conférenciers(h-m)

Posté le 22 février 2010

rof. Robert HALLEUX (U. Liège)

Ce soir, nous allons aborder une richesse que la Grèce ancienne nous a léguée : la science (Επιστήμη) et la recherche scientifique (επιστημονική Έρευνα), indissociables de la technique (τέχνη). C’est pourquoi, nous avons invité le spécialiste mondialement reconnu comme détecteur et illustrateur des sciences, des techniques et de l’industrie de l’antiquité à nos jours, le professeur Robert Halleux de l’Université de Liège.

Docteur en Philologie classique, c’est par le texte qu’il approche et pénètre les sciences et la technologie des anciens pour comprendre les sciences d’aujourd’hui en philosophe ennemi des cloisons. Ainsi fait-il vivre les langues que certains se plaisent à dire mortes parce qu’ils les ignorent. Dans ses approches, il fait confluer (en fusion) dans un même creuset : ART, SCIENCES & LETTRES. Dans un livre récent « Le savoir de la main », il relie le savant à l’artisan (sous-titre du livre). Sa formation en philologie classique ne s’est pas arrêtée à l’analyse des  mots mais a constitué un minerai sur lequel il effectue des recherches à l’affût de transformations et de  progrès plongeant aux sources de la Grèce. Robert Halleux est poïkilophrène, à l’esprit diversifié; il  dénoue les fils du savoir avec une intuition empirique toujours en éveil pour retisser, dans son contexte, une toile, textile fait de connexions (du latin nectere, tisser). Sous l’égide d’Athéna il suit l’exemple d’Arachné. Pour reprendre une expression citée par lui à propos de la Wallonie dans l’émission « Ma Terre » de la RTBF, je dirai qu’il racle les palimpsestes pour retrouver l’inspiration originale, après avoir analysé la dernière version (le palimpseste étant un parchemin dont on a enlevé la première écriture pour permettre d’écrire un nouveau texte).

Le massif du Laurion au sud d’Athènes fut source d’intuition pour Robert Halleux : l’archéologie lui révéla que la technique précédait souvent la science et que le savoir des artisans avait fécondé la science. En visitant les mines d’argent du Laurion, il s’est intéressé aux mineurs et aux artisans dans leurs ateliers, sans fractionner l’action humaine qui vit d’interactions fécondes.

A travers ses nombreuses publications (ouvrages ou articles), fort de l’enseignement de l’antiquité grecque, graine de modernité, Robert Halleux embrasse l’histoire des sciences et des technologies de tous les temps et la met à la portée de tous les curieux d’apprendre. Rien ne lui échappe : techniques, croyances, rites, modes de transmission du savoir de la chimie à l’alchimie, la métallurgie, la verrerie, les mines ainsi que les artisans…D’Archimède à la machine de Marly, de l’electron (ηλεκτρόνιο- ambre) aux Fonts baptismaux de Saint-Barthélémy, du lapis-lazuli et du saphir au verre, de l’affinage de l’or du temps de Crésus aux métallurgies du plomb argentifère du Laurion, des poèmes homériques aux papyrus chimiques ou alchimiques, le vinaigre d’Hannibal dans sa traversée des Alpes, bref la marche des idées et des techniques, tout cela l’interpelle sans limite. L’on sent, à le lire, qu’il est fasciné par le feu de Prométhée et le métal forgé d’Héphaistos.

La carrière de Robert Halleux est une mine de renseignements sur ses options et ses défis : il est actuellement directeur de recherches au Fonds National belge de la Recherche Scientifique, directeur de Centre d’Histoire des Sciences et des Techniques de l’Université de Liège, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de l’Institut de France, fondée en 1663 pour préparer L’Histoire métallique de Louis XIV ;en outre, il est membre de l’Académie Royale de Belgique, secrétaire perpétuel de l’Académie Internationale des Sciences où il est directeur de deux collections de travaux « De diversis artibus » sur la science classique (chez Brepols) et « Explorations sur la science contemporaine » (chez Beauchesne)

Nombreuses sont ses responsabilités dans la rédaction de revues scientifiques, dans sa participation à divers comités, commissions, congrès et colloques aux niveaux national et international.

Parmi ses publications récentes,  nous épinglerons « L’histoire des sciences en Belgique des origines à 2000 » (3 volumes chez divers éditeurs à Bruxelles), « Cockerill. Deux siècles de technologie » (éditions du Perron, Alleur), « La liberté de chercher. Histoire du Fonds National de la Recherche Scientifique » (ULg), « Pour la science et pour le pays. Histoire de la Politique Scientifique Belge », « Le savoir de la main. Savants et artisans dans l’Europe préindustrielle ».

Il est titulaire de nombreuses distinctions, notamment Officier de l’Ordre du Mérite de la Solidarité Italienne et Officier de l’Ordre des Palmes Académiques en France.

Ce soir, le professeur Robert Halleux va s’intéresser aux alchimistes grecs et à leurs techniques & croyances en englobant l’Antiquité et le Moyen Age. Vous allez comprendre que le silence n’est pas d’or même si le public est en or et que le conférencier vaut son pesant d’or et maîtrise « l’alchimie du verbe » selon l’expression de Rimbaud.

 

Ph. VALENTIN, président.

Prof. Miltiades Hatzopoulos

(Directeur du Centre de Recherche de l’Antiquité Grecque et Romaine à Athènes. Membre de l’Académie d’Athènes et de l’Institut de France (Académie des Inscriptions et Belles lettres).

