conférenciers(a-g)

Posté le 22 février 2010

Prof. Marie-Françoise Baslez (U. Paris Sorbonne. Labex (laboratoire d’excellence). RESMED (religions et sociétés des mondes méditerranéens).

Ce soir, en prime time et en live, nous avons l’honneur et le plaisir de recevoir une conférencière que nous avions invitée, il y a 21 ans, à Charleroi et qui pour nous avait répondu à  la question « Les Grecs ont-ils inventé le tourisme ? » suite au livre « Voyager dans l’Antiquité » dont elle était co-auteur. Aujourd’hui elle suit des chemins spirituels de Delphes et de Damas, (d’Alep et de Palmyre) en passant par Thessalonique et Philippes, ville créée par Philippe II de Macédoine, l’année de la naissance d’Alexandre en 356 acn.

Madame Baslez fut élève de l’Ecole Normale Supérieure ; elle est agrégée d’histoire et mène ses études sur le christianisme ancien, les romans grecs et l’histoire du judaïsme de langue grecque; elle s’est spécialisée dans les questions sociales des périodes hellénistique et romaine et analyse les relations entre hellénisme et judaïsme depuis la traduction des Septante jusqu’à l’émergence du christianisme. Professeur émérite d’histoire ancienne à l’université de Paris-Sorbonne, Marie-Françoise Baslez,  est spécialiste des religions du monde gréco-romain et éclaircit les interactions entre ces religions, incluant le judaïsme hellénisé et les religions orientales. Elle se consacre plus particulièrement à l’étude des persécutions et aux structures de communautés religieuses. Elle consacre (=rend sacrés) des cours à la méthodologie générale de l’histoire des religions et à la question du comparatisme. Professeur d’Histoire des religions de l’Antiquité, elle est responsable du Master Histoire, spécialité « Histoire des faits culturels et religieux », les cultes faisant partie intégrante de la culture. Ses recherches la poussent à comprendre et à faire comprendre les échanges, les influences des cultes entre Orient et Occident hellénisés.

Marie-Françoise Baslez est une enthousiaste, qui, par définition étymologique, a un Dieu en elle; par son enthousiasme culturel elle s’intéresse (vit parmi) aux réalités qu’elle confronte, elle repère les éclaircies sans nier les orages dans les relations entre personnes, sociétés, communautés, nations. Elle interroge, fouille, sonde les enracinements en respectant les crevasses, mais en recherchant des liens, des connexions pour traverser les intervalles. Elle est sensible aux réalités nommées avec le préfixe inter-  (interaction, intercéder, intermédiaire, interconnexion, interdépendance,  interdisciplinaire,  interférence, intérieur, interlocuteur,…

S’éclairant chez Homère, Eschyle et leurs successeurs, elle respire le souffle hellénique caractérisé par une tendance à la communication : elle concrétise l’abstrait, source d’approximations et de généralisation souvent destinées  à dévaloriser ou à moquer. Elle démonte les interdits mis en valeur alors qu’ils sont superficiels et deviennent des prétextes à division. L’enthousiasme fait avancer sa pensée car il lui donne le souffle dont elle s’inspire. Elle cultive le débat, si bien pratiqué par les dieux grecs de la mythologie loin des dogmes, et cela  sans amoindrir mais en enrichissant, colorant, sculptant. Dans un monde dominé par la dictature des chiffres et des statistiques (calculs, étiquettes, graphiques), elle rend forme et noblesse aux Lettres, aux Arts, aux Rites empreints d’humain voire d’humanisme et en enlève le cancer de l’appauvrissement vulgaire et simpliste de la pensée binaire, souvent réduite maintenant à 140 signes.
Elle anime (donne une âme) des séminaires sur le commentaire historique de biographies ou d’autobiographies d’ « hommes divins », de saints païens ou de héros ; dans un séminaire-réservoir de semences- elle analyse les « Religions et sociétés du monde gréco-romain », en répercutant les affrontements entre associations dionysiaques et Juifs à la Cour d’Alexandrie et en passant au crible les Communautés religieuses, les sectes et les hérésies. Depuis 2009, elle a été invitée à donner des séminaires aux Universités de Montréal, de Pampelune, de Leuven et de Louvain-la-Neuve, de Fribourg et de Lausanne), de Copenhague et de Berlin. A l’Ecole Normale Supérieure, elle anime toujours un séminaire consacré aux « Religions et sociétés dans le monde gréco-romain ».

Marie-Françoise Baslez participe à de nombreux colloques internationaux et en organise. Elle est membre de nombreuses sociétés d’études scientifiques. Ses recherches portent sur « Les creusets religieux » dont font partie  les religions orientales dans le monde grec et romain. Elle maîtrise des myriades de sources, littéraires, historiques, épigraphiques, archéologiques dans un jaillissement inépuisable auquel je peux ajouter des significatifs giga-, mega-…

Sa bibliographie est impressionnante : j’épinglerai parmi ses dernières publications : « Chrétiens persécuteurs. Destructions, exclusions et violences religieuses au IVe siècle » ; « Comment notre monde est devenu chrétien » chez Albin Michel; avant elle avait publié des ouvrages sur « L’Orient méditerranéen de la mort d’Alexandre au Ier siècle avant notre ère. Anatolie, Chypre, Égypte, Syrie », sur « L’Orient hellénistique 323-55 av. J.-C ». En outre je citerai divers titres de publications : « Entre dissidence et résistance. La symbolique des supplices d’après les récits juifs de martyre »,  « Saint Paul : Artisan d’un monde chrétien » ; « Actualité contemporaine et christianisme des origines : faut-il faire  une lecture politique de saint Paul ? ». Dans « l’étranger en Grèce antique»  elle fait raisonner et résonner des accents contemporains (raison et son), en exploitant le reflet du cosmopolitisme de la cité hellénistique… Elle a reçu le XXIe Prix Chateaubriand pour « Les persécutions dans l’Antiquité, victimes, héros, martyrs », publié chez Fayard en 2007. Elle est l’auteur, chez Fayard, de « Saint Paul » et de « Bible et Histoire. Judaïsme, hellénisme, christianisme ». Chacune de ses publications comporte des analyses et des réflexions qui peuvent faire fructifier un raisonnement actuel influençant des attitudes.

Puisant aux sources d’Homère et d’Eschyle, en médiateur culturelle, politique ou religieuse, par de nouvelles approches,  elle découvre la continuité et les ruptures dans la pensée depuis l’âge hellénistique (à partir du IVe s. acn) jusqu’au christianisme en passant par le judaïsme. Elle aime déceler les dissidences et les résistances, en rendant son  importance à Dionysos, qui a souffert d’une réduction bachique depuis les Romains et qui pourtant inspirait une note humaniste enthousiaste aux humains qui l’honoraient sans dédaigner les autres Dieux comme Apollon…. Marie-Françoise Baslez décolle les étiquettes en refusant le banal, le trivial, car elle aime remettre tous les faits et phénomènes dans leur contexte sans oublier le goût de la fantaisie et le grain de folie qui fait respirer l’humain (c’est l’effet Dionysos).

En lisant Marie-Françoise Baslez, nous pouvons découvrir sa quête de beauté : pétrie de l’humanisme philhellénique  qui vise l’harmonie et  tente de noyer la haine issue de l’ennui (in-odium) et de la vulgarité, en prônant  le débat (argumenté) et l’optimisme dans l’échange toujours positif ; dans sa recherche de la vérité basée sur la mémoire (alithia= vérité <absence d’oubli), elle s’ancre avec enthousiasme dans l’art et la beauté qui relient parce qu’ouverts, comme doit l’être la religion. Dans ses articles et livres elle perçoit que la tristesse et la haine se nourrissent de l’inculture qui brandit des épouvantails générés par la barbarie des généralités abstraites et dénuées d’humain. Elle est témoin de l’importance de la recherche qu’illumine l’esthétique (< aisthanomai = ressentir = sensibilité) sans  anesthésier la mémoire qui nourrit les semences cachées mais productives pour un avenir humaniste;  Elle se laisse saisir par la permanence des phénomènes sociétaux sans en biffer les fêlures, mais avec  son esprit large et son souffle créateur, elle brasse le  mythos et le logos, le cultuel et le culturel sans limiter l’histoire des religions aux rituels.

Marie-Françoise Baslez accomplit une oeuvre qui révèle une précision poïkilochrome et une rigueur intellectuelle remarquables, et cela avec l’élégance de l’expression des plus nuancées.

13/11/2015 Philippe Valentin

Mme Hariclia BRECOULAKI (Centre de Recherche de l’Antiquité grecque et romaine de la Fondation nationale de la Recherche scientifique (Athènes). 

Alexandre Le Grand de Charleroi présente sa 150e conférence pour approfondir notre connaissance de la Macédoine et de la culture panhellénique. C’est pour moi un plaisir savoureux de préparer la présentation des conférencières et conférenciers, de tenter de détecter leur démarche et leur travail sous-jacent, leurs secrets qu’ils voilent avec bienveillance et inventivité. En 30 ans, nous avons suivi des chercheurs dans leurs découvertes helléniques et spécialement macédoniennes et sommes stupéfiés par la progression des métamorphoses de la réflexion, pour une meilleure compréhension humaine aux sources de l’hellénisme. Quel chemin parcouru pour combattre les préjugés tenaces et jeter une nouvelle lumière sur les connaissances à la manière d’un phare. Car les mots sont les moteurs de la pensée qui, elle-même, fournit le carburant qu’elle a raffiné.

Ce soir c’est Madame Hariclia Brecoulaki qui va nous présenter le nouvel éventail de ses découvertes en dévoilant une gamme de sa dernière collection de peintures où brillent sa rigueur, son élégance et le goût du beau.

Pour résumer brièvement son cursus ou plutôt son dromos (δρόμος), je dirai que sa formation et ses études furent permanentes en évolution exponentielle. A la Sorbonne, Hariclia Brecoulaki poursuivit des études en archéologie et histoire de l’art. Sa thèse portait déjà sur la peinture funéraire en Macédoine ; elle obtint divers diplômes complémentaires nécessitant de nouvelles thèses ainsi qu’une maîtrise en Sciences et Techniques en conservation et restaurations des biens culturels. Son Activité professionnelle à LA FONDATION NATIONALE DE RECHERCHE Historique, où elle est directeur de recherche, est riche et tonique. Nombreux sont ses projets dont le Musée de Pylos où elle prend en charge la documentation, la conservation et la publication de peintures murales mycéniennes du « Palais de Nestor » (en collaboration avec le Département des Classiques de l’Université de Cincinnati).

Elle colore son champ d’exploration dans les Musées d’Argos, de Mycènes, d’Athènes, de Vergina-Aigai, de Corinthe, de Kition à Chypre, Londres, Vienne, Thessalonique, Rome, Thèbes, Patmos …

Sa recherche est permanente dans le flux de ses découvertes, qui l’amènent à poursuivre l’étude de la peinture gréco-romaine en traitant :

  • La peinture grecque et l’histoire de la couleur dans la Grèce antique
  • Les matériaux et la technologie de l’Antiquité grecque,
  • L’art et l’architecture hellénistiques,
  • L’archéologie de l’ancienne Macédoine,
  • La polychromie architecturale et sculpturale grecque et romaine,
  • L’iconographie et la technologie de la peinture égéenne.

 

Cette activité débordante lui donne l’opportunité de participer à des congrès et colloques, multi disciplinaires où se cultive le débat. Et ce soir, nous sommes déjà convaincus d’avoir découvert l’«Oiseau rare ». Citée dans nombre de bibliographies, elle mentionne dans les siennes beaucoup d’archéologues qui sont venus ici.

