conférenciers(n-y)

Posté le 22 février 2010

Prof. E. Nicolaïdis (FNRS Athènes)

Ce soir, l’Association ALEXANDRE LE GRAND est heureuse d’accueillir un conférencier Hellène qui nous vient d’Athènes via Genève pour nous révéler les derniers secrets d’un instrument énigmatique : le mécanisme dit d’ « Anticythère » parce que découvert au large de l’île du même nom au large de la Crète, dans un navire romain victime d’un naufrage il y a plus de 2000 ans. Mais les recherches s’accélèrent à un rythme effréné avec des technologies de pointe amenant des découvertes dont le professeur Efthymios NICOLAIDIS, physicien-astronome, va nous révéler l’état des connaissances.
La physique et l’histoire des sciences sont la base de sa recherche de docteur, à Paris. Sa carrière professionnelle est constituée d’engrenages qui l’ont amené à la Fondation Nationale Hellénique de la Recherche Scientifique, où il est devenu directeur de recherche (Programme Histoire, Philosophie et Didactique des sciences et technologies). Actuellement président de l’Union Internationale d’Histoire et de Philosophie des Sciences et Technologies, il multiplie les contacts, dont les observatoires nationaux d’Athènes et de Paris. En outre, il est membre du Conseil de l’Académie Internationale d’Histoire de la science.
Et comme la technologie et la mécanique le taraudent, Efthymios Nicolaïdis retrouve, avec des techniques d’aujourd’hui, le raisonnement et l’imagination des concepteurs et des créateurs anciens dans le mécanisme d’Anticythère; il y retrouve d’intéressantes hypothèses antiques qui sont exploitables 2000 ans après leur conception. Avec lui, le passé résonne à nos oreilles aujourd’hui. Les inventions lui donnent à réfléchir sur le progrès qui n’est pas linéaire mais dépend d’oscillations et de permanences. Comme la roue dentée, entraîne le mouvement quand elle est combinée à d’autres, Efthymios Nicolaidis, en équipe, fait évoluer la connaissance des techniques en découvrant l’étude précise et rigoureuse des circonvolutions des planètes, dites errantes selon l’étymologie.
Depuis 1989, il enseigne l’histoire des sciences à l’université d’Athènes et dispense des cours dans diverses universités; Efthymios Nicolaïdis aborde les sciences en couvrant les périodes antiques grecque, byzantine et ottomane.
Il étudie l’influence des traditions gréco-byzantines notamment en Russie et la contribution scientifique et technique de la France des Lumières à l’effort de modernisation de la Grèce aux XVIIIe et XIXe siècles. Il défend l’histoire des sciences dans l’enseignement et crée de nouveaux outils pour l’enseignement secondaire européen (Grèce, Italie, France, Belgique). Son œuvre d’érudition réclame un archivage des données numériques ou numérisables sur les instruments scientifiques.
Il participe à de nombreux congrès et colloques internationaux dont il publie parfois les actes. Il partage des communications à l’Académie Royale de Belgique, notamment sur les savants grecs, byzantins en rapport avec le monde ottoman. A travers ses nombreuses publications, Efthymios Nicolaïdis met en évidence son intérêt pour la science qui a puisé ses origines en Hellade. Il s’intéresse à l’histoire des relations « Science-Religion » ou « Science-Ordre politique ».
Il est co-éditeur ou membre du comité de rédaction de diverses revues scientifiques, bref, il ne compte ni son temps ni son énergie (thymos) : il est toujours en prospection. Et c’est un grand honneur que de le recevoir à Charleroi, qui vient de célébrer le 50e anniversaire du décès de l’astronome belge carolorégien Georges Lemaître, fondateur de la théorie du «big bang ».
Comme les anciens savants grecs, Efthymios Nicolaïdis puise aux sources philosophiques, épigraphiques, littéraires, scientifiques, techniques et artistiques en Grèce ancienne où les chercheurs faisaient bouillonner toutes leurs connaissances et intuitions dans un creuset alchimique, pour en tirer des alliages en fusion humaniste à diffuser. Car, depuis Byzance, les Grecs n’ont pas cessé de développer ces recherches scientifiques et technologiques et de s’intéresser aux découvertes des Arabes et des Européens, Son livre « Des sciences et de l’orthodoxie orientale. Des Pères grecs à l’ère de la mondialisation » est très explicite sur les problèmes de coexistence de la science face à la religion.
Ce livre suit nombre d’éditions où il étudie l’histoire des sciences à travers le renouveau des mathématiques grecques antiques, les manuscrits byzantins, la propagation des sciences en Europe, les voyages et voyageurs (dont le père jésuite Ferdinand Verbiest, astronome « belge » en Chine au XVIIe siècle). Efthymios Nicolaïdis a découvert certains de ses manuscrits à Athènes et les a étudiés. Son travail lui a acquis diverses distinctions.
Avec R. Halleux et une équipe enthousiaste, il est conseiller scientifique de la revue « Histoire de la recherche contemporaine» qui distille l’histoire des idées, de leur circulation et de leur réalisation.
Il est coordinateur de 14 projets de recherche, qui concernent l’histoire et la philosophie des sciences de l’environnement, les archives numériques concernant l’alchimie et leur application dans l’éducation, l’interaction entre nature et religion, la cartographie des sciences et l’orthodoxie…L’un d’eux se nomme Héphaistos, le Dieu volcanique du feu et des arts forgés.
Et Il est difficile d’enfermer ou de cerner le professeur Efthymios Nicolaïdis dans un espace clos ou un temps déterminé, tant son esprit (pnevma, thymos) est ardent et nourrit un enthousiasme sans borne. Il est remarquable de nuance diaprée, de minutie patiente dans ses analyses où il déploie une précision percutante et une vérité plurielle loin des dogmes, facteurs de paupérisation intellectuelle. Comme les chercheurs grecs anciens, Efthymios Nicolaïdis n’aime pas les stéréotypes exclusifs et réducteurs, mais il respire par la transversalité, les échanges de connaissances répondant à des questions inspiratrices.
Il est de ces professeurs pour qui l’essentiel de la mission est de poser et susciter des questions qui ouvrent des réponses à la curiosité (voir Socrate), les erreurs étant le tremplin du progrès et non la chute irrévocable dans le piège de l’exclusion.
Il est important pour lui de rappeler la richesse des racines humanistes que nous a léguées la Grèce dont nous sommes débiteurs : arts-artisanat, sciences – techniques et lettres (philosophie, littérature, histoire, mythologie). De Thalès, Pythagore à Archimède, … les anciens Grecs ont mûri les idées scientifiques, graines de modernité, et inventé le langage qui les exprimait et les expriment encore aujourd’hui depuis plus de 3000 ans : d’ailleurs le vocabulaire scientifique français, anglais… reprend le vocabulaire grec qui exprime toutes les nuances en des termes compacts.
Ainsi ravive-t-il les sources de la pensée en réunissant esprit scientifique, littéraire, artistique, philosophique…pour construire un raisonnement riche de diversité créative en une récréation impliquant le plaisir d’apprendre et de chercher le progrès de l’humain (« anthropismos »).
Ce soir, le professeur Efthymios Nicolaïdis va nous révéler les secrets du mécanisme dit « d’Anticythère » selon les toutes dernières analyses.
Mettons-nous à l’heure d’un horloger du ciel rayonnant d’une sympathie dont il va vous irradier, car, brillamment et clairement, il explique ce qui paraît compliqué : professeur Efthymios Nicolaïdis, vous avez la parole.

18/11/2016 Philippe Valentin.

Prof. C. Obsomer (UCL, IC de Paris, FUNDP Namur)

Claude Obsomer est professeur à l’Université Catholique de Louvain, à l’Institut Catholique de Paris et aux Facultés Notre-Dame de la Paix à Namur: il y enseigne la langue égyptienne, la littérature du Proche-Orient et de l’Egypte antique, la langue grecque ainsi que la littérature grecque: en effet, il est licencié en philologie classique et docteur en philologie et histoires orientales.

Le fil de trame dont il étoffe ses cours et conférences le font entrer en lice pour défendre le métier d’enseignant auquel il consacre un enthousiasme chaleureux. Ses recherches reflètent l’exigence de sa pensée, la patience et la ténacité de sa réflexion, l’ouverture et la largeur de son esprit, qui font de lui un philologue prudent, précis et nuancé: cette attitude devient rare dans un monde médiatisé, où l’artifice est roi et où le raccourci dérisoire devient l’expression de ceux qui croient tout savoir parce qu’ils pensent que ce qu’ils ne connaissent pas n’existe pas.

Pour sortir du dédale des stéréotypes, Claude Obsomer recherche un fil salvateur et fouille la linguistique et la littérature ainsi que l’archéologie pour leur redonner vie en les sortant de la gangue d’idées reçues.

Les contacts entre Grèce et Egypte sont le centre de ses recherches au point de jonction des deux plus riches héritages que l’Antiquité nous ait légués. Dans sa conquête du monde égyptien, Claude Obsomer s’inspire des auteurs grecs si curieux de culture; mais il aime aussi interroger les inscriptions et les découvertes archéologiques. Soucieux de comprendre ces sources porteuses de la mémoire collective, il recherche une cohérence dans la réalité complexe et ouvre la voie aux interprétations nouvelles.

Ses recherches font l’objet de nombreuses publications où il aime restituer la vie des anciens dans leur contexte. Il sait rendre accessibles ses connaissances en maintenant la rigueur scientifique et enthousiasmer ses lecteurs et auditeurs sans éprouver le besoin de spectaculaire et de sensationnel. Sa méthode d’approche de données complexes est rigoureuse, son exposé est clair, précis, pertinent et nuancé.

Ph.Valentin

Prof. Fr.Pichon (Docteur en philosophie et lettres)

Après une recherche archéologique au Royaume d’Alexandre Le Grand, la Macédoine antique, c’est à une approche plus littéraire que nous vous convions avec, comme guide Madame Françoise PICHON, qui va nous dévoiler une autre facette de l’image qu’a laissée Alexandre, une facette qui s’ajoute et enrichit la conception générale que nous avons du héros, qui a donné son nom à l’Association qui vit depuis 24 ans à Charleroi.

Était-ce un homme providentiel ? Quels étaient ses vœux ?  Qu’a-t-il réalisé ? Quelle image a-t-on retenue  de lui ? Ainsi le mythe, basé sur le ressenti et le contexte et qui s’est construit au fil des siècles, favorise des échanges fructueux, mettant à mal une «  pensée unique » voire dogmatique : c’est ce à quoi va s’attacher Françoise Pichon, en s’intéressant au μύθος et au λόγος, car la culture dépend de l’importance des représentations symboliques, qui permettent ouverture et échanges, rassemblements et communication, en référence à la Tour de Babel qui créa une crise suivie d’une résilience empreinte d’optimisme apte à rebondir. C’est la culture(πολιτισμός), puisée aux sources de l’humanisme, qui pourra alléger la crise sans hypocrisie.