En 1992 notre jeune association « Alexandre Le Grand » (1988) effectua un tour de Macédoine sous les auspices du Ministère de la Culture de Grèce et du ministre Andreas ZAIMIS qui nous offrit un livre intitulé « Philippe de Macédoine » édité sous la direction de Miltiade Hatzopoulos avec des auteurs prestigieux dont Manolis Andronicos ; Monsieur Pandermalis nous reçut à Dion. En Macédoine, nous avons retrouvé une source hellénique condensant l’eau, le foyer et l’âme de la culture hellénique. Cette source fut trop peu exploitée dans la haute antiquité mais, avec Philippe et Alexandre, elle s’est diffusée comme un parfum de civilisation.
Aujourd’hui, devant l’atrophie culturelle et spirituelle ambiante, l’Association Alexandre Le Grand, en invitant des conférenciers de haut vol, a la prétention de se présenter en psychotrophe (<psychè, souffle ; trophos, qui nourrit) car elle veut alimenter le souffle de vie et de pensée si malmené par les messages réduits à 140 signes maximum. Car, la culture se reconnaît au bruit qu’elle fait en partant, pour se perdre dans l’obscurantisme et la barbarie. On n’a jamais tué au nom d’un Dieu grec.
En nous servant des découvertes de la neuroplastie, nous espérons tisser des connexions entre nos neurones sans détisser comme Pénélope mais en créant et en innovant à partir des rhizomes hellénistiques pour réveiller la mémoire.
Et l’étude de la Macédoine peut nous aider à comprendre et résoudre le thème de l’identité souvent débattu aujourd’hui comme le fut le fut celui de l’identité des anciens Macédoniens (sol, langue, culture …). Pour lever un voile sur l’authenticité hellénique de la Macédoine, nous avons fait appel à l’éminent professeur Miltiade HATZOPOULOS.
Docteur ès lettres à la Sorbonne, il est devenu professeur d’histoire grecque, d’épigraphie grecque à l’Université de Paris X-Nanterre; il est directeur d’études au Centre de Recherche de l’Antiquité grecque et romaine de la Fondation nationale de la Recherche scientifique (Athènes).  Il est Président et directeur scientifique de la Fondation nationale de la Recherche scientifique à Athènes. Membre de l’Académie d’Athènes, il est devenu associé étranger de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris, l’une des cinq Académies du prestigieux Institut de France. Il est aussi membre correspondant de la British Academy, de Sociétés archéologiques grecques, allemandes, et du Bureau de l’Association internationale d’Épigraphie grecque et latine ; il est rédacteur du Bulletin épigraphique de la Revue des Études grecques et directeur de collections concernant la Macédoine. La densité de son parcours et de ses recherches (stadiodramia, carrière) produit le courant électrique subtil et pénétrant de l’ambre (retrouvant ainsi l’étymologie du mot ambre : electron).
Miltiade Hatzopoulos étudie l’histoire et la civilisation grecques, aux époques hellénistique et romaine (Grèce du Nord et en particulier Macédoine); sa recherche est intensive car les lacunes de la documentation littéraire sont abondantes, mais la recherche archéologique qui se développe dévoile régulièrement de nouveaux éléments que notre conférencier interprète sur le champ en laissant libre cours à de nouvelles interprétations qu’il ne manque pas d’étudier.
Epigraphiste se basant sur des informations empiriques, il se méfie des affirmations trop souvent péremptoires ou dichotomiques et des partis-pris idéologiques. Miltiade Hatzopoulos interroge les Macédoniens dans leur vie et ne suit pas les dogmes établis une fois pour toutes et répétés inlassablement dans les dictionnaires et les manuels.Il ne craint pas de remettre en cause ses propres intuitions lors de découvertes nouvelles, notamment à Amphipolis, où il fut consulté comme expert lors des dernières découvertes, il y a 2 ans. Il suit les découvertes pour faire progresser sa pensée. Il a poursuivi, à partir des témoignages épigraphiques, l’exploration des différents aspects de la Macédoine antique et de la Grèce du Nord durant l’Antiquité.
Son intérêt pour la langue et pour les institutions dans le sens le plus large du terme, autrement dit pour les structures mentales et sociales à travers lesquelles les Grecs anciens percevaient et ordonnaient leur ??sµ??  (Cosmos). A la recherche des textes épigraphiques nouveaux ou édités mais inconnus ou mal connus, il s’appuie aussi sur la numismatique. A foison, les inscriptions honorifiques, à contenu religieux, financier, citoyen, traduisent et   prouvent un fonctionnement démocratique reflétant une diversité des autonomies.
Miltiade Hatzopoulos a l’oeil et l’esprit avisés pour analyser la constitution de l’édifice de l’état macédonien et la citoyenneté des Macédoniens. Il confronte les points de vue, les contextes topographiques et chronologiques, toponymiques et onomastiques. L’organisation et le déplacement des armées l’interpellent souvent.
Il s’intéresse beaucoup au phénomène de diaspora « chère » aux Grecs. Par exemple à propos des Corinthiens et des Corcyréens (habitant l’île de Corfou), il décrit à la fois la mobilité coloniale qui les conduit à fonder plusieurs cités nouvelles, et pose le problème de l’identité culturelle de ces jeunes communautés, dont il s’agit de savoir si elles appartenaient à un réseau cohérent et organisé par ces deux cités. Il se demande si ces communautés coloniales partageaient les mêmes institutions, une même culture, une identité commune ?
Avec nuance il ne voit pas le peuple macédonien dans une seule conception. Il voit les milieux de vie (urbains ou ruraux) de la Macédoine qu’il compare avec ceux des cités helléniques.
Dans son dernier livre publié « Découvrir la Macédoine antique : le terrain, les stèles, l’histoire », il utilise les récentes découvertes épigraphiques pour mettre en lumière la position dialectale du macédonien par rapport au grec et au latin plus tard. Le philologue reste attaché à la langue grecque, si belle et si profonde qui se parle depuis plus de 3000 ans pour exprimer et développer une pensée du débat.
Il met en valeur la charis (grâce), l’élégance, le raffinement et l’esthétique (aisthanomai, ressentir) indissociables d’une société humaniste; il allège la lecture du passé en lui donnant l’oxygène nécessaire pour désembourber la recherche, l’éclairer, et la faire respirer. Il s’évertue à analyser les opinions pour qu’elles ne l’emportent pas sur les faits mentionnés par les inscriptions épigraphiques. Ajoutons à ces qualités une érudition poïkilophrène étonnante qui lui permet de croiser, de comparer, d’interpréter les faits.
Ce soir, vous allez découvrir en primeur le manuscrit qu’il vient de terminer et dont il va nous livrer les secrets sur la Macédoine de Philippe et Alexandre révélée par des documents inconnus.

Philippe VALENTIN, président 17 mars 2017

Prof. Bernard Holtzmann (Université Paris-Ouest Nanterre)