Son lieu de fouilles privilégié, ce sont les tombes (κοιμητήριον, lieu de repos) où elle étudie les peintures dans leur contexte archéologique avec les objets retrouvés (ustensiles, vases, couronnes statues,…) mais aussi les bâtiments & palais. Outre l’aspect scientifique, elle aime analyser l’histoire, la mythologie et leurs représentations iconographiques. Par sa curiosité et son analyse, elle nous invite à visiter des chambres funéraires en ouvrant à des idées neuves qui sont une thérapie contre la nécrose de la pensée dépourvue de beauté et d’esthétique.

Hariclia Brecoulaki manie la technique et utilise les nouvelles technologies en leur posant des questions venues de ses analyses, des échanges-débats avec ses collègues, mais elle pose les questions que devaient se poser les contemporains des sujets qu’elle traite et ne veut pas leur appliquer des grilles de lecture actuelles avec une pensée unique que certains veulent appliquer aux événements ou symboles historiques et rituels.. Elle est dans la ligne des archéologues et historiens qui ne cèdent pas au culte de l’instant, instable par définition. Son œil expert et sensible (comme celui d’Αθήνα γλαυκώπις, Athéna glaukôpis) guide ses intuitions pénétrantes.

Sa pensée et sa langue sont polychromes, car elle restitue la couleur du temps macédonien, dans une communauté de débat συζήτηση-διάλογος avec les peintres qui ont choisi les pigments et représenté les scènes historiques ou mythologiques en harmonisant ombres et lumières. Son analyse minutieuse et systématique laisse fleurir l’intuition et la sensibilité pour observer la haute technicité antique mise à jour par des ingénieurs d’aujourd’hui dont les recherches ouvrent sur des perspectives exceptionnelles pour faire apprécier l’ampleur du parcours historique et culturel de la Macédoine antique : quand la science et la technologies se mettent au service de l’art, le résultat est stupéfiant, car ensemble ils ressuscitent la peinture «enfouie » depuis des siècles.

Elle remet en question les hypothèses anciennes et propose des alternatives en cherchant à donner une cohérence (homogénéité…) entre les civilisations, notamment entre le monde mycénien , la Macédoine et le reste du monde grec au gré des époques. Admirative devant la conservation des peintures, elle s’intéresse aux enduits et aux pigments qu’elle identifie et scrute leur voyage. Elle tire ses conclusions d’observations des marbres au microscope, en lumière naturelle ou ultraviolette, à la recherche de traces de couleurs ; avec des appareils de haute technicité, qui dévoilent la composition chimique de traces de couleur, elle contribue à la restitution des couleurs résiduelles sur des sculptures où la figure humaine est prioritaire (Peinture : ζωγραφική).

Hariclia Brecoulaki restaure notre vision de la Grèce antique, en remplaçant d’austères drapés qui auraient souligné la noble simplicité des Grecs en marbre blanc par des vêtements multicolores, luxueux et recherchés. L’étude des dieux et des héros sculptés et peints heureusement, nous livre une nouvelle perspective loin des idées reçues.

Ses principales publications concernent la polychromie dans la Grèce antique. Trois livres concernent « L’expérience de la couleur dans la peinture funéraire de l’Italie préromaine (2001) », « La peinture funéraire de Macédoine. Emplois et fonctions de la couleur, IV-IIème s. av. J.-C. (2006) » qui a obtenu le prix de l’Académie d’Athènes, et « La peinture Mycénienne. Nouvelles découvertes et anciennes découvertes reconsidérées ».

Ses articles (un peu plus de 50) traitent des sujets autour de la couleur et de la représentation dans la peinture grecque et romaine (depuis l’époque mycénienne et jusqu’à l’antiquité tardive). Elle assigne à ses recherches des buts humains (qui souvent s’atrophient aujourd’hui devant une hypertrophie des moyens). Evidemment, elle côtoie quotidiennement Alexandre Le Grand et son père Philippe II.

Elle attise sa curiosité ainsi que le désir de connaître et de comprendre la culture macédo-hellénique et donne de l’oxygène à une flamme prométhéenne pour construire une œuvre apollinienne.

Ce soir, écoutons la musique polychrome de Madame Hariclia Brecoulaki qui va nous restituer la couleur du temps philhellénique.

 

                                                       Le 1er décembre 2017, Philippe Valentin, président.

 Mme Marie-Cécile BRUWIER (Directrice du Musée Royal de Mariemont)

Dans le cadre et au diapason du festival musical du Hainaut et de Wallonie consacré aux échanges « Orient-Occident », nous allons partager une fascination réciproque avec Madame Marie-Cécile Bruwier qui a illustré les liens entre Héliopolis d’Egypte-Hainaut lors d’une magnifique exposition à Mariemont.

Les Conférences de l’Association  Alexandre Le Grand de Charleroi, depuis 29 ans, vous présentent ce soir un  épisode  inédit, le 144e, d’une série en prime time pour nourrir votre réflexion : ils remettent en contexte des enquêtes  humanistes et mettent en valeur les créations de la civilisation humaine sans chaîne ni grille, ni écran de fumée. Parler d’antiquité n’est pas signe passéiste de nécrophilie mais de biophilie. Nous ne restons pas  sur la défensive devant des agressions programmées contre l’archéologie et les langues grecque et latine; nous ne devons pas répondre à la question « à quoi cela sert-il d’étudier l’Antiquité ? » mais  nous concentrer sur le «  comment s’en servir pour construire et innover?».  A la recherche des racines innombrables qui humanisent notre réflexion, nous pouvons créer un carburant écologique et culturel qui lubrifie en même temps le cerveau en lui apportant des compléments énergétiques d’enthousiasme sans artifices.

Pour décoller les étiquettes réductrices accolées souvent à l’étude du passé, nous avons invité ce soir Marie-Cécile Bruwier qui mène au moins deux missions archéologiques au Musée Royal de Mariemont (lieu de mémoire) et à Smouha près d’Alexandrie où elle dirige les fouilles.
Le Musée est un  temple des Muses, qui animent et font ressentir la  beauté des arts, des  sons, des pensées, des mots, des phrases. L’humanisme prend plaisir à s’ancrer dans nos enthousiasmes à la recherche de l’harmonie et des  vérités basées sur la mémoire. L’art et la beauté relient et créent, parce qu’ouverts et animés d’un souffle créateur. Marie-Cécile Bruwier est  directrice du Musée Royal de Mariemont et se donne comme mission de favoriser contacts, échanges, débats entre cultures au rythme des découvertes. Le  Musée est un creuset d’identités car il rassemble les origines enrichies d’une vie faite d’expériences et de progrès ; il est un chemin avec virages, montées et déclivités ; il est une rivière avec méandres et confluences, car c’est en allant vers la mer qu’un fleuve est fidèle à sa source …
Avec son équipe dynamique, Marie-Cécile Bruwier rénove et innove en cultivant le plaisir d’apprendre , de savoir , de s’épanouir . Souvent, quand on parle d’art, c’est la valeur marchande qui prime ou le coût d’une architecture ou d’une sculpture. L’art de Marie-Cécile Bruwier est de ne pas s’engluer dans une pensée unique, qui nie l’existence de ce qui n’est pas compris ou qualifie le raisonnement nuancé d’élitiste, mot qui est devenu un « gros mot » pour les populistes.
Marie-Cécile Bruwier a publié plus d’une cinquantaine d’ouvrages, notamment sur l’incroyable Héliopolis du baron Empain ; dans ses publications, elle se montre intéressée par toutes les cultures qui se sont développées en Egypte et qui constituent son riche patrimoine multiculturel. Elle tire de son étude  des clés essentielles pour l’éducation à la compréhension de notre monde contemporain dans son évolution qui doit s’enrichir dans le partage des savoirs.
Elle aime mettre en valeur la collection égyptienne de Raoul Warocqué ainsi que les dons et legs dont bénéficie le Musée de Mariemont. A Alexandrie, et plus précisément à Smouha, elle recherche le monument devant lequel se trouvaient les fragments de statue colossale, monument énigmatique de poids, conservé au Musée royal de Mariemont qu’elle nomme  « L’extraordinaire jardin de la mémoire ». Quant au Mouseion d’Alexandrie, c’est « le conservatoire du savoir universel à l’époque hellénistique ». Du terrain alexandrin, elle court d’un musée à l’autre. Elle compose ses ouvrages en parallèle avec les expositions et ses recherches vont  de pair. Elle aborde la mondialisation de la culture pharaonique et l’histoire des musées en Égypte ainsi que réception des dieux de l’Orient en Hainaut . Citons, en ordre aléatoire suivant ma mémoire, quelques expositions qu’elle a conçues et que certains d’entre vous ont vues : Du Nil à Alexandrie. Histoires d’eaux, Mémoires d’Orient. Du Hainaut à Héliopolis, les Pharaons noirs, les étoffes coptes du Nil, regards occidentaux sur l’Egypte, les livres et archives d’Egyptologues. Aujourd’hui, ce sont les Dieux, les Génies, les Démons d’Egypte ancienne » qui vous attendent jusqu’au 20 novembre en parallèle avec 2 autres expositions aux détours étonnants. Notons aussi son intérêt pour les récits de voyage et les cabinets de curiosités : nous avons devant nous une personnalité qui s’envole entre science et rêverie orientaliste, sans en oublier les parfums, puisqu’elle a participé à l’exposition «Parfums de l’Antiquité » en célébrant la rose et l’encens en Égypte pharaonique .L’archéologue Marie-Cécile Bruwier (ré)concilie art et sciences ; elle fait partie de cette lignée d’archéologues qui transmettent la passion humaniste et auxquels elle a rendu hommage : Fernand Mayence, Baudouin van de Walle, Tony Hackens…

Evidemment, toutes ses activités lui ont valu d’enseigner à l’UCL, à l’ULg, à l’Université du Caire et dans diverses Hautes Ecoles. Elle est membre d’Associations belges et internationales des Egyptologues, comme l’Association internationale de coptologie, le FNRS ,  l’Académie royale d’Archéologie . Elle organise des conférences et des  Colloques et participe à nombre de Congrès. Elle revient cette semaine de Grenoble.
Elle est captivée par l’Egypte et la Méditerranée, comme les anciens Grecs qui exercèrent une curiosité et un goût de l’aventure sans pareil. Sur le chemin qu’elle va vous inviter à suivre, elle ne pratique pas la communication triviale par monosyllabes rapides et tellement  superficielles; elle va vous enchanter et vous ravir, avec compréhension, nuance, couleur, pour mettre en éveil votre imaginaire en interrogeant les souvenirs du passé. Les  pharaons égyptiens étaient philhellènes puis Alexandre est allé se ressourcer à Siwah et fonda Alexandrie. Avec Marie-Cécile Bruwier vous allez découvrir les  fondations de civilisations à rénover et surtout à innover, car nos ancêtres sont Grecs, Romains, Egyptiens, Mésopotamiens… et ils ont lutté contre la paupérisation de la pensée en lui donnant des couleurs.
Il est temps de donner la parole à Marie-Cécile Bruwier qui va partager avec vous sa passion égypto-hellénique présente en Hainaut.