Le sujet est inépuisable et notre conférencière intarissable : Françoise Pichon va alimenter la source de notre réflexion qui irriguera le champ de notre pensée, en expliquant (littéralement en dépliant) une analyse qui pousse à s’impliquer sans se replier. Elle va contribuer à tisser notre mémoire (qui n’est pas seulement sur la toile) et à tailler de nouvelles facettes,  dont les arêtes ne sont ni tranchantes ni émoussées, au diamant qui réfléchit la lumière des mille feux de son enthousiasme (littéralement « avoir un dieu en soi :οενθουσιασμός<θεός).

Françoise Pichon est docteur en Philosophie et Lettres et spécialiste en Judaïsme. Elle a complété sa formation par divers diplômes et voyages d’étude. Elle enseigna aux FUNDP de Namur et à l’UCL, ainsi qu’à la FOREL de Charleroi. Son itinéraire est riche de formations et de rencontres. Elle participa à diverses publications dont « Erasme et la montée de l’humanisme. Naissance d’une communauté européenne de la culture » éditée par Julien Ries, devenu récemment cardinal.

A la lire et en dialoguant avec elle, resplendissent son érudition et  sa réflexion, son analyse et sa critique des sources,  témoignant de son intérêt pour le rayonnement de la culture  révélatrice des traditions mais qui amène à lutter contre l’obscurantisme  de la pensée unique faite de slogans. Avec précision, minutie et nuance, elle analyse ses sources littéraires en privilégiant  le débat et la réflexion : ce qui l’intéresse, c’est la puissance de construction et non, comme nous le voyons trop souvent , la puissance de destruction nourrie par la haine.

Dans ses recherches, elle privilégie aussi la mythologie (au sens large), qui illustre de façon imagée le raisonnement : le mythe est comme une éponge qui s’imprègne et se gonfle de connaissances et d’images, et qui, quand Françoise Pichon  l’exprime, révèle ce que nous avons en commun, nous relie et  aide à vivre ensemble sans réduire la réalité complexe à des étiquettes réductrices. Avec nuance, Françoise Pichon lutte contre la confusion des valeurs qui nuit à l’humanisme, seul à propager les avancées civilisatrices.

Avec passion, enthousiasme, conviction,  et loin du laconisme spartiate, Françoise Pichon va nous plonger dans l’univers d’Alexandre Le Grand vu par les Juifs.

Ph. VALENTIN.

Prof.V.Pirenne (U.Liège)

Vinciane Pirenne est maître de recherche au F.R.S- F.N.R.S. à l’Université de Liège, où elle enseigne la méthodologie de l’histoire des religions, la religion grecque, la pensée religieuse des Grecs, l’histoire de l’antiquité gréco-romaine et orientale.
Depuis sa thèse de doctorat sur « L’Aphrodite grecque » elle en est devenue l’illustratrice incontestée. Aujourd’hui, c’est à la déesse Héra qu’elle consacre sa recherche après moult rencontres divines. Naguère, nous avons salué la publication remarquée de son ouvrage « Retour à la source ; Pausanias et la religion grecque » où elle étudie le voyage (Périégèse) de Grèce entrepris par Pausanias au IIe siècle qui alimente une parcelle de l’identité grecque ; en marchant sur les traces de Pausanias, elle collecte des fragments de la vie religieuse des Grecs pour les replacer dans la ligne de ce « Retour à la source ». Car elle parcourt les cieux et les champs pour y mener ses investigations (recherche des traces, empreintes<lat.vestigium) portant sur la religion grecque; elle capitalise ainsi son intérêt pour les cultes et la pensée qui les irrigue en puisant aux sources de la mémoire féconde; il n’est donc pas étonnant qu’elle recherche des oasis rafraîchissantes dans le désert des idées, car celui-ci progresse et assèche les cœurs rapidement (<du latin rapere, voler) et de façon fulgurante ( avec l’effet dévastateur de la foudre). Son étude se base sur des sources archéologiques, épigraphiques, historiques et littéraires, parmi lesquelles Hésiode, Pindare, Pausanias…dont l’exploration l’amène à une nouvelle lecture qui ne s’arrête pas au superficiel. Elle a co-édité des ouvrages collectifs :
« Nourrir les Dieux ? » qui aborde la problématique des rites sacrificiels et qui ouvre la discussion sur les mécanismes subtils de l’anthropomorphisme et sur la portée symbolique de l’offrande alimentaire.
« Fabriquer du divin », où elle rend compte du fonctionnement de la pensée religieuse, qui ne s’appuie pas sur une représentation dogmatique, car elle suit l’évolution et les ruptures des rites pour illustrer l’image figurée des dieux dans les œuvres des artistes et des écrivains.
« Dieux des Grecs, dieux des Romains « (2015) où elle répond à la question de savoir comment les Romains ont accueilli les dieux grecs et ce qu’ils en ont fait, sans omettre les interactions sur les bords de la Méditerranée. C’est pour elle l’occasion d’éclairer la parole d’Horace « La Grèce vaincue par Rome a soumis le vainqueur par la force de sa culture ».
Vinciane Pirenne nous a déjà parlé de « la prêtresse grecque antique, une femme de pouvoir ? » parce qu’ elle avait acquis le savoir, le goût, la liberté.
Outre son activité de professeur à l’Université de Liège, elle est présidente du Groupe de contact FNRS pour l’étude de la religion grecque antique ; elle a fondé avec André Motte la revue KERNOS dont elle entretient l’âme et le souffle . Elle est membre du comité de rédaction de diverses revues : L’Antiquité Classique (dont elle est devenue codirecteur), Minerve , Mythos …
Elle est membre de diverses sociétés internationales de culture et d’histoire des religions…, ce qui lui donne l’opportunité d’organiser des congrès et d’y participer activement. Sur le net vous pourrez suivre ses communications notamment lors d’un congrès sur les traces de Jean-Pierre Vernant.
Elle édite les actes de divers congrès ainsi que deux volumes de MENTOR (guide bibliographique informatisé de la religion grecque) dont elle est, avec A. Motte et P.Wathelet, l’initiatrice. Dans ses activités elle fait montre de sa ferveur et de son enthousiasme.
Ses articles essaiment à foison dans les revues scientifiques sur des sujets innombrables : les lieux de culte, quand les dieux font la fête, Déméter, Héra, Aphrodite, Hélène, les sacrifices, la nudité féminine (dont elle nous a parlé naguère), mythes, polythéisme… Elle prépare « la féminité des déesses » et va publier le sujet de sa conférence d’aujourd’hui sur « L’Héra de Zeus. Epouse définitive et ennemie intime », sujet tout indiqué en cette période de Saint Valentin où l’amour s’épanouit de débats.
Elle a participé au commentaire de la traduction d’Aristote dans la Pleiade. En plus des articles, Vinciane Pirenne est l’auteur de moult critiques de livres dans les revues spécialisées internationales. Elle dirige de main de maître/magister/magistra des mémoires de licence et des thèses de doctorat.
La lecture de ses écrits révèle des points d’intérêt, qui sont rares aujourd’hui : quand elle parle des dieux et des déesses, du divin et du féminin, elle vise l’angle esthétique : dans le foisonnement de la mythologie, Vinciane Pirenne guette la grâce d’un geste, la séduction d’un regard, le raffinement d’une conversation, l’élégance d’une attitude, l’envoûtement d’une danse ou la magie d’un rite. Le sacré et le profane, le religieux et le civil, le politique et le familial, Vinciane Pirenne les observe et les réunit dans une subtile analyse qui sonde l’imaginaire.
Son vocabulaire, ornant la précision et la rigueur, dont elle pare son analyse, est sensible et chromatique, au diapason de toutes les émotions, jouant sur toutes les cordes  ; sa parole est vive et lumineuse ; son style ciselé, clair et élégant, nous emmène dans les dédales d’un parcours initiatique à la recherche de fils conducteurs, pour suivre et observer les faits dans leur processus vivant empreint d’une poésie qui enrichit et débarbarise ; elle parcourt les mythes aux confins d’une imagination sans cadenas ni chaîne, mais en prise directe avec les valeurs développées avec nuance et sans écran : c’est ce qui crée son charisme .
En dénouant les mythes, elle en dévoile de nouvelles facettes, mettant en interaction Grèce et Orient. Sur le métier, elle tisse mille couleurs en une texture qu’elle examine sous toutes ses coutures, comme elle l’a fait pour Pausanias, et qu’elle a trempée dans l’écume de Paphos pour lui donner des reflets irisés en l’honneur d’Aphrodite, son premier sujet.
Et si vous fréquentez le réseau de la toile arachnéenne (cause de rivalité entre Arachnè et Athéna) vous découvrirez mille facettes dans le droit fil d’une recherche sans cesse renouvelée. Vous serez alors devant une toile de maître.
Ce soir, de Vinciane Pirenne, vous découvrirez la fibre bigarrée  qui n’est pas cousue de fil blanc mais qui lui donne une étoffe d’envergure rare ouvrant d’autres pistes à mettre sur le tapis. Elle va vous emporter, vous ravir en inversant le processus Europe/Zeus, Hélène/Paris.
Laissons la parole à l’interprète d’Héra, déesse si complexe qu’elle n’a pas fini de nous étonner, mais que Vinciane Pirenne va démêler pour nous dévoiler l’inextricable.

Le 19/02/2016, Philippe Valentin.

Prof. Antonio Ricciardetto  (Université Paris Sciences & Lettres, Collège de France (Paris), Ulg)

Depuis 30 ans, le Voyage d’Alexandre Le Grand de Charleroi est émaillé de belles et riches rencontres : il fait découvrir des valeurs inattendues réservées aux esprits curieux qui apprécient les saveurs d’antan et aiment les « revisiter », en les adaptant au contexte qui évolue et en les intégrant au cosmos, où Humain et Divin se côtoient, se complètent, se contrôlent. Pour paraphraser Thomas More mis en exergue par DE BRABANDERE, en recourant à la tradition nous ne voulons pas maintenir une mémoire en cendres mais transmettre des flammes pour constituer un phare qui dévoile une beauté faisant écran à la laideur, pourvoyeuse de haine. Dans le refus de figer, nos conférenciers font rayonner avec passion l’élan qui renouvelle leurs recherches. Ainsi retrouvons-nous le souffle culturel envoyé par Alexandre et qui est souvent occulté par les faits de guerre.