En célébrant notre 25e saison, je disais que nous avions à cœur d’affirmer que nos conférenciers, dont nous saluons la fidélité et l’enthousiasme, apportent une analyse et une réflexion humanistes en remontant aux sources helléniques voire panhelléniques, ferment d’unité pour notre civilisation européenne, car porteuses d’une mémoire collective effervescente. Les ressources humaines enrichissent le patrimoine et nourrissent notre pensée, disaient les Grecs anciens, et la place de l’hellénisme dans le monde d’aujourd’hui constitue une valeur sûre, non cotée en bourse, mais enrichissante et féconde pour la culture humaine ). Ne réduisons pas un peuple à ses problèmes, mais voyons ce qu’il est capable de faire en fonction de ce qu’il a créé et a solutionné : dans sa mythologie, la Grèce a illustré la solution de ses problèmes dans le débat même chez les dieux : Héraclès, lors de ses 12 épreuves, a nettoyé les Ecurie d’Augias …disait Protagoras.
Nous sommes heureux aujourd’hui d’inaugurer la 26e saison par une conférence sur l’acropole d’Athènes qui est depuis des millénaires un symbole lumineux de la civilisation grecque. L’auteur de cette conférence, le professeur Bernard HOLTZMANN, nous offre le grand plaisir de nous promener dans le temps et l’espace en ce lieu emblématique et magique. Devenu pour nous l’expert incontesté de l’acropole, Il va ranimer ici cette source d’inspiration, de respiration pour notre civilisation européenne, tellement il touche à l’universel humain. Car on croit tout savoir sur l’acropole, tant les commentaires à son sujet ont été nombreux, mais l’acropole, depuis ses restaurations et nouvelles découvertes, nous dévoile bien des trésors de connaissances dont il s’empare volontiers.
Bernard Holtzmann est agrégé de Lettres Classiques et archéologue ; il est professeur-émérite d’archéologie grecque à l’Université de Paris-X-Nanterre. Comme membre de la prestigieuse Ecole Française d’Athènes, il a participé aux fouilles de THASOS, dont il étudia la sculpture et publia nombre d’articles et livres.( Le professeur Dominique Mulliez qui en fut directeur est venu nous parler l’an dernier des 100 ans de fouilles à Thasos).
Ses publications sont nombreuses sur l’histoire de l’art grec et particulièrement de la sculpture ; un monument (qui avertit) ou plutôt un document (qui enseigne) est paru en 2003 et tout philhellène se doit de le consulter, car c’est une somme, un sommet, c’est une richesse bien placée qui épargne bien des déplacements et des diversions : « L’Acropole d’Athènes. Monuments, cultes et histoire du sanctuaire d’Athéna Polias ». Ce titre contient tout un programme sur l’acropole et son rôle (ses rôles, que dans sa simplicité, Bernard Holtzmann ne considère pas comme exhaustif,). Il constitue une mine d’informations : il laisse des portes ouvertes, mais, sur de tels socles de connaissances, nous attendons peu de nouvelles hypothèses. Dans la ligne des savants grecs anciens, pour Bernard Holtzmann, ses hypothèses sont authentiques jusqu’à preuve du contraire , de nuances ou de précisions. Nous le remercions pour le bonheur qu’il nous donne à la lecture de son livre et à la contemplation des œuvres si bien photographiées.
Tous, spécialistes ou simplement humanistes, peuvent s’y enrichir en histoire, art, mythologie, rites, cultes qui sont inscrits dans le marbre mais qui relèvent de la vie…car Bernard Holtzmann est allé jusqu’à des profondeurs d’observation, d’analyse impressionnantes d’érudition nourrie d’une faculté d’explication qui donne une cohérence considérable sans ignorer les disparités de la vie en société. Il montre la filiation de la sculpture grecque illustrant les mythes si enrichissants pour la pensée (logos 🙂 puisqu’ils nourrissent l’imaginaire grec.
Il aborde de façon renouvelée les monuments et les œuvres des architectes et artisans : il met en valeur la beauté, l’harmonie qui enjolive le réel. Tous, ici, voient la splendide Victoire  dénouant sa sandale, les Korès(KOPAI), les métopes et frises des temples. Cette contemplation élève la pensée humaine, car l’acropole, tout en étant divine, est à proportions humaines. Bernard Holtzmann a une capacité d’émerveillement contagieuse. Ses descriptions sont précises, tout en nuance, en délicatesse et ouvertes à de nouvelles interprétations et hypothèses. Il ne scinde pas en catégories les valeurs de la vie, aussi fait-il dialoguer sacré et profane, art et vie, technique et beauté en écartant tout dogmatisme définitif, mais en comprenant l’imprégnation religieuse et politique. Il perçoit la permanence de l’art hellénique avec ses ruptures, ses résurgences périodiques. Avant d’affirmer ses convictions, il consulte les contextes archéologiques, historiques, sociaux, politiques qui révèlent la vie des artisans et celle des dirigeants et des populations : ainsi que les sources écrites littéraires ou épigraphiques (dont les comptes et devis) qui lui révèlent les politiques de grands travaux insérant l’art dans la vie.
Bernard Holtzmann a aussi beaucoup étudié le nouveau Musée de l’Acropole qui met en valeur des œuvres anonymes dans un espace lumineux si cher en Hellade. Loin d’un avis péremptoire, il essaye de comprendre les intentions et les réalisations : il produit une apologie de la curiosité ouverte si enrichissante. Les visites que nous y avons consacrées sont inoubliables et émouvantes, touchantes, bien que tronquées. Mais les délocalisations importantes n’ont pas réussi à déstabiliser le sanctuaire d’Athéna . L’humain est au centre des réalisations et donc éternel. C’est pourquoi le nouveau musée allie parfaitement esprit antique et esprit contemporain.
A la recherche de la vie, Bernard Holtzmann ne fige pas ce qu’il trouve dans des stéréotypes mais en recherche l’origine et le potentiel vital  qu’il va vous communiquer. Par l’archéologie, Bernard Holtzmann pratique une recréation de la société vivant avec une conception de l’urbanisme utile et beau, compatible avec une récréation fertile retrouvant la fête qu’aimaient les Grecs : aujourd’hui, quand se réalisent un beau geste, une belle œuvre, une découverte extraordinaire, une action importante, les médias nous montrent l’exubérance de la victoire et non la recherche, la réalisation et le travail accomplis, ce à quoi s’attache notre conférencier dans la démonstration de ce soir. Avant de comprendre, il apprend, et maintenant il va vous le faire savoir.

Ph. Valentin

Prof. Sophie KLIMIS (Fac. Univ. St Louis, Bruxelles)

Sophie KLIMIS est docteur en Philosophie et Lettres de l’U.L.B. Chercheur qualifiée du Fonds National Belge de la Recherche Scientifique, elle a enseigné à l’Université de Lausanne, à l’U.L.B. et est maintenant professeur aux Facultés Saint-Louis de Bruxelles. Elle construit son enseignement sur une recherche philosophique inextinguible (asvestos, άσβεστος) comme la lampe qui brillait dans le Parthénon), et dont le foisonnement de publications rend un témoignage enthousiaste (enthousiasmos/ ενθουσιασμός : avoir un dieu en soi). Elle développe la pensée des Grecs, dont nous pouvons nous nourrir et qui se basait sur le débat des philosophes ou des tragédiens, sans exclusive, en évitant la « pensée unique » -si prisée dans des medias qui recherchent la popularité dans la médiocrité (pauvreté de réflexion). Sophie Klimis a retrouvé le pneuma, πνεύμα  ou le thymos, Θυμός , le souffle, la respiration des Grecs anciens ou modernes, dont Castoriadis, pour enflammer sa réflexion et la nourrir par un feu intérieur qui redonne vigueur à la pensée  et persuade dans la nuance; elle recherche les vérités cachées dans le for intérieur et, dans le déficit  de la pensée qui tend à se généraliser,  elle élève la réflexion, et en fait un plaisir qui donne du goût et de la saveur (comme le latin l’a compris en nommant le sage sapiens, de sapere , avoir du goût).
Elle allie philosophie (logos/λόγο) et AlphamytheAlpha (mythos / μύθος) et les confronte comme Platon déjà et Aristote, précepteur d’Alexandre, dont elle s’est faite une, sinon la spécialiste. Il est vrai que les mythes, par des images, atteignent les réalités profondes ; ils n’expliquent pas mais montrent, illustrent et laissent imaginer.
Ses recherches lui valent de participer à nombre de colloques et congrès nationaux et internationaux et d’en organiser : ses communications, souvent percutantes et décisives, refusant la polémique, mais favorisant le débat et le dialogue, lui octroient une brillante réputation dans le milieu philosophique. Ses publications (articles, livres ou communications) touchent à des domaines variés -elle est poïkilophrène, à l’esprit diversifié- : la littérature (tragique ou philosophique), la musique, la poésie, le théâtre antique ou contemporain et la dramaturgie ou la danse, le droit et la justice, bref le domaine des Muses, oasis de la culture. Oserais-je sortir du lot Platon et Aristote, Eschyle et Sophocle (en y ajoutant Castoriadis)? Sophie Klimis nous invite à les relire, à les intégrer et à les infuser avant de les diffuser pour persuader.
La déesse de la persuasion, Pitho (Πειθώ) accompagnait généralement Aphrodite ( Αφροδίτη) et Eros ( Έρως) avec les Grâces (Χάριτες), symboles de beauté, en une chorégraphie éblouissante pour ne pas dire fulgurante (cette scène est souvent représentée sur les vases).  Son intérêt pour les chœurs tragiques a amené Sophie Klimis à collaborer avec des théâtres de Genève , dont le théâtre de la Comédie et le théâtre de Grütli, et à donner des formations ou animer des séminaires sur le thème universel de la danse.
Son horizon s’élargit au fur et à mesure qu’elle avance. Basée sur une érudition rigoureuse et lumineuse, sa capacité de réflexion nous laisse admiratifs : en continuel dialogue avec les textes grecs, elle les fait parler et  les applique à la réflexion contemporaine. Sa pensée (phronèsis/ φρόνησης ) est claire et rigoureuse, inventive et nuancée, en perpétuel perfectionnement. Son étonnement philosophique devant le contenu des textes l’amène à donner des interprétations nouvelles et originales, toujours cohérentes, loin des évidences souvent creuses que l’on rencontre souvent dans l’interprétation des mythes, mis en scène par la tragédie. Sa lecture, son analyse, sa réflexion, son interprétation, son argumentation, sa synthèse sont des plus brillantes et polychromes, en pensant à la gamme chromatique.