Ph. Valentin Président

Prof. Dominique BRIQUEL (U. Paris 4 – Sorbonne)

Dominique Briquel, après un cursus académique riche à l’Université de Dijon, à l’Ecole Normale Supérieure, à l’ Ecole Pratique des Hautes Etudes, est maintenant professeur à l’Université de Paris IV – Sorbonne.  Il a été membre de l’Ecole Française de Rome et a exercé et exerce encore des responsabilités scientifiques dans divers Instituts de France et d’Italie, dont l’Association Guillaume Budé et l’Institut National des Etudes étrusques et italiques de Florence. En outre, il est correspondant de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, et correspondant étranger à l’Académie Royale de Belgique et de l’Académie des Sciences et Lettres de Milan.  Il étudie, pour les publier, les inscriptions étrusques du Musée du Louvre et des collections françaises. Il édite les livres IX & X de l’Histoire Romaine de Tite-Live. Mais ces ouvrages succèdent à nombre de publications sur l’origine des Etrusques, leur religion, leur langue, bref leur civilisation. Dominique Briquel remplace le mystère par des questions auxquelles il tente de répondre, une par une, faisant ainsi progresser notre connaissance de ce peuple énigmatique et fascinant. Il consulte une bibliographie Impressionnante de Raymond Bloch, dont il fut l’élève et le successeur, de Pallottino et Heurgon, de mes deux professeurs Deruyt et Lambrechts à d’autres chercheurs contemporains : avec une puissance de synthèse remarquable, Dominique Briquel fait revivre les Etrusques dans des livres où rigueur d’analyse et clarté de style attisent notre compréhension et notre goût pour cette civilisation brillante, au moment où Rome n’était qu’un conglomérat de cabanes. Dominique Briquel est frappé par la capacité des Etrusques à reprendre, dans leurs contacts avec l’hellénisme, des trésors de civilisation et à les faire fructifier dans une création originale. Il discerne les influences, les continuités ainsi que les ruptures dans la transmission des traditions. Ses hypothèses sont étayées par une analyse rationnelle des documents littéraires, épigraphiques ou archéologiques et par la mise en oeuvre des thèses qu’il confronte en multipliant les comparaisons, qui nécessitent une érudition incomparable. Dominique Briquel parcourt les cités étrusques au nom prestigieux: Veies, Tarquinia, Volsinies, Pérouse, Cortone, Arezzo, Cerveteri, Vetulonia, Vulci, Fiesole, Chiusi, Volterra. Il en découvre l’art des ingénieurs étrusques qui ont conçu et réalisé une urbanisation réfléchie dont le modernisme peut créer l’admiration de nos contemporains.

Ph.Valentin

Prof. Philippe BRUNET ( U. Rouen)

Ce soir, nous avons le plaisir de rencontrer le professeur Philippe Brunet, philologue, pour nous éclairer sur les origines de la littérature grecque et de son prestigieux illustrateur : Homère. Nous allons remonter le temps puisque le professeur Charles Doyen nous a parlé en février d’Homère à Alexandrie, où l’épopée fut réveillée par l’érudition.


Philippe Brunet aime le  logos que je traduirais par « l’expression d’une pensée  raisonnée »,et j’ajouterai passionnée et passionnante. La démarche de ses cours est dynamique, donc créatrice  ; il ne réduit pas son action à des dissections, mais il cherche  à retrouver le souffle antique d’une langue vivante qui l’inspire, le Grec. Il préfère le rythme de la phrase à la métrique.  Chez lui, pas de cloisonnements, pas de clivages, pas de séparations, mais une recherche complexe, cohérente  et nuancée, tout en restant philologique.
Nous l’avons rencontré à Charleroi, à la Librairie Molière et dans l’orchestre du théâtre D’Epidaure : il est des rencontres originales qui comptent. Ce jour, il a animé un Séminaire à Louvain La Neuve sous l’égide  de Charles Doyen. Philippe Brunet,  professeur à  l’université de Rouen, est un homme bien fascinant par la musique du vers qu’il restitue, sous un éclairage vivifiant.


Ses thèmes de recherche consistent à  rendre actuel un texte oral puis écrit il y a 2800 ans avec des mots grecs, des idées actuelles encore valables ; il respecte l’ordre des mots ; il voit ce qui concorde et non les prétendues contradictions ou incohérences (NB même aujourd’hui, dans un roman, nombre de  contradictions et  répétitions malgré l’ordinateur). Il met en valeur au lieu de refroidir le texte avec une critique stérile sur « la question homérique ». Il s’éloigne des sceptiques systématiques qui recherchent l’erreur.  Il ne fragmente pas les dialectes ni les savoirs, mais sa  sympathie pour les sujets qu’il observe et analyse,  exprime  avec goût son ressenti : il est pris par la callosthésie ou l’agathosthésie (sans anesthésie) : il croise les regards sous divers angles et les fait dialoguer dans une vue panoramique ; ainsi réinvente-t-il le passé en empruntant des VOIES de traverse à l’écoute des VOIX  concertantes  en s’accompagnant de la lyre, dont les cordes sont des liens qui libèrent l’inspiration  pour atteindre l’humanisme, comme les cordes vocales.


Ses Œuvres  consistent en traductions et monographies en choisissant des auteurs et des textes fondateurs de notre humanisme: ses ouvrages concernent La naissance de la littérature de la Grèce ancienne , Hésiode, Sappho, Eschyle (Les Perses, l’Orestie) ; De Sophocle, c’est Antigone qui le retient, car si proche de nous et nous parlant encore. Ensuite, deux entreprises monumentales sont la pierre d’angle de son parcours : l’Iliade, sublime nostalgie traduite dans un texte fluide qui fleure bon les saveurs du théâtre et renouvelle les sensations de lecture.  L’Odyssée qui le travaille depuis longtemps met en scène Odysseas POLYTROPOS , aux mille tours et détours , et lui inspire la composition d’un poème où un Ulysse et un Télémaque nippons rêvent d’un impossible retour (nostos). Philippe Brunet est, vous le voyez, polytrope comme Ulysse, polymorphe comme Protée dans une ferveur et un  enthousiasme éoliens. Le but est d’aller vers l’Odyssée, non sans quelques détours pour retrouver une humanité formidable de sensibilité.
Divers articles  foisonnent sur ses recherches, sources intarissables d’inspiration pour les  Homérophiles ou, comme lui, fous d’Homère.

Philippe Brunet multiplie les lectures et mises en scène à Rouen où il enseigne (= marque de son empreinte), où il fonde la compagnie « Démodocos », du nom de l’aède qui chanta chez Alcinoos, roi des Phéaciens, et fit pleurer Ulysse en rappelant tant de souvenirs personnels.


Avec sa troupe il se produit dans les théâtres de la Sorbonne, d’Avignon, de Vaison, d’Athènes, d’Epidaure … ; avec sa lyre, l’aède Philippe Brunet  scande en dactyles ou spondées, donnant du  rythme en  euphonie pour le le plaisir du beau au service des Muses ; il fait resplendir le rituel du langage dans un foisonnement d’idées fusionnelles.  Il fait résonner les syllabes du texte qui fait réfléchir comme un miroir  et raisonner « pour recréer un univers étonnamment moderne, avec tous ceux qui gravitent autour de lui – musiciens, peintres, sculpteurs, créateurs de masques, scénographes, acteurs, chanteurs, directeurs de festivals ».

Philippe Brunet va nous ravir ce soir comme Pâris ravit Hélène,
Habile à chanter l’harmonie tant prisée par  les Hellènes.
Ilion fut le théâtre d’une  ire d’Achille
L’aède Brunet au tonus diapré s’inspire d’Homère et d’Eschyle,
Ivresse poétique, chant mythique au souffle chatoyant
Pour dire de libres vers rayonnants et flamboyants,
Pour, chorège en eurythmie, se parer de myriades d’atours
En interprétant le discours d’impossibles parcours.
Bienvenue chez le Philippiade Alexandre dit Le Grand à Charleroi,
Rythme homérique, inspiré par les héros de Troie.
Ulysse maintenant le hante dans son errance aux mille détours
Nef  affrétée pour Eijuro, nouvel Ulysse espérant un retour.
Elfe chantant, il va nous charmer pour nous faire danser en  transe
Traducteur et  passeur de périples, il égale d ‘Homère la performance.

 

Merci, Monsieur Philippe Brunet, de nous entretenir d’Homère, à qui je donne la parole sans jamais la lui avoir prise mais dont je fus toujours épris.

 

Ph. VALENTIN

Mme Odile CAVALIER (Conservatrice du Musée Calvet-Avignon)

Ce soir, la Provence vient à nous et particulièrement Avignon au nom évocateur et à la riche histoire.  Un de ses fleurons est le Musée Calvet, où nous avons sollicité Madame Odile Cavalier, docteur en Histoire de l’art et Archéologie, qui est conservatrice en chef du Patrimoine chargée des collections antiques au Musée et du Musée lapidaire : toujours à la recherche de nouvelles acquisitions, elle renouvelle la mémoire d’une culture vivante, car le musée est le temple des Muses, filles de Mnémosyne (Mémoire) et de Zeus (ou d’Apollon).  Il n’est pas étonnant, dès lors, qu’Odile Cavalier ait été amenée à collaborer avec le Musée Royal de Mariemont et spécialement avec Madame Verbanck, car l’enthousiasme leur est commun et communicatif. Odile Cavalier travaille principalement sur le collectionnisme, la réception de l’antique et l’iconographie des stèles funéraires antiques. Elle a publié de nombreux ouvrages sur les voyageurs des XVIII et XIXe siècles en Grèce ou en Orient et sur les érudits et collectionneurs d’objets antiques. Nous noterons une publication sur « les créations à l’étrusque de Dagoty, porcelainier parisien sous le Consulat et l’Empire ». En ce moment, elle travaille sur les origines de la collection d’antiquités égyptiennes du Musée Calvet dans le cadre de l’exposition « Fastueuse Egypte » qui se tiendra en 2011, l’année du bicentenaire de l’institution. Plus particulièrement, elle doit publier un recueil de dessins d’antiques datant du XVIIIe s., acquis récemment par la Fondation Calvet et donnant à voir de nombreuses pièces abritées de nos jours dans les musées français, dont la fameuse Korè de Lyon. Ce travail ne l’empêche pas de poursuivre son étude des stèles funéraires grecques. En effet, Odile Cavalier a profité de son séjour en Belgique pour continuer son étude des stèles funéraires et votives au Musée de Mariemont avec Madame Verbanck. A plusieurs reprises déjà, elle a collaboré avec ce grand et beau musée, notamment en publiant dans « Les Cahiers de Mariemont » une stèle attique « jamais plus toujours » et en participant à la rédaction du catalogue de la magnifique exposition « Parfums de l’Antiquité. La rose et l’encens en Méditerranée » en 2008.Sa description de la très belle stèle attique de Socrate, confiée par Madame Verbanck, est remarquable, comme toutes ses descriptions. Dans une stèle, elle voit le témoin de sentiments, d’émotions variées et en retire le climat psychologique sans omettre de s’extasier sur la beauté du travail. Son étude implique la précision et la finesse de l’observation, la culture comparative et l’imagination de l’interprétation. Sa description détaillée, riche en vocabulaire, permet au  « visiteur » de voir en profondeur le motif et sa signification. La précision de ses descriptions n’empêche pas la couleur des mots et la fluidité élégante des phrases intéressantes et agréables à lire tout en regardant ces stèles dont beaucoup d’entre elles mettent en scène des femmes.

Philippe Valentin, président.