Dans la continuité de la conférence d’Annie Verbanck-Piérard, archéologue, et du Professeur Paul Verbanck, médecin, qui ont illustré brillamment GALIEN (exposition à Mariemont jusqu’au 2 décembre), Antonio RICCIARDETTO nous convie ce soir à l’exploration de papyrus grecs trouvés en Egypte pour développer le métier des médecins et l’art de la médecine dans l’Egypte gréco-romaine. Il est d’ailleurs intervenu, avec M.H. Marganne, dans le catalogue de l’exposition Galien en décrivant divers papyrus « Galéniques ».

Antonio Ricciardetto est Docteur en Langues et Lettres de l’Université de Liège et actuellement A.T.E.R.(attaché temporaire d’enseignement et de recherche au Collège de France (Paris)), lié à la chaire « Culture écrite de l’Antiquité tardive et papyrologie byzantine ». Sa thèse de doctorat a porté sur des papyrus documentaires grecs de médecine. Poursuivant des recherches dans les domaines de la papyrologie et de l’histoire de la médecine, il est membre du Centre de Documentation de Papyrologie Littéraire (CEDOPAL) de l’Université de Liège, où il collabore à plusieurs projets ; il est aussi secrétaire de la Société Belge d’Études Byzantines. Actuellement, comme post-doctorant, il partage ses connaissances à l’Université de Recherche Paris Sciences & Lettres, Paris. Je ne suis pas sûr de le suivre dans le labyrinthe de ses recherches et de ses fonctions tant il est actif comme un Protée polyphrène. IL va nous aider à prendre de la hauteur comme Dédale sans se brûler les plumes comme Icare dont nous retiendrons l’envol. Son Domaine de recherches qui lui procure le plaisir de la découverte à partager est la papyrologie, comme vous l’avez compris : sur des supports qui ont résisté au temps et au climat, il découvre et révèle l’histoire des médecines humaine et vétérinaire antiques en étudiant les paléopathologies. C’est un sujet que nous espérons développer la saison prochaine.

La documentation d’Antonio Ricciardetto est impressionnante par la diversité, l’ampleur et les contenus…
La critique est … difficile et complexe quand on veut déboucher sur une création d’art : c’est ce qu’il démontre en réalisant une édition critique et d’une traduction du célèbre papyrus médical dit l’«Anonyme de Londres » du 1er siècle (P.Lit.Lond.165, Brit.Libr. inv. 137) publié en 500 pages aux Belles Lettres, en 2016. Il y explique longuement sa démarche en imprimant ses pas sur les études qui l’ont précédé. L’étude des manuscrits suppose une lecture précise, une mise en mémoire de formules, de phrases, de textes pour restituer les fragments lacunaires.

Nous épinglons sa précision dans la lecture et le déchiffrement des lignes, car, pour aboutir à l’établissement du texte, il revient au texte original, avec 1000 précautions de manipulation ; il nettoie les essais des précédents et ne réécrit pas les passages manquants. Mais, en étudiant la longueur et la forme des lacunes, en retenant dans sa mémoire les formules et les modes d’écriture, il peut les restituer. Il attache une grande importance à ce qui est écrit au verso et dans les marges et aussi aux ratures, révélant la progression de la pensée : il suit le chemin de la pensée des auteurs au rythme de ceux-ci. Derrière l’écriture, il retrouve les artistes-médecins dans leur vie, leurs réflexions, leurs expériences.

Le contact direct avec les papyrus et l’emploi des dernières technologies rendent plus minutieuse son analyse. L’écriture manuscrite est microscopique et emploie nombre d’abréviations pour épargner le support. Une originalité d’Antonio Ricciardetto est qu’il favorise la convivialité avec les textes dont il apprécie la saveur. Il est sensible au contexte historique et géographique des découvertes. Sa mémoire est nourrie par la curiosité et le dialogue avec les manuscrits et leurs auteurs. Il est un fervent de Mnémosyne (Mémoire) mère des Muses qui a du mal à mettre fin au règne de l’anonymat sur réseaux dits « sociaux » qui peuvent engendrer un silence assourdissant, un vide encombrant, des images narcissiques, sans véritable rencontre. Il se fait plaisir à lire les papyrus médicaux qui relatent autant d’instantanés pour voir les gens en train de vivre. Il n’est pas au bout de ses peines puisque les bords du Nil découvrent régulièrement de nouveaux papyrus dont les secrets percés ne cessent de formuler de nouvelles énigmes.

Sa traduction, dont l’exactitude frappe, est saluée par les louanges de Jacques Jouanna, le spécialiste actuel de la médecine grecque antique. Antonio Ricciardetto donne un éclairage nouveau sur la détection du rayonnement des textes qu’il remet sans cesse sur le métier. Son Ouvrage fait progresser les connaissances sur la médecine grecque antique si moderne dans ses conceptions. Ses commentaires sont perspicaces, car souvent il sait lire entre les lignes.
Ayant reçu le prix Zographos, décerné par l’Association pour l’encouragement des études grecques en France, voici un expert qui peut donner des arguments pour l’étude du latin et du grec : pour promouvoir cette étude, il ne faut pas s’ériger en victime, mais agir et affirmer, montrer les valeurs et l’utilité de l’inutile (que je reprends de Nuccio Ordine). Annie Verbanck-Piérard, avec l’exposition Galien à Mariemont et sa conférence pour Alexandre et aujourd’hui Antonio Ricciardetto, avec ses études de textes publiées et sa conférence ici, sont des phares de l’humanisme et des remèdes (des vaccins) efficaces contre la médiocrité ambiante.
Le 16 novembre 2018, Philippe Valentin, président.

Prof. Karine Riviere (Ecole Française-archéologie d’Athènes)

«Kλείσε στην ψυχή σου την Ελλάδα  και θα νιώσεις μέσα σου κάθε είδους μεγαλείο» « Enferme en ton âme la Grèce(l’Hellade) et tu ressentiras en toi toute forme de grandeur » (Dionysios Solomos). C’est ce à quoi nous convions depuis 30 ans les philhellènes de Charleroi et d’ailleurs ainsi que les Hellènes qui retrouvent leurs racines.

La 30e saison de l’Association Alexandre Le Grand fut inaugurée par le professeur Dominique Mulliez, ancien directeur de l’Ecole française d’Athènes, et se clôture par une étape qui ouvre sur la 31e avec Madame Karine Rivière, membre scientifique de l’EfA, dirigée aujourd’hui par le professeur Alexandre Farnoux. Beaucoup de nos conférenciers sont passés par l’EfA. Cette étape (Σταθμός en grec ancien encore utilisé) mérite un sacrifice d’offrande à la mémoire qui se construit et se nourrit de rencontres dans un cycle renouvelé, comme dans les Cyclades.

Pour fleurir la 30e saison et lui donner un lustre de jeunesse, nous avons invité Karine Rivière, dont la spontanéité printanière favorise le foisonnement et l’ouverture des idées qui donnent les fleurs et les fruits de la culture hellénique. (1) Elle enrichit notre anthologie-florilège de conférenciers.

Karine RIVIÈRE, après avoir suivi des études antiques et byzantines (Mythes, langue, archéologie), est Agrégée de grammaire et donc linguiste. En collaboration avec le Laboratoire ArScAn « Archéologies et Sciences de l’Antiquité », elle est Docteure en histoire et archéologie des mondes anciens (Université Paris Ouest-Nanterre).

Aujourd’hui, elle perfectionne son jardin comme Membre scientifique de l’École française d’Athènes où elle rencontre des professeurs tel Patrick Marchetti à Argos notamment.

Ses recherches portent sur l’alimentation en Grèce ancienne, sous les angles cultuel et culturel (religieux, politique, social…) et retrouve les sources des traditions ancestrales remontant au moins à l’époque mycénienne. Elle analyse minutieusement les actes de culte pour en déduire la place du sacré dans les sociétés grecques en mutation et les traces de violence.

Elle consulte les sources textuelles, iconographiques, et archéologiques sur l’ordonnance d’un sacrifice comprenant la mise à mort et le partage de victimes, dès l’époque mycénienne. Elle n’oppose pas les aspects statiques et dynamiques, car elle pense que même les héritages les plus anciens ont progressivement été adaptés aux contextes nouveaux, notamment en ce qui concerne les pratiques alimentaires. Pour Karine Rivière, le sacrifice permet aux hommes de communiquer avec les dieux. Sa fonction est souvent apotropaïque, destinée à écarter les forces mauvaises (2). Mais ce sont souvent les offrandes qui sont détournées, alors qu’au départ elles sont gages de paix et de convivialité (vivre-ensemble ?) Devant le substrat antique, comme tous nos conférenciers, Karine Rivière prend un angle original, nouveau, qui donne une étincelle ou un éclairage scialytique (= qui supprime l’ombre). Elle aborde l’alimentation sous l’angle rituel : les rites si essentiels à la culture humaine (ανθρωπισμός, anthropismos) irritent souvent aujourd’hui. Or ils sont un sel de la vie. Souvent ils sont réduits à des tics voire des tocs. Mais les rites ne sont pas obsolètes, même s’ils sont parfois insolents, car pour eux l’obsolescence n’est pas programmée mais elle crée des graines d’avenir.

A Argos, elle étudie l’installation de la démocratie dans des évolutions notables, qui concernent les pratiques funéraires et religieuses, ainsi que la culture matérielle. Aux compétitions entre les élites dominant différents quartiers, succède la constitution d’un corps de citoyens qui avait à cœur d’affirmer son homogénéité ou son identité. En outre, elle étudie la céramique archaïque et classique de l’Aphrodision d’Argos. Elle participe à l’inventaire et au conditionnement du matériel des fouilles françaises conservé au Musée archéologique d’Argos.

Elle participa à des explorations sur le terrain qu’elle photographie : de l’île d’Hydra elle établit la carte archéologique. Elle apporta sa contribution au chantier de fouilles archéologiques sur les sites de Kirrha (Grèce centrale), de Kythnos (Cyclades), de Malia (Crète)…

Elle contribue à des publications importantes et rédige des communications variées dans des colloques internationaux : En étudiant Le témenos grec (enclos sacré) archaïque, elle en tire des conclusions politiques sur le thème du « Vivre et penser les frontières dans le monde méditerranéen antique » ; elle approfondit les Performances rituelles et expression des hiérarchies sociales dans la Grèce de l’âge du Fer, les actes de culte comme marqueurs des transitions historiques. Elle considère que les actes de culte comme des marqueurs d’identités. Et quand les sources se taisent, elle réussit à les faire parler, tellement ses questions ouvertes sont complexes et carpophores, porteuses de fruits.