Sophie Klimis aime explorer le labyrinthe imaginaire de la création grecque ; peut-être va-t-elle nous donner le fil d’Ariane pour résoudre les problèmes de la crise que nous vivons mais qui doit être source de sursaut et de progrès ; en puisant dans les sources grecques antiques, elle va nous montrer combien les Grecs anciens, dont Aristote, peuvent encore nous être d’une aide précieuse pour tenter de penser la « crise contemporaine ». Sans crainte d’aller à contre-courant, il faut rechercher dans le passé, notamment en Grèce, le germe d’un nouvel élan pour réfléchir et agir au présent, en vue de construire le futur sans peur du vrai, pour une nouvelle παιδεία, éducation = culture.

Ph. Valentin.

Prof. R.LAFFINEUR (ULg)

Pour nous ressourcer aux valeurs ancrées dans la mémoire humaniste, nous avons invité ce soir le professeur Robert Laffineur, helléniste, devenu consul honoraire de Grèce en Wallonie. Il va réveiller l’âme, le « pneuma » hellénique au temps de Mycènes, après que Philippe Brunet nous ait plongés dans le bain homérique universel.


Robert Laffineur est professeur-émérite de l’Université de Liège, où il enseigna l’archéologie et l’histoire de l’art de l’Antiquité classique. Il a fouillé le sol grec à Chypre et en Grèce (Patras dans lePéloponèse, Thorikos en Attique, Malia & Palaikastro en Crète, en Doride, en Achaïe…) avec l’Ecole Française d’Archéologie d’Athènes et l’Ecole Belge d’Athènes.


Ses recherches portent sur les métaux et l’orfèvrerie à Mycènes. Ses intérêts sont variés mais concernent la Mer Egée : Ce qui le hante c’est l’art et la technique des artisans qui pratiquaient déjà des inventions élaborées, comme le sertissage à chaud. Sa bibliographie révèle une activité débordante : ses livres et articles sont des dialogues et non des catalogues. Il multiplie congrès et colloques internationaux d’envergure qui sont des rencontres enthousiasmantes frugifères ou « carpophores », à Athènes, Los Angeles, Melbourne, Copenhague, Paris, Vienne et … en 2016, avec le professeur Andreas Vlachopoulos, à Ioannina près de l’oracle de Zeus à Dodone. Sous son égide, la Mer Egée rassemble au-delà des frontières. Ses publications nombreuses sur les Cyclades, la Crète, Mycènes et Chypre nous montrent un aspect intéressant sur sa personnalité : elles se basent sur une série impressionnante de sources qu’il analyse, critique et compare pour proposer de nouvelles lectures des pièces archéologiques, car il ne se laisse pas enfermer dans des théories traditionnelles et classiques : s’il s’en inspire, il ne les classifie pas définitivement, mais il les approfondit minutieusement dans toutes les nuances possibles. Ses études peuvent contribuer à renouveler la compréhension des phénomènes antiques en découvrant des facettes restées voilées ou en suggérant des réflexions nouvelles. Il est l’éditeur de la série AEGAEUM, Annales d’archéologie égéenne de l’Université de Liège (37 volumes parus depuis 1986 et 3 en préparation). Il pratique un brassage d’idées avec un divin ferment d’humanisme pour nourrir ses lecteurs de nectar et d’ambroisie.


Un archéologue comme Robert Laffineur enrichit la mémoire qui peut rendre vie au passé tout en ressourçant le présent. Car, ce n’est pas le sol qui est civilisation mais ce qu’il contient. Si les pierres ne pensent pas, elles font penser car elles sont riches de mémoire (cfr Tomi Ungerer, écrivain-dessinateur). Robert Laffineur écoute leur voix, se défait des poncifs, des certitudes acquises, des généralisations réductrices. L’archéologie est tonique, car elle vise à découvrir l’harmonie, beauté esthétique remèdes à la barbarie qui se dit prise par un idéalisme radical (2 mots détournés de leur sens maintenant). Pensons à Bagdad, à Palmyre, à Apamée… Or nos racines gréco-romaines, sans en faire un monde idéal, visent à diffuser l’humanité, l’humanisme, et même si ce sont des idées reçues dépassées, les anciens grecs recherchaient les valeurs humaines sans toujours les atteindre. D’ailleurs elles sont encore à l’horizon, et même si l’horizon recule, nous avançons en les faisant fleurir.
Grâce aux archéologues comme Robert Laffineur, aux philologues, aux historiens, nous connaissons mieux la vie antique et la résolution des problèmes, sachant que nous ne devons pas les calquer dans notre contexte, mais tirer des pistes de recherche pour alimenter notre réflexion. Les Fouilles ne sont pas nécessairement un fouillis (entassement désordonné) mais exigent toujours de l’archéologue rigueur, perspicacité, analyse requérant comparaisons donc mémoire et érudition.
Robert Laffineur recherche dans les témoignages archéologiques les indices révélateurs des croyances et des rites des populations préhistoriques, ce qui en l’absence de textes écrits contemporains -préhistoire oblige- demande une analyse approfondie des objets exhumés dans les fouilles ; quand il le peut, il consulte le témoignage d’auteurs anciens et d’inscriptions qui éclairent les sources archéologiques. Sa vigilance méthodologique, enrichie par une vive intuition, s’impose pour analyser les faits dans leur globalité complexe et dans leur processus vivant, car ce qui est trouvé fut utilisé dans la vie. Il vérifie cette intuition par les révélations archéologiques et l’interprète à partir de sources extérieures en extrayant le message dont elles sont porteuses : les objets eux-mêmes lui apportent une partie du message, mais l’essentiel est transmis par le contexte des découvertes archéologiques au sens le plus large qui ne soit ni équivoque ni lacunaire, mais plolyptique et constructif.


En outre, depuis longtemps, Robert Laffineur a mis l’informatique au service de l’archéologie en créant le laboratoire d’infographie et de multimédia pour l’histoire de l’art et l’archéologie ; ces recherches visent à la constitution de données informatisées consacrées à la constitution de bases de données de matériel de fouilles, à l’utilisation d’images en haute définition dont vous allez apprécier l’éclat.


Thorikos est un nom qui résonnait et faisait bouillonner l’esprit de Tony HACKENS à Leuven dès 1966 où la fibre archéologique m’électrisa en même temps que la philologie qui mettait en valeur les écrits des anciens grecs. Aujourd’hui à Lavrio parc scientifique que Yorgos DERMATIS nous décrivit jadis et où, en 2011, il guida et enflamma quelques membres ici présents au théâtre de Lavrio près des mines d’argent. Membre fondateur de l’Association « Liège Athènes du Nord », il vient parler à Charleroi, Vergina ou Thessalonique du Nord.
C’est de Thorikos que Robert Laffineur va nous entretenir en revenant à l’époque mycénienne avec, nous n’en doutons pas, des accents homériques.