Prof. Marco Cavalieri (UCLouvain et Florence)

Au fil des thèmes abordés lors des conférences, l’association Alexandre Le Grand de Charleroi s’efforce de participer à la transmission d’une meilleure connaissance du monde contemporain qui se base sur la filiation de la culture européenne par rapport à la Grèce ancienne, hellénistique et byzantine. La flamme hellénique fut entretenue et diffusée par Rome, permettant ensuite à la mémoire pétrie de culture de provoquer l’envol des valeurs humaines et le ré-enchantement d’un avenir fait de rencontres et d’échanges. Nous tentons de ranimer la mémoire véhiculée par la mythologie grecque qui révèle la barbarie des hommes et ses antidotes dans une atmosphère de fête sacrée. Le livre de l’Humanité est un livre de la connaissance : les pages se tournent mais elles demeurent et doivent être consultées pour re-nourrir la culture. Le feu doit éclairer et réchauffer l’intérieur des âmes et non consumer les livres, ce qui reviendrait à rendre l’âme de la société.
A l’UCLouvain-La-Neuve, Marco Cavalieri est Professeur d’archéologie gréco-romaine dans ses variantes et expert du Fonds de la Recherche Scientifique (FNRS) ; il fut Professeur à l’Université de Parme ; aujourd’hui il enseigne aussi à l’Université de Florence.
A Louvain, il est président de divers centres d’études étrusco-italiques (1) .Il est membres de divers instituts et institutions à caractères archéologique et/ou historique. Il partage son énergie entre fouilles, recherche et enseignement, multidirectionnels et polymorphes, faisant de lui le peintre d’un polyptique captivant.
Et les nombreuses fouilles qu’il dirige ont complété ses connaissances du monde romain en remontant aux sources helléniques qui irriguèrent le terreau romain. Sa dernière action de recherche archéologique s’est déroulée à Curès Sabini, ancienne cité de la Sabine, liée à l’origine de Rome.(2) Quant à la fouille archéologique de la villa romaine d’Aiano-Torraccia di Chiusi, elle demeure suspendue, vu des problèmes administratifs et bureaucratiques divers qui seront bientôt résolus, espérons-le; car une monographie est sur le point de paraître.
Ses publications sont nombreuses et touchent les sources écrites, l’archéologie, l’urbanisme, la numismatique, l’architecture, la sculpture, et l’idéologie du pouvoir qu’ils peuvent sous-tendre. Il ne se limite pas à l’aspect matériel mais, dans son for (forum) intérieur, il s’intéresse à la vie des personnes et des peuples : qualité de vie, organisation, rites. Il s’appuie sur une bibliographie polyvalente.
Son domaine privilégié d’investigation, en tant que Toscan, ce sont les Etrusques qui firent la jonction entre les Grecs et les Romains (RVMA = FORCE, du grec, dès Eschyle, ROMI, force, vigueur), dans une intégration dynamique. Il bannit les frontières qui contiennent une notion d’affrontement auquel il préfère la rencontre, car pour lui, la culture est un lien de communication et d’échanges. Il est sensible aux legs que les hommes font fructifier. Marco Cavalieri est frappé par la capacité des Etrusques à reprendre, dans leurs contacts avec l’hellénisme, des trésors de civilisation et à les faire évoluer dans une création originale. Il discerne les influences, les continuités ainsi que les ruptures dans la transmission des traditions. Ce guide prestigieux, le professeur Marco Cavalieri, nous montre que l’identité n’est pas exclusive, en prenant comme exemple la ville de Rome et sa civilisation et en illustrant la diffusion de l’hellénisme par Rome, depuis les Etrusques et après Alexandre Le Grand.
Il se place dans une perspective européenne qui privilégie les liens entre les régions et la fusion dynamique des cultures, leur diffusion sans confusion, ce qui les enrichit et les humanise à l’opposé des frontières qui éloignent et appauvrissent en provoquant des affrontements auxquels il préfère les confrontations et les débats : en multipliant les comparaisons, il émet des hypothèses qui sont étayées par une analyse rationnelle, rigoureuse et intuitive des documents littéraires, épigraphiques ou archéologiques et par la mise en oeuvre de thèses qu’il affine avec une érudition incomparable.
Dans son dernier livre sur l’iconologie des miroirs étrusques du Musée archéologique national de Parme, sa ville natale, il analyse une collection inédite d’objets étrusques acquis à l’époque de Marie-Louise de Habsbourg, deuxième épouse de Napoléon et (après le Congrès de Vienne) duchesse de Parme et de Plaisance. Il y restitue le contexte culturel de provenance sur la base de comparaisons thématiques et stylistiques.
Marco Cavalieri brasse les ferments de réflexion et de culture que sont les mythes, les arts, la littérature, la philologie, l’épigraphie, l’histoire, les sciences pour en composer un breuvage au bouquet relevé. Il se libère du cloisonnement des disciplines pour créer un espace de travail commun aux spécialistes des différents domaines des sciences de l’Antiquité. Pour lui, les antiquités italiques constituent toujours un des pôles de recherche importants dans une approche pluridisciplinaire qui contribue à une meilleure connaissance des processus d’acculturation dans l’Italie pré romaine. Aussi se passionne-t-il pour les musées qu’il considère comme des « sanctuaires de la mémoire », dont ceux de Parme et de Florence. (Mnémosyne, fille d’Apollon est mère des Muses, reines de la culture source de vie qui animent les musées).
Il tisse et ajoute des mailles à la trame de l’humanisme, dont le cheminement n’est pas toujours un fleuve tranquille ; mais c’est en allant vers la mer qu’un fleuve est fidèle à sa source, avec ses méandres, ses confluences, ses alluvions, ses obstacles…
En ce premier jour du printemps, au Champ de Mars, devenu rue du Parc, vous allez assister, non à un exercice militaire mais à une efflorescence culturelle qui plonge ses racines dans l’hellénisme. La Grèce fut prise et Rome éprise, ravie. La culture hellénique a déployé ses rhizomes vivaces à Rome qui s’en est imprégnée, a greffé des variantes et créé des boutures arborescentes toujours vivantes. Monsieur Marco Cavalieri, qui nous a parlé de « l’identité romaine entre sources et archéologie qui a fait de Rome une « polis hellenis » va aujourd’hui plus loin en dévoilant un Empereur Auguste dont nous pouvons commémorer le bimillénaire de la mort et dont il se fait le ténor dans une pyrotechnie flamboyante et polyphonique dédiée à la paix.

Philippe VALENTIN, président.

Prof. F. de CALLATAY (Bibliothèque Royale de belgique, ULB, Ecole pratique des hautes etudes, Paris)

Ce soir, nous célébrons la 136e conférence de notre 27e saison, par l’intervention du Professeur François de Callataÿ qui comble l’Association Alexandre Le Grand d’une chaleureuse et indéfectible fidélité à Charleroi. Ses premières publications furent consacrées à Alexandre Le Grand, sa politique monétaire et son monnayage. Hasard révélateur d’une approche prédestinée.


Il est difficile de suivre son parcours et de rester à jour dans nos informations sur cette personnalité hors du commun, tellement l’efflorescence de ses recherches est épanouissante et nous frappe comme une fleur de coin, pour utiliser un terme numismatique. Chaque fois, il nous laisse une empreinte de caractère, baignée dans la joie de la science humaniste, qui ne se contente pas d’effleurer le vraisemblable des apparences, mais qui approfondit le vrai et le beau, tout en déjouant les contrefaçons.


François de Callataÿ est archéologue et numismate, historien de l’art, d’où son intérêt pour la critique historique qui met à mal les approximations médiatiques et distingue l’information de l’intoxication. Nous allons emprunter sa route, mais c’est lui qui nous remboursera, monnaie sonnante et trébuchante ; nous ne manquerons pas d’intérêt tant la culture est capitale au bien-être humaniste, ou simplement humain.
Docteur en philosophie et Lettres de l’UCL, il suivit nombre d’itinéraires et s’arrêta à de nombreuses étapes : directeur d’Etudes à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (Paris-Sorbonne), où, chaque jeudi, il honore et préside la chaire d’histoire monétaire et financière du monde grec en présentant un enseignement original et toujours renouvelé. Devenu membre de l’Académie Royale de Belgique, il montre qu’il faut penser l’humanité à long terme alors qu’elle est victime d’un abaissement généralisé des pratiques éthiques et intellectuelles immédiates.


François de Callataÿ, après avoir dirigé le cabinet des monnaies à Bruxelles, où il protégea la collection Hirsch, est maintenant responsable de tous les patrimoines précieux à la Bibliothèque Royale de Belgique où ses responsabilités s’étendent aux collections nationales de manuscrits, de livres précieux, d’estampes, de cartes & de plans, de monnaies & de médailles ainsi que de la section musique. En 2007, il obtint le « PRIX FRANCQUI », la plus haute distinction scientifique de Belgique, « ayant transformé notre compréhension du monde de l’antiquité classique, tant grecque que romaine… pour le développement d’une compréhension politique du rôle des précédents historiques dans le débat en cours, s’agissant des unions monétaires et financières ». Il obtint en outre diverses distinctions scientifiques et honorifiques.


Membre-correspondant étranger de l’Institut de France (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), il est maintenant professeur à l’Université Libre de Bruxelles, où il enseigne l’Histoire économique et sociale de l’Antiquité classique. Bien entendu, il a fréquenté le FNRS et l’Ecole Française d’archéologie d’Athènes. Il est membre de l’Academia Europaea (histoire et archéologie) et d’autres institutions scientifiques internationales. Comment en est-il arrivé là ? Des milliers de pages publiées sur la numismatique antique (600 études de coins monétaires, soit près de 100 000 monnaies) lui ont permis de quantifier les performances économiques débouchant sur le « bien-être », notamment sur la période hellénistique (323-31 ACN), prenant ses sources chez Alexandre Le Grand.


François de Callataÿ est un historien de l’antiquité dont les travaux portent avant tout sur l’économie monétaire dans la Grande Grèce. Ses nombreuses contributions ont permis de quantifier la circulation des monnaies grecques et d’estimer les masses d’or et d’argent monnayées, tout en mesurant la pollution par le plomb. Il a pu estimer aussi le PNB et le PIB par habitant dans la société grecque antique et mesurer l’impact de l’usage de plus en plus généralisé de la monnaie sur le développement des civilisations. Nous sommes loin du numismate « coincé ». La numismatique donne, de manière fascinante, à ce savant des renseignements sur la civilisation de ceux qui employaient la monnaie. François de Callataÿ est un pionnier qui stimule la recherche scientifique et promeut un climat propice à susciter des vocations scientifiques, car sa passion le pousse à dépasser les terres inconnues de l’ignorance et du simplisme, terreau de la barbarie. C’est un homme destiné à la réflexion et à l’expérience exaltante de l’admiration et de l’émerveillement, source du goût du beau incomparable et du progrès humain. Ses recherches sont des portes, dont il maintient les battants ouverts à la curiosité sans sortir de ses gonds. Il donne conférences et séminaires à Athènes, Paris, Dresde, Lyon Rome, Bologne, Québec, Montréal, Oxford, Londres, Barcelone, New York, New Delhi, Jérusalem (avec la monnaie d’Aitna) etc…


La philologie, l’histoire, l’archéologie peuvent encore nous apprendre beaucoup sur l’étude des civilisations anciennes et sur la nôtre. D’ailleurs, les publications de François de Callataÿ sont innombrables, polymorphes, polygonales ou polyanthe (puisqu’il étudie les coins et fleurs de coins), polyptiques (puisqu’il dévoile des pans d’histoire) et révélatrices d’une personnalité poïkilophrène (qualificatif qui signifie « à l’esprit large et varié »). Ses idées de recherche se multiplient à profusion et touchent à foison le monnayage des cités antiques. François de Callataÿ fait parler les monnaies et déchiffre leur langage pour dévoiler l’histoire économique, politique, sociale, militaire… Ses recherches sont l’objet de publications où il aime restituer, avec passion, la vie des anciens dans leur contexte. Ses catalogues sont des dialogues. Il sait rendre accessible la richesse de ses connaissances en maintenant la rigueur scientifique et partager son enthousiasme avec ses lecteurs et auditeurs. Aucun domaine de la numismatique ne lui échappe : il répertorie les monnaies, les classe, les compare, établit des statistiques dont les graphiques sont d’une précision lumineuse. Il cultive de nombreuses collaborations avec les chercheurs de diverses disciplines, pratiquant l’échange des connaissances. Comme l’abeille d’Ephèse, il pollinise l’histoire économique et monétaire des guerres (Mithridate), comme le Pégase de Corinthe, où il s’abreuvait, il rejoint les Muses sur le mont Hélicon en contact direct avec Charleroi. Comme la chouette d’Athènes, il n’effraie pas mais distingue le beau et le sage dans l’obscurité ambiante.