Elle décolle les étiquettes réductrices, statiques définitives qui se colportent. Ex. la dénomination communément répandue « siècles obscurs » pour désigner les périodes avant Homère. Car « periodos< odos, chemin implique une dynamique qui dépasse les stéréotypes les clichés et leur donne vie dans la nuance, et la souplesse. Pour elle, les étiquettes s’établissent à partir d’1 élément subjectif et arbitraire à partir d’1 observation et d’une comparaison avec autre période dans un but d’uniformisation. Or les civilisations sont toujours en devenir (progrès et reculs) embrassant les différences de points de vue. Elle donne aux Idées reçues et simplistes une structure qu’elle analyse dans leur contexte multi-culturel ou poly-phrène pour leur donner une portée universelle. Elle combat l’obsession ambiante de périodisation des idées et des styles, qui ignore les transitions, les retours au passé, les départs, les projets moteurs d’évolutions. Elle distille les textes en les confrontant et comparant avec les découvertes archéologiques soumises à de nouvelles analyses technologiques.

En écoutant Karine Rivière, nous allons retrouver la « Marche de l’Esprit, du souffle humaniste, Το Πνευματικό Εμβατήριο qui est un poème extraordinaire d’Angelos Sikelianos (1948) recréant le mythe de Prométhée.

En partant des rites sacrificiels, Karine Rivière va nous parler de l’alimentation au-delà de la subsistance à la dimension du Cosmos. Voici un programme qui vous met déjà en appétit.

                                                           Le 20 avril 2018. Philippe VALENTIN

  • (le printemps : άνοιξη, anixi <du verbe signifiant ouvrir ανοίγω, anoigo) ; anthologie-florilège : sélection de fleurs (de rhétorique) :(fleur : άνθος,anthos en grec et flos,floris en latin).
  • Comme le dit dans « les Perses d’Eschyle » la reine de Perse, Atossa, qui offre des gâteaux rituels au miel pour écarter les démons « ἀποτρόποισι δαίμοσιν θέλουσα θῦσαι πέλανον ».

Prof. Athanase D. Rizakis (U. Nancy 2)

C’est un honneur de recevoir aujourd’hui le Professeur Athanasios Rizakis pour marquer d’une pierre blanche (Le blanc, c’est l’éclat, la lumière, le bonheur) la 2e conférence de notre 30e saison. Il s’inscrit dans la lignée des conférenciers que nous invitons en visant toujours le meilleur. Comme Dominique Mulliez, il déchiffre et mieux, il fait parler les pierres gravées qui dévoilent leurs secrets et leurs codes en suivant les méandres de la langue et de l’écriture grecques.

Nous saisissons l’occasion (le Καιρός qui est une ευκαιρία, une chance) qu’offre le professeur Charles Doyen de l’UCL dans une collaboration avec l’Association Alexandre Le Grand de Charleroi. Athanasios Rizakis est venu animer à Louvain La Neuve un séminaire d’épigraphie grecque sur le conflit territorial entre Mégapolis et Messéni et a accepté de venir ce soir vous dévoiler des inscriptions de la ville de Philippes en Macédoine à l’époque de la domination/colonisation romaine ; car la plupart de ses projets reposent sur une collaboration scientifique interdisciplinaire et une expérience avec des équipes d’institutions européennes comme aujourd’hui l’UCL. Cette initiative nous réjouit, car elle valorise l’Association Alexandre Le Grand dans ses actions culturelles.

Né aux pieds du mont Olympe à Karya, Athanasios Rizakis entre à l’Université Aristote de Thessalonique (philologie et archéologie) en 1962 . Il s’installa en France en 1972. Il enseigna à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris, aux Universités de Lyon , de St Etienne, de Crète, de Chypre, d’Athènes et de Nancy, où il fit découvrir et approfondir les civilisations antiques.

La carrière du professeur A.D. Rizakis, émérite maintenant, est internationale, il a donné des conférences dans diverses universités en Europe ; ce soir il s’arrête à Charleroi pour honorer le public de l’Association Alexandre Le Grand. Ses domaines de recherche sont principalement la Grèce et la Macédoine et ses recherches portent sur l’épigraphie grecque et latine, sur les institutions (notamment fédérales) et sur l’histoire économique et sociale des provinces romaines d’Achaïe et de Macédoine.

Comme Hermès, il voyage beaucoup pour déchiffrer et décrypter les inscriptions souvent hermétiques mais dont son herméneutique vient à bout. (herméneutique = interprétation des textes et des symboles). Ses Recherches toujours approfondies dans de nouvelles découvertes et approches (μέθοδος méthodos est un chemin οδος ) sont l’occasion de nouveaux échanges et partages d’hypothèses.

Il a été impliqué dans le travail sur le terrain en Grèce en tant que co-directeur des projets Achaïe et Macédoine. Il s’intéresse maintenant au changement social et à la colonisation, ainsi qu’à l’histoire culturelle et à l’élaboration de nouvelles ‘identités’ dans le cadre du système impérial établi par Rome.

Le professeur Rizakis a coordonné, depuis 1987, de nombreux programmes de recherche nationaux ou internationaux, notamment dans les domaines de l’archéologie, de l’épigraphie, de la numismatique, de l’histoire ancienne et de l’archéologie spatiale.

Il est membre de diverses sociétés archéologiques européennes en Grèce, Allemagne, France…, certaines dont il fut directeur, comme le Centre national grec de la recherche sur l’antiquité à Athènes (KERA).

Il est président de la Société pour la Recherche et la Culture (2002 à 2012), représentant national à l’Association Internationale de l’Epigraphie Grecque et Latine ainsi que dans les programmes de recherche européens et membre expert de la Commission des sciences humaines du Conseil européen de la recherche. Il est aussi membre du comité scientifique des Magazines Internationaux.

Il est l’invité ou l’organisateur de nombreux colloques et congrès internationaux, car il travaille en concertation/concerto avec nombre d’archéologues et aime animer les débats. Il consacre son attention à comprendre les particularités de l’organisation socio-spatiale des villes, leur démographie, leurs cultes et rites, l’acculturation des campagnes, leur statut parfois d’autonomie; pour lui les acquis peuvent se transformer, se réformer, évoluer et les racines ne suffisent pas si des sédiments ne sont pas renouvelés ou enrichis et si des greffes ne sont pas réalisées pour améliorer le qualitatif non le quantitatif. Athanasios Rizakis combat les sentinelles de l’inculture et de l’oubli et cultive la mémoire dans sa complexité, sans la segmenter avec risque de sectarisme. Il évite le simplisme (=vulgarité qui fait le buzz parce que facilement ébruitée), car l’inculture est le glyphosate de l’humain qui a besoin de ses racines imprégnées et nourries de culture pour être fructueux.

Ses livres et articles s’intéressent aux problèmes de philologie, de linguistique et d’histoire politique et sociale des cités sous la domination romaine ; ils abordent des problèmes d’intégration des sociétés locales dans l’Empire; ils sont des références de base ouvertes pour les chercheurs qui s’intéressent aux sociétés en mutation suite à la « colonisation » ici romaine. Il rassemble la documentation jusqu’alors dispersée dans de petites publications, ainsi qu’un grand nombre d’inédits. En étudiant les matériaux et les contextes de découvertes (numismatiques, archéologiques…), il peut faire revivre les formules des monuments funéraires ou civils, ainsi que la langue et l’écriture grecques, sans compter ses commentaires judicieux et avisés concernant aussi les inscriptions bilingues. Recenser, lire, copier, procéder à des restitutions, traduire, commenter leur contenu qui révèle la vie politique, économique et sociale des cités grecques sous l’Empire de Rome pour en déduire le quotidien municipal en cultivant le futur antérieur, telle est la tâche à laquelle il s’adonne. Dans des publications à paraître il développe les concepts de citoyenneté locale et fédérale et d’identité culturelle face à la romanisation. Il n’échappe à personne qu’en étudiant ces sujets aux accents contemporains, Athanasios Rizakis nous tend le miroir fascinant de l’antiquité pour optimiser notre réflexion et l’enrichir de ses rayons lumineux. Ce soir, le professeur Athanasios Rizakis situera sa conférence à Philippes, ville de Macédoine, sous le gouvernement de Rome au moment de l’arrivée de Saint-Paul chez les Philippiens.                          

  Le 10 novembre 2017, Philippe VALENTIN, président.

Prof. Bruno Rochette (U. Liège)