Ph. Valentin

Prof. P. MARCHETTI (FUNDP Namur, UCL)

Après une dense immersion en Macédoine et en Epire, sur les premiers pas d’Alexandre qui devint Alexandre III Le Grand, je suis heureux de présenter la 27e saison qui sera riche et digne des précédentes: en 6 conférences, 7 conférenciers illustreront le plaisir du beau en nous faisant ressentir l’esthétique et en contrant ainsi l’anesthésie ambiante de la pensée unique, ferment de l’obscurantisme ordinaire.
C’est un plaisir de réunir deux conférenciers qui se sont rencontrés ici l’an dernier et qui inaugurent la 27e saison : Efthymios Nicolaïdis et Patrick Marchetti. Ils vont nous éclairer sur la mesure du temps dans l’Antiquité dans un échange constructif de l’esprit humain. Pour cela, nous n’avons pas attendu les Calendes grecques.
Kronos (Chronos, le temps) épousa Rhéa (l’écoulement) : quelle suggestion éclairante du mythe existant avant l’écriture, l’art et la technique ! Et toujours les idées qui se confrontent dans le respect et l’échange provoquent une étincelle qui crée la technique au service de l’humanisation.
Souvent les poètes lyriques grecs ont abordé la nostalgie de la jeunesse, dont ils soulignaient la brièveté, l’éphémère faisant face à l’immortalité et la constituant.

Mais, ce soir, nous allons explorer le temps avec deux historiens donc chronophiles, Efthymios NICOLAIDIS, astronome et Patrick MARCHETTI, archéologue. Voici donc l’occasion  d’admirer sans demi-mesure leur dimension internationale.

C’est à la croisée des chemins de la culture hellénique, notamment lors d’un colloque (en 1982) sur la prononciation du grec ancien, que nous avons rencontré Patrick Marchetti qui goûte l’humanisme à la source grecque en historien, en archéologue, en numismate, en géomètre ou en pèlerin, tel Jason parti à la conquête de la Toison d’Or à la tête des Argonautes sur son bateau Argos. D’ailleurs, il visite Argos, la plus ancienne cité de Grèce, où il fouille le sol depuis plus de 25 ans. L’an dernier, nous sommes quelques privilégiés à avoir suivi sous sa férule une promenade sur le site d’Argos , mémorable tant sa rigueur se mêlait à l’enthousiasme d’un chercheur qui faisait renaître la cité à la vie des siècles antérieurs et à nous y faire revivre.
Il a travaillé au Corpus des monnaies d’Argos. Il a publié une étude exhaustive sur le sanctuaire des Nymphes, toujours à Argos. Les monnaies, l’architecture, les institutions, l’héritage Indo-Européen font l’objet d’études et de publications. Il s’intéresse à la façon dont les Grecs anciens ont conçu le premier homme argien, 1’énigmatique Phocos, montrant ainsi que la rigueur philologique s’enrichit de l’étude imagée et éclairante des mythes. L’histoire d’Argos a aussi contribué à la fondation de la dynastie Macédonienne par les Téménides, d’où l’intérêt des philalexandrins pour Argos.
En archéologie, Patrick Marchetti s’est intéressé, en plus d’Argos, à Corfou, où s’est arrêté Ulysse qui rencontra Nausicaa et à Chypre, où est apparue Aphrodite aux multiples aventures et qui serait née à Cythère. C’est dans le cadre de l’Ecole Française d’Athènes qu’il participa et dirigea de nombreuses fouilles.
En outre, il offre sa contribution à nombre d’ouvrages collectifs où il étudie la circulation monétaire dans le monde grec au sens large, la circulation des personnes et des idées ainsi que l’impact de la civilisation hellénique sur Rome et de son utilisation à des fins politiques, sociales et culturelles. Car la monnaie est un révélateur (ap??a??pt??ta?) des faits sociétaux qui ont été inspirés par l’hellénisme, et que Patrick Marchetti s’est attaché à lire et à comprendre pour nous en distiller l’arôme qui ne se volatilise qu’en apparence mais constitue la « part de l’ange ». Pour lui se mêlent saveur et sagesse, que l’étymologie latine confond dans les termes sapere, sapiens, saporem.
Patrick Marchetti fut directeur du département de philologie classique aux Facultés ND de la Paix à Namur et directeur des Etudes Classiques, revue où, professeur de latin et de grec, j’aimais depuis longtemps me ressourcer pour alimenter mon humanisme, comme tant de professeurs.

En plus de ses cours aux Facultés de Namur, où il était professeur au département de langues et littératures classiques, Patrick Marchetti enseignait jusqu’en juin à l’Université Catholique de Louvain-L-N la numismatique, l’histoire économique et l’épigraphie grecques.
Il a dirigé divers doctorats sur le monnayage d’Athènes, de Trèves, sur la vision du Cosmos chez les Grecs, le Dionysisme,… Deux livres sont publiés :  » Les émissions monétaires impériales d’Argos aux 2e/3e siècles »(Avec Ch.Flament); « La métrologie monétaire à l’époque hellénistique » (avec Ch.Doyen).
Sa recherche actuelle porte sur les guerres sacrées (les dieux d’Argos et cités doriennes) ainsi que sur la métrologie ptolémaïque et l’intégration du denier dans les économies grecques à l’époque impériale…
Il participe à de nombreux congrès internationaux et en organise notamment à Argos en mai 2011 sur la numismatique péloponnésienne. Séminaires et articles se succèdent à un rythme important sur la topographie d’Athènes (évolution de l’agora…), les réformes monétaires à Delphes, le rôle de la monnaie d’électrum. Toujours il est à la recherche d’échanges constructifs avec l’humain en point de mire, bien que la plupart du temps c’est de profil qu’il aborde les portraits.
Patrick Marchetti met toujours l’accent sur la place de l’hellénisme aujourd’hui où il est plus que jamais nécessaire (je le cite) de lire et d’écouter les Anciens pour mesurer les enjeux des dérives qui nous menacent à nouveau. Oui, l’étude des auteurs grecs anciens peut ressourcer notre pensée humaniste, au niveau européen. Patrick Marchetti est un phare de cette réflexion aux multiples miroirs. Nous nous souviendrons de sa lecture d’Isocrate, de sa démonstration éclatante de l’acte architectural dans la construction des temples où se mêlaient sacré et géométrie.
Son enthousiasme communicatif, il le dispense comme professeur, car il est de ces professeurs qui marquent, sculptent et gravent leur empreinte : il est de ceux dont on se souvient. A ses étudiants historiens, archéologues ou philologues, il fait apprécier et aimer la Grèce d’hier pour comprendre la Grèce et les Grecs d’aujourd’hui, dans toutes leurs nuances, avant qu’ils ne transmettent le flambeau aux jeunes générations.
Ce soir, Patrick Marchetti va poursuivre le discours sur la mesure du temps à Rome, lui, spécialiste en valeurs numéraires, qui ne mesure pas son temps pour nous faire partager son amour cardinal de l’antiquité gréco-romaine.


Ph.Valentin.