François de Callataÿ s’intéresse aux politiques monétaires des souverains antiques et modernes et à leur incidence sur la qualité de vie des peuples qu’ils dirigent. Ainsi braque-t-il ses projecteurs sur l’économie d’aujourd’hui pour retrouver un éclairage antique sur les problèmes monétaires actuels et leur traitement, en osant aborder les perspectives commerciales liées aux militaires. François de Callataÿ donne un contenu humain aux statistiques et ne se borne pas aux comptages. Il étudie les crises économiques en mettant en perspective crise et croissance. Dans la période hellénistique, il fait dialoguer art, finance et politique, en reconnaissant la rencontre avec Rome.


Nous comptons sur lui pour vous informer, vous éclairer, sans calculer son enthousiasme qui décolle les étiquettes réductrices. Ce soir François de Callataÿ va analyser, dans des nuances subtiles, l’apparition, l’utilisation et la disparition de l’or monnayé au nom d’Alexandre le Grand et s’interroger sur une monétisation massive avec ou sans croissance économique. Que sont devenus les Alexandres après Alexandre ?

Ph. Valentin
Prof. J.P DE RIJCKE (Conservateur du Musée des beaux Arts de Tournai)
Le 9 mai a été décrété « journée de l’Europe ». Et La Grèce est présidente de l’UE jusqu’au 30 juin. C’est donc un plaisir de saluer la présence de Mr l’Ambassadeur Constantin CHALASTANIS et Madame, celle du Consul honoraire de Grèce pour les provinces wallonnes, Monsieur Robert LAFFINEUR et Madame.
Nous clôturons ce soir notre 26e saison où nous avons eu l’honneur de recevoir les professeurs Bernard Holtzmann, Efthymios Nicolaïdis, Charles Doyen, Marco Cavalieri sur des sujets variés de la civilisation hellénique avec leur traitement latin qui trouvera son prolongement avec Monsieur Jean-Pierre De Rycke en illustrateur de Piero della Francesca.

L’Association Alexandre Le Grand de Charleroi s’est inscrite, il y a 5 lustres, dans la perspective de renouer avec les trésors d’humanisme diffusés par les ondes radio-actives des phares panhelléniques que sont nos conférenciers qui ont fouillé, en archéologues et philologues, l’art, la littérature, les sciences, l’histoire, la mythologie pour nourrir notre intelligence, notre compréhension, notre raisonnement, notre imagination, notre sensibilité au miroir des Hellènes de l’antiquité à nos jours. Nous avons toujours rencontré des humanistes enthousiastes et passionnés qui ont partagé leur feu prométhéen , leur foi et leur souffle héracléens, qui inspirèrent Alexandre.

L’humanisme philhellénique  vise le Beau qui tente de noyer la haine et prône le débat et l’optimisme dans l’échange mutuel et la communication positive, car l’art et la beauté relient, harmonisent.
Bertrand VERGELY, commentant HEGEL, perçoit chez les Grecs l’harmonie de l’homme avec le divin et avec lui-même en expliquant le fascinant profil grec qui se caractérise par le rapport équilibré entre le front et le nez, par opposition avec l’animal où tout le visage est subordonné aux dents. Chez l’homme, le front s’avance et la bouche est en retrait, lui donnant un aspect contemplatif et spirituel. « Le profil grec décrit, dans sa belle harmonie et sa fluidité, la transition de l’animalité à l’esprit à travers le nez qui est le moyen terme ».
« La Beauté sauvera le Monde. Quand l’homme contemple l’Univers» est le programme de la récente exposition du Musée des Beaux-Arts de Tournai, dont Jean-Pierre DE Rycke est le conservateur depuis 2008. Pour cette exposition, il a fait appel à des artistes anciens et contemporains en compagnie de poètes et philosophes passionnés. Jean-Pierre De Rycke en a analysé les œuvres et coordonné l’ensemble dans une atmosphère remarquable, ressentie dans le catalogue. D’autres expositions (avec catalogues-livres circonstanciés) méritent d’être citées, je citerai : « Africanisme et Modernisme. La peinture et la photographie d’inspiration coloniale en Afrique Centrale» ou « L’Afrique rêvée. Images d’un continent à l’ « âge d’or » de la colonisation » (1920-1940) ou « 101 chefs d’œuvre. De Manet à Dürer ». D’après JP. De Rycke, les artistes déclinent la beauté naturelle sous mille et une formes et couleurs …liées au message plastique ou symbolique qu’ils veulent transmettre /communiquer/illustrer.

Depuis son accession à la fonction de conservateur dans son Musée il se livre à des enquêtes minutieuses et sans concession : en chasseur de trésors artistiques, avec ténacité, il recherche les œuvres prêtées et « égarées ou perdues » et les récupère.
Son parcours commence à Charleroi ; ses études le mènent à une licence en droit et un doctorat en Archéologie et Histoire de l’Art ainsi que d’autres diplômes complétant sa panoplie de fantassin de l’art. Chercheur comme assistant aux Facultés ND Paix à Namur, il peaufine sa thèse.
Passionné par la Renaissance italienne, il effectue plusieurs séjours d’étude en Italie et à l’étranger où il peut reconnaître des influences, des concordances,
Il effectua de longs séjours en Grèce où il fut collaborateur scientifique avec le Musée Benaki d’Athènes et enseigna aux Universités de Crète et de Thessalie où son intérêt pour la peinture italienne de la première Renaissance (Piero della Francesca- Andrea Mantegna- Antonello da Messina) put s’épanouir dans les échanges gréco-latins.
Ses centres d’intérêt, l’humanisme d’inspiration gréco-latine et la transversalité culturelle au niveau de l’histoire de l’art qui se tournent vers la modernité, lui ont donné une orientation originale et l’ont amené à multiplier ses activités de commissaire d’expositions , de conférencier à Florence, au Métropolitan Museum (NY), d’auteur de publications esthétiques.

Dans le catalogue de l’exposition « La beauté sauvera le monde », Patrick Marchetti disait que « Platon n’est autre qu’un Polyclète qui use des mots comme le sculpteur use de la matière et qui vise comme lui à approcher l’idéal au-delà du sensible ». Souhaitons que Jean-Pierre De Rycke vous en fasse la démonstration avec une rigueur qui ne rime pas nécessairement avec froideur et qu’il vous offre un moment de jubilation et non de flagellation intellectuelle en attisant votre curiosité.
Ph. Valentin
Prof. S. DESCAMPS (Ecole du Louvre), Conservatrice en chef du Patrimoine, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines au Musée du Louvre

« Depuis le temps d’Alexandre, dit Séféris, nous diffusons notre hellénisme. Nous l’avons répandu « jusqu’au fond de la Bactriane, jusqu’aux Indes », comme dit le poète Cavafy ». Séféris, dans ses « Essais » poursuit : « Cette immense diaspora devait avoir une importante conséquence : l’hellénisme s’est trouvé modelé, pétri, vivifié par les courants parfois grecs, parfois non, et ceci jusqu’à la Renaissance ; « portant de lourdes urnes, pleines des  cendres de leurs ancêtres » (Palamas), ils ont apporté la semence grecque en Occident, où elle a pu germer sur une terre libre et propice ».

Dans cette optique, l’éclaireur idéal était Madame Sophie Descamps-Lequime, qui  a répondu spontanément à notre invitation pour partager les connaissances renouvelées sur Alexandre-Le- Grand et la Macédoine antique.

Madame Sophie Descamps-Lequime est conservateur en chef du patrimoine, au département des antiquités grecques-étrusques-romaines du Musée du Louvre, où elle vient de mettre sur pied, en tant que commissaire, l’exposition « Au royaume d’Alexandre Le Grand. La Macédoine antique » dont elle est l’éditeur scientifique du catalogue ; pour cette exposition prestigieuse,elle s’est entourée de trois collaboratrices : Polyxéni Adam-Véléni, directrice du musée archéologique de Thessalonique (merveilleux), Lilian Acheilara, directrice  de la 16e Ephorie des Antiquités préhistoriques et classiques (Thessalonique) et Maria Lilimpaki-Akamati, Ephore honoraire des Antiquités.

Madame Descamps est donc conservateur dans un musée, Le Louvre : un musée est un temple des Muses, inspiratrices de la culture ; le conservateur découvre et déchiffre la musique des objets et l’interprète, comme les Muses, filles de Zeus ou d’Apollon -la beauté- et de Mnémosyne -la Mémoire qui nourrit les racines. Une fresque de René Magritte au Palais des Beaux-Arts de Charleroi illustre ce besoin de culture basée sur la mémoire : il l’a intitulée « La fée ignorante », dont le visage est éteint par une bougie sans feu et  qui est entourée d’une nature desséchée, car  ses racines ne sont pas nourries  et ont perdu leur âme.

Madame Descamps-Lequime fait œuvre de mémoire : elle recherche, étudie, compare, restaure et met en valeur les œuvres d’artistes anciens -souvent anonymes- qu’elle se plaît à retrouver dans leur création et à faire revivre. Elle ne les  classe pas définitivement dans des catégories ou des styles figés. En étonnement et admiration (un même mot en grec :θαυμάζω) devant les prouesses des artistes, elle met l’accent sur les échanges, les voyages, les influences, mais aussisur les identités propres. Toujours, elle recherche une cohérence sans se laisser enfermer dans l’uniformité ou le conformisme, persuadée, qu’elle est, du brassage des idées et des techniques qui  construisent les sociétés auxquelles elle s’intéresse. Avec enthousiasme et passion, elle participe à la réalisation et à la restitution de la vie antique dans sa complexité et son évolution, loin des stéréotypes et des généralisations.

Ses idées sont claires, son raisonnement rigoureux et nuancé. Pour investiguer, elle met en synergie l’archéologie, les sources littéraires, les sciences dont la chimie et la physique pour analyser les matériaux employés (nature et origine) et retrouver les gestes et la technique des  artistes (notamment pour la patine des bronzes, car elle est chargée au Louvre de la collection des bronzes grecs et romains depuis 1984 et auteur de plusieurs articles et communications sur ces bronzes).

Madame Descamps dirige de  nombreuses  publications et notamment le brillant ouvrage « Peinture et couleur dans le monde grec antique » qui rassemble les contributions de spécialistes lors d’un congrès consacré à ce sujet, longtemps méconnu hormis les vases ;  y est particulièrement étudiée la peinture des tombes macédoniennes, dont « l’enlèvement de Perséphone par Hadès ».  Elle donne des conférences, publie des études  sur divers sujets d’art  grec, étrusque ou romain, sur des collections d’Antiques ;  elle organise  des colloques et congrès internationaux ainsi que des expositions, telles « L’œil de Joséphine » à Atlanta, « De Pompéi à Malmaison . Les Antiques de Joséphine » au musée des châteaux de Malmaison et Bois-Préau.