Ce soir nous allons poursuivre notre périple hellénique en Grèce byzantine où la langue grecque, en de nombreuses étapes, s’est propagée depuis Homère. Nous retournons donc à la Cité puisqu’après Byzance et Constantinople, Istambul signifie : is tin polin. Nous allons suivre son cheminement, sa transmission orale et écrite, en prenant comme guide le professeur Bruno Rochette sous l’aile d’Hermès, le Dieu de la communication. Grâce à lui, les contacts et les relations cesseront d’être hermétiques, car il privilégie l’ouverture et le débat et n’entre pas dans la diatribe qui désole et isole, persuadé qu’il est que les langues peuvent rassembler.
Son domaine de recherche est vaste et se consacre aux langues gréco-latine sans frontière chronologique ni linguistique. Bruno Rochette s’intéresse au bilinguisme gréco-latin en accordant une attention particulière à l’étude des rapports linguistiques dans l’Empire romain. Il a consacré des travaux aux traductions grecques d’oeuvres latines, à l’étude du latin par les hellénophones et au problème de l’identité grecque sous la domination romaine. Il traite en outre de questions comme la diversité linguistique, l’attitude des Grecs et des Romains face aux langues étrangères et la traduction orale. Comme manifestation littéraire du bilinguisme gréco-latin, la traduction du grec en latin et du latin en grec retient aussi son attention. L’étude de la traduction du vocabulaire technique chez Sénèque et Apulée lui a permis de mettre en évidence l’enrichissement que ces auteurs ont apporté au lexique latin spécialisé après Cicéron. Car il considère que les langues expriment une culture ancrée dans son histoire, ses mots et sa syntaxe qui, eux-mêmes évoluent et subissent des ruptures, sous l’influence de liens avec d’autres langues et cultures.
Dans un livre il étudie « Le latin dans le monde grec » en poussant ses « Recherches sur la diffusion de la langue et des lettres latines dans les provinces hellénophones de l’Empire romain ». Dans de nombreux articles, il observe les Grecs et les Latins face aux langues étrangères et sonde le bilinguisme gréco-latin ; il s’interroge sur le bilinguisme, voire multilinguisme, dans les armées d’Alexandre le Grand et celles d’Hannibal face aux langues étrangères. Tout naturellement il poursuit ses investigations sur Le bilinguisme gréco-latin dans les communautés juives d’Italie. Il épluche la traduction de la terminologie scientifique et philosophique par Sénèque, Cicéron …Il prépare l’édition de la traduction annotée des Discours sacrés d’Aelius Aristide de G. Michenaud…S’il s’intéresse aux « grands auteurs classiques », il aime découvrir et faire découvrir des auteurs que le landerneau scientifique a souvent estimés mineurs et ignorés, mais qui sont des témoins bien informés de la vie des Grecs et des Romains. Il en est de même pour les inscriptions qu’il consulte avec appétit pour nous en dévoiler la saveur. De ses publications, nous pouvons induire des qualités de l’auteur : avec enthousiasme, il scrute l’âme du texte et sa forme, sa traduction orale ou écrite et en débusque parfois l’idéologie (politique) qui est enfermée derrière des écrans fixés par des grilles de lectures uniformisées.
Il va à la rencontre du langage reflétant la culture du locuteur qu’il distingue, car la pensée ne manque pas de mots, ce sont les mots qui court-circuitent parfois la pensée. D’ailleurs, comme je peux le comprendre, Bruno Rochette emploie le mot logos dans son acception totale « expression d’une pensée » qui nourrit le vocabulaire, lui-même permettant à la pensée de se développer. Il s’intéresse à la latinisation des mots grecs et à leur traduction en repérant les nuances des métissages, créateurs de néologismes ou d’hapax (= emploi unique) qui s’adaptent. Il opère des croisements d’hypothèses multiples qu’il analyse sans a priori pour arriver à des conclusions ouvertes qui s’insinuent naturellement. Aux croisements des routes les Grecs installaient des bustes d’Hermès pour marquer les moyens de transmission et de communication: notre agogos, conducteur, notre hodégos, guide, avec méthode nourrit sa pensée en la partageant généreusement. Avec quelle imagination (phantasia, qui fait apparaître) et quelle ouverture, brave-t-il les cloisonnements grammaticaux apparus à travers les époques et les lieux. Mais il se base sur la langue en l’état (dans ses variétés, ses niveaux de chronologies, de topologie…). Il n’élimine pas (lat. e-limen ne pas faire passer le seuil) les formes qui passent pour des entorses à une grammaire virtuelle mais les fait entrer, les reçoit.
Sa philologie est un dictionnaire amoureux. Bruno Rochette n’est pas pressé, il prend le temps d’exploiter les raccourcis sans s’y tenir, les chemins de traverses, il n’est pas de ceux qui donnent définitivement 1 sens à 1 mot, mais, des mots il regarde la coloration et entend les sonorités pour en saisir toutes les nuances avec subtilité (??????a, oxynoia, même racine qu’oxygène). Son vocabulaire est précis et diversifié poikilos; Il interroge les textes comme on presse une éponge, qu’il replonge dans d’autres contextes en vue d’études futures. Il affronte les problèmes de traductions dus à des malentendus ou des mal- lus en recourant à l’interprétation (hermenia).
Ces qualités, il peut les déployer dans ses cours à l’Université de Liège :auteurs latins et grecs, grammaire historique, langue grecque, histoire des littératures grecque et latine, religion romaine…Il préside le CEDOPAL, Centre de Documentation de Papyrologie Littéraire à l’Université de Liège, dont la directrice Marie-Hélène Marganne est venue nous entretenir il y a quelques années.
Bruno Rochette se délecte des saveurs et des couleurs du langage sans vouloir le « corriger » en langue « pure », parce qu’elle serait artificielle. Ainsi rapproche-t-il expressions vivantes, qu’elles soient parlées, gravées ou écrites. S’il tourne les pages de l’histoire (expression souvent galvaudée à mauvais escient), c’est pour les relire et les compiler pour de nouvelles découvertes à publier, sans trancher, sans expulser mais en les propulsant avec le souffle de la culture hellénique, diffusée par Alexandre Le Grand et transmise par les Romains (pneuma, anima).
Sa lecture que vous allez déguster, est un régal, et je suis certain qu’en l’écoutant vous apprécierez l’importance qu’il donne aux mots qui sont les moteurs de la pensée. Monsieur Bruno Rochette, vous avez la parole.

Le 10 février 2017. Philippe VALENTIN, président.

Prof. A. Rufin Solas (Docteur en histoire de l’Université Paris IV (Sorbonne))

Ce soir vous allez découvrir une facette de celui qui faisait planer son ombre sur les conférences sans se dévoiler, Philippe II de Macédoine, le père d’Alexandre. C’est pourtant lui qui a greffé l’hellénisme à la Macédoine. Aussi avons-nous invité, pour l’illustrer, Madame Rufin Solas qui s’intéresse avec passion à cette Macédoine en relation avec la Thrace.
Sa jeune carrière ne nous laissera pas de marbre car elle est à la source d’une mine de renseignements précieux. A la lecture de ses écrits et de ses projets, Aliénor Rufin Solas devient familière et nous éclaire sur son itinéraire et ses recherches : son voyage est passé par la Sorbonne où elle fit briller sa thèse de doctorat, par l’Ecole Française d’archéologie d’Athènes, par le Collège de France, par l’Université de Lille III, l’Université de Rouen, l’Université de Cergy-Pontoise, où elle poursuit ses recherches et dispense son enseignement qu’elle transforme en trésor indispensable à l’Université et dans ce que les « réformes » appellent « Le Secondaire ». Des clichés répandus et déferlant à l’encan, elle nous fait grâce avec subtilité, notamment sur l’image des Thraces et celle des Macédoniens, véhiculées par une certaine tradition figée. Elle parcourt l’Histoire et la Géographie sans frontières idéologiques étanches.
Ses Recherches l’incitent à investiguer sur les rapports entre guerres et monnayages, d’une actualité brûlante et explosive. Aliénor Rufin Solas comble le déficit documentaire au sujet des peuples guerriers en tirant parti de l’apport de l’archéologie, des textes littéraires ou épigraphiques, de la numismatique. Elle tente diverses approches et favorise les collaborations ; elle éclaircit un point d’histoire confus concernant les démêlées entre Grecs et Thraces dans l’évolution de leurs relations notamment sous Philippe II de Macédoine. Elle observe la continuité et les ruptures, elle décèle la dynamique des politiques qui favorisent les équilibres. Elle ne dichotomise pas toute la réalité complexe mais dénoue avec finesse le nœud des nerfs de la guerre, par une enquête financière et militaire aigue mais non invasive, car elle ne tranche pas le nœud gordien à la manière d’Alexandre. Elle réinterprète la politique de Philippe II vis-à-vis des Thraces, politique qu’elle estime très propice aux recrutements massifs qui contribuèrent aux succès d’Alexandre Le Grand en Asie. Elle estime que l’étude des rapports diplomatiques et guerriers entre Grecs et Thraces explique l’intégration de la Thrace à l’histoire du monde grec à travers l’évolution de ses structures sociales, politiques et militaires. Elle analyse les représentations des Thraces colportées par Hérodote, Strabon, Polybe, les Tragiques en réinterprétant l’image des rapports de Philippe à l’argent qui se basaient sur la confiance…
Elle réinterprète moult aspects historiques (chronologie, étendue géographique, nature des « royaumes ») à partir d’inscriptions et monnaies porteuses de messages subliminaux, que nous découvrons au fil des conférences (142).
Aliénor Rufin Solas analyse les trésors de vaisselle en métal précieux de Thrace avec les outils des numismates pour étayer son examen des pratiques financières thraces et distinguer les « impôts » et les « cadeaux » que les Grecs installés sur les littoraux de la Thraces ont versés, en quantité, aux chefs de l’intérieur. Aliénor Rufin Solas a mis au jour l’anticipation par Philippe II du couplage Macédoine-Thrace qui est encore aujourd’hui une des 13 régions administratives de Grèce , frontalière avec la Bulgarie et la Turquie. Pour ses travaux universitaires, elle collabore avec les Institutions bulgares, roumaines, albanaises.
Elle édite et est co-auteur d’ouvrages collectifs sur les conflits et intégrations aux époques gréco-romaines, sur Philippe II, les trésors d’orfèvrerie macédonienne. Cinq livres sont à l’impression. Pour des congrès internationaux et la publication d’articles dans des revues, elle a présenté et prépare moult communications d’ampleur inédite.
Elle participe au projet qui est sur le point d’être lancé : la rédaction d’un « Dictionnaire anthropologique des sociétés guerrières antiques et médiévales », qui verra le jour d’ici plusieurs années : l’entreprise est gigantesque et permettra de comprendre, ou du moins d’approcher certaines réalités d’aujourd’hui. Car les Souvenirs ne sont utiles que s’ils débouchent sur des projets ; ils ne doivent pas justifier ou légitimer des comportements actuels et empêcher d’avancer. C’est une règle d’or qu’elle s’est imposée, en réalisant une lecture tonique du passé hellénique.
La lecture de ses écrits révèle diverses qualités qui brillent comme des pépites aux yeux d’orpailleurs avisés : rigueur, précision incisive dans l’observation et l’interprétation des sources mêlant intuition et vivacité ; émerveillement vivifiant sans a priori; elle ne se laisse pas submerger par ses recherches qui, par son empreinte, ouvrent des pistes ; elle pose de vraies questions pour apprendre, comprendre et non pour justifier une théorie ou une hypothèse. Elle jette un regard neuf sur l’ancien pour l’éclairer et le rendre universel.
Le réexamen des sources numismatiques, littéraires, épigraphiques et archéologiques permet en effet de préciser quelles formes distinctes d’échange étaient employées en distinguant les époques, les régions, les occasions ou opportunités, les revirements dans les échanges, les fluctuations d’un fleuve tumultueux ou pacifique avec ses méandres politiques.
Son langage nouveau, clair et précis régénère la recherche en lui enlevant une opacité entretenue par la transmission de stéréotypes simplifiant et paralysant la pensée. Et, comme les mots n’épuisent pas les concepts, elle utilise aussi les non-dits, les légendes, les images, les croyances, qui permettent d’appréhender les situations sous tous les angles possibles dans la lumière, loin des obscurantismes.
Madame, Laissez-nous l’art de vous entendre sur les traces de Philippe II de Macédoine.

Philippe VALENTIN, le 18 mars 2016.