Marie-Hélène MARGANNE (Directrice du Centre de Documentation de Papyrologie Littéraire (CEDOPAL)Université de Liège (Belgique)

Marie-Hélène Marganne est la spécialiste en papyrologie à l’Université de Liège où elle dirige le CEDOPAL (Centre de documentation de papyrologie littéraire) et enseigne l’histoire de la médecine, la papyrologie littéraire et la paléographie grecque.
Dans ses recherches, elle analyse les documents (origine, support, texte, scholies en marge …), elle restitue les lacunes et traduit les textes pour en tirer des conclusions sur la pratique et l’éthique médicales entre autres, sachant bien qu’elle n’a  souvent affaire qu’à des fragments ou à des palimpsestes (manuscrits  supportant  jusqu’à 7 versions superposées après grattage).
Marie-Hélène Marganne insiste sur l’importance des papyrus dans la transmission du savoir médical dans le monde gréco-romain, notamment  à partir d’Alexandrie, où bouillonnaient les cultures du monde méditerranéen dont Alexandre Le Grand avait voulu le brassage sous le souffle hellénique ou hellénistique. Elle prône l’étude par les médecins des traces laissées par leurs ancêtres de culture hellénique. Ne prêtent-ils pas encore le serment d’Hippocrate ? C’est ici qu’elle défend l’enseignement du grec, en espérant qu’il résiste et persiste  car les textes grecs sont fondateurs de notre savoir et de notre culture.
Ses sources  (surtout les papyrus que l’on compte par dizaines de milliers) sont multiples, sa documentation impressionnante, ses synthèses remarquables. Pour Marie-Hélène Marganne, tout document est source de recherche minutieuse et d’analyse fouillée, de rapprochements et de comparaisons, de parallèles et de recoupements.  Grâce à son intuition, elle pratique une nouvelle lecture des documents pour aboutir à de nouvelles interprétations.  Ainsi, elle renouvelle la recherche avec la clarté brillante de son exposé, la pertinence éclatante de ses arguments et l’acuité nuancée de son analyse, ce qui lui permet de rendre simple ce qui paraît compliqué.
Magicienne de la communication, Marie-Hélène Marganne dialogue avec les anciens et avec le monde vivant qui a témoigné de son présent par des écrits : cela lui évite de faire de la société antique un ensemble thématisé, simple, unique, totalement homogène et sans contradictions. Elle ne lui colle pas d’étiquettes réductrices ou simplistes mais tente de saisir toutes les confrontations ou les débats qui constituent la vie des médecins et des patients. Son univers ne s’arrête pas à Périclès, mais elle aborde avec la même curiosité le monde hellénistique (en Egypte notamment et dans la « Grande Grèce) ainsi que la civilisation byzantine.
Ses compétences lui valent de participer à nombre de colloques et congrès nationaux ou internationaux. Au mois d’août, elle était au congrès de Genève.
A la fois papyrologue et historienne de la médecine, elle est l’auteur de nombreuses publications sur la médecine antique, spécialement dans l’Egypte gréco-romaine, ainsi que sur le livre et les bibliothèques antiques, notamment l’Inventaire analytiques des papyrus grecs de médecine, L’ophtalmologie dans l’Egypte gréco-romaine d’après les papyrus littéraires grecs, La chirurgie dans l’Egypte gréco-romaine d’après les papyrus littéraires grecs, Le livre médical dans le monde gréco-romain. Elle est en outre l’éditeur responsable de la 3e édition du Catalogue des papyrus littéraires grecs et latins consultable sous forme électronique :. Elle dirige la collection des Cahiers du CEDOPAL.

Ph. Valentin.

Mme N. MASSAR (MRAH,Cinquanten.)

Natacha Massar est docteur en histoire et licenciée en histoire de l’art et archéologie. Ses thèmes de recherche sont l’art de la médecine et la vie de la femme en Grèce ainsi que les parfums.
Elle étudie la façon de vivre des anciens avec leurs semblables et leurs Dieux.  Pour cela, elle consulte les textes littéraires et les inscriptions qu’elle traduit ainsi que le produit des fouilles archéologiques. L’iconographie, pour elle, notamment sur les vases, est le complément indispensable des écrits pour démêler l’écheveau des cultes, des croyances, des rites et de la vie en société.Ses sources sont multiples, sa documentation impressionnante. Pour elle, tout document est source de recherche minutieuse et d’analyse fouillée, de rapprochements et de comparaisons, de parallèles et de recoupements. Quand elle interroge les documents, elle trouve des réponses pertinentes qu’elle interprète, sélectionne et classe selon des critères éminemment réfléchis.
Natacha Massar bénéficie déjà d’une solide expérience archéologique : elle fouille le sol italien à Alba Fucens et en Crète orientale à Itanos avec l’Ecole Française dAthènes sous la direction de Monsieur Didier Viviers. (Notons que sur ce site un projet de construction d’un golf au sein d!un complexe hôtelier de 7000 lits plonge les archéologues dans un profond désarroi).
Natacha Massar a aussi travaillé dans l’île de Thasos… Après avoir fouillé, elle publie le résultat, notamment la céramique. Elle considère la dimension archéologique en analysant le rapport entre le choix iconographique et la forme des vases ainsi que le contexte dans lequel tel monument a été construit ou tel objet fabriqué.
Natacha Massar publie de nombreux articles sur les médecins et l’exercice de la médecine dans les cités, sur les artisans et leurs clients, sur la création, la circulation et l’utilisation des parfums…Elle remet en cause des trames d’interprétation trop simples ou univoques et établit des critères de sélection de documents parfois d’accès difficile. Elle établit des rapports avec l’actualité, ce qui lui permet de découvrir une identité européenne marquée par la culture grecque. Sa capacité de synthèse ne l’empêche pas de rechercher des anecdotes pour parfumer son propos et l’illustrer.
Natacha Massar est au parfum des travaux récents sur des myriades de sujets : ainsi en publie-t-elle des comptes-rendus dans des revues telles « Antiquité Classique », « Kernos » et autres.Après avoir publié une monographie sur les trésors de Mariemont, elle est aujourd’hui co-commissaire avec Annie Verbanck de l’exposition internationale « Parfums de 1′Antiquité.La rose et l’encens en Méditerranée », exposition accompagnée d’un catalogue scientifique remarquable.
Natacha Massar s’attache à étudier la circulation des artisans et des produits ainsi que les contacts entre cités, qui illustrent une grande mobilité des Grecs de l’Antiquité et des relations commerciales complexes sur un « marché volatile ».Elle ne garde pas ses connaissances en vase clos, mais favorise les vases communicants. Avec un enthousiasme hors pair, Natacha Massar va vous distiller des racines grecques en faisant bonne figure -rouge ou noire- qui exhalera un parfum d’antiquité : à vous d’en apprécier l’arôme et le bouquet, car vous aurez le flacon et l’ivresse.

Ph.Valentin

Prof. André Motte (Université de Liège)