Professeur à l’Ecole du Louvre, elle contribue à former de futurs conservateurs pour le plaisir de la réflexion et de la contemplation du beau,  en insufflant l’enthousiasme et la connaissance rigoureuse.

Ce soir, Madame Descamps-Lequime va nous montrer son intérêt et son amour pour la Macédoine, où elle a elle-même mené des fouilles : sa curiosité l’a amenée à interroger les œuvres d’un raffinement rare pour en connaître les artisans et donner de la civilisation de la Grèce du nord une image réelle, longtemps occultée  notamment à causedes témoignages de Démosthènes (brillant orateur par ailleurs) qui eut des mots violents contre Philippe II  et les Macédoniens, mais qui est devenu  «  un maître à penser classique »…Les découvertes, depuis ManolisAndronicos en 1977 jusqu’aujourd’hui, ont, d’après Madame Sophie Descamps-Lequime, révolutionné la connaissance du monde grec antique.

Puisant aux sources de l’hellénisme diffusé par Alexandre Le Grand, elle donne le reflet, non d’un monde idéalisé mais d’un monde qui n’élude pas ses turbulences, ses contradictions, ses confrontations, ses débats tout en restant ouvert et accueillant aux valeurs humanistes dans un creuset hellénique. Pendant plusieurs années, Madame Sophie Descamps a sillonné la Macédoine et sélectionné plus de 500 objets, dont beaucoup sont inédits et ne sont jamais sortis de Grèce.  Elle les a mis en valeur comme témoignages d’une civilisation grecque très ancienne dont le raffinement est remarquable : dans son exposition, elle invite le visiteur curieux à un parcours initiatique qui fait parler l’art dans une scénographie originale. Elytis, prix Nobel 1979, mit l’accent sur le besoin irrépressible de découvrir, de connaître, de s’initier dans le combat de l’homme pour la liberté et la créativité.

C’est pourquoi, au nom de l’Association culturelle belgo-hellénique, Alexandre Le Grand, fondée en 1988,  je vous invite à suivre Madame Sophie Descamps-Lequime « au royaume d’Alexandre Le Grand, la Macédoine antique.

Ph. Valentin

Prof. Charles DOYEN ( Chargé de recherches FRS-FNRS, UCLouvain)

 

Ce soir, nous sommes heureux de recevoir à nouveau un chercheur de la nouvelle génération sur qui les humanistes comptent pour continuer à porter haut les couleurs et la flamme de la langue grecque-avec le latin- qui font respirer l’enseignement des idées qu’elles diffusent, ce à quoi, par votre présence, vous montrez que vous êtes attachés. Ce sont ces pédagogues qu’il faut faire monter sur des socles car ils combattent la paupérisation de la pensée en enrichissant le langage et les mots, trésors et dividendes de la langue grecque. Charles Doyen est un philologue qui a « chopé » les virus épigraphique et numismatique qui résistent aux antivirus les plus sophistiqués (ιός, javelot). Il compléta sa licence en langues et littératures classiques par un master en langues et littératures orientales                                                    

Docteur en langues et lettres, après avoir été aspirant au FNRS, il y fut chargé de recherches à l’UCL, où il est maintenant chercheur qualifié du FNRS. Professeur faisant partie du secteur qualifié du non-marchand !! encore une dénomination négative (pourtant dans le sport on ressort sans vergogne le mercato-le marché d’esclaves- pour faire des matches nuls, puisque l’égalité ou le partage est remplacée par nullité) : quand les mots viennent à manquer et sont détournés, il reste la violence barbare ; le secours de la culture hellénique est primordial pour procurer une thérapeutique à l’inculture qui empêche d’être humain. Par ses conférences sur « La Grèce en chœurs. Rémanences poétiques. Polyphonies politiques », il a honoré la chaire Francqui attribuée en 2012-2013 à l’Université de Namur.

Aujourd’hui Professeur à l’UCL, il enseigne la littérature grecque et sa richesse concernant les sociétés grecques, qu’il veut comprendre et faire comprendre par le biais de l’histoire sociale, économique et religieuse aux époques mycénienne et archaïque, et de la métrologie monétaire à l’époque hellénistique.

Il est dans la lignée de Patrick Marchetti, qui a prolongé le pneuma/pnevma de Tony Hackens en mêlant recherche et plaisir, souci du beau rayonnant et humaniste, et en communiquant un enthousiasme et une énergie durables, comme François de Callataÿ qui obtint le Prix Francqui. A lire son cursus, son dromos, nous sommes impressionnés par l’intensité et la densité de ses recherches

Ses publications révèlent un esprit universel mettant en relation l’histoire des religions, des cultures et de la littérature antiques en se basant sur l’archéologie, notamment l’épigraphie. Citons deux livres : « Poseidon Souverain » où il s’intéresse à l’histoire religieuse de la Grèce mycénienne et archaïque et « Etudes de métrologie grecque II » où il étudie les étalons de l’argent et du bronze en Grèce hellénistique. Toujours sous pression il publie de nombreux livres et articles imprimés ou encore sous presse.

Charles Doyen publie aussi de nombreuses contributions à la numismatique hellénistique, aux mécanismes économiques (inflation, déflation, crises économiques …), aux pratiques comptables, aux changements de monnaies de la drachme au denier (par exemple), où il jette un regard toujours renouvelé.

Il collabore avec Patrick Marchetti pour publier des études sur le Péloponnèse, notamment à Argos, avec Christophe Flament). Il met en valeur les langues grecque et latine et partage leur message, source de réflexion intarissable et ouverte à la modernité et non une citadelle repliée et réservée aux spécialistes. Il collabore avec Philippe Brunet qui nous a enrichis d’une traduction rythmée et originale de l’Iliade ; il ne décortique pas les textes d’Homère pour en tirer des disparités ou des contradictions, mais il sonde l’âme homérique pour en découvrir les valeurs humaines éternelles qui devraient inspirer notre siècle.

Il rend évidente la fécondation de l’hellénisme dans la modernité HUMAINE ouverte comme une fleur qui reçoit les abeilles pollinisantes. Il part à la découverte des valeurs enfouies dans les textes pour les cueillir, les accueillir dans une efflorescence où l’humain tient la place centrale. Sa capacité d’émerveillement communicative laisse l’intuition se libérer en ne l’enfermant pas dans le doute systématique, car l’intuition est la saisie de l’avenir (selon Platon, je crois).

Ses recherches actuelles touchent la numismatique où la monnaie révèle une civilisation, une culture à l’époque hellénistique : il s’intéresse aux taux de change entre les métaux monnayés et entre les étalons monétaires. En se basant sur les textes épigraphiques et littéraires, il analyse le comportement des acteurs économiques, depuis les commanditaires des frappes jusqu’aux utilisateurs de la monnaie dans le cadre d’une économie monétarisée et des conceptions exprimées par les Anciens, qui ont des accents sonnants contemporains. La remise en contexte des documents littéraires et archéologiques est sa priorité pour rejoindre une société dans sa diversité, car ces textes reflètent la vie citoyenne dans son évolution. Aujourd’hui on balance des chiffres et des courbes statistiques qui concernent pourtant des humains et les relations humaines sont estimées en ressources et réduites en R.H.

Quand il interroge les textes ce n’est pas avec des questions à choix multiples, mais il remplace les longues questions demandant une réponse courte par de courtes questions avec réponses nuancées qu’il aime approfondir, confronter, comparer. Charles Doyen applique la maïeutique de Socrate aux inscriptions qui révèlent des informations contenues mais non encore découvertes. Son érudition élève et n’oppresse pas, car sa méthode est une anode, un chemin qui élève loin des grilles de lecture et des QCM. Dans le déchiffrement et l’interprétation des inscriptions épigraphiques, il analyse le système métrologique athénien et révise la structure des textes proches de la vie. Il fait parler les monnaies et les inscriptions en leur posant les questions que leur posaient les citoyens hors d’une dictature philologique entretenue par des dictionnaires aux vérités immuables mais obsolètes. Une vérité intangible devient souvent une erreur. Charles Doyen se sert du contexte pour éclairer son interprétation. Il lit les redditions de comptes de magistrats chargés de l’organisation périodique de concours athlétiques, hippiques ou musicaux, le calcul des impôts et des taux d’imposition…

Son analyse rigoureuse des inscriptions dans leur contexte permet de structurer la connaissance de la métrologie monétaire et pondérale en Grèce à diverses époques ; et la pertinence de sa comparaison entre des données chiffrées, à plusieurs décennies d’intervalle, peut refléter une variation de la valeur de l’argent ou du cours des denrées et de déduire une définition précise de toutes les unités de mesure et des importantes innovations métrologiques et monétaires, notamment dans le contexte des campagnes militaires…

La clarté de son exposé n’est pas réduite au simplisme dichotomique ou binaire, mais elle est toute en nuances.

Ses pointes d’humour n’altèrent pas la rigueur du raisonnement, au contraire elles dévoilent une large ouverture d’esprit et une parfaite domination de son sujet qui pourvoit à l’envol de ses élèves et de ses auditeurs; l’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne, selon Desproges.

Ce soir, Charles Doyen va explorer les sources des écrits en langue grecque, qui sont fondateurs de notre connaissance de la civilisation européenne. Il en tire profit et s’en nourrit comme d’un aliment actuel donc actif. Si Homère, dont il a parlé la fois précédente, a donné une inspiration (= un souffle) enveloppée du parfum de la poésie, les inscriptions, par les senteurs qu’elles dégagent, favorisent ses recherches sur les réalités de la vie des citoyens en les sortant des ornières creusées dans les esprits des foules routinières.

Comme la culture c’est la mémoire de l’intelligence des autres (Jean Rey), vous allez prendre la mesure de sa vérité (alithia, αλήθεια souvenir), car l’enfer c’est le labyrinthe de l’oubli (Λήθη, Léthè), que Charles Doyen a analysé chez Dante.

Comme les étalons sentent l’écurie, vous allez mesurer son talent et récompenser de votre écoute Charles Doyen qui va nous compter sans mesure la circulation monétaire ainsi que celle des personnes au-delà de l’espace Schengen.

                                                                                              Le 21 avril 2017, Philippe Valentin, président.

Prof. Jan DRIESSEN (UCL, Directeur de l’Ecole Belge d’Athènes (EBSA)

Notre 30e saison bat son plein. Alexandre Le Grand de Charleroi a le statut juridique d’ASBL (sans but !!!lucratif) ; mais en réalité ses fonctions pourraient justifier de l’acronyme ABC association à but culturel auquel je peux rajouter le H d’humaniste. Dans les reportages ou la publicité de diverses entreprises, l’humain est réduit à une lettre H précédée du R de ressources !! Réduire la richesse humaine à 2 lettres, majuscules certes, mais simplistes et sans nuances, revient à noyer l’étiquette dans une masse informe qui la prive d’estime (τίμη). Pour promouvoir l’humanisme (en grec ανθρωπισμός, anthropismos )  , comme Thésée, fils d’Egée et d’Aethra, nous embarquons sur notre trière vers la Crète, où nous attend  le professeur Jan Driessen que nous sommes heureux d’accueillir ce soir: il va nous rapprocher de l’âme grecque des origines en nous dévoilant les facettes de l’hellénisme aux sources égéennes :  il y a plus de 4500 ans que l’âme grecque s’est construite, a évolué avec des ruptures et des apports, depuis la Crète.