Prof.A. Tihon (UCL)

Anne Tihon aime Byzance,(Istanbul aujourd’hui), creuset d’une culture originale puisant aux sources grecques  et orientales et qui s’est diffusée dans l’Empire d’Orient entre Europe et Asie. Ainsi, la langue grecque lui doit beaucoup pour avoir prolongé la mémoire des siècles  de civilisation exceptionnelle.
Anne Tihon va mettre la culture byzantine à l’honneur, un honneur qu’elle mérite, bien qu’elle soit souvent passée sous silence.  Pourtant, elle connut des heurs et malheurs, notamment lors de la première croisade.
Carolo d’origine, Anne Tihon est docteur en philologie classique et professeur à l’UCL où elle enseigne les auteurs grecs, l’histoire des sciences antiques et médiévales, l’histoire et la littérature byzantines, la paléographie (étude des manuscrits) grecque et byzantine, dont elle est une spécialiste internationale : sa bibliographie montre  qu’elle réconcilie sciences et culture.
Elle dirige des mémoires de licence (150) et des thèses de doctorat de façon magistrale, à en juger par les grades obtenus par les doctorants. Elle rédige des syllabi sur l’histoire des sciences, l’histoire byzantine et l’ecdotique (étude des manuscrits).
Sans relâche depuis 40 ans, Anne Tihon arpente les bibliothèques de manuscrits grecs (bibliothèques toujours bien situées : Athènes, Rome, Venise, Florences, Milan, Paris, Cambridge, Oxford, Istanbul …). Ses consultations lui permettent de rassembler des moissons étonnantes qui deviennent des livres (une douzaine) ou des articles (une cinquantaine).
Elle a créé un Corpus des astronomes byzantins, qui publie ses inédits, avec traduction et commentaires avisés. Aucun manuscrit, aucune écriture grecque antique ou médiévale ne résiste à son déchiffrement rapide, précis et daté, ce qui exige une compétence toujours en éveil.
Ces qualités lui valent de participer à  nombre de congrès internationaux  et d’en organiser : Vienne, Washington, Moscou, Copenhague, Paris, Venise, Londres, Hambourg, Ravello, Saragosse, Bayreuth, Athènes, Strasbourg, Frankfort, Mexico, …
A la recherche de ‘hellénisme authentique dans son évolution, elle a donc étudié des manuscrits en les considérant comme des témoins importants pour restituer la vie économique, sociale et culturelle des cités du monde antique.
Anne Tihon s’est intéressée à la langue grecque hellénistique écrite, souvent jugée « impure » parce que non conforme à la « pureté attique » . Par son étude des manuscrits, elle peut éclairer l’évolution du grec jusqu’à nos jours, des écrits hellénistiques aux byzantins, … proches de la langue grecque d’aujourd’hui. Bref, elle s’est attachée à une langue qui a tout exprimé de l’humanisme et qui exprime encore aujourd’hui l’âme d’un peuple et d’une civilisation universelle.
Toutes ces recherches ont valu à Anne Tihon d’être reconnue comme secrétaire de la Commission Astronomie ancienne et médiévale, membre du Comité belge d’histoire des sciences, membre du Comité de logique, d’histoire et de philosophie des sciences (Académie Royale de Belgique), membre du Comité national d’histoire des sciences (Bibliothèque Royale), présidente de la Société belge d’études byzantines…

Ph. Valentin

Prof. Athina Tsingarida (ULB)

Athina Tsingarida est licenciée en archéologie et histoire de l’Art (ULB), docteur en philosophie et lettres (histoire ancienne et archéologie classique) de l’Université d’Oxford ; elle détient en outre une licence en Byzantinologie (ULB).
Elle est professeur d’archéologie et d’histoire de l’art grecques à l’ULB. De plus, le Musée Royal de Mariemont compte en elle une collaboratrice scientifique assidue, notamment lors des expositions prestigieuses « Hippocrate. Médecine et société en Grèce antique » et « Le vase grec et ses destins ».
Chargée de recherche au FNRS, elle a obtenu divers prix dont celui de l’Académie des Sciences, de Lettres et des Beaux-Arts de Belgique en 1993…déjà.
Ses recherches portent sur l’art grec, notamment sur la céramique et sur les collectionneurs d’Antiques en Belgique. De plus, elle fouille à Apamée en Syrie et en Crête à Itanos, où elle étudie les contacts et les échanges entre cités du monde méditerranéen ainsi qu’à Siphnos.
Lorsqu’elle étudie des objets sortis de terre, Athina Tsingarida envisage leur origine, leur utilisation,  leur histoire, leur iconographie ainsi que la technique utilisée, les références littéraires, graphiques ou archéologiques, qui sont l’objet d’observations et d’analyses aussi précises que rigoureuses. Elle fait parler ses découvertes qui deviennent volubiles. Je reste ébloui devant l’ampleur de sa compilation des sources antiques et des interprétations modernes.
A la lecture de des publications personnelles ou contributions à des ouvrages collectifs prestigieux, comme le Corpus Vasorum Antiquorum, je suis assuré que la céramique grecque est son thème de prédilection. Athina Tsingarida sait observer, avec l’acuité d’une clinicienne, des scènes ou des gestes ou des expressions inspirées par la vie ; elle identifie avec minutie et rigueur les caractéristiques des pièces et peut les attribuer à des artistes grâce à des parallèles iconographiques. Elle décèle les conventions que les artistes respectent et répètent ainsi que l’originalité de chacun. En mémoire, elle retient mille vases qu’elle identifie, compare et classe : aucun détail ne lui échappe. Sous l’argile, elle retrouve l’artisan qui a réalisé le vase ou la coupe et ne peut cacher une certaine émotion à ces retrouvailles. Elle s’intéresse au détail sous-jacent de la mise en place des personnages et ainsi comprend comment les peintres perçoivent et reconstituent le corps humain, sans oublier le décor, les thèmes et le rendu des scènes. Elle reconstitue l’impact qu’ont pu avoir les clients grecs et non grecs sur la production des vases et sur leur diffusion.
Les figures rouges ou noires n’ont pas de secret pour Athina Tsingarida : nous pouvons l’observer dans ses descriptions nettes, précises, tranchantes et en même temps nuancées.
Elle va jusqu’à mettre en évidence l’expression d’un visage et même « l’œil tuméfié de lutteurs ou le relief des muscles tendus des athlètes ». Ses descriptions tiennent compte de la qualité de l’argile et du vernis
après-cuisson. L’iconographie l’intéresse, mais aussi le support qui nous met en contact avec la main de l’artiste, potier ou peintre et avec les croyances et rituels funéraires des clients.
Un thème de recherche que je n’ai pas encore souligné concerne les collections et les collectionneurs d’antiques en Belgique, qui ont accumulé les trésors des Musées du Cinquantenaire, de Mariemont et du Cabinet des Monnaies à Bruxelles (gardés avec passion respectivement par Madame Massar, Madame Verbanck et Monsieur de Callataÿ). Dans son étude de la réception de l’antiquité depuis la Renaissance, Madame Tsingarida éclaire un élément indispensable à la compréhension de l’histoire culturelle européenne. Sa recherche aborde ce sujet par le biais de l’archéophilie, voire de l’anticomanie, et des collections d’antiques du XIX° siècle en Belgique, thème souvent négligé auparavant. Elle va nous confectionner un tableau des collections de haute culture qui ont mis l’antique à la mode dans la recherche de modèles dans une galerie impressionnante. Dans ses vases, bouillonne une culture qui fait sensation chez les auditeurs des colloques auxquels Athina Tsingarida participe et ceux qu’elle organise.

Ph.Valentin

Prof. Catherine Vanderheyde (ULB, U. Strasbourg)

 