André MOTTE, philologue classique et philosophe, est professeur honoraire à l’Université de Liège, où il exerça principalement sa tâche d’enseignant. Ses recherches et ses cours étaient surtout centrés sur les religions antiques éclairées par les mythes et la philosophie. Son lieu de prédilection, ce sont les jardins, comme pour Platon qui réfléchissait et enseignait dans le Jardin d’Académos. (Académie).
C’est là qu’il puise encore sa force de travail à la recherche des racines du sacré à transmettre sans relâche. Il rend évidente la fécondation de l’hellénisme dans la modernité HUMAINE ouverte comme une fleur qui reçoit les abeilles pollinisantes. Il part à la découverte des valeurs enfouies dans les textes pour les cueillir, les accueillir dans une efflorescence où l’humain tient la place centrale.
Dans sa dernière charge d’enseignement il illustra la Chaire d’histoire de la philosophie de l’Antiquité et de Philosophie morale : « Histoire de la philosophie de l’Antiquité », « Textes philosophiques de l’Antiquité », « Introduction à l’histoire des religions ».
En philologue et philosophe, il s’est attaché à prendre la langue grecque comme guide nourricière de la pensée. L’apprentissage de la langue grecque est idéal pour en perpétuer le pneuma, le souffle hellénique universel transmis par les Muses inspiratrices du BEAU, du BON, du VRAI selon Platon.
Outre l’enseignement, André Motte exerça de nombreuses autres responsabilités académiques à l’ULg, en Belgique et au niveau international. Il s’impliqua à fond dans la Formation des enseignants et l’agrégation, la Formation initiale, formation continuée. Il participa, comme promoteur, à la confection de mémoires de licence et de thèses de doctorat.
André Motte donna des conférences, anima des séminaires et des rencontres scientifiques. Notons sa participation à de nombreux colloques et congrès qu’il organisa aussi, en Belgique et à l’étranger, car il collaborait avec les universités belges et internationales.
Il reçut diverses distinctions scientifiques et honorifiques prestigieuses.
Ses Recherches font l’objet de publications et éditions scientifiques : Deux créations, en collaboration avec le regretté Paul Wathelet et Vinciane Pirenne-Delforge, font sa fierté : MENTOR, Guide bibliographique de la religion grecque antique. Université de Liège ; et la collection annexée à Kernos, revue du centre international d’étude de la religion grecque antique (plus de 30 volumes à ce jour).
Les thèmes qu’il aborde sont :
-Les prairies, jardins et paysages de la Grèce antique qui le mènent de la religion à la philosophie,
-L’anthropologie du sacré dans les grandes religions, l’histoire des pèlerinages, les Dieux, les fêtes, le sacré dans La civilisation du monde méditerranéen spécialement dans la Grèce et la Rome antiques.
-Les aspects du prophétisme grec, la figure du prêtre …
-L’importance du Mythe et son implication dans la politique.
-Il va publier un livre sur Démocrite, philosophe connu comme «atomiste », où il remonte aux origines de la réflexion éthique.
Il écrit des articles de dictionnaires français, allemands, anglais avec ses complices P. Wathelet et V. Pirenne, ainsi que de nombreux compte-rendus et notices bibliographiques.

Il rédige des articles de revues, d’actes de colloques et de mélanges sur la réflexion des Grecs anciens pour nourrir notre pensée pour l’avenir : notamment il relie l’unification européenne et l’héritage politique des Grecs, dans la Culture, graine de démocratie. Pour aller de l’avant il garde le lien qui peut enrichir l’Europe d’hier, d’aujourd’hui, de demain.
Il puise dans l’art rhétorique d’Aristote, une œuvre pour notre temps : aussi participa-t-il récemment au commentaire accompagnant la publication des œuvres d’Aristote dans LA PLEIADE.
Nous retrouvons dans ses écrits des variations sur le thème du sacré dont il perçoit l’émotion musicale, notamment dans les hymnes homériques, ainsi que l’expression de l’éloquence qui coalise violence et sacré/amour et sacré. Évidemment, André Motte explore les Mystères d’Eleusis et ses rites d’initiations, dans le silence et le secret. Il est venu en 1990 nous dévoiler -à ses risques- le message religieux de quelques-uns de ces mystères.
Dans l’Antiquité, comme aujourd’hui, le sacré s’allie souvent à la fête dont les Grecs ont toujours gardé un sens profond/ardent/aigu : André Motte aime se plonger dans les fêtes chez les hommes ou chez les dieux, lors de pèlerinages dans le temps et l’espace. Enthousiaste, il se passionne pour les enthousiastes, qui ont un Dieu en eux- et dont l’enthousiasme donne le souffle spirituel qui l’inspire (pneuma).
André Motte refuse les ghettos, les enfermements, aussi, en philosophie où règne le logos se laisse-t-il convaincre par les mythes : par exemple dans Le mythe des Centaures sous le regard des philosophes.
Ce soir André Motte va nous parler du prophétisme en Grèce ancienne en se partageant entre rationnel et irrationnel. Vous allez entendre un sacré conférencier.

Philippe Valentin, le 22 avril 2016.

 

Prof. Arthur Muller (U.Lille 3)

Arthur Muller est docteur en Lettres classiques et en archéologie. Après avoir été membre de la prestigieuse Ecole française d’Athènes, il est professeur d’archéologie grecque à l’Université de Lille 3, et vient d’être nommé Directeur des Etudes à l’Ecole Française d’Athènes. Il dirige à Lille le Centre de recherche HALMA (histoire, archéologie, littérature des mondes anciens).
S’il a fouillé le sol français du Nord, c’est dans l’île de Thasos qu’il dirige, depuis 30 ans, le chantier de fouilles où il déploie compétence et passion, intelligence et chaleur humaine.
Ses recherches font l’objet de très nombreuses publications, où il aime restituer la vie des anciens dans son contexte et expliquer les gestes, le métier, l’art des sculpteurs grecs qu’il fait revivre et travailler devant nous. Pour lui, la composante artisanale constitue un élément fort de la vie économique des cités.
Arthur Muller a toujours été passionné par les terres cuites votives grecques, à Thasos notamment. Mais il s’intéresse aux contextes dans lesquels les objets ont été découverts : la topographie des sites, les remaniements successifs des sanctuaires et l’urbanisme des cités.
Quand il étudie la production des figurines en terre cuite, Monsieur Muller analyse le tournage, le modelage de la création à la reproduction, du matériau brut à la création des prototypes, à l’élaboration des moules, aux procédés de moulage et de surmoulage. Il s’intéresse aussi à la commercialisation et au transport de ces pièces, dont il tente de constituer un arbre généalogique souvent complexe. Pour cela, il s’entoure de restaurateurs, de dessinateurs, de photographes. Ainsi, peut-il présenter de façon détaillée la technique et la stylistique appuyées sur de nombreux rapprochements.
Arthur Muller est à l’écoute de toutes les traces du passé qu’il analyse et identifie : son art vise surtout à faire revivre la terre cuite et à lui rendre son âme à la lumière des sources iconographiques, épigraphiques ou littéraires. Son étude des figurines en terre cuite a permis d’aborder un large pan de l’histoire originale de Thasos.
Ce sont ces qualités qui ont impressionné les milieux archéologiques, notamment ceux d’Albanie qui se trouvaient en possession d’un trésor composé notamment de 1800 kg de fragments de figurines en terre cuite trouvées près de Durrës dans les années septante. Pour classer cette quantité d’objets inédits, l’Institut d’archéologie de la République d’Albanie a fait appel à Arthur Muller en accord avec l’Ecole Française d’Athènes et le Centre de recherche HALMA de Lille pour étudier et publier ce trésor à la tête d’une équipe albano-française. Les conclusions de son étude frappent par la précision et la clarté de la description et du classement de ces découvertes, par sa curiosité d’archéologue attisée par ce qui a résisté au temps et désireuse d’interroger et de faire parler le passé. Car son sens de la nuance l’empêche de figer les découvertes dans des jugements schématiques ou hasardeux. Au contraire, Arthur Muller ouvre des voies de recherche nouvelles.