Pour sortir du dédale des stéréotypes nous allons suivre le fil d’Ariane qui peut nous emmener loin puisqu’elle a donné son nom à une fusée ; nous sommes allés solliciter le professeur Jan Driessen en Crète, l’île qui constituait, de par sa situation géographique, le carrefour des grandes civilisations de la Mer Méditerranée. C’est d’ailleurs en Crète qu’est né Zeus, qui par la suite ravit Europe (large vue : εύρος –οψη, οψις). De leur union naquirent Minos, avec Rhadamante et Sarpédon, ce dernier ayant donné son nom au projet archéologique de Jan Driessen à Sissi en Crète. Les mythes donnent un éclairage aux archéologues qui peuvent matérialiser et restituer les conceptions de vie de la société antique tout en inspirant l’art contemporain et les réflexions qui s’envolent comme Dédale et Icare (dont l’imaginaire ne retient souvent que la chute en occultant son envol et les espoirs futurs qu’il suscite).

Jan Driessen enseigne à l’UCL l’Art et l’archéologie de la Méditerranée ainsi que les technologies d’analyse de la civilisation égéenne. Son travail de fouilles lui vaut d’organiser colloques et rencontres scientifiques. Ses conférences et communications témoignent d’un caractère hyperactif (Πολυδύναμος).  Il aime investiguer, comprendre et restituer la vie des anciens dans leur contexte, leur environnement. 

Sur le monde qu’il interroge, il ne se limite pas aux institutions ni aux structures, mais écoute les artistes et les acteurs de la vie antique sans vouloir en tirer une image idéale fixée une fois pour toutes. Il dialogue avec les Anciens, acteurs d’un monde vivant qui a témoigné de son présent dans un milieu de vie florissant.

Parfois, il prend de la hauteur en faisant parler la photographie aérienne (du cerf-volant au drone). Il a déjà participé et va bientôt participer à des films documentaires de la chaîne qui libère la culture ARTE ; il collabore avec la RTB ou National Geographic.

Son δρόμος suit une voie droite mais emprunte aussi des chemins de traverse. Il se nourrit de rencontres et de débats avec ses collègues. Il privilégie l’approche interdisciplinaire des vestiges matériels, qu’il fait témoigner sur cette communauté de Sissi et, de là, sur la civilisation minoenne. A Sissi près de Malia, son équipe fouille, analyse, restaure, conserve. Il s’agit des plus grandes fouilles belges en Grèce.

Sous les auspices de l’Ecole Belge d’Athènes, il sollicite la collaboration d’artistes-artisans d’anthropologues, de scientifiques de toutes les disciplines aux avancées les plus inattendues pour déceler les rites et modes de vie des Anciens Crétois. Jan Driessen et son équipe ont trouvé de nombreux ossements. Pour approcher les hommes et les femmes qui composaient la communauté de Sissi, il a recours aux analyses ADN.

Ses recherches l’amènent à publier de nombreux livres, articles et communications dans les colloques et congrès internationaux. Il fait partie de commissions, de jurys nombreux en tant qu’expert.

Si la Crète est son domaine de prédilection, il est attentif à la remettre dans le contexte hellénique général, Jan Driessen contribue ainsi à mettre en lumière la culture, ciment de notre société en danger de sclérose de ses racines. En étudiant les mécanismes de la cohésion sociale des anciens et leur adhésion aux mêmes valeurs, il retrouve de nos Racines sans s’y figer, mais en les nourrissant et en les irriguant de l’expérience humaine qui se développe depuis l’aube des temps –avec des reculs ou des ruptures aussi-. Les racines donnent des ailes et permettent d’anticiper l’avenir. Quand il découvre des failles, il ne les élargit ni ne les creuse mais y fait passer la lumière de sa pensée pour comprendre le labyrinthe des rêves, dans la confrontation des idées ; car le débat construit et la division détruit, la nuance enrichit et la monotonie dessèche en classifiant les valeurs dans des catégories étriquées sans osmose.

Dans sa conférence, Jan Driessen va-t-il tenter un syncrétisme, qui tend à concilier les opinions de deux Crétois : Συγκρητισμός : union des Crétois, tentative de mettre deux Crétois d’accord (déjà chez Plutarque qui ajoutait le verbe Κρητιζω, je parle comme un Crétois, en habile négociateur, rusé ; certains traduisent par un adjectif péjoratif).

Ecoutons la version de Jan Driessen, puisqu’il est lui-même devenu Crétois, même Minoën.

                                               Philippe VALENTIN, président. Le 23 février 2018.

Prof. Yves DUHOUX (UCL)

Yves Duhoux est dans la lignée des conférenciers que nous recevons : pour sortir du dédale des stéréotypes, il recherche un fil salvateur et fouille la linguistique et la littérature, tel un archéologue, pour leur redonner vie en les sortant de la gangue  d’idées reçues. Ses recherches linguistiques empruntent tous les itinéraires possibles pour découvrir les mouvements migrateurs des mots depuis les linéaires A & B. En cela, Yves Duhoux s’intègre bien dans notre démarche qui est un voyage initiatique à la découverte des racines de notre culture et du message humaniste émis par la Grèce. Dans un monde  où règne la Gorgone mercantile qui pétrifie ceux qui lui prêtent trop attention à force de vouloir tout chiffrer, Yves Duhoux déploie une activité prométhéenne pour déchiffrer les signes et les symboles, les mots et les phrases qui constituent un fond culturel panhellénique, ferment d’unité pour notre civilisation européenne. Pour cela, Yves Duhoux s’inspire des auteurs comme Homère aux héros si humains et qui nous éblouissent encore ; mais il aime aussi interroger les inscriptions et les découvertes archéologiques ; soucieux de comprendre ces sources porteuses de la mémoire collective, il recherche une cohérence dans la réalité complexe et ouvre la voie aux interprétations nouvelles. Ses recherches reflètent l’exigence de sa pensée, la patience et la tenacité de sa réflexion,   l’ouverture de son esprit qui font de lui un philologue prudent, précis et nuancé : cette attitude devient rare dans un monde médiatisé où l’artifice est roi et où sévit le raccourci magnifiant le dérisoire. Yves Duhoux  est professeur-émérite de langue grecque et d’histoire des écritures  orientales à l’Université Catholique de Louvain où il enseignait aussi l’épigraphie grecque et animait un séminaire de langues et écritures de la Grèce préhellénique. Il est rédacteur (parfois en chef) de diverses revues renommées (plus de 120 articles publiés) ; 14 livres sont à son actif sur la langue grecque -depuis le linéaire B jusqu’à l’époque classique-, les langues et écritures préhelléniques  et italiques, les écritures du monde… Dans les revues, il est l’auteur de plus de 250 comptes rendus où il montre qu’il maîtrise une bibliographie abondante abordant, par les écritures, l’économie, la religion, la culture, la politique … Son travail de linguiste éminent lui a valu divers prix nationaux et internationaux et l’amène encore à participer à nombre de colloques dans le monde.  Yves Duhoux est membre de l’Académie des Sciences du Canada.

Ce soir,  c’est Chypre qui sera  le centre de l’exposé.  Chypre laisse des traces de civilisation datant de 10 000 ans et a construit un hellénisme original dû à sa situation entre  Orient et Occident. La mythologie y a fait naître Aphrodite de l’écume de la mer à Paphos : Homère la nomme d’ailleurs Cypris.  Chypre est un laboratoire d’écritures, comme aime à  le dire Yves Duhoux,  car cette île est  passée de la préhistoire à l’histoire 7 fois puisque  les Chypriotes ont  pratiqué 7 écritures, aux dires  d’Yves Duhoux qui va dévoiler ce mystère comme il avait dévoilé, il y a quelques années, celui du disque de Phaistos en Crète.

Ph.Valentin

Prof. Christophe Flament ( FUNDP Namur)

L’enthousiasme est le propre des conférenciers-invités qui viennent partager avec nous leur passion et le plaisir procurés par les Muses, protectrices de l’art et de la beauté. Ils nous apportent de l’oxygène en alimentant nos réflexions ; ils battent en brèche la pensée unique si répandue et qui mutile ou élimine le chatoiement de la pensée pour la rendre conforme à un modèle réduit comme le faisait Procuste avec son lit.. Et, en brassant les idées, ils concoctent nectar et ambroisie avec la nuance des goûts et la palette des couleurs qui embellissent la vie. Ils suivent Thucydide qui affirma : « l’Histoire est un trésor (acquisition) pour toujours »..
Ce soir, pour analyser les crises athéniennes et donner un éclairage sur nos crises, nous avons invité le professeur Christophe Flament qui est déjà à la tête d’une riche bibliographie. Docteur en Histoire, archéologue, il sait faire parler les monnaies, les textes et tous les documents dont il prend connaissance et qui font généralement l’objet d’interprétations figées ; il en donne de nouvelles lectures en leur posant de nouvelles questions et en s’inspirant des contextes historiques et archéologiques, même psychologiques. Son champ d’investigations est libre et ne connaît pas de frontière même linguistique, pourvu qu’il nourrisse la pensée et la réflexion.

Il parcourt donc de nombreux domaines de recherche, qu’il s’agisse d’histoire économique, financière, sociale, institutionnelle ou politique, entre lesquels il favorise d’ailleurs le dialogue entre les différentes recherches, ce qui requiert la maîtrise de nombreuses disciplines de l’Histoire ancienne telles l’archéologie, l’épigraphie, l’exégèse textuelle, la numismatique, l’histoire des technologies, ainsi que d’autres techniques empruntées à la physique nucléaire ou à la géologie, notamment les analyses métalliques et la pétrographie. Il est co-directeur des revues « Etudes Classiques », de la « Revue belge de numismatique et de sigillographie ». Membre de l’Ecole Belge d’Athènes et associé à l’Ecole Française d’Athènes ; il participe aux Journées des études orientales néo-louvanistes ; il a participé à la Journée « Métal » intitulée « L’argent sous toutes ses formes aux temps anciens », organisée par le Laboratoire TRACES (Toulouse, en mai 2015). IL travaille en étroite collaboration, avec des laboratoires des Sciences dans des domaines variés : métallurgie, géochimie, physique des matériaux etc.
C’est ainsi qu’il participe au décloisonnement des disciplines dans des échanges fructueux et des dialogues bénéfiques avec des savants d’autres spécialités, et cela dans une perspective résolument globale.