Pour couronner notre 27e saison, nous avons ce soir le plaisir de recevoir le professeur Catherine Vanderheyde, une amie de notre association Alexandre, pour aborder quelques tesselles de la civilisation hellénique, qui est une mosaïque de cultures et de peuples, propagée d’îles en îles sur les continents européens et orientaux.
Catherine Vanderheyde est licenciée agrégée en archéologie de l’UCL et docteur en archéologie de la Sorbonne. Elle enseigne la civilisation byzantine à l’Université Libre de Bruxelles et à l’Université Marc Bloch de Strasbourg. Elle a enseigné à Fribourg et fut membre belge de la prestigieuse Ecole Française d’Archéologie d’Athènes. Elle a effectué de longs séjours dans les universités de Ioannina en Grèce (Epire) et de Munster en Allemagne.
Ses missions archéologiques l’ont emmenée aussi en Albanie et en Bulgarie où divers projets de publication voient le jour.
Codirectrice du projet de recherche franco-bulgare « Rila » mis en place par l’organisme Egide et soutenu par l’EFA et l’Université de Strasbourg, Catherine Vanderheyde accomplit différentes missions en Bulgarie : visites, recherches, établissement de catalogues concernant l’art byzantin.
Bruxelles et Strasbourg lui offrent un excellent environnement de recherche (riche). Elle vient d’obtenir le diplôme de l’habilitation à diriger des recherches à l’EPHE(Ecole Pratique des Hautes Etudes). De plus, elle est secrétaire de la Société d’Archéologie Classique et Byzantine à l’ULB.
En outre, elle a concrétisé ses recherches à Apamée en Syrie, en ce qui concerne les chapiteaux byzantins, dans le cadre d’un programme soutenu par le CREA/Patrimoine de l’ULB. En ces moments catastrophiques pour le patrimoine du Moyen-Orient, ces recherches sont une pièce du témoignage de sauvetage du passé culturel & humain à transmettre dans la mémoire collective.
Catherine Vanderheyde a participé à des chantiers de fouilles à Delphes, à Byllis en Albanie, à Apamée en Syrie, à Ioannina en Epire, en Bulgarie …toujours à la recherche de traces byzantines. Sur les sites qu’elle visite ou fouille, elle examine l’évolution architecturale byzantine en complétant ses connaissances par l’étude des documents iconographiques -le décor-(icônes, fresques, mosaïques, sculptures.
Elle consulte les textes archéologiques, historiques et littéraires, analyse et critique les hypothèses émises antérieurement et en conçoit de nouvelles, toujours plus approfondies mais prudentes, car la documentation reste lacunaire malgré les découvertes récentes. Elle fait preuve de nuance et de souplesse, refusant le binaire autocratique médiatiquement imposé et le mécaniquement correct, car classable.
Catherine Vanderheyde aime Byzance, se passionne pour Byzance, creuset d’une culture originale puisant aux sources grecques et orientales et qui s’est diffusée dans l’empire d’Orient entre Europe et Asie. La perception qu’avaient les Byzantins du sacré fait l’objet de ses études en Macédoine, Epire et Péloponnèse, en Albanie, en Bulgarie, à Chypre, mais encore à Chios, à Itanos en Crète…
Dans ses recherches, Catherine Vanderheyde tente de comprendre comment les artistes ont travaillé loin des grands centres créateurs et ont pourtant subi des influences, dues à la réminiscence d’une culture, tout en s’adaptant au contexte de leur travail qui requérait souvent des équipes d’artistes itinérants. Comprendre la démarche des sculpteurs ainsi que leur technique, faites d’analogies, de mémoire et d’invention, c’est le but de Catherine Vanderheyde : elle investit une grande énergie dans l’étude de la sculpture byzantine, longtemps négligée parce que liée à l’architecture.
Ses publications nombreuses se concentrent sur l’architecture, la sculpture, la peinture et la mosaïque byzantines. Son ouvrage sur la sculpture architecturale de Nicopolis (en Epire) étendue à l’Etolie, l’Albanie est d’un intérêt original. Un titre révélateur « Splendeur, solennité et sacralité : l’art byzantin » nous laisse entrevoir la complexité de son programme. Elle ouvre les tiroirs où sont enfermées les connaissances fragmentées sous des étiquettes qu’elle décolle pour mettre en contact, en parallèle ou en opposition (sécantes), des notions qu’elle fait vivre à la lumière de nos savoirs pour éclairer des recherches et des projets. Pour elle, le savoir n’est pas un état, mais un parcours. Ce qui frappe, quand on la lit, c’est la rigueur et la cohérence de son cheminement intellectuel. Elle compare, recoupe, met en parallèles les formes architecturales et garde en mémoire les ornementations pour renouveler le système culturel de pensée généralisé et souvent figé. Elle veut retrouver le geste de l’artiste, son souci de perfection dans une œuvre humaine inspirée, souvent inattendue.
Le regard frais et magnétique de Catherine Catharsis montre que l’étude du passé n’enferme pas, ne cloisonne pas mais stimule une curiosité insatiable…. Elle respire la joie et donne vie aux symboles et aux rites qu’elle aère/oxygène.
Elle édite les actes des colloques qu’elle contribue à organiser ; car ses compétences lui valent de participer à de nombreux congrès et colloques internationaux, ce qui lui permet de côtoyer les plus hautes éminences des sciences de l’antiquité. Sa dernière co-organisation à Fribourg rassembla des spécialistes qui illustrèrent l’art et l’histoire de la ville de Famagouste à Chypre.
Ses recensions de livres dans des revues, telles l’Antiquité Classique, Byzantion, …révèlent un grand dynamisme doublé d’un sens aigu de l’analyse. Elle est d’ailleurs collaboratrice scientifique du comité de rédaction de BYZANTION, revue internationale des études byzantines, dont elle est administratrice.
Il y a 4 ans elle nous entraîna en un pas de danse dans l’art byzantin, où le mouvement exprime « un rituel magique et sacré ».
Ce soir, c’est à Chypre qu’elle nous convie à partager sa passion dans l’île d’Aphrodite. Elle nous invite dans un jardin pour nous faire découvrir arômes et parfums, lumières et couleurs, et embaumer nos esprits de sa créativité subtile et foisonnante.
Ses yeux pétillent déjà d’enthousiasme devant le déploiement de richesses matérielles et spirituelles faites de symboles pour faire scintiller une vision nuancée des trésors de l’art byzantin sous toutes ses formes.
Philippe Valentin, président.
Prof. Annie Verbanck-Piérard (Musée royal de Mariemont-ULB)

Ευχαριστώ τους Έλληνες φίλους μας για την πιστή παρουσία τους στα συνέδριά μας. Χίλιες ευχαριστίες

Ce soir, pour inaugurer notre 31e saison et pour célébrer le 15e anniversaire de notre implantation (εμφύτευση, emphyteusis- emphytéose) à la Maison des Médecins, nous avons réinvité Annie Verbanck-Piérard, qui avait inauguré notre nouveau lieu en illustrant « La médecine grecque, la plus grecque des sciences, avec Hippocrate »; aujourd’hui, c’est le médecin grec GALIEN qui sera la vedette.
« Sur 100 personnes qui parlent de vous, 99 disent du mal et la 100e qui dit du bien souvent le dit mal » disait Vauvenargues au XVIIIe s.). J’espère démentir cet aphorisme, ce soir.

Annie Verbanck-Piérard, subjuguée par la civilisation hellénique, a conjugué philologie classique et archéologie… A ses diplômes acquis elle insuffla une plus-value impressionnante. Aussi étudie-t-elle la façon de vivre des anciens Grecs avec leurs semblables, leurs héros et leurs Dieux, dont Héraclès. Pour cela, elle consulte les textes littéraires et les inscriptions ainsi que le produit des fouilles archéologiques analysées avec des technologies de pointe les plus récentes ou simplement réinterprétées selon les nouvelles connaissances. Soucieuse de transmettre son savoir, elle privilégie avec optimisme les liens avec les enseignants d’HUMANITES (dits du secondaire) à qui elle offre une illustration gréco-latine pouvant apporter une thérapeutique à des mutilations aventureuses, basées sur des pratiques d’enseignement des langues anciennes que nous avons dépassées et optimisées depuis longtemps. Elle déploie moult activités : enseignement, colloques, congrès, organisation d’expositions, collaborations avec des collègues internationaux pour alimenter le feu de son enthousiasme prométhéen et inextinguible. (άσβεστος, comme la lampe qui brillait dans le Parthénon).

Annie Verbanck est Conservatrice au Musée Royal de Mariemont : les mots « musée » et « conservateur » n’ont pas souvent bonne presse, qui comme son nom l’indique est trop souvent dans l’immédiateté et l’urgence des raccourcis. Certains associent le nom de Musée à l’adjectif « poussiéreux », mais cette idée est ancrée dans ceux qui ont des poussières dans les yeux, ce qui entrave leur vision et leur pensée ; car cette image hante des esprits encombrés d’idées reçues, d’a priori réducteurs. Elle, comme nous, considère le musée comme le domaine des 9 Muses qui y raisonnent et font résonner la musique intérieure des idées, de la pensée, de la réflexion, des mots, des réalisations.
Quand nous visitons le musée de Mariemont, dont elle est une des Cariatides, nous ressentons les effets d’une harmonie qui n’exclut pas les aspérités –est-il besoin de rappeler que dans la mythologie, Arès (la guerre) s’est uni à Aphrodite (amour) pour donner naissance à Harmonie…

Les Musées ne sont pas seulement des réservoirs de connaissances, mais des puits intarissables ou des sources qui jaillissent vers un fleuve, vers la mer pour les esprits insatiables de curiosité. La conservatrice Annie Verbanck-Piérard ne range pas en rayonnages des boîtes à conserve. Ici, les œuvres exposées ne portent pas de date de péremption ni la mention de conservateurs cancérigènes, car les collections permanentes s’enrichissent régulièrement et voyagent aussi dans d’autres endroits ou dans l’imagination nourrie par l’analyse qui se renouvelle. Dans son musée où elle est responsable de la section « Antiquité grecque-étrusque-romaine », elle met en lumière la beauté de l’utile avec une sensibilité hors du commun. Son regard est empreint d’émerveillement, vertu grecque par excellence à laquelle elle remet la nuance des couleurs, car il est si souvent banalisé par la pétrification de la Gorgone médiatique blasée, qui nous renvoie notre image narcissique. Pour Annie Verbanck, le passé n’a pas fini de nous renseigner sur la vie des anciens : grâce à son intuition (fibre) elle explore une nouvelle lecture des documents pour aboutir à de nouvelles interprétations en choisissant de confronter les regards antiques et les regards modernes. Sa démarche (μέθοδος, methodos) suscite des questions et donc des découvertes.

Passionnée et donc passionnante, elle est habitée par son sujet, la vie des Anciens, leurs problèmes et leurs résolutions. Il était évident qu’elle ne pouvait résister à l’enseignement de Galien, en prônant l’équilibre des humeurs sans se départir de l’humour. Quand elle compare les témoignages, les pièces, les idées, elle recherche et voit d’abord ce qui se ressemble, ce qui rassemble, les bases communes, et puis elle fait apparaître les propriétés, les nouveautés, les singularités, les marques de progrès. Comme conservatrice, elle découvre et met en valeur les pépites cachées dans des mines de documents. Elle exploite les sources sans mettre l’accent sur l’identité propre, mais dans leur contexte.
L’iconographie, pour elle, est le complément indispensable des écrits pour démêler l’écheveau des cultes, des croyances, des rites et de la vie en société dans le Dédale des sources qui sont multiples mais qui permettent un envol de ses pensées et de ses rêves. Sa documentation impressionnante, ses synthèses remarquables. Sa connivence avec d’autres conservateurs de musées belges et étrangers est discrète mais terriblement efficace.

Magicienne de la communication, Annie Verbanck-Piérard dialogue avec les auteurs anciens et avec le monde vivant qui a témoigné de son présent par des inscriptions, des bas-reliefs ou des peintures : cela lui évite de faire de la société antique un ensemble thématisé, simple, unique, totalement homogène et sans contradictions ; elle aime les confrontations, les débats qui constituent la vie des hommes et des Dieux. Elle dialogue avec les chercheurs, lecteurs et auditeurs en des échanges qui font avancer la pensée, le raisonnement et ressourcent l’imaginaire qui nous décolle du matériel. Et ses mots sont comme une respiration, ils sont les moteurs de sa pensée qu’ils font naître ou renaître.
Annie Verbanck conçoit ses expositions comme des voyages dans le temps et l’espace. Elle met en évidence l’extraordinaire mobilité des objets, des idées et des mythe en valorisant la transmission, la circulation et l’interaction des anciens avec les artistes modernes ou contemporains. Citons, pour mémoire, les expositions « Au temps d’Hippocrate. Médecine et société en Grèce antique », « Parfums de l’Antiquité », « Le vase grec et ses destins »… Elle contribue à la réussite de diverses expositions en Belgique ou à l’étranger avec des thèmes divers.

Hors les catalogues, ses publications sont multiples. Vous pourrez en consulter et vous en procurer au Musée. Sur internet, vous retrouverez la liste exhaustive.
Ce soir, après Hippocrate, c’est un médecin-pharmacien (ιατρός- φαρμακοποιός ou pourquoi pas φάρμακοποιητής ?) qui balise son itinéraire à Charleroi, car Annie Verbanck-Piérard va brancher le phare d’Alexandrie pour mettre en lumière un médecin grec exceptionnel et pourtant trop méconnu qui exerça son art, il y a 18 siècles dans l’empire romain : GALIEN, et cela en osmose avec l’exposition de Mariemont qui montre sa modernité exceptionnelle. La modernité médicale sera illustrée et explicitée par le docteur Paul Verbanck (ULB) qui a activement collaboré avec son épouse, Annie.