Ph.Valentin
Prof.Dominique Mulliez
(Professeur Paris-Sorbonne, ancien directeur de l’Ecole Française  d’Athènes, membre correspondant de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres (Paris))

 

 

En inaugurant, sous les meilleurs auspices, notre 30e saison, nous avons à cœur d’affirmer que nos conférenciers, dont nous saluons la fidélité et l’enthousiasme, apportent une analyse sans cesse renouvelée par la recherche et une réflexion humaniste consacrée aux sources helléniques voire panhelléniques, ferment d’unité pour notre civilisation européenne, car porteuses d’une mémoire collective effervescente et féconde. « Les potentialités humaines enrichissent le patrimoine et nourrissent notre pensée, disaient les Grecs anciens », et la place de l’hellénisme dans le monde d’aujourd’hui constitue une valeur sûre, non cotée en bourse certes, mais enrichissante et inépuisable pour la culture humaine (ανθρωπισμός). En cela, notre civilisation européenne est largement débitrice de l’hellénisme. L’évaluation d’une crise ne doit pas se réduire à souligner les erreurs avec un comparateur de prix, mais à découvrir ou inventer (au sens archéologique du terme) les valeurs de liberté et de solidarité qui peuvent s’épanouir et se revigorer en nous affranchissant des préjugés liberticides. Nous ne réduisons pas un peuple à ses difficultés ou à ses erreurs, mais nous voyons ce qu’il est capable de faire en fonction de ce qu’il a créé et contribué à résoudre ou à corriger. Les Hellènes ont misé sur l’investissement spirituel exprimé par Protagoras : « Ο άνθρωπος εστι το μέτρον του κόσμου », « L’Humain est la mesure du monde ».

Dans sa mythologie, donc dans l’éclairage de sa vie, la Grèce a illustré la solution de ses problèmes dans le débat (δημόσια συζήτηση) car la valeur est dans l’échange, la rencontre, le dialogue (διάλογος) où la parole ne dépasse pas la pensée (comme souvent vulgairement dit à propos d’inconséquents, qui se sont passés de pensée avant de parler).

Ce soir, pour nous révéler des valeurs de l’hellénisme ancrées dans la société d’hier et d’aujourd’hui, nous avons invité le professeur Dominique Mulliez qui pense avant de parler pour que ses paroles soient à la hauteur de sa pensée en déployant un ΛΟΓΟΣ, logos des plus humanistes.

Dominique Mulliez est agrégé de Lettres classiques et archéologue. Il est professeur à l’Université de Paris-Sorbonne après avoir enseigné à l’Université de Lille 3 ; il est membre correspondant de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris. Il exerça les fonctions et les tâches de directeur de l’Ecole Française (d’archéologie) d’Athènes à laquelle in insuffla son esprit, son oxygène (πνεύμα) et sa passion pendant 10 ans : c’est à cette occasion qu’il reçut chaleureusement en mai 2011 une délégation d’Alexandre Le Grand de Charleroi, à qui il expliqua les missions et objectifs de l’Ecole qui coordonne les fouilles dans moult régions de Grèce (Delphes, Thasos, Crète, Délos …), d’Albanie, de Chypre… Diverses distinctions prestigieuses lui ont été accordées.

En fouillant, comme tout archéologue de l’Ecole Française, Dominique Mulliez cultive le souci humaniste de s’ouvrir à la Grèce contemporaine. C’est ainsi qu’il va nous rapprocher de l’âme grecque en dévoilant des facettes de l’hellénisme enfoui pour y puiser un élan qui invite à dépasser la Grèce en faisant refleurir la curiosité qui y germa dès l’antiquité.           Car il aborde les documents archéologiques, épigraphiques et littéraires sans préjugés et les interroge pour alimenter les débats qui constituent la vie des hommes, leur circulation dans le monde pour des raisons commerciales ou culturelles. Dominique Mulliez renouvelle la recherche avec l’acuité de son analyse, la rigueur illustrée de son raisonnement, la pertinence de ses arguments, la clarté de son exposé; il entretient l’art de mettre en cohérence active les connaissances parcellaires imposées par « l’intelligence artificielle des robots » que certains ont eu l’impertinence d’appeler σοφία, sagesse ; il donne un sens au morcellement ou à la segmentation qui anesthésient les connaissances devenues abstraites à force d’être diluées et réduites à des formules qui constituent le prêt-à-penser souvent colporté par la médiacrité ambiante ; la cohésion qu’il recherche évolue loin de l’uniformité, mais dans des nuances qui s’attirent …et les mots qu’il sème et fait germer sont des traductions renouvelées selon les contextes et non prisonnières de dictionnaires de conserves souvent périmées.

Les recherches de Dominique Mulliez s’articulent essentiellement autour de deux pôles : Delphes et Thasos.  Elles donnent lieu à de nombreuses publications qu’il a l’occasion de développer dans des colloques et congrès internationaux qui dressent des bilans des connaissances acquises pour permettre des avancées nouvelles. Il en publie les actes comme ceux du colloque consacré à Argos auquel a participé P. Marchetti, spécialiste d’Argos, qui nous en fit partager sa passion in situ.

Dans l’île de Thasos, il fouille avec le professeur Arthur Muller, qui est venu parler ici de la plastique grecque en Grèce et en Albanie (aujourd’hui). L’exploration dirigée par l’Ecole Française d’Athènes date de 100 ans et permet de retracer l’histoire du cœur de l’antique Thasos depuis l’époque archaïque jusqu’à la période paléochrétienne.

Par l’archéologie, Dominique Mulliez pratique une restitution de la société vivant avec une conception de l’urbanisme utile et beau, compatible avec la vie des anciens: son exploration archéologique, basée sur les progrès de l’investigation, rend humble mais grandit, car elle révèle les témoins d’une vraie vie pour en donner un musée vivant (pléonasme, car un musée n’est mort que pour celui qui ne sait pas ou ne peut pas interroger le passé parce qu’il est empêtré dans le présent, loin de l’inspiration des Muses). Devant un atelier de potiers, Dominique Mulliez révèle les artisans et leurs techniques ou aspirations à créer de l’utile et du beau. Devant une carrière de marbre, il voit les hommes extracteurs, la noblesse du matériau, le travail des sculpteurs.

A la recherche de la vie, Dominique Mulliez ne fige pas ce qu’il trouve dans des stéréotypes mais en recherche l’origine et le potentiel vital (η ελληνική ψυχή) qu’il va vous communiquer.

A Delphes, sa curiosité d’archéologue et de philologue est attisée par ce qui a résisté au temps pour interroger et faire parler le passé à travers les inscriptions lapidaires qui éclairent et reflètent la vie des hommes. Dans chacune, il retrouve un morceau d’histoire de la société. Dominique Mulliez aide à guérir les yeux et l’esprit des ornières du temps qui handicapent la réflexion. Il dissipe le cynisme qui se nourrit de préjugés, car c’est dans le vide de la pensée que s’installent le mal ou la haine enfermés dans des slogans empêchant de donner du sens à la vie. Pour lui ce qui élève converge : à nous de ne pas nous demander à quoi « ça » sert mais comment nous servir de cette richesse à découvrir.

Dominique Mulliez conduit une réflexion par des chemins droits et de traverse ; il analyse avec une méthode qu’il affine et complète chaque fois par la compilation, l’analyse, la comparaison et la réflexion inventive.

En éditant des centaines d’actes d’affranchissements d’esclaves gravés sur les murs et les monuments du sanctuaire d’Apollon, il aborde l’onomastique, le droit, l’histoire économique et sociale de l’antiquité ainsi que l’histoire de la langue grecque en constante évolution de la plus haute antiquité jusqu’à nos jours, en s’émerveillant toujours de la permanence de l’écriture avec ses ruptures. L’homme est compris dans sa totalité et sa mouvance : condition initiale- esclave-affranchi.

Dominique Mulliez nous donne rendez-vous sous le soleil de Delphes et la fraîcheur de la source Castalie, au pied du Mont Parnasse, pour consulter la pythie inspirée par Apollon et pour nous révéler un pan de l’histoire de la société delphique.

                                                                                                                                                                                                                                                 Le 06 octobre 2017. Ph. Valentin, président.

 

 


 

 

 

 

 

 


 


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