époque classique, et surtout d’Italie méridionale à partir du ive s. En revanche, il semble bien qu’il faille renoncer à l’origine « illyrienne » d’un type de protomé à la coiffure originale. Plusieurs indices montrent que le tout est la production d’une ou de plusieurs officines d’Épidamne-Dyrrhachion, qui utilisent toutes les ressources du moulage et du surmoulage en vue d’une production de masse, à la fois répétitive et variée, pour une clientèle généralement peu soucieuse de qualité.

Le répertoire de ces ex-voto est caractéristique d’un culte rendu par des femmes à une divinité féminine, protectrice des moments importants de leur vie. Mais l’identification de cette divinité dépend en grande partie de l’interprétation que l’on donnera de l’offrande majoritaire dans le sanctuaire, celle de la protomé féminine. Vangjel Toçi y voyait des images d’Aphrodite et identifiait donc le sanctuaire comme Aphrodision, nom qui est passé dans ses rares mentions bibliographiques. Si on reconnaît dans les protomés, comme on le fait souvent en Italie méridionale, des images de divinités chthoniennes et plus précisément de Korè-Perséphone, il faudrait identifier le sanctuaire où se trouvait le dépôt comme celui de Déméter. Mais on sait désormais que les protomés sont consacrées en nombre chez d’autres divinités féminines, tout simplement parce qu’elles ne représentent pas la divinité dédicataire, mais la mortelle qui en fait l’offrande. Aussi faut-il se tourner vers les représentations de déesses recueillies dans ce dépôt ; on n’a identifié aucune Korè-Perséphone, trois Aphrodite en tout et pour tout, et surtout quelques dizaines d’Artémis : les unes d’un type iconographique bien connu en Italie méridionale et Tarente, dit « Artémis-Bendis » (la déesse porte un chiton court, une nébride, une coiffe associant léontè et bonnet phrygien ; elle est accostée d’un ou deux chiens) ; les autres simplement trônantes et coiffées du bonnet phrygien. À cela s’ajoutent trois petits marbres et un petit bronze représentant également Artémis. L’hypothèse d’un Artémision, à laquelle chacune de nos campagnes donnait plus de corps, a reçu en 2006 une confirmation épigraphique. Le nettoyage d’un tesson de grand vase ouvert, simplement enregistré en 1971 comme « tesson décoré à figure rouge », a fait apparaître une inscription exceptionnelle : elle est peinte sous le bord du vase dans la technique de la figure rouge, en lettres hautes de 1,5 cm, soulignées de rehauts rouges ; on y lit, de façon incontestable, la formule d’une dédicace à [A]rtémis.

Nous avons donc la certitude d’avoir localisé le sanctuaire d’Artémis mentionné par Appien II 60 : le récit de l’historien, qui évoque un coup de main de César contre Dyrrhachion tenue par les alliés de Pompée en 48, dit la proximité du sanctuaire et des portes de la ville. Cette localisation est une donnée d’importance pour la topographie de Dyrrhachion, encore mal connue : elle montre une extension de la ville grecque et romaine supérieure à ce que l’on admettait, mais plus conforme aux données du relief. Protectrice des passages de la vie des femmes, l’Artémis de Dyrrhachion est aussi gardienne d’un col et d’un accès à la ville.

« Le grec au coeur des langues de l’Europe. Application au vocabulaire zoologique. »

Prof. H. WALTER (U. Rennes)

Le grec, au cœur des langues de l’Europe  et qui ont été légués aux langues modernes, de la philosophie à l’art poétique et au théâtre, de la mythologie aux arts plastiques et à l’architecture, la Grèce tient depuis des siècles une place privilégiée en Europe.

De plus, c’est la langue grecque qui se trouve pour une grande partie à la base du vocabulaire scientifique des langues européennes. On insistera en particulier sur le domaine zoologique, dans lequel on distinguera entre les noms d’animaux qui existaient déjà en grec ancien, et ceux qui ont été ultérieurement forgés sur des racines grecques.