Le 05 octobre 2018,
Philippe VALENTIN, président.

Prof.D.Viviers (Recteur ULBruxelles)

 

Le professeur Didier Viviers vous est connu, car il est venu dès 1999 nous parler de la Crète au cœur de la Méditerranée, des artisans grecs, d’Apamée en Syrie, dont il dirige(ait) les fouilles pour lesquelles il est d’une extrême inquiétude aujourd’hui , car la conservation des œuvres et des sites  est des plus menacée par la guerre. Professeur d’Histoire de l’Art et d’Archéologie à l’ULB, dont il est le recteur, Didier Viviers est président du Conseil d’Administration du FRS-FNRS ; il enseigna à l’EPHE de Paris, aux Universités de Paris X et Dijon ; il fut membre de l’Ecole Française d’Archéologie d’Athènes, comme beaucoup de nos conférenciers, dont Dominique Mulliez  qui en fut le directeur. Il est Membre de l’Académie Royale de Belgique comme François de Callataÿ et d’autres conférenciers. Il est difficile de suivre son δρόμος chronologique, tellement il est dense.

Poïkilophrène, polyénergetique, hypertonique, Didier Viviers est d’une ubiquité intellectuelle et géographique étonnante même stupéfiante qui ne concède rien à la rigueur : vous l’allez voir et entendre.

Ses recherches portent essentiellement sur la citoyenneté grecque dans ses rapports avec les identités culturelles et sur les structures économiques de l’Antiquité grecque où il analyse les relations entre fiscalité et citoyenneté, sujet qui est devenu brûlant…

Comme archéologue de terrain à Delphes, Itanos, en Crète, Apamée, en Syrie, il dirige une équipe pluridisciplinaire qui fait appel aux technologies les plus modernes (géographie, chimie, physique, anthropologie ou techniques d’informations géographiques, palynologie, radiologie…). Il s’intéresse à des problèmes d’organisation urbaine, notamment les systèmes d’adduction d’eau, dont il nous a parlé il y a quelques années.

Didier Viviers centre son activité scientifique sur le monde méditerranéen, plus particulièrement sur les régions hellénophones qu’il tente de comprendre et de faire comprendre. Il s’intéresse aux cités et aux citoyens dans leurs pratiques sociales et culturelles qui les font émerger : il s’interroge sur la place de l’artisanat dans les systèmes socio-économiques de ces cités. Il étudie les ateliers des sculpteurs, des peintres ou des potiers pour tenter de dégager les relations spécifiques qui ont pu se manifester entre les artisans et leurs clients.

Aujourd’hui, Didier Viviers abordera la représentation de l’humain par la thématique de la sculpture grecque et des sculpteurs dans leurs ateliers.

Ph.Valentin

Prof. H. Walter (U. Rennes)

Henriette Walter est professeur émérite de linguistique à l’Université de Haute-Bretagne, Présidente de la Société Internationale de Linguistique Fonctionnelle, Membre du Conseil international de la langue française, membre du Conseil supérieur de la langue française et Chevalier de la Légion d’Honneur.
Ses activités de chercheur la conduisent en outre à mener des enquêtes phonologiques ou lexicales sur le terrain, magnétophone en main, et à rédiger des ouvrages de linguistique, soit très spécialisés, comme  « Le dictionnaire de la prononciation française dans son usage réel » (en collaboration avec le grand linguiste André Martinet, Droz) ou « La dynamique des phonèmes dans le lexique français contemporain » (Droz), soit destinés à un public plus vaste, comme « Le français dans tous les sens », Grand Prix de l’Académie française 1988 (Robert Laffont), « Des mots sans-culottes » (Robert Laffont), « Le dictionnaire des mots d’origine étrangère » (avec Gérard Walter, Larousse), « L’aventure des langues en occident », Prix spécial de la Société des Gens de Lettres et Grand Prix des lectrices de Elle 1994 (Robert Laffont) ou « L’aventure des mots français venus d’ailleurs », Prix Louis Pauwels 1998 (Robert Laffont).
Après « Le français d’ici, de là, de là-bas », édité chez J.C. Lattès et le «Dictionnaire du français régional de Haute-Bretagne », avec Philippe Blanchet chez Bonneton, elle a publié « Honni soit qui mal y pense, ou l’incroyable histoire d’amour entre le français et l’anglais » (Robert Laffont). En collaboration avec Pierre Avenas, elle a publié « L’étonnante histoire des noms de mammifères ou De la musaraigne étrusque à la baleine bleue » (Robert Laffont). Avec Bassam Baraké, elle a publié  « Arabesques. L’aventure de la langue arabe en Occident », Paris, Robert Laffont et Editions du Temps, 2006.
Avec Pierre Avenas, elle a publié « La mystérieuse histoire des noms des oiseaux, du minuscule roitelet à l’albatros géant », Paris, Robert Laffont, 2007, 375p.
Enfin, elle vient de publier Aventures et mésaventures des langues de France », Paris, Edition du temps, 2008.

Ph.Valentin

Prof. Myriam Watthée-Delmotte (FNRS, Fonds Henri Bauchau, UCL, Académie Royale de Belgique)

Ce soir, nous allons nous envoler vers l’imaginaire qui ressource et imprègne, depuis la Grèce antique, notre réalité en la rendant vivifiante et fertile. Pour explorer cet imaginaire (φανταστικός), nous avons fait appel au professeur Myriam Watthée-Delmotte, qui fonda le Centre de Recherche sur l’Imaginaire de l’UCL, qu’elle préside toujours.

Ses deux thèses, doctorat en Philosophie et Lettres et agrégation de l’Enseignement Supérieur, sont le reflet d’une explosion de recherches étonnantes et fantastiques (au sens étymologique des termes) :du parcours littéraire de Salvador Dali à l’enjeu du rite dans la littérature française contemporaine, en passant par la réécriture mythique contemporaine en la personne d’Ulysse.
Parmi ses fonctions, Myriam Watthée enseigna à l’Ecole Normale Moyenne de Loverval et à l’Ecole Normale de Gosselies (aujourd’hui Centre Supérieur Pédagogique de Charleroi-Europe). En outre, elle fut professeur à l’Institut des Arts de Diffusion à Louvain-La-Neuve. Aujourd’hui, Myriam Watthée est  Directrice de recherche du Fonds National de la Recherche Scientifique belge et Professeur à l’Université Catholique de Louvain-La-Neuve.
Ses cours sont un parcours du « combattant » qui défend les valeurs de la littérature et de  la pensée irriguées par l’imaginaire  dans une trajectoire créatrice contre l’appauvrissement du matérialisme qui étouffe. Son analyse de l’imagination et son discours sont nuancés et  producteurs de richesses  humaines. Elle presse (ou plutôt exprime) les mythes comme des éponges et les imbibe de nouvelles interprétations, qui les rendent  intarissables
Elle vient d’être élue (en 2011) membre de l’Académie Royale de Belgique et a rejoint  la compagnie d’un certain nombre de nos conférenciers.
La constellation de ses publications témoigne du foisonnement de ses recherches, qui nourrissent la mémoire, car centrées sur l’ouverture de la pensée, le décloisonnement des réflexions, l’importance du beau, du bon, du vrai, bref, de l’humain (« le beau est la splendeur du vrai » disait Platon).

D’ordinaire, on dit qu’il faut voir pour croire ; je dirais qu’il faut d’abord croire (faire confiance, être ouvert) pour voir et regarder et  pas seulement apercevoir ou entrevoir. Cette approche positive est celle de Myriam Watthée qui visite et dénoue les mythes universels et intemporels, mais combien humains pour s’en inspirer et respirer, tellement ils sont vifs et vivifiants : car elle est habitée par une curiosité intellectuelle sans cesse ravivée et  renouvelée . Ses recherches portent aussi sur le sacré dans la littérature française contemporaine fortement imprégnée de la culture grecque antique et de ses rites, où  la violence et le sacré faisaient «  loi » (voir René GIRARD).

A ce sujet, elle exerce des responsabilités éditoriales importantes  dans diverses Revues internationales. Ses ouvrages sont en nombre impressionnant. Elle prépare un essai  sur Henry Bauchau chez Actes Sud.

Myriam Watthée a créé  le « Fonds BAUCHAU » de l’UCL (en 2006) et en  assume la direction scientifique (www.bauchau.fltr.ucl.ac.be/) en lui consacrant une énergie et un dynamisme prométhéens pour l’exploiter et le valoriser . Ce fonds contient des dizaines de milliers de documents autographes, essais, poésies, romans …, la bibliothèque personnelle de l’écrivain-psychanalyste, ainsi qu’une documentation multimedia  extraordinaire. Pour Henry Bauchau, le  mythe s’actualise en restant universel et s’enrichit de la pensée actuelle qui l’anime sans oublier l’aspect esthétique. Pour lui, la lumière vient de l’intérieur des hommes. Nous comprenons la connivence entre Henry Bauchau et Myriam Watthée, tous deux animés par le feu et la chaleur humaine, contraste saisissant avec la fresque de René  Magritte au Palais des Beaux-Arts de Charleroi (salle des Congrès et Musée), intitulée « La Fée ignorante ».

Cette fresque nous montre un monde qui ne nourrit pas de culture ses interminables racines et qui donc est condamné à une mort sans mémoire : ce n’est pas le passé qui a un goût de mort, mais le présent sans culture ni tradition. Ses paysages sont secs et stériles, les forêts pétrifiées, les maisons vides, les humains figés …et même la lumière éteint le visage marmorisé qui s’efface. Le seul espoir vient d’un croissant de lune dans un coin de ciel bleu : c’est la culture qui peut donner du souffle à l’atmosphère, un contenu à la communication.

« Sous l’éclat de la sibylle : l’imaginaire de la Grèce chez Henry Bauchau » : je vous laisse sous le charme de propos qui resteront peut-être sibyllins mais de bon augure pour votre soirée, que je vous souhaite agréable, puisque le bonheur est à ceux qui ne se suffisent pas à eux-mêmes, selon Aristote, le maître d’Alexandre.

La voix de la sibylle sera interprétée par une complice de Myriam Watthée,  Martine VANDEPEENE, comédienne et professeur à l’Académie de Mouscron.

Ph.Valentin, Président.

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