Christophe Flament déploie ses compétences avant tout dans l’étude des systèmes économiques et des pratiques monétaires des cités grecques anciennes. Rigoureux dans ses analyses, il n’est pas austère, mais il ne manque jamais d’émailler d’anecdotes son exposé. Ses traits d’humour révèlent une culture riche, profonde et variée. Il aborde les sources sous un angle particulier, voire inédit, où les questions forgées par l’historien sont, plus qu’ailleurs, essentielles pour nourrir la recherche et la faire progresser. Il ne se laisse pas enfermer dans le « Prêt à penser » qui, à force d’être banal, dispense de réfléchir en suivant la mode des étiquettes réductrices et bradées. Sa pensée ne se limite pas à quelques tweets ou mails juxtaposés mais se constitue d’un maillage de réflexions au reflet du miroir antique, n’ignorant pas le revers de la médaille.
Comme nous, Christophe Flament souligne l’importance de l’Antiquité et de son étude, car nous en avons de multiples analyses philologiques, littéraires, historiques, philosophiques, archéologiques pour une compréhension nuancée, qui refuse des « vérités » absolues et simplistes, figées et indiscutables donc faciles à« saisir »immédiatement sans réfléchir.D’où, la philologie est essentielle pour parfaire la connaissance des langues et les témoignages littéraires antiques, dont les Alexandrins.
Christophe Flament a fouillé le sol belge à Tournai, mais a fouillé ceux d’Ostie et d’d’Argos avec Patrick Marchetti dans le cadre de l’Ecole Française d’Archéologie d’Athènes. De cette collaboration sont nées des publications sur les monnaies du Péloponèse, particulièrement à Argos de l’époque hellénistique à l’époque impériale romaine : « Le corpus monétaire argien. Les émissions du IVe siècle acn » ; il s’intéresse aux inscriptions attiques relatives à la gestion des carrières de pierre, à la crise des cultes à Athènes durant la guerre du Péloponnèse. Pour lui, de la crise naquirent les cultes dont il détecta les approches croisées de la religion, de la philosophie et des représentations.
Quand il étudie les monnaies athéniennes, il les considère des mines au marché ; tous les sujets historiques requièrent son attention quand il analyse les guerres Occident-Orient : « Thémistocle contre Xerxès : des murs de bois contre des hordes perses », dans le cadre de la journée d’étude intitulée Guerre et paix en Orient. Christophe Flament innove sur les traces d’Hérodote qui « présentait les résultats de son enquête, afin que le temps n’abolisse pas les travaux des hommes et que les grands exploits accomplis par les Grecs et les Perses ne tombent pas dans l’oubli » il y a 2500 ans.
Il reçut divers prix scientifiques reconnaissant sa valeur novatrice. Il anime des séminaires, greniers contenant les semences de savoirs.
Christophe Flament est un chercheur tendu vers les découvertes ; il interroge les témoins et témoignages, se basant sur une intuition toujours en éveil et en connexion avec une imagination fleurie et des idées « folles » qu’il vérifie avec subtilité. Il veut connaître l’humain renaissant pour avancer et non se figer. De plus c’est un chercheur sensible à la beauté sans risque d’ennui (ennui<inodium, qui pousse à la haine -odium). Pour avoir des réponses il faut poser des questions qui s’enfilent et qui ouvrent la réflexion et non qui sanctionnent négativement ou détruisent. Il apprécie la beauté de la recherche, la capacité à se corriger et à trouver de nouvelles voies, car pour lui évaluer c’est trouver les valeurs et non les failles qui créent des dévaluations.
Ce qui intéresse Christophe Flament c’est la circulation des monnaies qui accompagnaient les humains et qui aujourd’hui nous renseignent sur la civilisation de l’époque, par les changes et les échanges ; l’étude des phénomènes économiques représente un biais intéressant – et, à vrai dire, peu exploité – pour aborder l’étude de la civilisation grecque antique. A force de côtoyer ceux qui battaient monnaie, Christophe Flament va frapper vos esprits d’une empreinte vivace par la pertinence de ses arguments dans un langage fleuri puisqu’il analyse les coins et les fleurs de coin. Aujourd’hui règne le virtuel, l’argent ne circule plus beaucoup avec les personnes, c’est une différence. Ce soir, Christophe Flament va partager, avec un talent non monnayable, sa contagieuse passion pour la numismatique, qui peut lever un voile sur la société hellénique.

Ph. Valentin

Prof P. Fontaine (FU Saint Louis Bruxelles) & Annie Verbanck-Pierard (Musée Royal de Mariemont)

Il ne faut pas être haruspice pour augurer d’une intéressante conférence en duo, où le mystère qui entoure les Etrusques se dévoilera quelque peu ou se révélera  sous la voix  de nos deux conférenciers, dont les clés ouvriront des portes d’un peuple fascinant. Un duo après un quatuor, c’est excitant de réunir des passionnés pour célébrer  l’hellénisme.

Annie Verbanck, inaugura les conférences dans cette salle en 2003 en parlant de « La médecine grecque, la plus grecque des sciences ».  et clôture la 10e saison ici et notre 25e saison.

Le professeur Paul Fontaine est un nouveau conférencier, versé dans l’étruscologie puisqu’il a suivi et donné des cours en chaire d’Etruscologie, fondée à l’UCL par le professeur Franz De Ruyt qui fut le promoteur de mon mémoire de philologie classique. Roger Lambrechts lui a succédé et fut le premier lecteur de mon mémoire. Nous nous sommes « croisés » sans le savoir à 10 ans de distance.

Ils nous feront découvrir la Grèce ancienne au miroir des Etrusques qui lui doivent  tant : philologie et archéologie vont se joindre pour nous éclairer.

Annie VERBANCK-PIERARD est une de nos fidèles conférencières et son nom est attaché au Musée Royal de Mariemont, où elle veille sur les collections grecques, étrusques et romaines.

C’est tout naturellement qu’Annie Verbanck a conjugué philologie classique et archéologie. Ainsi elle étudie la façon de vivre des anciens grecs avec leurs semblables, leurs héros et leurs Dieux. Pour cela, elle consulte les textes littéraires et les inscriptions ainsi que le produit des fouilles archéologiques. L’iconographie, pour elle, est le complément indispensable des écrits pour démêler l’écheveau des cultes, des croyances, des rites et de la vie en société.   Pour Annie Verbanck, le passé n’a pas fini de nous renseigner sur la vie des anciens :son étude explorede nouvelles voies en choisissant de confronter les regards antiques et les regards modernes. Son examen de l’antiquité, sans cesse renouvelé, redonne vie aux artistes et décode leurs usages (art, déplacements, influences, imitations ) . Annie Verbanck-Piérard est enflammée par l’enthousiasme qui change les regards et les approfondit ; elle met en lumière la beauté de l’utile avec une sensibilité hors du commun. Son regard est empreint d’étonnement, vertu grecque par excellence, loin des avis péremptoires, définitifs et sans nuances de la pensée unique.

Annie Verbanck conçoit ses expositions comme des voyages dans le temps et l’espace. Elle met en évidence l’extraordinaire mobilité des objets, des idées et des  mythes en valorisant la transmission, la circulation et l’interaction des anciens avec les artistes modernes ou contemporains. Personnellement, je garde en mémoire l’exposition « Au temps d’Hippocrate. Médecine et société en Grèce antique », que Madame Verbanck a fait visiter à mes élèves avec un enthousiasme communicatif tel que j’ai exploité les textes d’inscriptions dans mes cours de grec.

L’exposition « Parfums de l’Antiquité » fut une exposition unique où parfums et flacons se côtoyaient. Il en est d’autres comme « Le vase grec et ses destins » qui était aussi extraordinaire.

Ses sources sont multiples, sa documentation impressionnante, ses synthèses remarquables.

Sa connivence avec d’autres conservateurs de musées belges et étrangers est discrète mais terriblement efficace. Pour elle, tout document est source de recherche minutieuse et d’analyse fouillée, de rapprochements et de comparaisons, de parallèles et de recoupements.

Ainsi, elle renouvelle la recherche avec la clarté brillante de son exposé, la pertinence éclatante de ses arguments et l’acuité nuancée de son analyse, ce qui lui permet de rendre simple ce qui paraît compliqué.

Le héros grec dont elle s’est faite la spécialiste est Héraclès, qui fut célébré par les Etrusques : aujourd’hui, ce héros qui nettoya les écuries d’Augias aurait fort à faire… »Héraclès, héros millénaire. Mythe et Images, de la Grèce antique à l’Europe contemporaine. « 

« La peinture grecque: une belle inconnue se dévoile. » Fut le prélude à sa conférence d’aujourd’hui sur l’hellénisation des Etrusques.

Mais c’est d’abord le professeur Paul Fontaine qui va nous éclairer sur les nouvelles découvertes réalisées en Etrurie.

Paul FONTAINE a complété sa formation en philologie classique par une licence et un doctorat en Archéologie et Histoire de l’Art : il est vrai que l’étude des  sources littéraires instille un  désir d’approfondissement naturel dans l’archéologie et l’art. Et quand on touche à l’étruscologie, il est difficile de s’en distancier.

IL enseigne actuellement aux Facultés Universitaires Saint-Louis à Bruxelles, après avoir honoré la chaire d’Etruscologie de l’UCL. Ses activités académiques sont diverses et se dispensent en Europe.

L’archéologie expérimentale fait partie de son univers : Il a participé à des fouilles en Italie (Toscane, Rome et Latium), en Syrie (Apamée ) et en a dirigé. Sa passion lui a conseillé de participer à diverses expositions, dont l’exposition ouverte aujourd’hui à Tongres.

Ces activités lui ont valu de recevoir moult titres :

il est Membre de l’Academia  Belgica de Rome et Membre étranger de l’Istituto Nazionale di Studi Etruschi ed Italici de Firenze ;

Il est membre étranger du CNRS associé à l’Ecole Normale Supérieure de Paris (direction : Pierre Briquel qui est venu donner une conférence à notre tribune) ;

Il est Membre de la Société belge pour le Progrès des Etudes Philologiques et Historiques.

Il est aussi expert à l’IRPA (Institut Royal  du Patrimoine Artistique).

Il est Membre de diverses sociétés scientifiques internationales et expert pour des éditions de livres.

Sa recherche vise l’ urbanisation, la  sculpture, la peinture, l’épigraphie ,bref le mobilier archéologique. Il consulte les témoignages littéraires lacunaires et empreints de partialité, les témoignages archéologiques en augmentation et revisités avec collaborations de scientifiques à la pointe. Dans la peinture étrusque, il s’étonne de la proximité avec la peinture minoenne ; peut-être s’en expliquera-t-il. En préparant la présentation de Paul Fontaine, je suis ému de voir la tombe de la chasse et de la pêche sur mon écran où figurent les hirondelles minoennes de Théra, Fira, Santorin.

Ses publications sont nombreuses : parfois en collaboration, il publia sur les villas romaines, les cités d’Ombrie (remparts et fortifications, urbanisme), les liens avec la Gaule, les inscriptions, la faune et la flore sur les peintures, …

De là, je déduis que Paul Fontaine ne fige pas la civilisation mais étudie le phénomène évolutif aux multiples  facettes : un adjectif ne caractérise pas un phénomène. Grâce à son intuition il pratique une nouvelle lecture des documents pour aboutir à de nouvelles interprétations (notamment sur la peinture de la tombe de la chasse et de la pêche à Tarquinia). Il est frappé par la capacité des Etrusques à reprendre, dans leurs contacts avec l’hellénisme, des trésors de civilisation et à les faire fructifier dans une création originale.

Paul Fontaine dialogue avec les auteurs anciens et avec le monde vivant qui a témoigné de son présent par des inscriptions, des bas-reliefs ou des peintures : cela lui évite de faire de la société étrusque un ensemble thématisé, simple, unique, totalement homogène et sans contradictions ; il tente de saisir toutes les turbulences, les confrontations, les débats qui constituent la vie des hommes et des Dieux.

Avec patience, il ne se lance pas dans des recherches, inspiré par une révélation ou un rêve. Il

suit l’évolution de la société qu’il étudie ainsi que le renouvellement des méthodes archéologiques. Il déploie son activité dans des rapprochements, confrontations, comparaisons sans ignorer les spécificités de chaque cas

Ce soir, Paul Fontaine va faire résonner des noms évocateurs  comme Chiusi, Volterra, Tarquinia, Vulci,  Piacenza,  Perugia,  Cerveteri,… où les Belges ont fouillé le sol pour dévoiler des pans de la civilisation étrusque et ont déployé d’énormes efforts pour décrypter l’écriture et la langue d’un peuple qui doit beaucoup aux Grecs et à qui Rome est immensément redevable.

Philippe VALENTIN.

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