« Byzance et la première croisade. »
Mme Anne Tihon (UCL)
Au moment où l’empereur Alexis Ier Comnène accède au pouvoir (1081), la situation de l’empire byzantin est désastreuse. Alexis doit asseoir son pouvoir, rétablir les finances, reconstituer une armée, lutter contre les ennemis extérieurs, les Petchenègues, les Normands et les Turcs.
Quand il a réussi enfin à rétablir la situation, vers 1095-1096, la Première Croisade arrive aux portes de Constantinople : la croisade populaire d’abord, menée par Pierre l’Hermitte, bandes indisciplinées qui s’étaient livrées tout au long de leur route à des pogroms et des exactions sans nombre ; la croisade des chevaliers ensuite, armées disciplinées mais redoutables.

Comment Alexis va-t-il réagir ? Quelle politique va-t-il adopter vis-à-vis des Croisés ? Les historiens occidentaux ont-ils raison d’accuser Alexis d’ingratitude et de perfidie ? Ces questions et d’autres seront abordées dans notre exposé, qui reprendra les principaux épisodes de la première Croisade, ainsi que les principales figures de cette épopée.

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Outil « recherche »

Posté le 24 avril 2009 @ 10:37 par asblalexandre

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Concours

Posté le 3 mars 2009 @ 18:23 par asblalexandre

CONCOURS ALEXANDRE 1996

Epreuve réservée aux élèves de 2ème :
Réalisation d’un MASQUE, portable sur le visage, à l’effigie d’un personnage historique, mythologique ou littéraire de la Grèce.
Epreuve réservée aux élèves de 3e et 4e :
« Lettre ouverte à ceux qui ne veulent pas du grec dans l’enseignement. »

CONCOURS ALEXANDRE 1997

Epreuve réservée aux élèves de 2ème :
Réalisez une sculpture ou un modelage (statuette ou bas-relief) inspiré d’un personnage littéraire ou mythologique de la Grèce antique.
LES OEUVRES DES LAUREATS ONT ETE EXPOSEES AU MUSEE INTERNATIONAL DU MASQUE ET DU CARNAVAL  A  BINCHE
Epreuve réservée aux élèves de 3e et 4e :
Créez un magazine d’information à paraître dans la cité d’Athènes au Ve siècle ACN.
Epreuve réservée aux élèves de 5e et 6e :
Observez l’utilisation et/ou la transformation du mythe au cours de la lecture approfondie des deux ouvrages ci-dessous :
A.FAKINOS, Les enfants d’Ulysse, Seuil, 1989
I.KADARE, Le monstre, Livre de Poche, 1991

CONCOURS ALEXANDRE 1998

Epreuve réservée aux élèves de 2e
Réalisez un cheval de Troie en trois dimensions (sculpture, modelage, céramique, orfèvrerie…)
Epreuve réservée aux élèves de 3e et de 4e:
Créez et illustrez un journal de bord
réalisé à l’intérieur du cheval de Troie

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Films

Posté le 11 février 2009 @ 17:57 par asblalexandre

« Le carnaval de Skyros » Luc Alexiou

« Pâques dans l’île de Karpathos. « Luc Alexiou

« Christian Leroy.  » Luc Alexiou

« Patmos,l’île de Saint-Jean. « Luc Alexiou

« Chios . »Luc Alexiou

« Zakinthos. »Luc Alexiou

« Skyros,Chios,Patmos,re-création dans les Cyclades. »Luc Alexiou

« L’enlèvement d’Aphrodite de Milo. »Luc Alexiou

« Santorin. »Luc Alexiou

« Samothrace, l’île de la Victoire. »Luc Alexiou

« Eleni. »Th. Angelopoulos

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Collaborations culturelles

Posté le 29 décembre 2008 @ 16:09 par asblalexandre

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